Albert Sorel, né le à Honfleur (Calvados) et mort le à Paris, est un historien français.

Cousin du penseur et sociologue Georges Sorel, il est l’un des principaux fondateurs de l’histoire diplomatique en FranceNotice Albert Sorel de l’Académie française..

Biographie

Jeunesse et études Issu d’une vieille famille normande, le père de Sorel, riche industriel, fabriquait des huiles de colza et du savon de Marseille, souhaitait le voir devenir ingénieur, pour être son lieutenant à l’usine, puis lui succéder aux affairesMaurice Donnay, « Éloge de M. Albert Sorel. Discours de réception », Les Questions actuelles, Maison de la bonne presse, 1907, .. Il étudie au collège Rollin, avant d’entrer au lycée Condorcet, réputé pour ses fortes classes de mathématiques mais, devant son peu de goût pour les mathématiques, on le laissa s’inscrire à l’École de droit. Il suit les cours de la Sorbonne et du Collège de France, les conférences de l’École des chartes où Jules Quicherat était professeur de diplomatique et lit les poètes, les romanciers, les philosophes et les sociologues.

Parcours professionnel Lorsqu’il rentre en France, après un séjour d’une année en Allemagne, il était décidé à écrire. En 1865, il fut invité par Guizot, qui connaissait sa famille, à déjeuner au Val-Richer, et longuement interrogé sur l’Allemagne, Bismarck, la ville, le théâtre, la vie à la campagne. Au vu de ses réponses, Guizot lui trouva des dispositions pour la diplomatie, et le fit entrer au ministère des affaires étrangères en 1866.

Il ressort de sa correspondance de cette époque, un certain dédain pour la carrière diplomatique, au quai d’Orsay, le « lieu au monde où l’on soit moins instruit des événements » où, à l’en croire, on n’a que les côtés mesquins de la politique. Il ne se contentait pas de rédiger d’après des formules, d’obéir aveuglément au caprice de ses chefs, il voulait se rendre compte. Il avait un zèle naturel pour le travail, beaucoup de bonne volonté, un fonds sérieux de connaissances qu’il développait par une réflexion continuelle.

En 1870, après Sedan et la formation du Gouvernement de la Défense nationale, envoyé à Tours comme délégué responsable de l’aspect diplomatique de la défense nationale par le directeur de cabinet du ministère, Chaudordy, il est mis au courant, jour par jour, presque heure par heure, des négociations vers des alliances ou bien des médiations, puis vers l’armistice, et enfin la paix. Il écrit à un ami :

Ayant demandé un congé de deux ans en 1873, il rentra au quai d’Orsay, en 1875, comme secrétaire particulier du duc Decazes. En 1876, nommé secrétaire général du Sénat, il quitta définitivement les Affaires étrangères pour occuper ce poste qui lui permettait d’écrire, qu’il occupera jusqu’en 1901. C’est à ce titre qu’il est le greffier de la Haute Cour de justice, lors du procès du général Boulanger, en 1889, et celui de Déroulède, en 1899.

Parcours professoral En 1872, lors de la fondation de l'École libre des sciences politiques (Sciences Po), Albert Sorel est recommandé par Hyppolite Taine, ou selon les sources, par Imbert de Saint-Amand, au fondateur de l'école Émile Boutmy, pour dispenser le cours d’histoire diplomatique. Hésitant, se défiant de lui-même, il demanda conseil à Guizot qui lui dit : Sa première leçon, qui est le tout premier cours donné à Sciences Po, le , a beaucoup de succès. Après trois leçons, Taine lui dit : . Son cours était divisé en deux parties, chaque partie exigeant une année : d’abord, les rapports de la France avec l’Europe, de 1789 à 1815 ; puis de 1815 à 1882. Les notes et les cours de cette première partie formaient L’Europe et la Révolution française.

Lorsque Boutmy s'éteint en 1906, il laisse dans une instruction au conseil d'administration l'indication qu'Albert Sorel pourrait lui succéder, en précisant que son état de santé pourrait toutefois l'en empêcher. Le conseil passe outre cette mise en garde et propose à Sorel la direction de l'école, qui refuse. Son collègue Anatole Leroy-Beaulieu, également nommément désigné dans l'instruction de Boutmy, accepte la proposition.

Pensée Un théoricien des "frontières naturelles" Ses fonctions au Sénat lui permettent de travailler pendant près de trente ans à son grand œuvre, l’Europe et la Révolution française, histoire diplomatique de la Révolution dont les huit tomes seront publiés entre 1885 à 1904. Après avoir travaillé pendant dix ans dans les archives, s’appuyant en particulier sur une analyse minutieuse de documents diplomatiques, la plupart du temps inédits, datant des premières années de la Révolution, dont il publiera plusieurs comptes-rendus dans la Revue historique (). Les quatre premiers volumes s’étant succédé rapidement, il marqua une pause de seize ans avant la parution du cinquième volume. En 1904, l’Europe et la Révolution, à laquelle il avait consacré trente ans de sa vie, était enfin terminée.

Il y développe la thèse classique de la conquête des frontières naturelles comme fil conducteur de l’histoire française : Il s’agit, pour Sorel, de renouveler, dans cet ouvrage, le travail de Heinrich von Sybel, d’un point de vue moins restreint et avec un arrangement plus clair et plus serein de l’échiquier européenLouis Villat, La Révolution et l’Empire : (1789-1815), Paris, Presses universitaires de France, 1940, ., qui s’attache également à montrer à quel point les hommes sont les esclaves de la fatalité historique, qui a mené les plus irréfléchis des Conventionnels à renouer avec les traditions de l’Ancien Régime et à faire de la propagande révolutionnaire la poursuite de l’œuvre de Louis XIV au travers d’un système d’alliances et d’annexionsRevue d’histoire diplomatique, , 2008, .. Pour lui tout s’enchaîne ; nul fait historique, grand ou petit, qui ne puisse être expliqué, si l’on connaît bien le passé, les circonstances et les hommes.

Parallèlement à ce grand travail général, Sorel entreprend diverses études détaillées sur des sujets plus ou moins connexes. Dans La Question d’Orient au , les origines de la Triple Alliance (1878), il montre comment la partition de la Pologne a, d’une part, renversé la politique traditionnelle de la France en Europe de l'Est et, d’autre part, contribué au salut de la France républicaine en 1793.

Il rédige les ouvrages Montesquieu (Paris, Hachette, 1887, , Paris, Hachette, 1887, 176) et Germaine de Staël (Paris, Hachette, 1891, , Paris, Hachette, 1887, 216) pour la collection « Grands écrivains » des éditions Hachette. En 1896, il publie Bonaparte et Hoche en 1797, comparaison critique (Paris, E. Plon, Nourrit et , 1896, 340) Il a également préparé la partie traitant de l’Autriche (1884) du Recueil des instructions données aux ambassadeurs.

La plupart des articles qu’il a publiés dans la Revue des Deux Mondes, la Revue politique, la Revue bleue et le journal le Temps ont été rassemblés dans les Essais d’histoire et de critique (1883), les Lectures historiques (1894), les Nouveaux essais d’histoire et de critique (1898) et les Études de littérature et d’histoire (1901).

Distinctions

Albert Sorel est élu le à l’Académie des sciences morales et politiques, au fauteuil de Fustel de Coulanges. Le , il succède à Taine au fauteuil 25 de l’Académie française.

Il est officier de la Légion d’honneur (1885)Officier de la Légion d'honneur, sur base Léonore. Il venait juste d’obtenir de l’Institut de France le prix OsirisPrix Osiris. créé en 1889 par Daniel Iffla, lorsque le frappa la maladie qui devait l’emporterRevue scientifique, , Paris, Germer Baillière, 1915, ..

Hommages

Son nom a été donné en hommage : en 1907, à une avenue nouvellement créée à Caen ; en 1932, à une rue nouvellement créée de Paris dans le (rue Albert-Sorel).

L’Institut d'études politiques de Paris lui a dédié un amphithéâtre.

Deux plaques à sa mémoire sont apposées au rue de Vaugirard où il est mort le . Une sur la façade de l'immeuble et l'autre dans la cour intérieure.

Ouvrages Livres La Grande Falaise, 1785-1793, roman (1872) Le Traité de Paris du (1872) Le Docteur Egra, roman (1873) Une soirée à Sèvres pendant la Commune (1873) Histoire diplomatique de la guerre franco-allemande. 2 volumes, tirés de son cours à l’École libre des sciences politiques. (1875) Précis du droit des gens, avec Théophile Funck-Brentano. Texte en ligne sur Gallica. (1876) La Question d’Orient au : le partage de la Pologne, le traité de Kaïnardji (1877) Sur l’enseignement de l’histoire diplomatique (1881) De l’origine des traditions nationales dans la politique extérieure de la France (1882) Essais d’histoire et de critique : Metternich, Talleyrand, Mirabeau, Élisabeth et Catherine II, l’Angleterre et l’émigration française, la diplomatie de Louis XV, les colonies prussiennes, l’alliance russe et la restauration, la politique française en 1866 et 1867, la diplomatie et le progrès. Texte en ligne sur Gallica. (1883) Recueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France depuis la paix de Westphalie jusqu’à la Révolution française : Autriche. Texte en ligne sur Bibliothèque diplomatique numérique (1884) L’Europe et la Révolution française, 8 vol. , Les mœurs politiques et les traditions ; , La chute de la royauté ; , La guerre aux rois : 1792-1793 ; , Les limites naturelles : 1794-1795 ; , Bonaparte et le Directoire : 1795-1799 ; , La trêve, Lunéville et Amiens : 1800-1805 ; , Le blocus continental, le grand Empire : 1806-1812 ; , La coalition, les traités de 1815 : 1812-1815. (1885-1904) Montesquieu. Texte en ligne sur Gallica. (1887) Madame de Staël (1890) Lectures historiques : mémoires de soldats, le drame de Vincennes, Talleyrand et ses mémoires. Texte en ligne sur Gallica. (1894) Bonaparte et Hoche en 1797 (1896) Nouveaux Essais d’histoire et de critique (1898) Études de littérature et d’histoire (1901) Introduction au livre du centenaire du Code civil (1904) . — Réunit les discours de Léon Aucoc, Émile Gebhart, Étienne Hulot et Albert Sorel. Pages normandes (1907, posthume) Vieux habits, vieux galons (1921, posthume)

Articles , 1878, t. 6, , 1878, t. 6, , 1878 t. 7, , 1878 t. 7,

Notes et références

Annexes Bibliographie Gaston Paris, Penseurs et Poètes : James Darmesteter, Frédéric Mistral, Sully Prudhomme, Alexandre Bida, Ernest Renan, Albert Sorel, 1896 ; Louis Passy, Albert Sorel à la Société libre de l'Eure, souvenirs recueillis, Impr. de C. Hérissey et fils, 1909 ; En l'honneur d'Albert Sorel (collectif), Plon-Nourrit et , 1922 Fanny Hess, Albert Sorel als Historiker, 1932

Liens externes

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