thumb|T47 : Le Surcouf (en 1970, quelques mois avant son abordage. thumb|T53 : Le Duperré désarmé à Brest en 1993, dernier EE encore en service en 1992. thumb|T56 : La Galissonnière vers 1983.
Les escorteurs d’escadre (« EE » en abrégé) constituaient une série de dix-huit bâtiments de la Marine nationale française dérivés des contre-torpilleurs, de la famille OTAN des destroyers. Construits entre 1951 et 1960, ils constituaient trois variantes successives : douze classe T 47, puis cinq classe T 53 et enfin un classe T 56.
Ces bâtiments avaient initialement pour mission l'attaque à la torpille des bâtiments de surface et la protection antiaérienne (AA) et anti-sous-marine (ASM) des grandes unitésNote du 31 décembre 1947, la protection des convois étant dévolue à une classe de bâtiments plus petits, les escorteurs rapides. Beaucoup furent profondément modifiés au cours de leur carrière pour s'adapter à l'évolution des techniques et des menaces. Environ se succédèrent à leur bord entre 1955 et 1992.
C'est un escorteur d'escadre, le Maillé-Brézé qui devint, à Nantes, en 1988, le premier navire musée à flot de France.
Motifs de création et financement À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France ne disposait plus que de six contre-torpilleurs dans des états divers. Viendront s'y ajouter quatre destroyers d'origine allemande rétrocédés par le Royaume-Uni : Desaix, Kléber, Hoche et Marceau, ultérieurement rejoints par deux croiseurs légers italiens (Châteaurenault et Guichen) et quatre contre-torpilleurs d'origine italienne : Duchaffault, Duperré, Jurien de la Gravière et D'Estaing. L'ensemble de ces unités disparates et usées, au fonctionnement aléatoire, ne constituait qu'un expédient temporaire et ne répondait pas aux critères techniques d'une flotte moderne. Entre 1946 et 1948, plusieurs projets de construction de nouveaux bâtiments de guerre français virent le jour, dans l'optique d'une participation à des forces (Task Force) internationales.
En 1948, le début de la guerre froide et les prémices de la création de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) rendirent urgente la mise en chantier de bâtiments neufs et performants. Les besoins dans cette catégorie ont été estimés à pour répondre aux besoins nationaux et aux futures demandes de l'OTAN.
Les difficultés budgétaires de la France vont toutefois limiter ses possibilités d'investissement militaire et nécessiter l'aide des États-Unis. Basée sur le Mutual Defense Assistance Program, ce prêt pour la marine française se concrétisera par une participation financière du gouvernement américain de l'ordre du tiers des dépenses totales engagées entre 1950 et 1956Un certain nombre de bâtiments ont ainsi été directement transféré des États-Unis du Royaume-Uni et du Canada ; d'autres ont été construits en France sous contrat Off-Shore, essentiellement des dragueurs de mines mais aussi sept escorteurs rapides (ER) sur dix-huit, qui sont donc, à ce titre, restés propriété de l'US Navy, et lui ont été restitués à l'issue de leur service dans la marine. À ce titre les escorteurs d'escadre bénéficieront principalement d'équipements de télécommunications (radio) et de contre-mesures électroniques.Au cours des années 1960, quatre installations de missiles surface-air Tartar seront fournies pour quatre bâtiments, et dont une partie sera financée par le gouvernement des États-Unis.
Origine du nom Le premier type de bâtiment fut codifié T47, T pour Torpilleur et 47 pour l'année de conception. Les opérations navales durant la Seconde Guerre mondiale ayant mis en évidence le rôle essentiel des escortes de protection, c'est le terme « escorteur » qui est choisi par les Français pour ce nouveau type de bâtiment de guerre, se substituant aux précédentes catégories de « torpilleur » ou de « contre-torpilleur », qui sont définitivement abandonnées.
Le nom évoluera à plusieurs reprises, d'abord en « escorteur rapide », puis en « destroyer-escorteur de 1ère classe », et à nouveau « escorteur rapide » pour finalement, en 1955, se stabiliser définitivement en « escorteur d'escadre ». Le terme sera appliqué tout au long de leur existence aux trois types successifs. Toutefois, leur classification OTAN étant celle de « destroyer », ils porteront sur la coque un indicatif visuel européen commençant par la lettre D, allant de D621 à D638.
Types d'escorteurs d'escadre Les douze T47
vignette|Destroyer américain de la classe Gearing En 1946, débutèrent les premières études conjointes entre l'état-major de la Marine nationale et le service technique des constructions et armes navales (STCAN) pour concevoir des nouveaux bâtiments d'escorte dérivés des destroyers américains de la classe Gearing lancés à partir de 1944. De nombreuses modifications des caractéristiques et des choix d'armements éloignèrent rapidement du modèle américain initial et firent évoluer la demande vers un projet spécifique qui prit officiellement le nom de « T47 » dans un courrier n°17.770 de la STCAN en date du . Les contraintes diverses et les évolutions dans les choix aboutirent, le , au premier projet concret d'un « T47A », suivi le , de deux variantes, le « T47B » et le « T47C ». Après d'ultimes demandes du Conseil supérieur de la marine, c'est le projet « T47B », avec quelques variantes, qui est adopté au milieu de l'année 1949. Plusieurs modifications seront apportées au cours des constructions successives. En fait les besoins évoluèrent très vite et nécessitèrent des refontes profondes de la plupart des douze bâtiments de ce type pour les équiper de missiles spécialisés à la défense antiaérienne (AA) ou à la lutte contre les sous-marins (ASM).
Les cinq T53
Dans les années 1953-54, la mise en chantier des porte-avions Clemenceau et Foch a nécessité d'adapter la configuration des cinq escorteurs d'escadre prévus au budget 1953 pour une défense antiaérienne renforcée afin d'assurer leur protection. La base restera le type T47B mais avec des radars beaucoup plus performants et fiables. Les moyens de défense AA reposent sur la seule artillerie de et de , un lance-roquettes ASM de est installé en remplacement des deux tube lance-torpilles courts de l'avant. Les modifications demandées sur les T47 sont intégrées : un roof continu permet de relier l'avant à l'arrière et la passerelle est fermée.
Le T56 vignette|EE La Galissonnière en 1978 Le La Galissonnière (D638), unique escorteur d'escadre de ce type a été, dès sa construction fin 1958, conçu comme un bâtiment d'expérimentation pour mettre au point les équipements ASM des futures générations de bâtiments dédiés à cette fonction. Si sa coque et sa propulsion reprennent l'essentiel de celles des T47 et des T53, son armement est modernisé par rapport aux bâtiments précédents : les canons de 57 et de sont remplacés par deux tourelles simples de , un mortier ASM quadruple de complète l'armement anti-sous-marin, un sonar de coque et un sonar remorqué à basse fréquence remplacent les équipements haute fréquence, et surtout un missile ASM Malafon et une plate-forme pour hélicoptère lui fournissent des moyens d'action à grande allonge.
À la fin des années 1960, sa mission d'expérimentation ayant abouti, ce bâtiment a été intégré aux forces navales et aux escadres.
Caractéristiques générales communes Les superstructures et les équipements des escorteurs ont considérablement variés en fonction des types et des refontes successives. Toutefois les principales caractéristiques sont restées communes ou proches entre les différents bâtiments : longueur : ; largeur : ; déplacement en charge : de l'ordre de ; vitesse maximale : 33 à 34 nœuds ; Rayon d'action : à ; équipage : de , variable selon l'armement et les missions.
Construction Si des différences existent entre les trois types pour les équipements, l'armement et les aménagements, la construction de la coque demeure relativement identique. Seul l'arrière est un peu plus long et plus fin sur les T53, la différence étant encore plus marquée sur le T56 qui reçoit d'origine un sonar remorqué.
La coque est formée par (de A à Q, de l'avant à l'arrière), séparées par des cloisons étanches sans ouvertureSeule exception à cette règle, une porte étanche carrée en hauteur, percée dans la cloison joignant les zones P et Q, permettant d'accéder au local barre sans sortir sur le pont. joignant le fond au pont principal.
Propulsion vignette|Ligne d'arbre tribord et un de ses palier. Les escorteurs d'escadre étaient propulsés par deux turbines à vapeur équipées de réducteurs actionnant chacune une des deux lignes d'arbres. Elles étaient alimentées par deux groupes de deux chaudières produisant de la vapeur. Leur répartition à bord était la suivante : chaufferie avant, machine avant (ligne d'arbre tribord) , chaufferie arrière puis machine arrière (ligne d'arbre bâbord). Les circuits de vapeur étaient interconnectables, ce qui permettait de pouvoir alimenter les deux turbines avec une seule chaudière si nécessaire. La puissance totale développée était de . Deux types de turbines, ayant des caractéristiques proches, de marque Parsons et Rateau furent installés.
Alimentation électrique Elle était assurée par deux turbo-alternateurs de actionnés par la vapeur, complétés par deux diesels alternateurs de assurant la production d'électricité lorsque les chaudières étaient éteintes et le complément nécessaire lorsque le navire passait aux postes de combat. Sur le T56, la puissance des générateurs passe à respectivement et .
Gouvernail La commande hydraulique du gouvernail, située dans l'avant-dernière tranche du bâtiment, était assurée par deux moteurs actionnant deux pompes rotatives, commandant chacune deux des quatre vérins de chacun faisant pivoter la mèche du gouvernail. En cas d'avarie, une pompe à bras, actionnée par deux hommes, permettait de conserver le contrôle de la barre.
Qualités nautiques et performances Les escorteurs d'escadre étaient connus pour avoir de très bonnes qualités nautiques et une très bonne tenue à la mer, même par gros temps.
Bien que leur vitesse maximale officielle soit de 1 nœud représente 1 nautique à l’heure soit , la vitesse réelle obtenue en régime PMP (puissance maximale pratique) se situe entre EE Dupetit-Thouars le 12 mai 1955 et EE Bouvet le 10 février 1955. L'EE Maillé-Brézé détient le record absolu de vitesse pour avoir atteint () le en régime TFP (tous feux poussés).
On lit parfois des descriptions de caractéristiques passablement exagérées : . En fait les escorteurs d'escadre ont toujours souffert d'un problème d'étanchéité du fait des matériaux légers employés pour leurs superstructures. En outre, aucune coursive fermée ne permettant de relier l'avant à l'arrière sur les T47 avant leur refonte, la protection du personnel ne pouvait évidemment être assurée.
Armement Les escorteurs d'escadre ont été conçus pour la protection des convois et des grosses unités contre les avions et les sous-marins.
Défense anti-aérienne Au moment de leur conception, la défense anti-aérienne (AA) était constituée exclusivement, pour les T47 et T53 par : une tourelle double axiale AA de sur la teugue et une pseudo tourelle double AA de sur le roof devant la passerelle ; deux pseudo-tourelles doubles latérales de Bofors sur chaque bord derrière la seconde cheminée ; deux tourelles doubles axiales AA de sur le rouf et la plage arrière.
Canons de L'expérience acquise au cours de la Seconde Guerre mondiale a déterminé le choix par l'OTAN pour des canons d'un calibre de (5 pouces), d'une longueur de 57 calibres (), comme le standard pour l'artillerie navale des destroyers des pays membres. Le canon de est polyvalent, pouvant tirer contre la terre, anti-navires et anti-aérien.