thumb|Communes colorées selon leur population.
Le Pays basque (en basque : Euskal Herria ; en espagnol : País Vasco), soit le pays de la langue basque (l'), est un territoire de traditions, de cultures et d'histoire basque, terre traditionnelle du peuple autochtone des Basques dont la langue basque est actuellement parlée par 28,4 % de la population et comprise par 44,8 % sociolinguistique au Pays basque Nord (2016).. Appelé au Moyen Âge Vasconie et très probablement Cantabrie à l’époque romaine, il s'étend de l'Èbre à l'Adour, sur deux pays, l'Espagne principalement et la France, à cheval sur l'extrémité occidentale de la chaîne des Pyrénées, et est baigné par le golfe de Gascogne.
Il est difficile de préciser avec exactitude les contours d'Euskal Herria dont les frontières administratives ne coïncident pas toujours avec les frontières ethniques et culturellesPierre Letamendia, article « Basques » dans l'Encyclopædia Universalis, tome 2, , . Selon l'Académie de la langue basque, il s'agit des territoires de langue basque nommés en 1643 par l'écrivain Axular dans l'avant-propos de son livre GeroGero, bi partetan partitua eta berezia (1643) connu généralement comme Gero (Après en basque) a été sa seule œuvre. , à savoir les sept provinces basques traditionnelles (Zazpiak Bat) : le Labourd (Lapurdi), la Soule (Xiberoa), la Basse-Navarre (Baxe-Nafarroa), la Navarre (Nafarroa), la Biscaye (Bizkaia), l'Alava (Araba) et le Guipuscoa (Gipuzkoa).
Sur la base de cette définition, le Pays basque recouvre actuellement et compte trois millions d'habitantsRapport Gaindegia 2007: Indicateurs du Pays basque 2007 Statistiques les plus récentes sur la population totale, répartis en trois entités politiques distinctes : deux communautés autonomes espagnoles que sont la communauté autonome du Pays basque (dont les trois provinces, Alava, Guipuscoa et Biscaye, représentent 35 % du territoire et 70 % de la population totale) et la Navarre (plus de 50 % du territoire et 20 % de la population totale) qui forment le sud du pays basque ainsi qu'une portion du département français des Pyrénées-Atlantiques : le Pays basque français (le Labourd, la Basse-Navarre et la Soule représentent 15 % du territoire et 10 % de la population), représenté par la communauté d'agglomération du Pays Basque depuis janvier 2017.
Étymologie C'est à l'unité linguistique d'une grande partie de ses habitants que l'ensemble doit son nom. En basque, le nom du pays est aussi étroitement lié à celui de sa langue. Pays basque se traduit par Euskal Herria (Pays basque) = Euskararen Herria (le pays de la langue basque), et Basque par euskaldun = Euskara duena (celui qui possède la langue basque). Très peu de peuples se désignent et désignent leur pays par la connaissance de leur langue. Quant au mot , initialement orthographié « Euzkadi » et inventé par le père du nationalisme basque, Sabino Arana, au , il désigne la patrie basque. Les deux termes ont donc une portée différente. « Euskal Herria » est une notion plus géographique et culturelle, alors que « Euskadi » est une notion politique : elle désigne la nation basque. À l'heure actuelle, Euskadi est le nom basque de la Communauté autonome du Pays basque formée par les trois provinces : l'Alava, la Biscaye et le Guipuscoa (Araba, Bizkaia et Gipuzkoa en basque ; cf. infra).
Orthographe basque pour les territoires du Pays basque espagnol.
En février 2011, la séance plénière du Congrès des députés d'Espagne a changé la toponymie officielle des trois territoires de la Communauté autonome basque, qui sont désormais écrits de la façon suivante : Araba, Bizkaia, Gipuzkoaeitb.com du 15/02/2011, consulté le : 16/02/2011..
Histoire et réceptions de la notion de Pays basque
Des terres peuplées de Basques au territoire basque thumb|La carte linguistique des « sept provinces basques » de Louis Lucien Bonaparte en 1869.
L'expression « Terre des Basques » apparaît très précocement dans les textes en français, ainsi la lit-on déjà dans les « Chroniques » de Jean Froissart écrites dans la deuxième moitié du Au volume 9 des chroniques : « et lendemain se départirent et entrèrent en la terre des Bascles » . Jusqu'au , l'expression « Pays des Basques » est utilisée pour désigner des espaces d'étendue variable peuplés de Basques.
En basque, la formule Euskal Herria est attestée à partir du (chez Joanes Leizarraga en 1571). Comme pour les formes françaises, on désigne ainsi les régions peuplées de Basques. En 1643, le traité de religion Gero de Pedro de Axular, en langue basque, est le premier document connu qui décrit territorialement ce « Pays basque » en fournissant l'énumération des sept provinces qui le composent .
Une telle description géographique demeure isolée. On note une nouvelle énumération des sept provinces (désignées comme « pays particuliers ») constituant un Pays basque, cette fois en français sous la plume du chevalier de Béla dans son Histoire des Basques rédigée entre 1761 et 1766.
Au , l'expression « Pays basque » est désormais d'usage courant en françaisArticle País Vasco de l'Encyclopedia Auñamendi, encore que son sens varie selon le contexte : région de langue basque, territoire des sept provinces ou territoire des trois provinces basques de France. Pendant cette même période País Vasco reste rare en espagnol : les terres peuplées de Basques sont désignées comme Vascongadas, comme País Vasco- Navarro, País euskaro, par l'expression basque Euskal Herría intégrée à la langue espagnole (sous des orthographes variées : Euskal-Erria, escualherria…), ou tout simplement comme Señorío de Vizcaya.
Ainsi dans la deuxième moitié du , sous des appellations assez variées, le territoire composé des sept « provinces » traditionnelles est devenu un cadre conceptuel d'usage courant, bien au-delà des cercles nationalistes selon l'Académie de la langue basque. À titre d'exemple, on peut mentionner la carte des dialectes basques dressée en 1869 par Louis Lucien Bonaparte qui est intitulée : « Carte des sept provinces basques »Article Zazpiak Bat de l'Encyclopedia Auñamendi.
Il est a noter que les basques mexicains composent l'un des groupes européens les plus importants et les plus nombreux au Mexique. Ils sont en général originaires de Navarre, d'Euskadi ou d'Iparralde. C'est l'une des plus grandes diasporas basques au monde.
Variantes
Les « sept provinces » comme projet national Avec la montée en puissance du nationalisme basque, Sabino Arana invente un nouveau mot à la fin du : Euzkadi, la « patrie basque ». Désignant le même territoire que le « Pays basque », il fait plus que décrire la délimitation d'une région culturelle et sous-tend un projet politique pour ce territoire. Un autre terme basque, Zazpiak Bat (« les sept font un ») va fournir encore une autre façon, plus lyrique, de se référer à ce projet politique.
D'autres contours pour le pays des Basques On pourrait aussi définir le Pays basque à partir d'un critère purement linguistique, et en retirer notamment le sud de l'Alava et de la Navarre. Ce point de vue est courant voire majoritaire au ; ainsi à partir de cette définition la Grande Encyclopédie de Berthelot peut-elle écrire au que « ni Bayonne, ni Pampelune, ni Bilbao ne sont basques ». On retrouve encore ce mode de définition tardivement au comme dans Le Pays basque de Georges Viers, publié en 1969. Cette conception s'est toutefois essoufflée et n'est pratiquement plus défendue de nos jours, où l'identité basque est conçue comme transcendant largement la seule identité linguistique.
Plus anecdotique est le projet ultra-nationaliste de Federico Krutwig pour qui le Pays basque doit être une « grande Vasconie » incluant toutes les terres qui auraient été basques un jour : Gascogne, région de Jaca, la Rioja et la Bureba La carte de la « Grande Vasconie » figure dans . C'est ce qu'on dénomme en basque Orok Bat, qui signifie « Toutes unies »J.-P. Seilliez ; « Langue basque et enseignement », dans le Bulletin du musée basque, , 1980, ..
Oppositions
Côté français La validité du concept de « Pays basque » transnational, au sein duquel s'intègre le Pays basque français, ne pose guère question du côté nord de la frontière Eduardo J.Ruiz Vieytez et Markko Kallonen, Territorial Autonomy and European National Minorities: South Tyrol, Basque Country and Åland Islands, dans « European Yearbook of Minority Issues », 2 (2002/2003), Leiden, 2004.. L'inclusion dans le territoire du Pays basque de zones où la langue populaire était le gascon (surtout Bayonne) a pu être une question polémique jusqu'au-delà du milieu du : en 1922 le choix du nom à donner au « Musée basque et de la tradition bayonnaise » est l'objet de « vives discussions » avant d'aboutir à un « compromis »Panneau d'information présenté dans le musée., et en 1986 encore, Manex Goyhenetche juge nécessaire, dans son guide historique de Bayonne, de consacrer trois pages véhémentes à affirmer la basquitude de la ville contre « certains auteurs » selon lui « non dépourvus parfois de sentiments anti-basques ». Mais avec le temps, les représentations collectives évoluent et, comme le note Gisèle Carrière-Prignitz, même la rive droite de l'Adour, à Boucau et Saint-Esprit, est aujourd'hui « intégrée » au Pays basqueGisèle Carrère-Prignitz, « Représentations du Sud : enquête sociolinguistique au Pays basque et en Béarn », dans Gisèle Carrère-Prignitz, Véronique Duché-Gavet et Yves Landerouin (coord.), Les Pyrénées, une frontière ?, L'Harmattan, 2005, ; les voix regrettant cet état de fait semblent en ce début de être peu audiblesParmi une centaine de personnalités invitées à s'exprimer sur les enjeux de la création d'un département basque dans l'ouvrage collectif , une seule s'engage sur cette thématique : Jacques Betbeder, qui affirme : « Bayonne est loin d'être essentiellement basque » ()., même si Barbara Loyer estime que « cette représentation de l’identité basque de l’agglomération fâche ou inquiète une partie de la population ».
Côté espagnol : la question navarraise En revanche une partie significative de l'opinion publique espagnole et particulièrement navarraise refuse d'admettre la pertinence de ce concept de « Pays basque ». Le chef de l'opposition espagnole, Mariano Rajoy va jusqu'à déclarer, en avril 2006 : « La Navarre est la Navarre depuis des siècles, Euskal Herria n'existe pas » « Batasuna dice que 'no hay solución sin Navarra' y el Gobierno excluye el tema del debate », El Mundo, 26 avril 2006..
La Navarre, dont la partie sud n'est plus bascophone, est l'objet d'un sentiment d'identité régionale particulièrement marqué — à tel point qu'on parle de navarrisme. Son articulation avec l'identité basque n'est pas simple et surtout pas univoque, si bien qu'on peut parler aujourd'hui de navarrismes au pluriel : un navarrisme qualifié d'« espagnoliste » par ses adversaires – qui revendique son ancrage à l'Espagne et se construit en s'opposant aux revendications basquisantes – qui s'oppose à un navarrisme basquiste – qui voit dans le projet politique national basque le cadre le plus approprié pour l'épanouissement de l'identité navarraise, Miguel Izu, Diario de Noticias 7-2-2004..