Le créole du Cap-Vert est une langue originaire de l'archipel du Cap-Vert, en Afrique. C’est une langue créole à base lexicale portugaise, langue maternelle de presque la totalité des Capverdiens, et aussi utilisée comme deuxième langue parmi les descendants de Capverdiens dans d'autres pays.
Introduction
La désignation correcte de cette langue est « créole capverdien », mais dans l’usage quotidien elle est simplement appelée du nom de « créole » par ses utilisateurs. Le nom « capverdien » (cabo-verdiano en portugais, cabuverdiánu en créole capverdien) ou « langue capverdienne » (língua cabo-verdiana en portugais, língua cabuverdiánu en créole capverdien) a été proposé pour désigner la langue après sa standardisation.
Différences entre les créoles du Cap-Vert
Malgré l’exiguïté du pays, la situation d’insularité a fait que chaque île a développé sa propre façon de parler le créole. Chacune de ces façons propose un dialecte différent, mais les experts au Cap-Vert ont coutume de les appeler « variantes ». Ces variantes peuvent être regroupées en deux grandes variétés : au Sud, il y a les créoles de Sotavento, qui comprennent les variantes de Brava, Fogo, Santiago et Maio ; au Nord, il y a les créoles de Barlavento, qui comprennent les variantes de Boa Vista, Sal, São Nicolau, São Vicente et Santo Antão. Les autorités linguistiques du Cap-Vert considèrent le créole comme une langue unique, et pas comme neuf langues différentes.
Quelques caractéristiques des créoles de Sotavento : L’aspect imperfectif du passé est formé en liant la particule pour le passé ~ba au verbe: tâ + V+ba. Le pronom personnel pour la deuxième personne du pluriel est nhôs. La forme sujet du pronom personnel pour la première personne du singulier est représentée par une nasalisation. Ex.: m’ andâ prononcé /ƞ ɐ̃ˈdɐ/ au lieu de /m ɐ̃ˈdɐ/ « J’ai marché », m’ stâ tâ sintí prononcé /ƞ stɐ tɐ sĩˈti/ au lieu de /m stɐ tɐ sĩˈti/ « Je suis en train de sentir », m’ labába prononcé /ƞ lɐˈbabɐ/ au lieu de /m lɐˈbabɐ/ « J’avais lavé ». La forme objet du pronom personnel pour la première personne du singulier disparaît, mais nasalise la voyelle précédente. Ex.: lebâ-m’ prononcé /leˈbɐ̃/ au lieu de /leˈbɐm/ « emmène-moi », metê-m’ prononcé /meˈtẽ/ au lieu de /meˈtem/ «mets-moi », cudí-m’ prononcé /kuˈdĩ/ au lieu de /kuˈdim/ « réponds-moi », compô-m’ prononcé /kõˈpõ/ au lieu de /kõˈpom/ « arrange-moi », bumbú-m’ prononcé /bũˈbũ/ au lieu de /bũˈbum/ « mets-moi sur le dos ». Quelques caractéristiques des créoles de Barlavento : L’aspect imperfectif du passé est formé en liant la particule pour le passé ~va à l’actualisateur verbal tâ: táva + V. Le pronom personnel pour la deuxième personne du pluriel est b’sôt’. Les voyelles atones /i/ et /u/ disparaissent fréquemment. Ex.: c’mádr’ /kmadɾ/ au lieu de cumádri /kuˈmadɾi/ « commère », v’lúd’ /vlud/ au lieu de vilúdu /viˈludu/ « velours », c’dí /kdi/ au lieu de cudí /kuˈdi/ « répondre », tch’gâ /tʃɡɐ/ au lieu de tchigâ /tʃiˈɡɐ/ « arriver ». Vélarisation du son /a/ tonique (oral ou nasal) vers /ɔ/ dans des mots qui finissaient par le son /u/. Ex.: ólt’ /ɔlt/ au lieu de áltu /ˈaltu/ « haut », cónd’ /kɔ̃d/ au lieu de cándu /ˈkãdu/ « quand », macóc’ /mɐˈkɔk/ au lieu de macácu /mɐˈkaku/ « singe ». Le même avec des pronoms: b’tó-b’ /ptɔb/ au lieu de botá-bu /boˈtabu/ « te jeter ».
Comme quelques formes lexicales du créole capverdien peuvent être différentes selon chaque variante, les mots et les phrases dans cet article seront présentés dans un modèle de compromis, une espèce de « créole moyen » pour faciliter la compréhension et pour ne favoriser aucune variante. Chaque fois que ce sera nécessaire, la transcription phonémique (ou parfois la transcription phonétique) sera montrée immédiatement après le mot.
Pour le système d’écriture, consulter la section Système d’écriture.
D’un point de vue linguistique, les variantes les plus importantes sont celles de Fogo, Santiago, São Nicolau et Santo Antão, et n’importe quelle étude approfondie du créole doit considérer au moins ces quatre variantes. Ce sont les seules îles qui ont reçu des esclaves directement du continent africain, et les îles qui possèdent des caractéristiques linguistiques les plus conservatrices et les plus différentes entre elles.
D’un point de vue social, les variantes les plus importantes sont celles de Santiago et São Vicente, et n’importe quelle étude superficielle du créole doit considérer au moins ces deux variantes. Ce sont les variantes des deux plus grandes villes (Praia et Mindelo), les variantes avec le plus grand nombre d’utilisateurs, et les variantes avec une tendance glottophagiste sur les variantes voisines.
Différences entre les créoles du Cap-Vert :
Créole deFogo Créole deSantiago Créole deSão Nicolau Créole deSão Vicente Créole deSanto Antão Français Ês frâ-m’. [es fɾɐ̃] Ês flâ-m’. [es flɐ̃] Ês fló-m’. [es flɔm] Ês dzê-m’. [eʒ dzem] Ês dzê-m’. [eʒ dzem] Ils m’ont dit. Bú câ ê bunítu. [bu kɐ e buˈnitu] Bú câ ê bunítu. [bu kɐ e buˈnitu] Bô câ ê b’nít’. [bo kɐ e bnit] Bô câ ê b’nít’. [bo kɐ e bnit] Bô n’ ê b’nít’. [bo ne bnit] Tu n’es pas joli. M’ câ sabê. [ŋ kɐ sɒˈbe] M’ câ sâbi. [ŋ kɐ ˈsɐbi] M’ câ sabê. [m kɐ saˈbe] M’ câ sabê. [m kɐ saˈbe] Mí n’ séb’. [mi n sɛb] Je ne sais pas. Cumó’ qu’ ê bú nômi? [kuˈmɔ ke bu ˈnomi] ’Módi qu’ ê bú nómi? [ˈmɔdi ke bu ˈnɔmi] Qu’ manêra qu’ ê bô nôm’? [k mɐˈneɾɐ ke bo nom] Qu’ manêra qu’ ê bô nôm’? [k mɐˈneɾɐ ke bo nom] Qu’ menêra qu’ ê bô nôm’? [k meˈneɾɐ ke bo nom] Comment c’est ton nom? Bú podê djudâ-m’? [bu poˈde dʒuˈdɐ̃] Bú pôdi djudâ-m’? [bu ˈpodi dʒuˈdɐ̃] Bô podê j’dó-m’? [bo poˈde ʒdɔm] Bô podê j’dá-m’? [bo poˈde ʒdam] Bô podê j’dé-m’? [bo poˈde ʒdɛm] Est-ce que tu peux m'aider? Spiâ lí! [spiˈɐ li] Spía li! [spˈiɐ li] Spiâ li! [spiˈɐ li] Spiá li! [ʃpiˈa li] Spiá li! [ʃpiˈa li] Regarde ici! Ê’ cantâ. [e kɒ̃ˈtɐ] Ê’ cánta. [e ˈkãtɐ] Êl cantâ. [el kɐ̃ˈtɐ] Êl cantá. [el kɐ̃ˈta] Êl cantá. [el kɐ̃ˈta] Il/elle a chanté. Bú tâ cantâ. [bu tɐ kɒ̃ˈtɐ] Bú tâ cánta. [bu tɐ ˈkãtɐ] Bô tâ cantâ. [bo tɐ kɐ̃ˈtɐ] Bô tâ cantá. [bo tɐ kɐ̃ˈta] Bô tâ cantá. [bo tɐ kɐ̃ˈta] Tu chantes. M’ stâ cantâ. [ƞ stɐ kɒ̃ˈtɐ] M’ sâ tâ cánta. [ƞ sɐ tɐ ˈkãtɐ] M’ tâ tâ cantâ. [m tɐ tɐ kɐ̃ˈtɐ] M’ tí tâ cantá. [m ti tɐ kɐ̃ˈta] M’ tí tâ cantá. [m ti tɐ kɐ̃ˈta] Je suis en train de chanter. Screbê[skɾeˈbe] Scrêbi[ˈskɾebi] Screbê[skɾeˈbe] Screvê[ʃkɾeˈve] Screvê[ʃkɾeˈve] Écrire Gossím[ɡɔˈsĩ] Góssi[ˈɡɔsi] Grinhassím[ɡɾiɲɐˈsĩ] Grinhassím[ɡɾiɲɐˈsĩ] Grinhessím[ɡɾiɲeˈsĩ] Maintenant Pôrcu[ˈpoɾku] Pôrcu[ˈpoɾku] Pôrcu[ˈpoɾku] Tchúc’[tʃuk] Tchúc’[tʃuk] Cochon Conxê[kõˈʃe] Cônxi[ˈkõʃi] Conxê[kõˈʃe] Conxê[kõˈʃe] Conxê[kõˈʃe] Connaître Dixâ[diˈʃɐ] Dêxa[ˈdeʃɐ] D’xâ[tʃɐ] D’xá[tʃa] D’xá[tʃa] Laisser Dixâ-m’ quétu! [diˈʃɐ̃ ˈkɛtu] Dexâ-m’ quétu! [deˈʃɐ̃ ˈkɛtu] D’xó-m’ quêt’! [tʃɔm ket] D’xá-m’ quêt’! [tʃam ket] D’xé-m’ quêt’! [tʃɛm ket] Laisse-moi tranquille! Dôci[ˈdosi] Dóxi[ˈdɔʃi] Dôç’[dos] Dôç’[dos] Dôç’[dos] Sucré, doux Papiâ[pɒˈpjɐ] Pâpia[ˈpɐpjɐ] Papiâ[pɐˈpjɐ] Falá[fɐˈla] Falá[fɐˈla] Parler Cúrpa[ˈkuɾpɐ] Cúlpa[ˈkulpɐ] Cúlpa[ˈkulpɐ] Cúlpa[ˈkulpɐ] Cúlpa[ˈkulpɐ] Faute Nhôs amígu[ɲoz ɒˈmigu] Nhôs amígu[ɲoz ɐˈmigu] B’sôt’ amígu[bzot ɐˈmiɡu] B’sôt’ amíg’[bzot ɐˈmiɡ] B’sôt’ emíg’[bzot eˈmiɡ] Votre ami Scúru[ˈskuru] Sucúru[suˈkuru] Scúr’[skur] Scúr’[ʃkur] Scúr’[ʃkur] Foncé (couleur) Cárru[ˈkaru] Cáru[ˈkaɾu] Córr’[kɔʀ] Córr’[kɔʀ] Córr’[kɔʀ] Voiture Lébi[ˈlɛbi] Lébi[ˈlɛbi] Lêb’[leb] Lêv’[lev] Lêv’[lev] Léger
Pour d’autres exemples consulter la .
Origines
L’histoire du créole capverdien est difficile à retracer et cela est dû, d’abord, au manque de documents écrits dès les commencements du créole, ensuite à l’ostracisme auquel le créole a été voué pendant l'hégémonie de l’administration portugaise.
Il existe à présent trois théories à propos de la formation du créoleSantos, Carlos, «Cultura e comunicação: um estudo no âmbito da sociolinguística». La théorie eurogénétique défend que le créole a été formé par les colonisateurs portugais, en simplifiant la langue portugaise de façon à la rendre accessible aux esclaves africains. C’est le point de vue de certains auteurs comme Prudent, Waldman, Chaudesenson, Lopes da Silva. La théorie afrogénétique défend que le créole a été formé par les esclaves africains, en se servant des grammaires de langues de l’Afrique occidentale, et en remplaçant le lexique africain par le lexique portugais. C’est le point de vue de certains auteurs comme Adam, Quint. La théorie neurogénétique défend que le créole s’est formé de manière spontanée, non pas par les esclaves venus du continent africain, mais par la population née dans les îles, utilisant des structures grammaticales qui seraient innées et que tout être humain semblerait posséder en lui. C’est le point de vue de certains auteurs comme Chomsky, Bickerton, qui expliquerait pourquoi les créoles localisés à des kilomètres de distance présentent des structures grammaticales similaires, même si ces créoles sont de base lexicale différente. Le mieux que l'on puisse dire, à ce jour, est qu’aucune de ces théories n'a été exclusivement prouvée.
Selon A. CarreiraCarreira, A. (1982), le créole capverdien se serait formé à partir d’un pidgin de base portugaise, sur l’île de Santiago au . Ce pidgin aurait ensuite voyagé jusque sur la côte de l’Afrique occidentale à travers des lançados. C'est alors que ce pidgin aurait divergé en deux proto-créoles : l’un qui serait la base de tous les créoles du Cap-Vert, un autre qui serait la base du créole de Guinée-Bissau.
En regroupant les documents sur la colonisation des îles et des comparaisons linguistiques, il est possible d'arriver à quelques conclusions. La propagation du créole capverdien dans les diverses îles a été faite en trois tempsPereira, D. (2006) : Dans un premier temps, les îles colonisées furent Santiago (deuxième moitié du ) puis Fogo (fin du ). Dans un deuxième temps, les îles colonisées furent São Nicolau (surtout dans la deuxième moitié du ) puis Santo Antão (surtout dans la deuxième moitié du ) Dans un troisième temps, les autres îles furent alors colonisées par des habitants venus des premières îles citées plus haut : Brava a été colonisée par des habitants de Fogo (surtout au début du ), Boavista par des habitants de São Nicolau et Santiago (surtout dans la première moitié du ), Maio par des habitants de Santiago et Boavista (surtout dans la deuxième moitié du ), São Vicente par des habitants de Santo Antão et São Nicolau (surtout au ), Sal par des habitants de São Nicolau et Boavista (surtout au ).
Situation actuelle
Bien que le créole soit la langue maternelle de presque la totalité de la population du Cap-Vert, le portugais est encore la langue officielle. Comme le portugais est utilisé dans la vie quotidienne (à l’école, à l’administration, dans les actes officiels, dans les rapports avec d’autres pays, etc.), le portugais et le créole capverdien cohabitent et les pays connaît une situation de diglossieDuarte, D. A. (1998). En raison de cette présence du portugais, un processus de décréolisation est en cours dans toutes les variantes, ainsi que le montre le texte suivant : Variante de Santiago :
Variante de São Vicente :
Traduction portugaise :
Traduction française :
Dans ce texte, on peut noter plusieurs situations de décréolisation / intromission du portugais : cú quêm / c’ quêm — ordre des mots du portugais com quem; encôntra / encontrá — lexique portugais, en créole átcha / otchá serait plus commun ; priocupáda — lexique portugais, en créole fadigáda serait plus commun; púrqui / púrq’ — lexique portugais, en créole pamódi / pamód’ serait plus commun ; sês minínus / sês m’nín’s — influence du portugais (marque du pluriel sur les deux mots) ; procurâ-’s / procurá-’s — lexique portugais, en créole spiâ-’s / spiá-’s serait plus commun; olhâ-’s / olhá-’s — phonétique du portugais (intromission du phonème /ʎ/); quí / qu’ — lexique portugais, la conjonction intégrante en créole, c’est ’mâ;