vignette|right|Illustration du livre Le principe anarchiste de Pierre Kropotkine, 1913. thumb|, Jakarta, Indonésie. vignette|right|Dans une manifestation à Londres le : .

En 1840, dans lhistoire de l'anarchisme, Pierre-Joseph Proudhon est le premier théoricien qui revendique explicitement la qualité d' « anarchiste ». En 1841, parait en France, le premier journal communiste libertaire, L'HumanitaireSelon l'historien Max Nettlau cité par .. En 1850, Anselme Bellegarrigue publie L'Anarchie, journal de l'ordre. En 1857, Joseph Déjacque crée le néologisme libertaire pour affirmer le caractère égalitaire et social de l'anarchisme naissant.

Mouvement international, l'anarchisme est pendant la première moitié du dans certains pays, un mouvement social de masse au travers de l'anarcho-syndicalisme et du socialisme libertaire.

Définitions L'anarchisme est souvent défini comme une philosophie politique opposée à l'organisation de la société sous la forme d'un État, considéré comme une institution inutile ou nuisible.

L'anarchisme s'oppose radicalement à toute forme d'autorité ou de hiérarchie dans l'ensemble des organisations sociales. Les anarchistes, préconisent une société sans État basée sur l'association libre des individus et leur coopération volontaire grâce à l'autogestion fédérative.

L'anarchisme moderne est issu de la pensée laïque ou religieuse des Lumières. C'est un mouvement pluriel qui embrasse l'ensemble des secteurs de la société. L’anarchisme est un concept philosophique, mais c’est également ..

En 1928, Sébastien Faure, dans La synthèse anarchiste définit quatre grands courants qui cohabitent tout au long de l'histoire du mouvement : l'individualisme libertaire qui insiste sur l'autonomie individuelle contre toute autorité ; le socialisme libertaire qui propose une gestion collective égalitariste de la société ; le communisme libertaire, qui de l'aphorisme « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » créé par Louis Blanc, veut économiquement partir du besoin des individus, pour ensuite produire le nécessaire pour y répondre ; et l'anarcho-syndicalisme, qui propose une méthode, le syndicalisme, comme moyen de lutte et d'organisation de la société.. Depuis de nouvelles sensibilités se sont affirmées, tels l'anarcha-féminisme, l'écologie sociale ou l'anarcho-transhumanisme.

Pour Vivien Garcia dans L'anarchisme aujourd'hui (2007), l'anarchisme .

Précurseurs de l'anarchisme

thumb|right|Diogenes par John William Waterhouse. Pour de nombreux théoriciens de l'anarchisme, l'esprit libertaire remonte aux origines de l'humanité. À l'image des Inuits, des Pygmées, des Guaranis., des Santals, des Tivs, des Piaroas ou des Merinas, de nombreuses sociétés fonctionnent, parfois depuis des millénaires, sans autorité politique (État ou police). ou suivant des pratiques revendiquées par l'anarchisme comme l'autonomie, l'association volontaire, l'auto-organisation, l'aide mutuelle ou la démocratie directe..

Les premières expressions d'une philosophie libertaire peuvent être trouvées dans le taoïsme et le bouddhisme. Au taoïsme, l'anarchisme emprunte le principe de non-interférence avec les flux des choses et de la nature, un idéal collectiviste et une critique de l'État ; au bouddhisme, l'individualisme libertaire, la recherche de l'accomplissement personnel et le rejet de la propriété privée.

Une forme d’individualisme libertaire est aussi identifiable dans certains courants philosophiques de la Grèce antique, en particulier dans les écrits épicuriens, cyniques et stoïciens.

Certains éléments libertaires du christianisme ont influencé le développement de l'anarchisme. À partir du Moyen Âge, certaines hérésies et révoltes paysannes attendent l'avènement sur terre d'un nouvel âge de liberté. Des mouvements religieux, à l'exemple des hussites ou des anabaptistes s'inspirèrent souvent de principes libertaires..

En 1534, dans Gargantua., François Rabelais décrit l'Abbaye de Thélème, une utopie imaginaire dont la devise est « Fais ce que voudras » et où les moines sont libérés de l'obéissance à une discipline et à une hiérarchie : ..

Quelques années plus tard, dans les années 1550, l'étudiant en droit, Étienne de La Boétie écrit son Discours de la servitude volontaire, dans lequel il affirme que la tyrannie résulte de la soumission volontaire et où il pose la question de la légitimité de toute autorité : ..

Remonter si loin dans l'histoire n'est pas sans risque d'anachronisme ou d'idéologie. C'est donner une définition extrêmement vague de l'anarchisme sans tenir compte des conditions historiques et sociales de l'époque des faits. Il faudra attendre la Révolution française pour découvrir des aspirations ouvertement libertaires chez des auteurs comme Jean-François Varlet, Jacques Roux, Sylvain Maréchal ou William Godwin.

Les Enragés dans la Révolution française

thumb|upright|Sylvain Maréchal. thumb|upright|Gracchus Babeuf.

Plusieurs idées et tendances libertaires émergent dans les utopies françaises et anglaises de la Renaissance et du siècle des Lumières.. En France, en Allemagne, en Angleterre ou aux États-Unis, les idées anarchistes se diffusent par la défense de la liberté individuelle, les attaques contre l'État et la religion, les critiques du libéralisme et du socialisme. Certains penseurs libertaires américains comme Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson et Walt Whitman, préfigurent l’anarchisme contemporain de la contre-culture, de l'écologie, ou de la désobéissance civile..

Pendant la Révolution française, le mouvement des Enragés s'oppose au principe jacobin du pouvoir de l'État et propose une forme de communisme. L'un de ses porte-paroles, Jacques Roux, surnommé « le curé rouge », critique la notion de propriété, multiplie les attaques contre les riches, justifie les pillages de boutiques, les qualifiant de restitutions..

En 1793, il écrit dans son Adresse à la Convention nationale, également connue sous le nom de Manifeste des Enragés : . et il poursuit : ..

En 1794, Jean-François Varlet, théoricien du mandat impératif, écrit dans la brochure L'explosion : ..

Une pensée reprise, en 1885, par Kropotkine dans Paroles d'un révolté, le gouvernement et la révolution sont incompatibles, le premier étant synonyme d'oppression et la seconde consistant à supprimer l'État, par conséquent, .. Et reprise en écho, en 1951, par Albert Camus dans L'Homme révolté : « Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct. Il implique contradiction, dit Proudhon, que le gouvernement puisse être jamais révolutionnaire et cela par la raison toute simple qu’il est gouvernement »..

Pour Henri Arvon et Jean Maitron, la première réaction « anti-étatiste » est sans doute la « Conjuration des Égaux », en 1796, animée par Gracchus Babeuf et Sylvain MaréchalDictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, « Le Maitron » : notice biographique., et visant à substituer à l'égalité politique, une véritable égalité réelle. ..

Au cours de l'été 1841 parait L'Humanitaire, journal communiste et matérialiste qui se réclame de Sylvain Maréchal. Il est, selon Max Nettlau, ...

William Godwin et l'élaboration du bonheur collectif thumb|left|140px|William Godwin.

En 1793, William Godwin publie Enquiry concerning Political Justice, and its Influence on General Virtue and Happiness (Enquête sur la justice politique et son influence sur la vertu et le bonheur en général). Il écrit : .. Pour lui, la propriété contrarie le libre développement des individus, elle doit donc être remplacée par une distribution équitable des biens. Le droit doit être fondé sur .

Bien que n'utilisant pas le terme, William Godwin est un gradualiste plutôt qu'un révolutionnaire. Non-violent, traumatisé par les excès de la Terreur durant la Révolution française à laquelle il adhère, il pense que chaque individu moral est partie prenante de l'élaboration du bonheur collectif. La réalisation de son idéal de justice universelle est un processus progressif conjuguant à la fois des réformes sociales et le perfectionnement personnel de chacun..

Pour Pierre Kropotkine dans La Science Moderne et l'Anarchie, William Godwin est ...

Max Stirner et l'individualisme thumb|right|Portrait de Max Stirner (vers 1842).

En 1845, Max Stirner publie L'Unique et sa propriété (Der Einzige und sein Eigentum) qui devient la référence théorique fondatrice de l'anarchisme individualiste...

Apologie du moi individuel comme valeur suprême, il pourfend tout ce qui peut aliéner sa soif de liberté et d'absolu : État, religion, parti et même révolution : .. Pour Stirner, l'homme est unique, c'est-à-dire rebelle à toute intégration politique et sociale..

Stirner veut rendre à l'homme sa liberté et restaurer la souveraineté et l'autonomie de l'Unique. Il prône l'égoïsme total, en faisant de tout sa propriété, en se plaçant au-dessus de tout : . Pour lui, l'« Homme » est une généralité abstraite qui n'épuise pas l'individualité de chacun, car chacun est unique, et par là, il est « plus qu'homme ». Stirner affirme, « Je suis unique et indicible » : l'Unique est pour chacun, lui-même, en tant que l'individu vivant et unique qu'il est.

L'Unique est souverain, il ne s'aliène à aucune personne, ni à aucune idée, et considère l'ensemble du monde comme sa propriété dans le sens où il s'approprie tout ce que son pouvoir lui permet de s'approprier. À la différence des rapports d'autorité de la société, rapports forcés et placés sous le signe de la soumission à la loi, à l'État, Stirner envisage pour refonder la vie sociale, un associationnisme libre et volontaireNormand Baillargeon, L'Ordre moins le pouvoir. Histoire et actualité de l'anarchisme, Éditions Agone, 2008, ., auquel nul n'est tenu, une association d'égoïstes. où la cause n'est pas l'association mais celui qui en fait partie. Cette association n'est pas, pour l'Unique, une soumission, mais une multiplication de sa puissance.

On peut lire dans l'Encyclopédie anarchiste (1925-1934) : ... Tout au long de son histoire, le mouvement libertaire est jalonné par des individualistes, notamment en France à la Belle Époque. On peut citer : Han Ryner, Anselme Bellegarrigue, Émile Armand..

Pierre-Joseph Proudhon et le mutuellisme thumb|right|Pierre-Joseph Proudhon.

Pierre-Joseph Proudhon est le premier qui se qualifie explicitement d'« anarchiste »Encyclopædia Britannica : I am an anarchist et Property is theft!.. : .

En 1840, il publie Qu'est-ce que la propriété ? ou Recherche sur le principe du Droit et du Gouvernement où il défend l'idée que .. Pour Proudhon, il ne peut y avoir de propriété sans un système étatique perfectionné. Ainsi, loin d'être une évidence naturelle de l'individu, la propriété est une relation sociale qui ne peut être justifiée dans son principe ou son origine. Il n'y a alors pas de différence de nature entre la contrainte exercée par un « propriétaire » ou un employeur et celle exercée par un « voleur », seulement une différence de forme. Pour lui, c'est l'usage d'un bien qui crée le droit de possession et non sa propriété. D'autant que les différences sociales s'amplifient naturellement au fil des générations, notamment par le processus de l'héritage.

En 1866, dans Théorie de la propriété, il affirme que , précisant que quand il écrit « la propriété, c'est le vol », il est compris à contre-sens : il désigne en fait ceux qui tirent un revenu du travail des autres, sans travailler eux-mêmes. Pour lui, la . Ainsi, , Frederick Copleston, Social Philosophy in France, A History of Philosophy, Volume IX, Image/Doubleday, 1994, ..