La bataille de Corydon est un combat qui eut lieu le au sud de Corydon, qui était à l'époque la capitale de l'État américain de l'Indiana et le siège de comté d'Harrison. L'attaque eut lieu durant le raid de Morgan, pendant la guerre de Sécession : une force comprenant cavaliers envahit l'Union pour soutenir la campagne de Tullahoma. Ce fut la seule bataille rangée qui advint dans l'Indiana durant la guerre de Sécession ; aucune autre bataille n'a eu lieu dans l'État depuis.
Comme la nouvelle de l'arrivée prochaine d'un raid se répandait dans la région, le gouverneur de l'Indiana Oliver P. Morton fit appel à la milice de l'État, la Légion de l'Indiana, pour organiser la défense. Ne connaissant pas la taille de la force d'invasion, quatre compagnies des et de la Légion, soit environ cent hommes, essayèrent d'empêcher les Confédérés de traverser la rivière Ohio vers l'Indiana ; ils furent vaincus par des forces d'artillerie supérieures qui causèrent deux morts. Les miliciens battirent retraite vers le nord, où ils rejoignirent la troupe principale du , que commandait le colonel Lewis Jordan. Avec l'aide des citadins, ils construisirent des parapets pour former une ligne défensive au sud de Corydon. Malgré les promesses de renforts données par les commandants de la Légion régionale de New Albany, seulement 450 hommes, en majorité des locaux, défendirent la ville.
Les Confédérés approchèrent depuis le sud, leur avant-garde composa une ligne de bataille et se lança dans un assaut frontal et une attaque de flanc manquée contre l'aile est des troupes de la Légion. Les renforts et l'artillerie confédérés arrivèrent ensuite, ce qui donna aux attaquants une forte supériorité numérique. À l'aide de l'artillerie, un mouvement en tenaille obligea la Légion à abandonner sa position pour éviter d'être encerclée. Les miliciens tentèrent de fuir la ville, mais une grande partie d'entre eux fut capturée ; d'autres, parmi lesquels le colonel Jordon, se regroupèrent dans le centre-ville. Les confédérés prirent possession des fournitures d'intendance de la Légion au bord de la ville et tirèrent deux coups de semonce vers le centre-ville, qui convainquirent Jordan que continuer la résistance serait futile. Il capitula donc avec ses troupes.
La bataille causa plus de victimes (environ le double) du côté de la cavalerie confédérée que de celui des miliciens, mais elle fut remportée par les attaquants et permit au brigadier-général John Hunt Morgan de sécuriser le ravitaillement et le financement du raid avant de le poursuivre dans l'Indiana et l'Ohio. Le retard qu'elle causa se révéla cependant crucial par la suite, puisqu'il permit aux forces de l'Union qui poursuivaient les troupes du raid de les capturer.
Prélude
À la suite du raid du colonel confédéré Stovepipe Johnson sur Newburgh (Indiana) en 1862, le gouvernement fédéral envoya un régiment de cavalerie régulière dans le centre-sud de l'Indiana pour assurer sa défense ; ces troupes patrouillèrent pendant plusieurs mois près de la frontière, et, puisqu'aucun nouveau raid ne se produisait, furent déplacées en , laissant la protection de la région à la milice locale.
L'avancée dans le Kentucky
Le , le brigadier-général John Hunt Morgan, alors stationné dans le Tennessee, membre de la Confédération, conduisit vers le nord une division de cavalerie comprenant deux brigades, soit au total environ , et deux batteries d'artilleriesL'artillerie de Morgan était composée de deux canons Parrotts de et de deux obusiers de . (). Il passa tout d'abord par le Kentucky pour perturber les communications de l'Armée du Cumberland (l'une des principales armées de l'Union) au profit de l'Armée du Tennessee confédérée du général Braxton Bragg dans le cadre de la campagne de Tullahoma. Bragg avait ordonné à Morgan d'attaquer toutes les localités de son choix dans le Kentucky, mais de ne pas traverser la rivière Ohio, qui marquait l'entrée du territoire de l'Union. Bragg s'inquiétait d'un trop grand éloignement de Morgan par rapport à l'armée principale, qui l'empêcherait d'avoir le soutien immédiat de ses troupes s'il faisait appel à lui. Mais Morgan prévoyait déjà d'ignorer ces ordres : il avait envoyé des éclaireurs sonder le terrain au-delà de la rivière avant de quitter le TennesseeHowtzer, p. 12. La colonne de Morgan, après avoir traversé la Cumberland à Burkesville (Kentucky), avança vers la rivière Green ; le , elle est accrochée à Tebbs Bend, près de la Green, par un régiment de l'Union. Morgan surprit et captura la garnison de Lebanon, puis chevaucha vers le nord par Springfield, Bardstown et GarnettsvilleSenour, p. 111Howtzer, pp. 13–41.
thumb|upright|left|Le Brig. Gen. confédéré John Hunt Morgan.
Les hommes de Morgan transmirent des messages contradictoires sur les lignes télégraphiques de l'Union pour masquer l'effectif et la destination de la colonne. La plupart des officiels de l'Union crurent qu'il allait attaquer Louisville ; toutefois, par précaution, le gouverneur de l'Indiana, Oliver P. Morton, télégraphia à l'ensemble de la milice de l'État, la Légion de l'Indiana, l'ordre de se rendre au sud de la National Road.
L'après-midi du des éclaireurs confédérés entrèrent à Brandenburg où ils avaient rendez-vous avec le capitaine , qui prit leur commandementHowtzer, p. 42. Hines avait conduit une mission de reconnaissance dans l'Indiana à la recherche de sympathisants de la Confédération, afin de préparer le prochain raid de Morgan. Il n'avait pas trouvé les soutiens espérés, et avait été pourchassé par des éléments des et de la Légion de l'Indiana, qui tuèrent trois de ses hommes et en capturèrent quelques autres avant que le reste puisse s'échapper dans le Kentucky. Depuis, il avait attendu l'arrivée de Morgan dans les environs de Brandenburg. Du fait de pluies récentes, la rivière Ohio était en crue ; passer à gué était par conséquent impossible, et la traverser nécessitait de sécuriser des bateaux pour transporter les troupes. Sous la direction de Hines, les Confédérés firent une embuscade pour s'emparer du navire à vapeur John T. McCombs, pendant qu'il accostait à Brandenburg pour apporter le courrierLe J.T. McCombs est aussi appelé dans les sources T.J. McCombs (Wolfe 1863), John B. McCombs (Walsh 2006, Brandenburg historical marker), J.T. McCombs (Senour 1865), John T. McCombs (Matthews 2005) et J.T. McCoombs (Terrell 1867). Le McCombs était géré par le capitaine Ballard, un ami du colonel Duke, le commandant en second de Morgan. La famille de Duke avait utilisé le McCombs à des fins commerciales avant le début de la guerre. (Matthews 2005 op. cit.). Ce seul navire serait insuffisant pour assurer le transport rapide de toute la division sur l'autre rive ; afin de capturer d'autres bateaux, le McCombs simula un appel de détresse qui attira le vaisseau à vapeur et à roues rapide Alice Dean. Tandis que celui-ci passait le long du McCombs, sans suspicion, les Confédérés jaillirent de leur cachette et montèrent à l'abordage de l’Alice Dean. Ramenant les deux vaisseaux vers la rive, ils relâchèrent l'équipage et les passagers au moment où Morgan arrivait avec le gros des troupes. Certains passagers parvinrent à s'enfuir de la ville et envoyèrent aux commandants de l'Union à Louisville la nouvelle de l'occupation de Brandenburg par les Confédérés.
Bataille de Brandenburg Crossing
Les commandants de la milice de l'Indiana apprirent la nouvelle de la prise par Morgan de Brandenburg (située à seize kilomètres au sud de Croydon), et son intention de traverser la rivière pour arriver en Indiana, grâce à un télégramme des commandants de l'armée régulière stationnés à Louisville. Toutes les routes menant vers le nord que Morgan était susceptible de prendre se croisaient à Corydon. Des demandes urgentes de renforts furent envoyées depuis la ville dans toutes les directions. Les commandants situés à New Albany promirent en retour d'envoyer un millier d'hommes ; d'autres compagnies situées dans les environs du comté de Harrison se regroupèrent aussitôt et commencèrent à avancer vers Corydon. Trois compagnies du de la Légion de l'Indiana en garnison à Mauckport et comprenant environ une centaine d'hommes, se dirigèrent vers Morvin's Landing, sur la rive nord de la rivière, en face de Brandenburg, pour s'opposer à la traversée de Morgan. Une compagnie de trente hommes du de la Légion de l'Indiana, basée à Leavenworth et commandée par le capitaine G.W. Lyon, rejoignit Morvin's Landing, de nuit, sur le Lady Pike. Ils apportèrent avec eux un canon de , qu'ils utilisaient dans leur ville pour les cérémonies et qui avait été sorti et apprêté une semaine plus tôt en raison de la célébration du ; ils le déployèrent, camouflé, sur un petit promontoire situé en face d'une cabane en rondins abandonnée.
thumb|right|Panneau historique à Morvin's Landing, près de Mauckport.
Le matin du , le capitaine Lyon ouvrit le feu sur le Alice Dean ; ses hommes n'avaient jusqu'alors tiré au canon qu'à l'occasion de commémorations et ne savaient pas exactement commencer viser correctement. Deux coups furent tirés ; le second toucha le pont supérieur du McCombs, passa à travers le navire et atterrit près d'un groupe de Confédérés situé près de la berge, blessant l'un d'euxLa rivière Ohio mesure aujourd'hui de large à cet endroit, parce que des barrages ont été construits ; en 1863, elle ne faisait que de large. Les deux meilleurs canons de Morgan pouvaient aisément toucher des cibles distantes de (Howtzer, p. 52). Alors que le bombardement commençait, le prévôt John Timberlake arriva sur les lieux depuis Corydon avec une petite compagnie de renforts et prit le commandement. Timberlake, qui était colonel dans l'armée régulière, croyait que les forces de Morgan étaient restreintes, et décida de concentrer les tirs sur la cavalerie plutôt que sur les bateaux. Mais avant que le canon pût avoir choisi ses nouvelles cibles, l'artillerie confédérée, supérieure, avait été mise en place et bombardait les positions des miliciens depuis une position plus élevée sur l'autre berge. Le brouillard matinal dense qui régnait sur la vallée obligeait les Confédérés à tirer plus ou moins à l'aveuglette. Leur premier tir atterrit à peu de distance des positions de la Légion ; le deuxième, derrière eux, sur la cabane, qu'il rasa. Les Légionnaires envoyèrent en réponse un troisième obus qui avait été déjà chargé dans le canon, puis fuirent dans la forêt. Tandis qu'ils montaient la colline et s'approchaient des arbres, ils furent révélés à l'artillerie confédérée, qui commença à pilonner la forêt. L'un des obus lancés toucha un rondin dans lequel se trouvaient deux miliciens qui s'étaient arrêtés pour se reposer ; ils furent mortellement blessés. Le reste des défenseurs s'enfuit dans les bois pendant que les Confédérés continuaient à bombarder le lieu de débarquement.