Lao Tseu ou Lao-Tseu, Laozi ou Lao Zi (), plus communément appelé en Chine (), de son vraiL'identité historique de Laozi est encore controversée, voir paragraphe "Sources du Laozi historique". nom Li Er (), aurait été un sage chinois et, selon la traditionShiji, Biographie de Laozi sur guoxue.com ; texte d'origine en bleu, commentaires ultérieurs en rose, un contemporain de Confucius (milieu du – milieu du , fin de la période des Printemps et Automnes). Il est considéré a posteriori comme le père fondateur du taoïsme. Il serait né dans le pays de Chu du royaume des Zhou et serait parti pour une retraite spirituelle vers l’ouest de la Chine actuelle avec une destination inconnue. Les informations historiques le concernant sont rares et incertaines et sa biographie se développe à partir de la dynastie Han, essentiellement à partir d’éléments surnaturels et religieux ; quelques chercheurs sceptiques estiment depuis la fin du qu'il s’agit d’un personnage fictif ou composite, et non proprement historiqueWilliam Boltz, “993. “Lao tzu Tao te ching.” In Early Chinese Texts: A Bibliographical Guide, ed. Michael Loewe. Berkeley: University of California, Institute of East Asian Studies. (1993) .

Le Tao Tö King (Livre de la Voie et de la Vertu) que la tradition lui attribue est un texte majeur du taoïsme, considéré comme important par d'autres courants également. Lao Tseu est considéré par les taoïstes comme un dieu () et comme leur ancêtre commun.

Il est représenté comme un vieillard à la barbe blanche, parfois monté sur un buffle.

Mythe ou personnage réel ?

Image traditionnelle L’image la plus courante de Lao Tseu en fait un personnage extraordinaire. Conçu miraculeusement par le passage d’une comète ou l’ingestion par sa mère d’une prune (li, nom de famille qui lui est généralement attribué) magique, il naît avec des cheveux blancs et une barbe, d’où son surnom d’ancien (lao), et des oreilles aux lobes très longs, signe de sagesse. Archiviste à la cour des Zhou et contemporain de Confucius qui le reconnaît, selon le Zhuangzi, comme un maître et un être extraordinaire., il finit par quitter le pays âgé d’au moins 60 ans, lassé des dissensions politiques. Il part vers l’ouest monté sur un buffle ; arrivé à la passe qui marque la frontière, il rédige le Daodejing (Livre de la Voie et de la Vertu) à la demande du gardien Yin Xi puis continue son voyage. Selon la croyance populaire il ne meurt pas mais se réincarne, réapparaissant sous différentes formes pour transmettre le TaoLivia Kohn Daoism Handbook (Handbook of Oriental Studies / Handbuch der Orientalisk - Part 4: China, 14). Boston: Brill Academic Publishers. .

Sources du Lao Tseu historique Au , l’ouvrage légiste Hanfeizi est le premier à attribuer la paternité du Daodejing à un certain Lao TseuInternet encyclopedia of philosophy. Un Lao Dan/Lao Tseu critique de Confucius est mentionné dans des passages du Zhuangzi qui pourraient dater du , mais aucune mention n’y est faite ni du Daodejing ni de sa biographie, à l'exception d'un passage le qualifiant d'archiviste. On ne peut donc pas affirmer avec certitude que le Lao Tseu du Hanfeizi et celui du Zhuangzi sont la même personne, bien que ce soit l'hypothèse retenue par la tradition historique. Au , l’historien Sima Qian écrit sa première notice biographique, mais l’on ignore ses sources et lui-même n’est pas absolument certain de sa version, puisqu’il fait état de deux autres hypothèses concernant son identité et la paternité du Daodejing. C’est pourquoi l’incertitude règne encore concernant l’identité de Lao Tseu. L’opinion prévalant à la fin du est que le Lao Tseu de la tradition pourrait être un personnage composite, résultat de la synthèse de différentes sourcesWilliam Boltz Lao tzu Tao te ching. In "Early Chinese Texts: A Bibliographical Guide", ed. Michael Loewe. Berkeley: University of California, Institute of East Asian Studies. (1993) Angus Graham The Origins of the Legend of Lao Tan. In "Lao-tzu and the Tao-te-ching", ed. Kohn, Livia Kohn and Michael LaFargue, (1986). Albany: State University of New York Press..

Sources en détail thumb|Stèle dans le Henan marquant l'endroit où Confucius aurait interrogé Lao Tseu au sujet des rites. Photographie d'Édouard Chavannes, 1907.

Le Zhuangzi contient dix-huit passages, dont certains pourraient remonter au Le Zhuanzi a été remis en forme au ap. J.-C. par Guo Xiang, qui considérait que seuls 7 chapitres (dits « internes ») étaient de l’auteur supposé ; la date de rédaction et la paternité des différents passages n’est donc pas certaine., mentionnant Lao Dan (老聃), moins souvent Lao Tseu, et une fois Lao Laizi (老萊子). On y voit souvent le personnage critiquer les efforts de Confucius pour appliquer les vertus confucéennes, selon lui inefficaces et contre nature. Lao Tseu l’appelle par son prénom, Qiu (丘), comme le ferait un aîné, mais il se pourrait que ce soit une invention des auteurs pour mettre en évidence la supériorité de Lao Tseu sur Confucius. Ce dernier le compare dans un passage à un dragon chevauchant les nuages, différent de tous les animaux qui courent, nagent ou volent et échappant ainsi aux contingences. Un passage présente Lao Dan comme un archiviste du roi des Zhou. Un passage du Livre des rites confucéen, qui pourrait aussi remonter au av. J.-C, mentionne que Confucius prit un jour conseil auprès d’un dénommé Lao Dan, spécialiste des rites de deuil. Il n’est pas certain qu’il s’agisse de la même personne que l'homonyme du Zhuangzi, mais le passage aurait du moins pu inspirer l’image d’un Lao Tseu maître de Confucius. Selon la notice biographique rédigée par Sima Qian dans le Shiji au , son nom personnel était Li Er (), son prénom social Dan (聃). Né dans le comté de Ku (苦), pays de ChuIl existe deux candidats possible pour le comté de Ku : l’actuel comté de Luyi au Henan et la ville de Guoyang (涡阳) dans l’Anhui., il pratiquait « le Dao et la Vertu » et se tenait caché. Un jour, Confucius vint le trouver pour apprendre davantage en matière de rites. Ils eurent un bon échange, puis Confucius impressionné dit en conclusion : « Lao Tseu est comme un dragon ! ». Et il ne parla plus pendant trois jours, occupé à méditer ses paroles. Par la suite, il vint le saluer avant chacune de ses méditations. Plus tard, lassé des conflits internes incessants de son pays, Lao Tseu partit vers l'ouest. Il arriva à une passe dont le gardien, Yin Xi, lui demanda de laisser son enseignement par écritLe Liexianzhuan (列仙傳) précise qu’il chevauchait un bœuf noir et que la passe s’emplit de nuées pourpres lors de son passage. : ce furent les 5500 caractères du Dao De Jing. Ensuite, il disparut. Néanmoins, Sima Qian rapporte aussi que selon certains, Lao Tseu serait l'archiviste Dan (儋) du roi des Zhou qui aurait prédit au duc Xian (-384 ~ -362) de Qin秦獻公 la future indépendance de son État. Il mentionne de plus comme candidat possible un Lao Laizi contemporain de Confucius vivant à Chu, auteur d’un ouvrage portant son nom en 15 ou 16 articles (perdu dès la fin des Han) que certains soupçonnent d'être une partie du Daodejing. Selon d’autres sourcesZhanguoce (战国策), daté entre le et la fin du av. J.-C. et Liexianzhuan (列仙傳), daté entre le et la fin du ap. J.-C., pratiquant du Dao (ou Tao) né sous le roi Kang康王 559-545 av. J.-C. et mort sous le roi Hui惠王 488-432 av. J.-C. à 160 ou 200 ans, Lao Laizi se serait retiré dans les montagnes vers 479 av. J.-C. pour y vivre en ermite avec sa femme, refusant le poste offert par le roiLe folklore de la région de Jingmen au Hubei a conservé son souvenir ; il est devenu au le héros d’une des Vingt-quatre histoires de piété filiale (二十四孝) de Guo Jujing (郭居敬). Enfin, Sima Qian prête à Lao Tseu une descendance dans les armes et la fonction publique, qui serait entrée au service de l’empereur Han Wendi puis du prince de Jiaoxi膠西王, fils de Han Jingdi, et se serait fixée à Qi. Au , Ge HongBiographies d’immortels ou Shenxianzhuan 神仙傳 donne Chong’er (重耳) comme variante de son prénom, Boyang (伯陽) pour prénom social et considère que Dan est son surnomhao 號. Ces précisions seront souvent intégrées dans les biographies ultérieures, mais on ignore d'où Ge Hong les a tirées.

Signification du nom Le sens du nom Lao est débattu : l’interprétation littérale de « vieux » ou « ancien », évoquant la sagesse, est tentante. Certains prennent le suffixe zi au sens littéral d’« enfant » et en font « le vieil enfant », appellation mystique ou symbolique, d'autres estiment que ce surnom lui vient du fait qu’il serait né avec des cheveux blancs ou que sa mère l’aurait eu sur le tard. D’autres encore estiment qu'il s'agit tout simplement de son nom de famille, l'existence de familles Lao à l’époque des Royaumes combattants étant attestée.

Par ailleurs, les caractères Li (prune) et Er (oreille) - ses nom de famille et prénom selon Sima Qian - ont inspiré l'imagination. « Prune » viendrait du fait que sa mère l’aurait conçu en apercevant une comète ou un dragon volant alors qu’elle était assise sous un prunier, ou bien en consommant un fruit magique. Ge Xuan pensait pour sa part que Lao Tseu aurait désigné du doigt un prunier à sa naissance, mais proposait aussi qu'il pourrait s'agir du nom de famille de sa mère. Le prénom « Oreille » est en général expliqué par leur taille particulièrement développée, surtout les lobes, caractéristique souvent prêtée aux sagesXu Shen 許慎 58-147.

Lao Tseu dans le taoïsme religieux Parallèlement au Lao Tseu historique proposé par les historiens Han, un Lao Tseu religieux apparait dans d’autres sources, comme le Liexianzhuan (列仙傳) qui le compte au nombre des immortels. Depuis la fin des Royaumes combattants, il est avec le souverain mythique Huangdi l’un des personnages centraux du courant huanglao, important jusqu’au début des Han. À l’origine philosophique et politique, ce courant aurait pris un tour plus religieux quand il fut évincé par le confucianisme. On trouve des témoignages de la divinisation de Lao Tseu dès le règne de l’empereur Huandi (), qui lui rend un culte. En 153, Wang Fu (王阜), préfet de la région de Changsha, fait dresser une stèle dédiée à Lao Tseu sur laquelle celui-ci est identifié au Tao originel ; vers la même époque, le lettré Bian Shao (邊韶) déclare que Lao Tseu est un immortel, maître des sages de différentes époques à travers ses métamorphoses. Dans le Bianhua wuji jing (變化無極經) des Han orientaux, Lao Tseu, identifié au Dao (ou Tao), se donne naissance à lui-même et prédit son retour sous une de ses métamorphoses dans une perspective millénariste.

Il est l’un des quatre grands dieux de la secte des Cinq boisseaux qui émerge à la fin du et exige de ses adeptes la récitation régulière du Dao De Jing. Le courant des Maîtres célestes issu des Cinq boisseaux contribuera fortement à répandre l’image divine de Lao Tseu et à enrichir sa légende.

Sous les noms de Vénérable céleste du Dao et de la Vertu (道德天尊) ou Pur du faîte suprême (太清), il est devenu l’un des Trois Purs, divinités principales des grandes écoles taoïstes modernes. Il porte à ce moment-là plusieurs épithètes, la plus connue étant (太上老君 Taishang Laojun) Vieux Seigneur de la Hauteur Suprême ; ce serait lui qui aurait, dit-on remis un enfant à la reine de (妙樂 Miaole), appelé à devenir le futur Empereur de Jade. On l'appelle aussi : (神寶天尊 Shenbao Tianzun) Vénéré Céleste du Trésor DivinPère Henri Doré, Recherches et Superstitions en Chine, le Panthéon Chinois (éditions You Feng, 1995) Vol.6, ou (道德天尊 Daode Tianzun) Vénéré Céleste de la Voie et de la Vertu, ou (混元老君 Hunyuan laojun) Vieux Seigneur du Chaos Originel, ou bien encore, (降生大帝 Jiangsheng dadi) Grand Dieu (Empereur) Dispensateur de Vie et (太清大帝 Taiqing dadi) Grand Dieu (Empereur) de la Pureté Suprême. Le [Ciel de] Pureté Suprême est le nom supposé du Troisième Ciel où régnerait ce personnage sur la troisième catégorie d'immortels, les Immortels Célestes..