La Grande Muraille. ( ; « la longue muraille »), aussi appelée « Les Grandes Murailles » est un ensemble de fortifications militaires chinoises construites, détruites et reconstruites en plusieurs fois et à plusieurs endroits entre le et le pour marquer et défendre la frontière nord de la Chine des attaques mongoles et mandchoues. C'est la structure architecturale la plus importante jamais construite par l’être humain à la fois en longueur, en surface et en masse.

Populairement, on désigne sous le nom de « Grande Muraille » la partie construite durant la dynastie Ming qui part de Shanhaiguan sur le territoire de la ville de Qinhuangdao dans la province du Hebei à l’est pour arriver à Jiayuguan dans la province du Gansu à l’ouest. Sa longueur varie selon les sources. Selon un rapport de 1990, la longueur totale des murs serait de Damian Zimmerman, ICE Case Studies: The Great Wall of China, December 1997.. En raison de sa longueur, elle est surnommée en chinois « La longue muraille de dix milles li » (), le li étant une ancienne unité de longueur chinoise et dix mille symbolisant l’infini en chinois. Ce surnom peut cependant être pris dans son sens littéral par approximation, faisant dans sa valeur généralement considérée de ou dans sa valeur actuelle d’exactement . En moyenne, la muraille mesure 6 à de hauteur, et 4 à de largeur. En avril 2009, l'Administration d'État chargée du patrimoine culturel, ayant utilisé des techniques de mesure plus récentesNews AFP, AFP, avril 2009., révise cette mesure et déclare une longueur de dont de murs, de tranchées et de barrières naturelles, telles des montagnes ou des rivières. Le même service a publié en juin 2012 une mise à jour de son étude, et estime désormais à la longueur totale de la Grande MuraillePeople's Daily Online, juin 2012.. Cette nouvelle estimation prend en compte des parties actuellement détruites.

Depuis 1987, la Grande Muraille est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO sous le numéro 438. En 2015, le constat est fait d'une nette dégradation de l'état général de la Grande Muraille due principalement aux conditions climatiques et aux activités humaines, et de la nécessité d'intervenir rapidement pour assurer sa sauvegarde..

Histoire

alt=|vignette|350x350px|Le tracé de la Grande Muraille. Si le terme « Grande Muraille » désigne principalement aujourd'hui les fortifications érigées pendant la dynastie Ming, plusieurs murailles construites lors des dynasties précédentes ont porté ce titre, les frontières de la Chine évoluant avec le temps.

Six sections de la muraille portent des noms spécifiques :

BadalingSection la plus visitée par les touristes., qui couvre environ au nord-ouest de la ville de Pékin dans le xian de Yanqing. La portion du mur qui traverse Badaling a été construite pendant la dynastie Ming ;

Grande muraille de Hushan, partie la plus orientale initialement construite en 1469 sous la dynastie Ming ; Mutianyu située dans le district de Huairou, à au nord-est de Pékin, datant initialement du milieu du , mais reconstruit en 1368 au début de la dynastie Ming ; Simatai située dans le xian de Miyun, à environ de Pékin en direction de Chengde. Bâtie initialement en 550-577, elle fut reconstruite en 1368-1398 sous la dynastie Ming et n'a pas fait l'objet depuis d'importantes restaurations ; Huangyaguan, petite section de la muraille située dans le nord du xian de Ji, dans la municipalité de Tianjin, à environ de la zone urbaine. Le site se trouve sur une crête de montagne escarpée et abrupte. La première construction date d' il y a environ durant la dynastie Qi du Nord ; Jinshanling, section de située à au nord-est de Pékin et à une dizaine de kilomètres au sud-est du col de Gubei (province du Hebei). Elle a été construite en 1570 sous la dynastie Ming.

Traditionnellement, on divise l'histoire de la construction de la Grande Muraille en deux parties : l'une précédant l'unification de la dynastie Qin (221 ) lors de la période des Printemps et des Automnes et la période des Royaumes combattants, où les divers États et royaumes qui divisaient la Chine érigent des murs de terre à leurs frontières ; l'autre débutant lors de l'unification de la dynastie Qin, où l'empereur Qin Shi Huang commence la construction d'un grand mur de « dix mille lieues de long » à la frontière nord.

Période antérieure à la dynastie Qin

Les peuples chinois construisent des murs depuis leurs plus anciennes dynasties : le mur des Erligang, construit près de la ville actuelle de Zhengzhou au début de la dynastie Shang ( au ) fait près de sept kilomètres de circonférence et s'élève toujours de nos jours, en certains endroits, à plus de de haut.

Au , début de la période dite des Printemps et des Automnes, la Chine suit un système féodal : le territoire est divisé en une centaine de fiefs ou États dirigés par des princes, en théorie tous réunis sous l'égide des rois de la dynastie Zhou. La plus vieille référence littéraire porte sur une muraille construite en 656 par l'État de Qi.

Cependant au cours du temps, ces États s'annexent les uns les autres pour former de grandes principautés et au , certaines principautés au sud font sécession, comme le Chu ou le Wu. La Chine est alors vite morcelée en plusieurs royaumes indépendants se faisant la guerre et ne reconnaissant à la dynastie régnante guère plus qu'un pouvoir symbolique : c'est le début de la période des Royaumes combattants.

Vers cette époque, divers États entreprennent alors la construction de murailles pour se protéger de leurs voisins, ou des tribus non chinoises. Ainsi, vers le , l'État de Qi commence la construction d'un mur dont des parties tiennent encore aujourd'hui debout. Au milieu du , l'État de Wei entreprend à son tour la construction d'un mur sur sa frontière ouest à côté de celui du Qi, puis un deuxième mur sur sa frontière est. Il est imité par les États de Yan et Zhao. Des peuples non chinois construisent également des murailles, comme les Yiju pour se protéger du Qin.

La technique utilisée pour dresser ces murailles est celle de la terre tassée. Ses constructeurs profitèrent des caractéristiques particulières du sol chinois, un fin lœss très poussiéreux et s'agglomérant très facilement jusqu'à devenir l'équivalent en dureté de la pierre une fois tassé. Pressées entre deux planches, les couches de terre de quelques centimètres sont tassées les unes au-dessus des autres, une fois les planches retirées elles laissent un mur de terre compressé et très dur. Cette méthode permet de dresser rapidement des murs solides pouvant résister aisément plusieurs siècles, voire des millénaires.

Dynastie Qin

vignette|Petits points : Royaumes combattants (475 à 221 av. J.-C.).Gros points : dynastie Qin (221 à 206 av. J.-C.). En 221 av. J.-C., le seigneur de guerre Ying Zheng achève l'unification de la Chine et fonde la dynastie Qin dont il se proclame empereur sous le nom de règne de Qin Shi Huang. Il entreprend alors de massives réformes. À la suite des attaques des tribus Xiongnu, au nord, il envoie le général Meng Tian pour que celui-ci repousse les Xiongnu, puis entreprenne la construction d'une grande muraille au-delà du fleuve Jaune pour protéger plus efficacement les territoires nouvellement conquis.

Cependant, les détails de la construction de ce mur sont très mal connus et les avis des historiens diffèrent quant à ce qui a vraiment été accompli par Qin Shi Huang et Meng Tian. Il n'existe en tout qu'une seule source primaire relatant sa construction (principalement deux passages du Shiji), ainsi que quelques très courtes références dans les textes historiques ultérieurs comme le Livre des Han.

En dehors de ces deux textes, il n'existe pas d'autre récit concernant la muraille construite par Meng Tian. On ne sait donc ni quand elle a été construite, ni son tracé exact. Cette absence d'informations, et le fait que Sima Qian n'ait pas apporté plus d'informations dans son Shiji malgré l'ampleur apparente de l'ouvrage a étonné nombre d'historiens, et si les recherches archéologiques ont permis d'exhumer des portions de la muraille, elles apportent peu d'informations supplémentaires. Cependant, bien qu'aucune source historique ne le confirme, il est couramment admis que Meng Tian n'est pas parti de rien pour entreprendre la construction de la muraille et a probablement connecté et restauré des portions des murs des anciens Royaumes combattants.

Cependant malgré les débats entre historiens et l'absence de récits historiques, la Grande Muraille construite par la dynastie Qin reste dans l'imaginaire populaire chinois une œuvre colossale, fruit du travail forcé de milliers de bagnards, soldats, ouvriers et paysans, vision notamment renforcée par la réputation de l'empereur Qin Shi Huang qui a laissé l'image d'un monarque cruel. C'est de cette époque que date le surnom de « mur de dix mille li » (soit étant donné la valeur du li à l'époque de la dynastie Qin). C'est également depuis cette époque que l'on parle véritablement de « Grande Muraille ».

Dynastie Han

vignette|Han occidentaux (206 av. J.-C. - 25 ).

En 210 av. J.-C., l'empereur Shi Huangdi meurt et la dynastie Qin qu'il avait fondée ne lui survit que quelques années. En 202 av. J.-C., Liu Bang, un ancien soldat aux origines paysannes se rend maître de la Chine et se proclame empereur sous le nom de temple de Gaozu. Affaibli par sa précédente guerre de succession contre Xiang Yu, Gaozu abandonne l'entretien de la Grande Muraille des Qin, et lorsque les Xiongnu, désormais unis en confédération, se montrent menaçants et franchissent la frontière, plutôt que d'adopter une position offensive par l'utilisation de murailles comme l'avait fait Shi Huangdi, Gaozu tente d'acheter la paix par des tributs et des « unions harmonieuses », ou heqin, c'est-à-dire l'offre de princesses chinoises aux shanyu des Xiongnu. Pendant quelques décennies, ses successeurs feront de même. Cependant la Grande Muraille n'est pas complètement abandonnée : sous l'empereur Wendi (180 à 157 av. J.-C.) un ministre recommande la création de tuntian aux frontières (sortes de colonies agraires militaires) protégées par de petites murailles dans le but de coloniser la région et gêner les incursions des Xiongnu.

C'est principalement sous le règne de l'empereur Wudi, long de plus de cinquante ans, que la construction de la Grande Muraille prend un essor considérable. En 133 av. J.-C. le statu quo entre les Chinois et les Xiongnu est rompu après le fiasco de Mayi. Contrairement à ses ancêtres, Wudi décide de prendre une attitude franchement offensive contre les Xiongnu et lance en 129 av. J.-C. une première expédition, suivie par de nombreuses autres. Wudi fait restaurer et connecter des portions de la muraille de la dynastie Qin, puis l'étend au fur et à mesure de ses campagnes à travers ce qui deviendra la route de la soie. En 119 av. J.-C., les Xiongnu sont repoussés à travers le désert de Gobi en Mongolie-Intérieure. Une nouvelle section de la muraille, longue de près de y est construite et s'y dresse encore de nos jours.

vignette|Muraille de Chine. Dynastie Han. Province du Gansu. Terre crue et gravier armé de roseaux. Cette manière de faire le mur sera remplacée, sous la dynastie Ming, par des briques de terre cuite maçonnées à la chaux mêlée de bouillie de riz.