vignette|Plaque de la rue des Frères-Reclus à Sainte-Foy-la-Grande. La modeste famille Reclus, implantée autour de la Dordogne, compte soudainement au de nombreuses personnes célèbres dans des domaines variés au sein d'une seule génération.

Originaire de la petite ville de Sainte-Foy-la-Grande en Gironde, convertie au protestantisme dès le début du , cette famille rurale accorde une grande importance à l'éducation et devient célèbre grâce à plusieurs petits-enfants de Jean Reclus (1760-1848), cultivateur devenu aubergiste, et de son épouse Jeanne Virolle (1767-1819). En premier lieu, leur fils le pasteur Jacques Reclus, époux de Zéline Trigant, est le père des qui assurent à l'époque la renommée de la famille : Élie, Élisée, Armand, Onésime et Paul. Son frère aîné, l'instituteur puis inspecteur des écoles Jean Reclus (1794-1869) est celui de Noémi Reclus et Pauline Kergomard.

La famille Reclus constitue dès lors une dont le fonctionnement profite à d'autres membres : Marie Ducos (1798-1877) sœur de Jacques et Jean Reclus, est la grand-mère de Franz Schrader dont le début de la carrière de géographe est facilitée par deux de ses oncles. Par la suite, d'autres membres de la famille se font connaître au en tant qu'historien, médecin, chirurgien, militant politique, écrivain, haut fonctionnaire, résistant, sculpteur, sinologue.

Une modeste famille protestante devenue soudainement célèbre au

La présence de la famille Reclus est attestée à Sainte-Foy-la-Grande en 1260 en la personne de Jacques Reclus, échevin de cette bastide. Elle compte plusieurs consuls de la ville au , et semble avoir adopté très tôt le protestantisme, un autre Jacques Reclus, procureur du roi, épousant en 1610 la fille d'un pasteur. alt=Photographie de la famille Reclus prise à Orthez en 1881|vignette|Photographie de la famille Reclus prise à Orthez en 1881. On y voit au centre le pasteur Jacques Reclus et son épouse Zéline, et autour d'eux leurs onze enfants avec des membres de leur famille.

Au début du , la branche qui se rend bientôt célèbre est installée au Fleix sur la rive droite de la Dordogne, à quelques kilomètres de Sainte-Foy-la-Grande située sur la rive gauche. Ce sont de petits propriétaires terriens qui bénéficient d'un bon niveau d'instruction : l'un d'entre-eux est ainsi présenté comme dans son contrat de mariage.

Chose commune dans le protestantisme rural, la famille Reclus accorde en effet une grande importance à l'éducation, au prix de sacrifices financiers, si bien que les Reclus disposent d'un bagage intellectuel supérieur à ce qu'il devrait être compte tenu de leur position sociale. Jacques Reclus envoie ainsi plusieurs de ses enfants parfaire leur éducation au sein de la communauté protestante des Frères moraves en Allemagne. à Neuwied près de Coblence, ceux-ci en reviennent trilingues (allemand, anglais, français). Un siècle plus tard, les petits-fils d'Élie Reclus font part d'une anecdote familiale au sujet d'un aïeul oncle de leur grand-père .

Au travers de ses liens avec plusieurs églises protestantes d'Europe, la famille Reclus s'inscrit plus généralement au dans un réseau européen : les sont ainsi demandées comme préceptrices en Écosse.. Leurs parents accordent en effet autant d'importance à l'éducation de leurs filles qu'à celle de leurs fils.

Le protestantisme, dont les principaux caractères sont selon Béatrice Giblin , explique en partie l'évolution de certains membres de cette génération vers l'athéisme et l'anarchisme. Selon l'historienne et écrivaine Hélène Sarrazin qui partage cette analyse, on peut aussi y voir une conséquence du conflit entre Élie Reclus, le frère aîné, et son père pasteur.

La renommée acquise de leur vivant par les frères ReclusPar exemple, le portrait composite des cinq frères Reclus réalisé par Paul Nadar est exposé lors de l'exposition universelle de 1889 (voir cet article)., les relations de certains avec des personnalités politiques de premier ordre., et le fonctionnement en réseau de cette famille. profitent à ses membres. Élisée Reclus échappe ainsi à la déportation en Nouvelle-Calédonie après sa participation à la Commune de Paris.. Pauline Kergomard accède au poste d'inspectrice générale des écoles maternelles par l'entremise de Jules Steeg, dont l'épouse est une amie d'enfance des sœurs Reclus. À la génération suivante, Maurice Reclus bénéficie d'un avancement très rapide au début de sa carrière de haut fonctionnaire et Franz Schrader débute chez Hachette grâce à ses oncles Élie et Élisée Reclus.

Dans l'introduction de sa chronologie familiale centrée sur Élisée Reclus, Christophe Brun relève que du vivant de celui-ci circulaient déjà des expressions comme la ou la pour souligner la forte cohérence de cette famille.

Les cinq frères Reclus alt=Photographie intitulée Les cinq frères Reclus, prise par Nadar en 1889.|gauche|vignette|, photographie de Nadar, 1889. De gauche à droite, Paul, Élisée, Élie, Onésime et Armand. La notoriété de la famille Reclus est en premier lieu liée aux cinq fils du pasteur Jacques Reclus et de l'institutrice et pédagogue Zéline. Les deux premiers, Élie et Élisée, sont particulièrement proches et exercent une grande influence sur leurs frères et sœurs, tant politiquement que dans le domaine religieux. Par exemple, ils tancent ou encouragent leur sœur Louise suivant l'évolution de sa foi et de ses idées politiques, et s'en tiennent informés.

1. Élie Reclus (1827-1904) Élie Reclus est un journaliste, ethnologue, militant socialiste et sociologue religieux, devenu athée alors que son père le destinait au ministère pastoral. Il est le père de Paul Reclus.

Paul Reclus (1858-1941) Paul Reclus est un ingénieur et militant anarchiste, également géographe, contribuant à la publication des travaux de son père et de son oncle Élisée. Il est le père de Jacques Reclus.

Jacques Reclus (1894-1984) Jacques Reclus est un enseignant sinologue et militant anarchiste. Libération qualifie sa mort en 1984 de en faisant référence aux membres anarchistes de la famille.

2. Élisée Reclus (1830-1905) Élisée Reclus est un géographe, auteur en particulier d'une géographie universelle en vingt volumes, également militant et penseur de l’anarchisme français.

Il est le grand-père d'Yvonne Ostroga, autrice d'ouvrages pour enfants.

3. Onésime Reclus (1837-1916) Onésime Reclus est un géographe partisan de l'expansion coloniale française, le premier à employer le mot « francophone » vers 1880. Il est le père de Maurice Reclus.

Maurice Reclus (1883-1972) Maurice Reclus est un haut fonctionnaire et historien de la Troisième République..

4. Armand Reclus (1843-1927) alt=Photographie du monument en l'honneur des bâtisseurs du canal de Panama. Le buste d'Armand Reclus y figure à gauche de celui, central, de Ferdinand de Lesseps.|vignette|Monument en l'honneur des bâtisseurs du canal de Panama à Panama (ville). Le buste d'Armand Reclus y figure à gauche de celui, central, de Ferdinand de Lesseps. Armand Reclus est un ingénieur naval et géographe, l'un des pères du canal de Panama .

5. Paul Reclus (1847-1914) Paul Reclus est un chirurgien, précurseur de l'usage de la cocaïne comme anesthésique local. Il a aussi décrit une mastose connue sous le nom de maladie de Reclus.

Les six sœurs Reclus Les six filles de Jacques et Zéline Reclus qui atteignent l'âge adulte bénéficient comme leurs frères d'un bon niveau d'instruction : elles sont toutes préceptrices dans des familles anglaises ou allemandes, ou maîtresses dans l'école de leur mère. Elles n'ont pas la même notoriété que leurs frères, en partie en raison de l'époque où elles viventSelon Danièle Provain, autrice d'un portrait de leur mère Zéline en 2009, leurs parcours et leurs œuvres sont peu connus car ., et plusieurs d'entre elles les assistent dans leurs travaux ou leur vie personnelle. Élisée en particulier est admiré par ses sœurs. L'une d'elles, Noémi qui a alors vingt-deux ans, écrit à une amie :

1. Loïs Reclus (1832-1917) Loïs Reclus traduit avec l'aide de son frère Armand des ouvrages d'exploration maritime, la plupart de ses traductions étant publiées sous un pseudonyme masculin. Elle serait également l'autrice d'un texte sur la jeunesse de son frère Élisée qui apporte un éclairage complémentaire sur son passage à l'athéisme.

2. Marie Reclus (1834-1918) Marie Reclus, épouse du pasteur réformé Auguste Grotz, également traductrice, élève à Nîmes son jeune frère Paul Reclus entre 1858 et 1867.

3. Zéline Reclus (1836-1911) Zéline Reclus travaille chez un oncle notaire sans enfant qui la considère comme sa fille adoptive. Elle y rencontre son époux Pierre Faure, avec lequel elle a trois enfants : Léonce (1861-1909), ingénieur agronome précurseur en France du génie rural, Jean-Louis et Élie.

Jean-Louis Faure (1863-1944) Jean-Louis Faure est un chirurgien surtout connu pour avoir rénové les méthodes d'intervention de la chirurgie gynécologique..

Élie Faure (1873-1937) Élie Faure est un médecin et historien, auteur d'une Histoire de l'art importante pour l'historiographie de cette discipline.. Il est le père du résistant François Faure. et le grand-père du sculpteur Jean-Louis Faure.

4. Louise Reclus (1839-1917) Louise Reclus est l'épouse d'Alfred Dumesnil. Avec lui, elle participe à la publication post-mortem des œuvres de Lamartine. Devenue veuve, elle assiste ses frères Élie et Élisée. Après la mort d'Élisée, elle édite sa correspondance. alt=Photographie montrant dans un jardin Louise Reclus avec son frère Élisée et certains de ses petits-enfants, vers 1900.|vignette|Louise Reclus avec son frère Élisée et certains de ses petits-enfants, vers 1900.

5. Noémi Reclus (1841-1915) Noémi Reclus, surnommée dans la famille , est également traductrice, son travail étant plusieurs fois attribué à la demande de Hachette à son frère Élie. Elle traduit en son nom propre deux nouvelles de Sacher-Masoch. Avec sa sœur Marie, elle est la seule à conserver la foi en dépit de l'influence de ses frères devenus athées.

6. Ioana (ou Johanna) Reclus (1845-1937) Ioana Reclus participe avec sa sœur Louise à l'éducation des enfants et petits-enfants de son frère Élisée, plusieurs fois veuf et dont une fille est morte à après avoir donné naissance à cinq enfants. Avec Louise, elle est la plus sensible à l'influence de ses frères Élie et Élisée dans le domaine religieux. Elle est la mère d'Élisée et François Bouny.

Élisée Bouny (1872-1900) est docteur en médecine (1899), à l'origine du premier vélo ergométrique moderne.

François Bouny (1885-1965) François Bouny, docteur en sciences physiques et mathématiques, est professeur à l'Université libre de Bruxelles., son oncle Élisée ayant participé à sa création soixante ans plus tôt.

Les cousines de la fratrie Reclus Noémi Reclus (1828-1905) Noémi Reclus est une institutrice, militante républicaine lors de la Commune de Paris. Épouse de son cousin Élie Reclus, elle est la mère du militant anarchiste Paul Reclus.

Pauline Kergomard (1838-1925) Pauline Kergomard, sa sœur, est la première inspectrice générale des écoles maternelles et joue à ce titre un rôle essentiel dans leur mise en place. Durant son enfance, elle passe 18 mois dans l'école pour jeunes filles fondée par Zéline Reclus.

Autres membres de la famille Reclus

Paul Broca (1824-1880) Paul Broca, médecin anatomiste et anthropologue, est un cousin des Reclus, proche en particulier d'Élisée. Il veille sur les études de Paul Reclus à la Faculté de médecine de Paris.

Franz Schrader (1844-1924) Franz Schrader est un géographe, alpiniste et peintre paysagiste., neveu des frères et sœurs Reclus.

Étienne Reclus (1911-1994)