Le musée des Beaux-Arts de Rouen est un établissement muséographique situé dans le centre-ville de Rouen, en Normandie.
Créé dans la foulée de la Révolution française, il est d'abord constitué de collections formées par les premières saisies de l'État et compte parmi les plus anciens musées consacrés aux beaux-arts en France ; il est aussi l'un des plus importants du genre en dehors de Paris. Ses collections, qui couvrent une période allant de la fin du Moyen Âge à l'art contemporain, réunissent des peintures, des sculptures, des dessins, des estampes et des objets d'art.
Installé dans un vaste édifice construit entre et par l'architecte Louis Sauvageot, le musée fait l'objet de quelques transformations tout au long des vicissitudes du . L'actuelle organisation du bâtiment découle ainsi d'une importante campagne de rénovation, qui s'est achevée en .
La richesse du musée repose autant sur l'ancienneté de ses collections que sur leur diversité remarquable. La peinture européenne y est représentée de la Renaissance à l'époque contemporaine, avec des œuvres du Pérugin, de Caravage, de Boucher, de Delacroix, de Géricault, de Monet ou encore de Modigliani. À cet ensemble s'ajoutent un important fonds de sculptures ainsi qu'un cabinet d'arts graphiques. Grâce à des donations importantes comme celle de l'industriel et collectionneur rouennais François Depeaux au début du siècle, le musée s'est par ailleurs imposé comme un écrin du mouvement impressionniste dont la région de Rouen a longtemps été un foyer emblématique.
Il fait partie de la Réunion des musées métropolitains Rouen Normandie (RMM), qui rassemble plusieurs établissements de la métropole rouennaise, et bénéficie du label Musée de France. Il accueille également des expositions temporaires qui contribuent à sa réputation.
Histoire
Le musée des Beaux-Arts de Rouen a été créé par le décret Chaptal de 1801 sous le Consulat de Napoléon Bonaparte. Modestes au départ, ses collections se sont considérablement enrichies au cours du . Cité en 1878 comme « le plus complet après celui de Paris », il compte aujourd'hui encore une collection d'une richesse et d'une ampleur considérées comme exceptionnelles. Doté de huit mille œuvres, son cabinet d'arts graphiques bénéficie d'une réputation internationale. Des ressources en ligne – dossiers pédagogiques et livret jeune public – aident à préparer sa visite.
Ses collections permanentes se déploient sur soixante salles., les et siècles y étant particulièrement bien représentés.
En plus de la présentation de ses collections, le musée des Beaux-Arts organise plusieurs expositions par an. Certaines ont un retentissement international et participent de sa réputation. En 2006, par exemple, le musée, ayant présenté huit expositions temporaires, parmi lesquelles les « Chefs-d'œuvre des musées de Florence », a fait passer le nombre de visiteurs de à . En 2010, dans le cadre du festival Normandie impressionniste, l'exposition « Une ville pour l'impressionnisme : Monet, Pissarro et Gauguin à Rouen » a attiré plus de ., ce qui en a fait le clou du festival.
Le musée des Beaux-Arts de Rouen est l'un des principaux musées de région de France.. Il se situe au cœur de la ville, face au square Verdrel, dans un bâtiment dont la rénovation complète s'est achevée en 1994.
En , Le Journal des arts le classe au septième rang sur 370 musées français recensés pour ce classement..
Entre le et le , une petite peinture d'Otto van Veen, Saturne et Minerve, également connue sous le titre La Vertu n'échappe pas au temps, est dérobée au musée... L'œuvre, une huile sur papier marouflé sur panneau estimée à , n'a pas été retrouvée depuis...
Bâtiment
Le bâtiment du musée des Beaux-Arts se trouve au cœur de la ville.
L'édifice initial, dû à l'architecte Louis Sauvageot, a été réalisé en deux étapes : une première aile est construite de 1877 à 1880 le long de la rue Thiers ; la seconde aile ainsi que le bâtiment central et la bibliothèque sont construits de 1884 à 1888.. L'entrée principale du musée est encadrée par deux statues du sculpteur Joseph Tournois représentant Nicolas Poussin et Michel Anguier, deux artistes natifs de la Normandie. Les frontons latéraux de la façade principale sont l'œuvre du sculpteur Auguste Bartholdi..
Les collections en ayant été évacuées avant juin 1940 par son conservateur Fernand Guey, l'aile gauche du musée est touchée par les effets de la Seconde Guerre mondiale. En 1956, vingt-sept des quarante salles sont rouvertes au publicBrisson Charles. Les musées de Normandie. In: Études normandes, livraison 20, , trimestre 1956. Les musées de Normandie. p; en ligne..
À l'instigation du conservateur François Bergot, le bâtiment fait l'objet dès d'une rénovation complète conduite par les architectes Chantal Bernier et Bernard Torchinsky, avec la collaboration de l'agence d'Andrée Putman. La modernisation des équipements, l'amélioration des présentations d'œuvres et la restitution des qualités architecturales originelles de l'édifice, altérée tout au long du siècle, sont les objectifs assumés de cette opération dont le coût global est pour moitié pris en charge par l'État..
Cette rénovation est réalisée en deux tranches : une première partie de est ouverte en , mais c'est deux ans plus tard, en , que les travaux s'achèvent pour l'ouverture au public d'une seconde partie de , portant à le nombre de volumes, réserves comprises.
Collections Le musée rassemble une collection de peintures, sculptures, dessins et objets d'art du à nos jours, dont notamment une rare collection d'icônes russes du au début du . Parmi ses richesses, le musée possède notamment un exceptionnel ensemble de toiles provenant de la donation François Depeaux de 1909, ce qui le place au premier rang des musées français de province pour l'impressionnismeLuzius Keller, « Proust et les collectionneurs », in Marcel Proust aujourd'hui, volume 1, Sjef Houppermans, Rodopi, 2003, , note p. 42 avec le musée d'art moderne André-Malraux du Havre. Le cabinet des dessins, quant à lui, conserve plus de de la Renaissance au .
Peinture
La peinture italienne de la Renaissance est illustrée par quelques grands noms comme celui du Pérugin (3 peintures issues de la prédelle d'un retable démembré : L'Adoration des mages, Le Baptême du Christ et La Résurrection du Christ), de Véronèse (Saint-Barnabé guérissant les malades et Le Christ arrêtant la peste à la prière de la Vierge, de Saint Jean-Baptiste, de Saint Roch et de Saint Sébastien), Giampietrino, Jacopo Bassano, Lavinia Fontana (Vénus et Cupidon), Palma le Jeune (Le Couronnement d'épines) ou encore Annibale Carracci (Autoportrait).
Pour la peinture des écoles françaises, flamandes et hollandaises, se distinguent des œuvres de Gérard David (La Vierge entre les vierges), Louis Bréa, François Clouet (Le Bain de Diane), Pieter Aertsen (L'Adoration des bergers), Maarten de Vos (6 panneaux faisant partie de la Suite d'Eliézer et Rébecca), Abraham Bloemaert.
vignette|droite|Le Bon Samaritain par Luca Giordano, vers 1650. La peinture du est l'un des points forts de la collection tant par le nombre, la qualité et la diversité des œuvres présentées qui reflètent la production de toutes les grandes écoles européennes de peinture du siècle.
La peinture du siècle d'or espagnol est présente avec justement un chef-d'œuvre de Vélasquez (Démocrite) dont les tableaux sont rares en France, et des peintures de Jusepe de Ribera et Francisco de Herrera le Vieux entre autres.
La peinture italienne est bien illustrée avec ici encore un autre chef-d'œuvre, celui du Caravage, avec son Christ à la colonne. On retrouve aussi pour l'art d'Italie des peintures du Guerchin, de Bernardo Strozzi, Sisto Badalocchio, Daniele Crespi (Le Christ mort soutenu par un ange), Mattia Preti, Carlo Maratta (Amours jouant avec des guirlandes de fleurs, peint en collaboration avec Mario Nuzzi), Giuseppe Recco, Michelangelo Cerquozzi (deux natures mortes) ou encore de Luca Giordano (Le Bon Samaritain), etc.
La peinture française est amplement représentée, notamment avec des peintres célèbres originaires de Normandie comme Nicolas Poussin (avec Vénus montrant ses armes à Énée, Saint Denis l'Aréopagite et L’orage) ou Jean Jouvenet (La Présentation de Jésus au temple). On retrouve également les noms de Philippe de Champaigne, Simon Vouet (Saint Louis enlevé au ciel), Pierre Mignard, Nicolas Régnier (Saint Sébastien soigné par Irène), Matthieu Le Nain, Claude Vignon, Jacques Blanchard, Jacques Stella (Sainte Anne conduisant la Vierge au temple), Sébastien Bourdon, Laurent de La Hyre (La Descente de Croix), Eustache Le Sueur, Charles Le Brun, Noël Coypel, Joseph Parrocel, Charles de La Fosse, Nicolas de Largillierre, Louis de Boullogne (Cérès), François de Troy etc.
La peinture flamande et hollandaise du siècle d'or est à l'honneur avec de nombreuses œuvres des différents genres pratiqués à l'époque (peintures religieuses flamandes, natures mortes hollandaises, scènes de genre, paysages, portraits) avec Pierre-Paul Rubens (L'Adoration des bergers), Antoine van Dyck (Portrait d'une dame), Judith Leyster (Le Tour de cartes), Jan Lievens, Jan van Goyen (quatre tableaux de marines), Gabriel Metsu, Gerard ter Borch, Jan Steen, Nicolaes Berchem (Concert sur une place publique), Cornelis Norbertus Gysbrechts (Trompe-l'œil au carnet de dessins), Willem Kalf (Nature morte à la gourde renversée), Otto Marseus van Schrieck, Jan Davidsz de Heem, Thomas de Keyser, Leonard Bramer, David Teniers le Jeune ou encore Matthias Stom.
Enfin un rare exemple de peinture anglaise du est conservé au musée avec le tableau de John Michael Wright représentant Henry Arundel et sa femme Cecily au pied de la croix, autrefois au couvent des Gravelines à Rouen et ayant fait l'objet d'un transfert.
La peinture française est bien représentée pour ce siècle également, notamment à travers des scènes de genres mais aussi le paysage, le portrait et les scènes religieuses et historiques, et cela des temps du rococo jusqu'au développement du néo-classicisme. On peut ainsi voir des œuvres de peintres tels que Hyacinthe Rigaud, Alexandre-François Desportes, François Boucher (Le Mariage de Psyché et de l'Amour), Jean-François de Troy, Jean-Baptiste Oudry (Chasse au chevreuil), Carle Van Loo (Vierge à l'Enfant, 1738), Charles-Joseph Natoire, Jean-Marc Nattier, Nicolas Lancret (Les Baigneuses), Jean-Honoré Fragonard (Les Blanchisseuses), Hubert Robert (Monuments et ruines à la colonne), Claude Joseph Vernet, Joseph-Marie Vien, Jean-Baptiste-Marie Pierre (La Fuite en Egypte) ou encore François-André Vincent.
Pour la peinture italienne, on retrouve entre autres les vénitiens Francesco Guardi (Architecture de fantaisie : villa avec terrasse et jardin) et Pietro Longhi, Giovanni Paolo Panini et le napolitain Gaspare Traversi (La Partie de cartes et Le Concert).
La peinture française du , alors prédominante sur la scène européenne par son influence et ses innovations, est l'autre point d'orgue des collections du musée des Beaux-Arts, notamment pour la période impressionniste, quand la Normandie et Rouen attiraient de nombreux peintres d'avant-garde.
La première tranche du siècle comprend des peintures d'Élisabeth Vigée Le Brun, Jacques-Louis David, Joseph-Désiré Court (Le Martyre de sainte Agnès), Jean-Auguste-Dominique Ingres (Portrait de Madame Aymon, dite « la Belle Zélie »), Louis-Léopold Boilly, Eugène Delacroix (La Justice de Trajan, Portrait de Delacroix, peintre et Ruines de la chapelle de l’abbaye de Valmont), Théodore Chassériau et Camille Corot (Un matin à Ville-d'Avray, l'étang au bouleau devant les villas notamment), Jean-François Millet… Théodore Géricault, natif de Rouen, est présent avec un ensemble exceptionnel de 11 peintures dont Cheval cabré au tapis de selle rouge, Cheval arrêté par des esclaves et Morceaux anatomiques.