La guerre américano-mexicaine (en anglais Mexican–American War, en espagnol guerra mexicano-estadounidense ou guerra de Estados Unidos-México) ou guerre du Mexique (en anglais Mexican War), oppose les États-Unis au Mexique de 1846 à 1848. Elle est déclenchée lorsque le Congrès des États-Unis vote l'annexion du Texas en 1845.
Nombre d'officiers ayant servi dans l'une ou l'autre des armées deviendront ensuite présidents de leur pays respectif : Mariano Arista, Nicolás Bravo et Pedro María Anaya pour le Mexique, Zachary Taylor, Franklin Pierce et Ulysses S. Grant pour les États-Unis. Par ailleurs, George Pickett et James Longstreet deviendront deux importants généraux de l'armée confédérée, et Robert Lee s'y distingua en tant que capitaine..
Cette guerre, ou plus justement l'annexion par les États-Unis des territoires mexicains, est considérée par certains observateurs comme l'un des facteurs déclencheurs de la guerre de Sécession qui mettra une douzaine d'années plus tard les États-Unis à feu et à sang. C'est notamment le point de vue que défend Ulysses S. Grant dans ses mémoires :
Dénominations Aux États-Unis, elle est plus couramment appelée (). Occasionnellement, des critiques contemporains l'ont surnommée ironiquement (, qui est alors président des États-Unis). Au Mexique, elle est appelée () ou ().
Contexte La situation à la veille de la guerre est complexe : le Mexique s'étend depuis son indépendance en 1821 sur les territoires du Sud-Ouest des États-Unis actuels, avec les territoires de Haute-Californie (Alta California) et du Nouveau-Mexique (Santa Fe de Nuevo México ou Nuevo México), c'est-à-dire approximativement sur les territoires des actuels États américains de Californie, de l'Utah, du Nord de l'Arizona, du Sud-Ouest du Wyoming et du Nouveau-Mexique. Depuis la cession par la France, en 1803, de la Louisiane aux États-Unis, les deux pays ont une frontière commune, du golfe du Mexique jusqu'à l'actuel Wyoming.
Le Mexique vient de perdre le Texas, qui, à la suite d'une révolte en 1836, s'est constitué en république indépendante, puis a été incorporé aux États-Unis en 1845. Sur le littoral de l'océan Pacifique, les intérêts mexicains sont menacés par les comptoirs russes.
Quelques terres de cette région sont devenues familières aux montagnards américains et aux marchands qui fréquentent la piste de Santa Fe. Quelques centaines d'Américains sont déjà installés en Californie et des bateaux y échangent différents produits, le long de la côte. Tous ces territoires avant cette guerre se trouvent sous la souveraineté de la république du Mexique, indépendante depuis un quart de siècle et qui constituait auparavant la majeure partie de la Nouvelle-Espagne, la colonie espagnole d'Amérique du Nord. Avant le début de la guerre, les États-Unis envoyèrent un diplomate à Mexico, dont la mission était d'acheter le Nouveau-Mexique et la Californie pour de dollars. Le Mexique ne donna aucune réponse.
À Washington, le président James Knox Polk est un chantre de la conquête de l'Ouest et veut voir se réaliser la « destinée manifeste ». Cette idée a été parfaitement illustrée par le rédacteur de la Democratic Review, John L. O'Sullivan : Robert Lacour-Gayet, Histoire des États-Unis..
En février 1846, il envoie des troupes, commandées par le général Zachary Taylor, sur le Río Grande pour faire pression sur le gouvernement mexicain. Il souhaite acheter les territoires qui compléteraient l'Union. Taylor construit alors Fort Texas (plus tard nommé Fort Brown), à l'extrémité sud de l'actuel Texas, sur la rive nord du Río Grande face à la ville mexicaine de Matamoros. La presse américaine conduit une campagne anti-mexicaine très dure afin de soutenir le déclenchement de la guerre. La Democratic Review appelle à et l'American Review propose également leur ..
Début des hostilités Le , un détachement fort de mexicains attaque une patrouille de l'US Army de sur le territoire contesté situé au nord du Rio Grande et au sud du Rio Nueces. La cavalerie mexicaine met en déroute la patrouille et tue 11 soldats américains dans ce qui sera nommé plus tard la Thornton Affair (l'affaire Thornton, du nom du capitaine qui commandait la patrouille). Un rescapé s'échappe et rentre à Fort Texas.
vignette|Le général Mariano Arista en 1847, futur président du Mexique. Le , l'artillerie mexicaine de Matamoros ouvre le feu sur Fort Texas, qui répond avec ses canons. Le bombardement dure cinq jours puis les forces mexicaines commandées par le général Mariano Arista, peu à peu, encerclent le fort. Deux soldats américains sont tués durant le bombardement, dont le commandant de la place, Jacob Brown, qui donne son nom au Fort, et à la ville actuelle de Brownsville.
Le , Zachary Taylor arrive avec en renfort. Cependant, Arista fonce vers le nord avec sur Palo Alto. Les Américains usent d'une nouvelle technique d'artillerie, nommée flying artillery (artillerie volante, une artillerie légère mobile, montée sur des affûts légers à roues tirés par des chevaux et servie par des canonniers montés), qui fait des ravages dans les rangs mexicains. Ces derniers répondent par des charges de cavalerie et par des décharges de leur propre artillerie. Toutefois, leurs pertes importantes démoralisent quelque peu les Mexicains qui vont chercher un terrain qui leur soit plus propice. Ils font retraite sur la rive opposée du lit d'une rivière asséchée (resaca) durant la nuit qui leur procure une fortification naturelle, mais aussi dispersent leurs troupes et compliquent la communication. Pendant la bataille du Resaca de la Palma le jour suivant, s'engage un terrible corps à corps. La cavalerie américaine réussit à capturer l'artillerie mexicaine, ce qui force les Mexicains à la retraite, une retraite qui tourne en déroute. À cause de la nature du terrain et de la dispersion des troupes, Arista est dans l'impossibilité de rallier ses forces. Les Mexicains subissent de lourdes pertes, ils sont contraints d'abandonner leur artillerie et leurs bagages. Fort Texas leur inflige de nouvelles pertes alors qu'ils passent à proximité et nagent pour traverser le Rio Grande où nombre d'entre eux périssent noyés.
Déclaration de guerre droite|vignette|Organisation territoriale du Mexique pendant les et . En rouge, les régions sécessionnistes. C'est alors que Polk est informé de l’affaire Thornton qu'il considère comme un casus belli. Un message au Congrès du déclare que et qu'il . Une session conjointe des chambres approuve par une majorité écrasante la déclaration de guerre. Les démocrates soutiennent la guerre à une écrasante majorité, votent contre lors d'un amendement, mais au vote final seuls votent non., y compris le représentant Abraham Lincoln qui précise que ce n'est pas le sol américain, mais un territoire convoité par deux pays. Le Sénat américain vote dans le même sens par contre 2. Les États-Unis déclarent la guerre au Mexique le , le Mexique la déclare le .
Les Whigs du Nord et du Sud sont en général opposés à la guerre, alors que les démocrates, pour la plupart, la soutiennent. Abraham Lincoln (du Parti whig) conteste les causes de la guerre et demande à quel endroit exactement Thornton a été attaqué et le sang américain versé.
, déclare le dirigeant du Parti whig, Robert Toombs de Géorgie. [Beveridge 1:417.]
Après la déclaration de guerre, les troupes des États-Unis envahissent le Mexique sur deux fronts principaux. Le département de la Guerre des États-Unis envoie des troupes de cavalerie commandées par Stephen W. Kearny pour envahir l'Ouest du Mexique depuis Fort Leavenworth, renforcées par la flotte du Pacifique sous les ordres de John D. Sloat. Le but premier est ici de contrecarrer les Britanniques qui auraient pu être tentés d'occuper ce territoire. Deux autres forces, l'une commandée par John E. Wool et l'autre par Taylor, reçoivent l'ordre d'occuper le Mexique jusqu'à la ville de Monterrey.
Les opérations en Californie gauche|vignette|320px|Carte des opérations de la guerre américano-mexicaine.
Lorsque la guerre est déclarée le , l'ordre de guerre n'arrive en Californie qu'après deux mois, à la mi-. Le consul américain de Monterey, , après avoir entendu les rumeurs de la déclaration de guerre, essaie de conserver la paix entre les Américains et la petite garnison mexicaine commandée par José Castro. L'explorateur, militaire et cartographe John Charles Frémont arrive en Californie en avec une soixantaine d'hommes bien armés, et se dirige vers l'Oregon lorsqu'il reçoit la nouvelle de l'imminence de la guerre contre le MexiqueCaptain John Charles Fremont and the Bear Flag Revolt.. Ayant entendu des rumeurs selon lesquelles les autorités mexicaines veulent arrêter tous les Américains, 30 colons se révoltent et s'emparent de la garnison de Sonoma. Ils hissent le Bear Flag de la république de Californie à Sonoma le . Le , Frémont arrive avec ses troupes et prend le commandement des deux forcesCalifornia Battalion..
vignette|Le Commodore John D. Sloat.
Le commodore John Drake Sloat ordonne dès lors à ses forces navales d'occuper Yerba Buena (San Francisco) le et d'y hisser le drapeau américain. Le , Sloat cède le commandement à Robert Field Stockton, un chef plus agressif. Le , la guerre est officiellement déclarée. Les forces américaines prennent alors rapidement le contrôle sur la Californie, en à peine quelques jours.
Le gouverneur mexicain fuit Los Angeles. Lorsque les forces de Stockton entrent dans la ville le , la conquête de la Californie semble complète et ne pas avoir coûté de vie. Stockton, cependant, laisse trop peu d'hommes dans la ville et les Californiens, de leur propre initiative et sans l'aide du Mexique, forcent la garnison à se retirer vers la fin du mois de . Les renforts envoyés par Stockton sont repoussés au cours d'une petite bataille à San Pedro.
Finalement, les forces de Stockton et d'un général, Kearny, entrent à Los Angeles sans résistance le . Trois jours plus tard, la « capitulation de Cahuenga » voit la reddition du dernier corps armé de Californiens au lieutenant-colonel Frémont. La révolte californienne s'achève ainsi.
La guerre dans le Nord du Mexique vignette|Le général américain Zachary Taylor, futur président des États-Unis. Les défaites de Palo Alto et Resaca de la Palma causent une agitation politique au Mexique, agitation que Antonio López de Santa Anna utilise pour relancer sa carrière politique et revenir de son exil à Cuba. Il promet aux Américains que s'ils lui permettent de franchir leur blocus, il négocierait une conclusion pacifique à la guerre et qu'il vendrait les territoires du Nouveau-Mexique et de Californie aux États-Unis. Dès son arrivée au Mexique, cependant, il se renie et offre ses talents militaires au gouvernement mexicain. Dès qu'il est nommé général, il renie à nouveau sa parole, cette fois envers son gouvernement, et se saisit de la présidence.
Une force importante conduite par Taylor traverse le Río Grande (Rio Bravo), non sans quelques difficultés pour se procurer les embarcations nécessaires à la traversée. Elle occupe les villes de Matamoros, puis Camargo et se dirige ensuite vers le sud et assiège la ville de Monterrey. La bataille de Monterrey est une dure bataille sanglante durant laquelle les deux camps déplorent de lourdes pertes entre les et .
À l'issue de cette bataille, Taylor accepte d'autoriser l'armée mexicaine à évacuer Monterrey et consent à un armistice de 8 semaines en échange de la reddition de la ville. Sous la pression de Washington, Taylor rompt l'armistice et occupe la ville de Saltillo, au sud de Monterrey. Santa Anna reproche à Ampudia la perte de Monterrey et Saltillo et le rétrograde à la tête d'un petit bataillon d'artillerie.