Henri Bourassa, né le et mort le à Montréal, est un journaliste et homme politique canadien. Député, il est actif autant sur la scène politique canadienne que québécoise. Fondateur du quotidien Le Devoir en 1910, il a été un ardent défenseur de l'indépendance politique du Canada par rapport au Royaume-Uni. Il était un intellectuel catholique, défenseur des droits politiques, linguistiques et religieux des Canadiens français, s'opposant avec zèle et de manière rationnelle à la conscription et la participation des Canadiens-français à la Première Guerre mondiale.

Biographie Origine familiale et années de formation Fils de Napoléon Bourassa, artiste peintre et écrivain, et de Marie-Julie-Azélie Papineau ; neveu de François Bourassa et de Augustin-Médard, lequel fut missionnaire oblat puis curé de la seigneurie de la Petite-Nation; et petit-fils du chef des patriotes, Louis-Joseph Papineau, Henri Bourassa grandit au sein d'une des familles les plus prestigieuses du Québec de son tempsRéal Bélanger, « Bourassa, Henri », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 18, Université Laval/Université de Toronto, 2003–. Il vivra son enfance dans un milieu aisé et cultivé, entouré d'un frère et de trois sœurs. Six mois après sa naissance, il perd sa mère. C'est une tante, Ézilda Papineau, qui prendra soin des enfants. « Femme énergique et disciplinée, Ézilda est la première éducatrice du jeune Henri. Ultramontaine, elle l’élève dans le culte du pape Pie lX et de Mgr Ignace Bourget, l’évêque de Montréal. » Ces idées marqueront pour de bon sa pensée.

En 1876-1877, il commence ses études à l’Institut des sourdes-muettes de Montréal. Par la suite, il suivra pendant deux ans des leçons particulières auprès d'un professeur privé. À partir de 1879, Henri fréquente l’Académie commerciale catholique de Montréal pendant deux ans et demi. Après avoir poursuivi sa formation auprès de deux précepteurs, de 1882 à 1885, il s'inscrit, cette année-là, à l'École polytechnique. Il n'y restera qu'un mois. En , il traverse la frontière et se rend aux États-Unis, à Worcester (Massachusetts), Holy Cross College, pour terminer son cours classique et perfectionner son anglais. Sa santé ne lui permet pas d'y rester plus d'un trimestre. Henri, rappelle Réal Bélanger, « ne sera donc ni professionnel ni prêtre. Déjà autodidacte, il n’a pas subi le conformisme souvent rapetissant des collèges classiques de son époque. Il a acquis le goût des lectures diversifiées, de la réflexion critique, de la discussion serrée. » Nous avons là les germes d'un esprit libre.

Sitôt ses études achevées, Henri se voit confier l'administration de biens familiaux dont la famille Bourassa a hérité. À partir de 1887, il s'installe à Montebello et veille à développer la seigneurie de la Petite-Nation, que la famille possède depuis le début du siècle et qui a appartenu à Louis-Joseph Papineau. Il crée, entre 1887 et 1890, une ferme qu’il exploitera jusqu’en 1898. Il s'initie alors « aux problèmes de la paysannerie, de la colonisation et des institutions locales », est actif au sein de la paroisse Notre-Dame-de-Bon-Secours. Il y sera marguillier en 1893 et syndic en 1894.

Débuts en politique municipale et canadienne vignette|gauche|Henri Bourassa.

En 1885, Henri est présent lors de la célèbre assemblée du Champ-de-Mars à Montréal à la suite de l'exécution du chef métis Louis Riel. Il y entend les discours d'Honoré Mercier et de Wilfrid Laurier, lequel déclare que « la meilleure façon de réagir à cette injustice passe par le gouvernement fédéral et la constitution britannique et non pas par des appels aux passions canadiennes-françaises ». Il admire déjà celui qui, le , prendra la tête du Parti libéral canadien. Il met bientôt le cap sur la scène fédérale. Mais c'est sur la scène municipale qu'il fait son apprentissage de la politique. En , à 21 ans, il devient maire de Montebello, une fonction qu’il occupe jusqu’au . Il sera également maire de Papineauville de 1896 à 1898.

En vue des élections générales de 1896, le parti de Laurier sollicite sa candidature. Il a bien des atouts : c'est un tribun, il est bilingue, cultivé, travaillant. « Même s’il s’affiche ultramontain, précise Bélanger, il s’affirme aussi franchement libéral, appartenant au libéralisme modéré propagé par Laurier depuis 1877. » Il acceptera de faire le saut en politique fédérale, mais à ses conditions. « Il n'accepte aucune aide financière du parti et paiera lui-même pour sa campagne électorale. De plus, il se réserve le droit de prendre librement ses décisions même si celles-ci contreviennent à la discipline du parti. » Le , il est élu dans la circonscription de Labelle. Il est, à 28 ans, le plus jeune député de la Chambre des communes du Canada.

Peu de temps après, Laurier lui confie la mission de négocier, avec Joseph-Israël Tarte, ministre des Travaux publics, une entente avec le gouvernement du Manitoba afin de régler la brûlante question des écoles de la minorité catholique. Un compromis est trouvé, le fameux règlement Laurier-Greenway, qui ne satisfait cependant pas les francophones de la province. Bourassa est dans une position délicate. Il ne peut trop se distancier de cet accord même si, aux Communes, il continue à défendre l'idée d'une garantie constitutionnelle des droits des minorités pour assister les écoles séparées. Le premier ministre Laurier invite Rome à faire enquête. Mgr Rafael Merry del Val est envoyé au Canada en . « En décembre, l’encyclique Affari vos entérine avec nuances le compromis Laurier-Greenway. Bourassa estime alors que ses opinions ont été confirmées par Rome, mais les suites de ce dossier le désespéreront. »

En 1898, Laurier le nomme cosecrétaire, avec Joseph Pope, de la haute commission mixte anglo-américaine pour régler des conflits entre le Canada et les États-Unis, dont celui des frontières de l’Alaska. Celle-ci se réunit à Québec, du au . Bourassa y développera une passion pour la politique internationale qu'il aura jusqu'à la fin.

La guerre des Boers

vignette|En 1910.

En 1899, le Royaume-Uni déclare la guerre aux deux républiques indépendantes de Boers en Afrique du Sud. Bourassa estime que le Canada doit rester neutre dans le conflit, que les querelles des Anglais ne sont pas celles des Canadiens. Le Québec est d'accord et appuie massivement Bourassa dans cette voie. Les provinces anglophones du pays estiment qu'il faut aider la mère-patrie. Laurier, coincé entre les deux positions, décide, le , sans avoir consulté le Parlement, d’envoyer des volontaires canadiens en Afrique du Sud pour soutenir l'effort de guerre britannique. C'est la question du statut du Canada dans l’Empire britannique et de sa contribution aux guerres impériales qui est posée.

Bourassa démissionne de son poste de député le pour marquer son opposition à la politique de Laurier. « L’envoi de troupes établit, selon lui, un précédent qui bafoue les relations politiques traditionnelles entre le Canada et l’Empire. Pire, en dérogeant à la constitution, le gouvernement a relégué la nation au rang d’une simple colonie dépendante de l’Angleterre. » C'est une première rupture entre les deux hommes. Quelques mois plus tard, il sera réélu par acclamation comme député indépendant dans une élection partielle tenue le . Bourassa conservera son siège lors des élections générales du . Le gouvernement Laurier mettra finalement sur pied un corps de 1 100 volontaires, qui sera envoyé en Afrique australe aux frais du gouvernement canadien. D'autres troupes s'y rendront par la suite. Pour Bourassa, son combat est un échec.

Bourassa sera à nouveau réélu dans Labelle en . Alors qu'il s'est réconcilié avec Laurier, ce dernier sollicite son appui lors de la création des provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan. Le premier ministre canadien souhaite en effet préserver les écoles séparées de la minorité catholique. Il présente un projet de loi qui satisfait Bourassa et les nationalistes, mais sème la consternation dans les provinces anglaises. Placé dans une situation difficile, en raison notamment d'une fronde d'une partie de son gouvernement et de sa députation, Laurier ménage un compromis, La minorité franco-catholique est sacrifiée. Bourassa, furieux, tente de renverser la situation, sans succès. Il organise une assemblée publique à Montréal le afin d'obtenir justice pour le groupe minoritaire. Mais rien n'y fait. Ce nouvel échec l'éloignera définitivement de Laurier et des libéraux. Il demeure toutefois député à la Chambre des communes jusqu’en , mais c'est la scène provinciale québécoise qui retient désormais son attention.

Politique québécoise Bourassa est devenu un homme politique de premier plan au Québec. Certains le voient même occuper un jour le poste de premier ministre. Il exerce une séduction irrésistible sur certains jeunes francophones qui entendent rompre avec la politique des vieux partis. On les retrouve notamment réunis dans la Ligue nationaliste canadienne fondée en 1903, autour d'Olivar Asselin, Armand La Vergne et Omer Héroux. La Ligue a une perspective nationaliste pancanadienne et elle se fait fort de lutter contre l'impérialisme britannique. Bourassa en est le porte-parole sans toutefois en être un membre actif. D’autres jeunes, dirigés par les abbés Lionel Groulx et Émile Chartier, respectivement de Valleyfield et de Saint-Hyacinthe, créent pour leur part, toujours en 1903, l’Association catholique de la jeunesse canadienne-française (A.C.J.C.), un mouvement qui recrute surtout auprès des élèves des collèges classiques. Pour l'historien Mason Wade, « l'A.C.J.C. fut le berceau du nationalisme canadien-français du vingtième siècle et le mélange de religion et de patriotisme qu'elle engendra fut porté dans tous les milieux de la vie canadienne-française par l'enseignement passionné que recevait la jeune élite qui passait par ses rangsCité par Lacoursière, Provencher et Vaugeois, Canada-Québec. Synthèse historique 1534-2000, p. 384.. »

Ce qui préoccupe Bourassa sur la scène québécoise, ce sont avant tout « les problèmes économiques et sociaux que connaît alors la province de Québec, qui s’industrialise et s’urbanise, tandis que le gouvernement libéral de Lomer Gouin, plutôt affairiste, sombre à l’occasion dans la corruption. » Il s'en prend ainsi, à l’été de 1907, à la mauvaise administration de la colonisation et des ressources naturelles du gouvernement Gouin. Relevant un défi qui lui est lancé par le ministre libéral des Terres et des Forêts Adélard Turgeon, il se présente contre celui-ci à l'élection partielle du dans la circonscription de Bellechasse, mais est défait. Des conservateurs lui proposeront alors une alliance tacite pour les prochaines élections provinciales qui auront lieu en 1908. Lors de celles-ci, Bourassa est élu député à l'Assemblée législative du Québec, sous la bannière de la Ligue nationaliste canadienne, à la fois dans deux circonscriptions électorales, celle de Montréal no 2, dans laquelle il défait le premier ministre libéral Lomer Gouin, et celle de Saint-Hyacinthe. De concert avec le chef du Parti conservateur Joseph-Mathias Tellier, il attaque sans relâche Gouin lors de la session de 1909. Ses efforts porteront fruit. « Il amène le gouvernement à mieux contrôler la spéculation, à louer les chutes d’eau par bail emphytéotique plutôt que de les vendre, à créer une commission pour réglementer la concession des ressources hydrauliques, à imposer un embargo sur l’exportation du bois à pâte coupé sur les terres de la couronne afin de le transformer au Québec. » Il laisse la circonscription de Montréal le et demeure député de celle de Saint-Hyacinthe jusqu'à l'élection générale de 1912, lors de laquelle il ne se représente pas. Il quitte alors pour de bon la scène provinciale. Entretemps, il a fondé à Montréal un quotidien promis à un bel avenir : Le Devoir.

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