Dans la religion grecque antique, Aphrodite (en ) est la déesse de l'Amour dans son acception la plus large, Iliade, , 429 ; , 203-206, voir ..
Sa fête principale, les Aphrodisies, était célébrée chaque année au milieu de l'été. En Laconie, Aphrodite était vénérée comme une déesse guerrière.
Dans la mythologie grecque, Aphrodite est quelquefois mariée à Héphaïstos, dieu du feu, de la forge et de la métallurgie. Les légendes font également part de ses aventures avec de nombreux amants (mais qui ne sont pas tous des dieux), dont notamment Arès, Dionysos et Hermès.
Avec Athéna et Héra, Aphrodite est l'une des trois déesses dont la querelle entraîne le début de la guerre de Troie au cours de laquelle elle joue un rôle majeur.
Plus tard, les Romains ont assimilé Aphrodite à la Vénus de la mythologie romaine.
Aphrodite a été présentée dans l'art occidental comme un symbole de la beauté féminine et elle apparaît dans de nombreuses œuvres artistiques depuis la Renaissance jusqu'à nos jours.
Origine Déjà, les historiens grecs se sont posé la question de l'origine du culte d'Aphrodite et des mythes la concernant.
Hérodote a avancé une origine orientale. Il situe le plus ancien temple d'Aphrodite « Ourania »céleste dans la ville d'Ascalon, en Syrie : Histoire ou L'Enquête, , 105 : L'édition de La Pléiade note : . Hérodote (Histoire, , 131) : Les Perses . L'édition de La Pléiade note : (correction au texte des manuscrits qui portent Alitta, sur le modèle du nom précédent, Mylitta).
De fait, elle correspond très probablement à la déesse Ishtar-Astarté, avec laquelle elle partage de nombreux traits : ce sont des divinités androgynes ; Astarté est la alors qu'Aphrodite est dite (Ourania) ; leur culte comprend l'offrande d'encens et le sacrifice de colombesJacqueline Duchemin, « Le mythe du Déluge retrouvé dans des sources grecques ? », Revue de l’histoire des religions, 1976, , ; « Le Zeus d'Eschyle et ses sources proche-orientales », Revue de l’histoire des religions, 1980, , ; « Le mythe de Prométhée et ses sources orientales », Revue des études grecques, 1975, , .. Par ailleurs, le nom d'Aphrodite n'a pas été retrouvé sur les tablettes de linéaire B, témoignages écrits de la civilisation mycénienne.
Depuis le , l'origine d'Aphrodite a fait l'objet de nombreuses études et controverses. L'opinion dominante la fait dériver de divinités du Moyen-Orient, que les Grecs auraient adoptées et transformées au cours du temps donne dans son Introduction, , un résumé de ces controverses..
Déesse de l'aube indo-européenne Certains mythologues comparatifs ont affirmé qu'Aphrodite était un aspect de la déesse grecque de l'aube, Éos, et qu'elle résultait donc en définitive de la déesse de l'aube indo-européenne **h₂ewsṓs (grec Éos, latin Aurora, sanskrit Ushas). Deborah Dickmann Boedeker souligne ainsi que la désignation d'Aphrodite comme ou, selon les traditions, d'Ouranos, rejoint celle de l'Aurore comme fille du Ciel dans la tradition indo-européenne. La plupart des érudits modernes ont rejeté la notion d'une Aphrodite purement indo-européenne, mais il se peut que la notion indo-européenne d'une déesse de l'aube ait influencé celle de la divinité, à l'origine sémitique Monica S. Cyrino, Aphrodite, Gods and Heroes of the Ancient World, New York City, New York and London, England: Routledge, 2010., Aphrodite, également réputée pour sa beauté érotique, sa sexualité agressive et ses relations avec des amants mortels Peter Jackson, Πότνια Αὔως: The Greek Dawn-Goddess and Her Antecedent, Glotta, Bd. 81, 2005, ..
Michael Janda analyse le nom d'Aphrodite comme une épithète d'Éos signifiant qui renvoie au récit théogonique d'Hésiode de la naissance d'Aphrodite en tant que réflexe archaïque du mythe indo-européen Michael Janda, Die Musik nach dem Chaos: der Schöpfungsmythos der europäischen Vorzeit, Innsbruck: Institut für Sprachen und Literaturen, 2010.. Jean Haudry l'interprète également comme signifiant ou Jean Haudry, Courtisanes, Journal Asiatique, 303.2, 2015.. Le mythe d'Aphrodite émergeant des eaux après que Cronos a vaincu Ouranos, serait alors directement apparenté à celui d'Indra vainqueur de Vrtra et libérant Ushas, la déesse de l'aurore dans le Rig-Véda. Cette image héritée se retrouve dans son épiclèse d'Aphrodite Anadyomène « celle qui sort de l'eau ».
À l'origine, déesse de l'Aurore, elle est devenue la déesse de l'amour sous toutes ses formes, incluant la prostitution, avec l'Aphrodite pórnē d'Abydos, l'Aphrodite hetaíra d'Athènes, ce rôle dérivant du mythe de l'Aurore qui s'unit à un mortel.
Les traditions grecques Aphrodite apparaît pour la première fois dans Homère (Iliade, , 819-821). : Elle sera aussi citée dans l’Iliade aux , 374-382; , 130-132; 311-318; 329-430; , 188-224; , 282; , 4-40; 105; , 385-520; , 470-472; , 184-187…
Elle est citée dans l’Odyssée. : , 266-366; 306-320; 363.
Naissance vignette|La naissance d'Aphrodite sur une pélikè attique à figures rouges, vers 450 avant notre ère. (Musée archéologique, Rhodes). Aphrodite possède plusieurs légendes sur sa naissance.
Dans les épopées homériques, l’Iliade et l’Odyssée, les plus anciennes œuvres littéraires grecques connues, Aphrodite naît de Zeus (Iliade, , 131; 329-351; 418-430; , 188-224; , 105; , 184-187) et Dioné (Iliade, , 348-417) : Dioné est une figure mal connue dont le nom, apparenté au nom de Zeus (Ζεύς, génitif Διός), suggère qu'elle était initialement sa parèdreCyrino, .. Le pseudo-Apollodore (Bibliothèque, , chapitre 3, §1) suivra la version d'Homère (note 8). : (parlant de Zeus) : « ἐκ Διώνης δὲ Ἀφροδίτην » / « De Dioné il eut Aphrodite »... Fille de Zeus, elle est logiquement la demi-sœur des autres enfants de Zeus. Dans Homère (Iliade, , 352-364), elle demande à son frère Arès de lui prêter son char : « O frère, viens à mon secours, prête-moi tes coursiers pour que je remonte à l'Olympe… ». Nous savons qu'Arès est le fils de Zeus et Héra (Iliade, , 872-898).
Dans la Théogonie d'Hésiode, une autre version de la naissance d'Aphrodite est donnée (vers 173-206) : Cronos vient de couper les bourses d'Ouranos. Il les jette .. Hésiode a interprété le nom de la déesse comme signifiant ( / ) . L'étymologie reste obscureVoir qui s'appuie sur J.-E. Dugand, « Aphrodite-Astarté (de l'étymologie du nom d'Aphrodite) », Annales de la Faculté de Lettres et Sciences humaines de l'Université de Nice, 1974, n⁰ 21, .. Quant à l'épithète homériqueIliade, , 424 et Odyssée, , 362. / , dans un passage vraisemblablement ajouté au texte d'Hésiode, elle a été interprétée comme signifiant « sortie des testicules » ( / ), ce qui est un jeu de mots, l'épithète signifiant, chez Homère, , de / . D'après le traducteur d'Apollodore, le pseudo-Orphée (Hymnes orphiques, 52) semble avoir suivi la même tradition car il la nomme / , « née du flot ». Pour cet hymne, la traduction (texte grec absent) de Leconte de Lisle donne « née de l'écume »). : Pour Nonnos de Panopolis, Thalassa est fécondée par les organes génitaux d'Ouranos tranchés par Cronos et tombés dans la mer. Elle engendre ainsi Aphrodite, déesse de la beauté et de l'amour (Nonnus, Dionysiaca 12.43).
Traditions ultérieures Épiménide, suivant le scholiaste de Lycophron (406) : (parlant des Erinnyes) : « Ἐπιμενίδης ἐκ Χρόνου, ὡς Ἡσίοδος, ταύτας φησὶ γενέσθαι λέγων, Ἀκ τοῦ καλλίκομος γένετο χρυσῆ’ Ἀφροδίτη Μοῖραί τ´ἀθάνατοι, καὶ Ἐριννύες αἰολόδωροι. / Epiménide dit, comme Hésiode, qu'elles étaient filles de Cronos. De lui naquirent Aphrodite aux beaux cheveux, les Moires (Parques) immortelles et les Erinnyes (Furies) ». Cependant le traducteur d'Apollodore (dans sa note) pense à une erreur ; il s'agirait d'Ouranos et non de Cronos (et il s'en explique).. En effet, Hésiode parle des Erinyes (avec un seul n) nées des éclaboussures de sang d'Ouranos tombées sur Gaia (Terre), puis d'Aphrodite née de la semence-écume dans le flot. Le scholiaste en question est le très tardif auteur byzantin Tzétzès (commentaire à Lycophron, 406).. L'édition de 1811 donne un texte grec légèrement différent. Aphrodite serait la fille de Cronos et d'Évonymé .
La déesse Attributions Le culte d'Aphrodite s'associe souvent à la sexualité, mais ce n'est pas la seule fonction de la déesse. Elle est en rapport avec les activités des jeunes filles en général.
Les détails du mythe de Thésée et ses amours avec Ariane montrent une Aphrodite impliquée dans la sexualité hors mariage, alors que dans lIliade, Zeus lui attribue . Le culte athénien, ainsi que celui d'autres cités grecques, l'associe à la fécondité.
Les attributions d'Aphrodite ont pu évoluer selon les époques et les cités. À Sparte, où l'on contrôle plus rigoureusement la sexualité des jeunes filles, elle est associée à des divinités plus sévères.
À l'époque tardive, les auteurs tentent de séparer plus rigoureusement les attributions des divinités de l'Olympe, et celles d'Aphrodite se trouvent plus étroitement circonscrites. Cependant, en tous temps, ce sont surtout les jeunes filles et les femmes, plus que les hommes et les garçons, qui ont des devoirs envers la déesse.
La beauté féminine, précieuse aux jeunes filles en vue de leur mariage, aux femmes à qui elle facilite l'harmonie avec leurs époux, et aux courtisanes pour qui elle est une nécessité de leur commerce, se reflète dans les miroirs décorés de la figure d'Aphrodite, parfois offerts au temple de la déesse quand leurs propriétaires ont vieilli.
Épiclèses Aphrodite possède de nombreuses épithètes qui reflètent les aspects de son culte. Dans d'autres épiclèses se retrouvent le type et les noms de ses lieux de culte et de ses sanctuaires.
Aphrodite Ourania Selon Hérodote, c'était spécifiquement le culte d'Aphrodite Ourania () « la céleste » qui avait été introduit à Chypre depuis l'Ascalon syrien. D'après Pausanias, le culte d'Ourania s'est d'abord installé à Paphos à Chypre. Par des épiclèses, l'épithète est attestée en Attique, à Corinthe (comme Πειθώ Οὐρανία / Peithṓ Ouranía) et à Panticapée en Crimée (Οὐρανία Ἀπατούρη Βοσπόρου μέδουσα / Ourania Apatoúrē Bospórou médousa).
À Athènes, il existait « dans les jardins » (ἐν κήποις), qui se trouvaient probablement au bord de l'IlissósVinciane Pirenne-Delforge, Épithètes cultuelles et interprétation philosophique. À propos d'Aphrodite Ourania et Pandemos à Athènes, L'Antiquité Classique, Année 1988, 57, ., un temple d'Aphrodite Ourania, qui, sur un hermès, était décrite comme « la plus ancienne des Moires ». Il y avait aussi une statue importante de la déesse de la main d'Alcamène au même endroit. Un deuxième temple athénien d'Ourania a été trouvé près de Kerameikos et de la stoa du roi (Stoa Basileios) avec une statue de Phidias. Au Pirée se trouvait un temple d'Aphrodite Syría Ouranía (Συρία Οὐρανία).
vignette|Aphrodite pandemos (=populaire) ou epitragia (=montée sur un bouc). Vers 350 av. J.-C. Béotie, Grèce. Musée du Louvre. Aphrodite Pandémos L'épithète de Pandémos () « commun à tous, de tout le peuple » était liée à l'organisation politique de différentes communautés (voir dèmos). Aphrodite agissait comme la divinité de « l'entente civique et de l'harmonie ». La fondation du culte d'Aphrodite Pandémos à Athènes était attribuée à Thésée et considérée comme une conséquence de la réunion des Athéniens des dèmes en une seule cité. Aphrodite est ainsi « la déesse du peuple entier, le peuple souverain trouve en elle une protectrice attentive ».