La Vénus de Milo est une statue en marbre blanc, œuvre originale de l'époque hellénistique, créée vers . Elle représente la déesse grecque Aphrodite (désignée par son équivalent latin Vénus) et elle a été retrouvée dans l'île grecque de Milos en dans un état fragmentaire, en particulier sans bras.
Son exposition au musée du Louvre en 1821 a fait sensation : c'était la première statue venue de Grèce dans les collections et la première à être montrée incomplète. Sa célébrité est due à la grande beauté de son corps à demi dénudé, mais aussi aux polémiques suscitées par son identité et la position de ses bras. Parmi les nombreuses propositions pour restituer son attitude, les archéologues en privilégient deux : celle où Aphrodite tient la pomme du jugement de Pâris, et celle où elle se regarde dans le bouclier d'Arès.
Historique 1820-1821 : de Milo à Paris vignette|upright|Le marquis de Rivière, par Élisabeth Vigée Le Brun, 1828. Une dizaine de personnes, grecques et françaises, participent à la découverte et surtout à l’acquisition de la Vénus de Milo. Divers documents d’archives et plusieurs récits permettent d’établir le rôle de chacune d'entre elles.
Entre le et le , plusieurs navires de l'escadre française du Levant, parmi lesquels l'Estafette et la Lionne, stationnent ou font escale dans la rade de l'île de MilosS. Reinach, Documents sur la Vénus de Milo I, dans Amalthée 1930, .. Dans cet intervalle, un paysan grec découvre dans son terrain une statue féminine en deux parties. Un aspirant de l'Estafette nommé Olivier Voutier écrira beaucoup plus tardLettre à M. de Marcellus du 3 mars 1860, L'enlèvement de la Vénus de Milo, 1994, p. 85-86 et récit publié en 1874, Ibidem, . avoir participé à la découverte et réalisé aussitôt un dessin (voir ci-dessous). Les documents contemporains de la découverte sont très brefs, et concernent surtout la possibilité d'acquérir la statue pour la France. Le premier est la lettre d'un commandant de navire, , arrivé le à Milo. Il écrit dès le au consul général à Smyrne, pour signaler la découverte de la « Vénus », déjà évaluée à . Le lendemain, Louis Brest, l'agent consulaire français de Milo, écritPublication des deux lettres par M de Vogüé, Seconde lettre sur la découverte de la Vénus de Milo, Comptes-rendus de l'académie des inscriptions et belles-lettres, 1874, . lui aussi à son supérieur, en faisant état de la statue « un peu mutilée, aux bras cassés » et de deux piliers à tête sculptée. Il s'inquiète de savoir s'il doit acheter la statue et ajoute que les dignitaires de l'île veulent de leur côté la proposer à Nicolaos Morousi, drogman de la flotte ottomane, le fonctionnaire grec dont ils dépendent à ConstantinopleIl s'agit du phanariote Nicolas Mourousi, drogman de la flotte de l'Empire ottoman.. Le 14 avril, l'Estafette et la Lionne quittent Milos pour Smyrne, où les deux lettres sont portées au consul général, le 24 avril. Ce dernier écrit aussitôt à l'ambassadeur de France à Constantinople, le marquis de Rivière, pour lui demander s'il veut acquérir la statue à ParisF. Ravaisson, La Vénus de Milo, Mémoire de l'institut de France, Académie des inscriptions et belles-lettres, 1892, . ..
vignette|upright|Le vicomte de Marcellus par Ingres, vers 1825. Le , un navire chargé d'un voyage d'exploration dans le Pont-Euxin, la Chevrette, fait une brève escale à Milos. À son bord se trouve l'enseigne de vaisseau Jules Dumont d'Urville. Botaniste, il va le examiner par curiosité la statue de Vénus ainsi que le lieu de la découverte, et note ses observationsIl tenait son journal tous les jours. Cf. M. Besnier, La Vénus de Milo et Dumont d'Urville, Revue des Études Anciennes, , 1908, .. La Chevrette poursuit sa route et fait escale du au à Constantinople. Invité à l'ambassade, Dumont d'Urville est interrogé sur la statue par M. de Rivière, puis il remet le une courte noticePubliée par É. de Marcellus, La Vénus de Milo, Le Temps, 4 mars 1874. à son sujet au vicomte de Marcellus, secrétaire d'ambassade.
Enfin le , l'Estafette, basée à Smyrne, arrive à Constantinople pour embarquer dans une tournée des établissements français du Levant, prévue de longue date ; son commandant, , s'entretient aussi de la statue avec l'ambassadeur. Sur la foi de ces différents témoignages, décide d'acheter la statue à son propre compte et il demande à M. de Marcellus de se rendre d'abord à Milo pour traiter l'affaireC. de Marcellus, Souvenirs de l'Orient, 1839, ..
Mais dans l'intervalle à Milo, un religieux grec nommé Verghi s'était chargé d'acheter pour le compte du drogman la statue au paysan qui l'avait découverte et il en avait offert , d'après BrestLettre de Brest du dans E. de Marcellus, Le Temps, 14 mai 1874, .. Et quand l'Estafette approche l'île le , le moine fait rapidement embarquer la statue sur un navire prêt à partir pour Constantinople. Malgré cela, M. de Marcellus est déterminé à la récupérer et à l'acheter. Deux jours de négociations très tendues avec les dignitaires de l'île et l'offre d'un paiement de D'après le reçu de la vente, pour la statue « à rembourser à Verghi » et de dédommagement pour les dignitaires, cf. M. de Vogüé, Lettre sur la découverte de la Vénus de Milo, Comptes-rendus de l'académie des inscriptions et belles-lettres, 1874, p. 154. sont nécessaires pour qu'il puisse faire passer à son bord la statue, avec et trois piliers à tête sculptée. Il quitte Milo dès le , et dans la dépêcheExtrait dans É. de Marcellus, la Vénus de Milo, Le Temps, . qu'il expédie le de Rhodes à l'ambassadeur pour lui narrer son succès, il précise ne pas avoir recouru à la force comme le lui suggéraient ses compagnons. De son côté, Brest écritÉ. de Marcellus, La Vénus de Milo, Le Temps, , . en demandant à l'ambassadeur d'intervenir pour que les dignitaires grecs ne soient pas sanctionnés par le drogman pour avoir vendu la statue à des étrangers, en vainLes représailles infligées par le drogman seront sévères : prison, bastonnade et amende de . Cf. C. de Marcellus, Souvenirs de l'Orient, 1839, .. En 1826 seulement, M. de Rivière leur remboursera les qu'ils avaient dû payer comme amende au drogman.
Puis l'Estafette entreprend son périple en Méditerranée orientale, fait escale entre autres au Pirée le , où l'archéologue Louis Fauvel admire la statue sur le pont du navire la nuit, C. de Marcellus, Souvenirs de l'Orient, tome I, 1839, .. La mission de M. de Marcellus se termine le à Smyrne, et le , les sculptures sont transbordées sur le navire la Lionne qui doit ramener en France , relevé de son poste d'ambassadeur. Sur le chemin du retour, ce dernier fait escale à Milo le et acquiert encore quelques fragments de marbres.
Arrivés le à Toulon, les objets sont acheminés par voie fluviale jusqu'à Paris où ils parviennent à la mi-févrierÉ. Michon, La Vénus de Milo. Son arrivée et son exposition au Louvre, Revue des Études Anciennes, 1900, .. Cela permet à d'offrir la statue au roi lors d'une audience qui lui est accordée le au palais des Tuileries. Le roi l'accepte et l'offre à la France pour enrichir les collections du musée du LouvreElle est inscrite sur le livre d'entrée du règne de Louis XVIII sous le numéro LL 299., mais il n'ira jamais la voirÉ. Michon, « La Vénus de Milo. Son arrivée et son exposition au Louvre », Revue des Études Anciennes, 1900, ..
1821-1874 : les récits Plusieurs récits de ces événements paraissent au cours du , qui n'ont pas tous le même rapport à la réalité à mesure que le temps passe.
En , Dumont d'Urville publie la relation du voyageJ. Dumont d'Urville, Relation du voyage de la Chevrette, Annales maritimes 13, 1821, . que la Chevrette a fait l'année précédente. Pour la statue de Milo, il copie sa note du , augmentée de ce qu'on lui a dit de la suite des événements. C'est le témoignage le plus direct que l'on possède de la trouvaille et de son contexte.
En mars-, Marcellus fait parvenir au directeur du Musée royal une noteDocument aux Archives nationales. très détaillée sur les conditions de l'acquisition de la Vénus, où il a en effet joué un rôle essentiel et déterminant par la négociation. Il dit avoir payé la statue directement au paysanContrairement au reçu signé en mai 1820, cf. note 10. qu'il appelle Georges. Le peu qu'il dit sur la découverte, qu'il date fin février, est de seconde main.
En 1821, le comte de Clarac, conservateur des Sculptures au Louvre, publie une étudeF. de Clarac, Sur la statue antique de Vénus Victrix découverte dans l'île de Milo, Paris, 1821. sur la Vénus de Milo. Il reprend les notes de Dumont d'Urville et de Marcellus, et les complète avec les informations que lui fournit de vive voix d'Ailly, commandant de la Lionne, présent à Milo en .
En 1839, Marcellus consacre un chapitre de ses Souvenirs de l'OrientC. de Marcellus, Souvenirs de l'Orient, Paris, 1839, tome I, . à l'acquisition de la statue. Il recopie pour l'essentiel sa note de 1821, qu'il augmente largement ; il décrit ainsi sa tentative de monter à bord du navire en partance pour Constantinople pour voir la statue avant de l'acheter.
En 1862, Brest rédige un rapportSalomon Reinach, Chronique des arts, 1897, 9, . à la demande de l'ambassadeur de France à Athènes. Il donne pour la première fois le nom de Théodoros Kendrotas au paysan grec qui avait découvert la statue. Oublieux de ce qu'il avait lui-même écrit en 1820, il s'attribue tout le mérite de l'acquisition de la statue pour la France.
En 1874, paraît le récit de MattererJ. Aicard, La Vénus de Milo : recherches sur l'histoire de la découverte d'après des documents inédits, 1874, ., lieutenant sur la Chevrette en 1820. Il affirme que les bras de la Vénus ont été cassés dans une violente bagarre entre les Français et les Grecs survenue lors de son embarquement en sur le port de Milo : il n'a pas pu voir cette scène, la Chevrette naviguant à ce moment-là dans le Pont-Euxin.
La même année, Olivier Voutier réagit en publiant sa version des faitsLarge extrait dans Salomon Reinach, Amalthée : mélanges d'archéologie et d'histoire, 1930-1931, , note ; version complète dans L'enlèvement de Vénus, Paris, 1994, . : il peut assurer que la statue a été trouvée les bras cassés, puisque c'est lui qui l'a fait exhumer par le paysan grec - sinon elle serait restée enfouie ; et ne parvenant pas à convaincre Brest de l'acheter, il est parti aussitôt sur l'Estafette prévenir l'ambassadeur à Constantinople – Voutier ignorait le passage de Dumont d'Urville à Milo et à Istanbul. Très tardif, son récit n'est pas dépourvu d'invraisemblancesVoutier a pour habitude d'enjoliver ses récits et de s'y attribuer un rôle prépondérant ou exagéré, comme c'est le cas pour ses publications sur la guerre d'indépendance grecque (). (comme redresser la statue sur-le-champ), ni d'inexactitudes (à la mi-, son navire a quitté Milo pour regagner Smyrne). Dès 1896, mettait en garde : « Écrite, cinquante-quatre ans après les événements, par un homme évidemment fatigué, la brochure de M. Voutier doit être consultée avec grande précaution. »S. Reinach, Amalthée, 1930 , p. 274, n. 1. .
En 1892, est publié le calque d'un dessinFélix Ravaisson, « La Vénus de Milo », Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1892, pl. II. fait par Voutier, représentant la Vénus en deux morceaux disjoints et deux piliers à tête sculptée sur des bases inscrites. Le dessin a pu être fait rapidement à Milo en ou entre et sur l'Estafette.
Découverte Date