vignette|Pierre Puvis de Chavannes, Jeunes Filles au bord de la mer, Paris, Musée d'Orsay, 1879.|alt=Tableau représentant trois jeunes femmes au bord de la mer, vêtues de pagnes blancs. La première se coiffe, debout. Les deux autres sont allongées, l'une semble pensive.

Le symbolisme est un mouvement artistique européen qui se développe dans les années 1870 et qui atteint son apogée dans les années 1890. Il apparaît d'abord en poésie avant de gagner la peinture, la musique et le théâtre.

Il est difficile de définir clairement un style symboliste, puisque le mouvement a réuni de nombreuses tendances différentes. Un certain nombre de thèmes sont cependant communs à tous les artistes : un fort pessimisme, une attirance pour le rêve et l'ésotérisme, et une atmosphère générale de mélancolie. Le symbole de la femme fatale, très souvent interprété par les symbolistes, s'accompagne d'une forte misogynie dans le mouvement. Enfin, la recherche d'une synthèse des arts donne lieu à de nombreux échanges entre des artistes de différents domaines, et le symbolisme se répand dans tous les genres.

Le symbolisme apparaît à la fin du , alors que l'Europe connaît un essor scientifique et industriel important, qui entraîne un recul de la spiritualité. Dans les années 1870, une partie de la jeune génération artistique, qui ne se retrouve pas dans ce contexte social et rejette le naturalisme, rejoint le décadentisme porté par Paul Verlaine. Puis, à partir de 1885, de plus en plus de ces poètes quittent le décadentisme pour rejoindre la sphère d'influence de Stéphane Mallarmé, dont le style poétique est à la base des théories symbolistes.

En 1886 sont publiés plusieurs textes fondateurs pour le mouvement, écrits par Teodor de Wyzewa, René Ghil et Jean Moréas, dont le « manifeste symboliste » paru dans Le Figaro impose durablement son nom au mouvement. Ces différents textes participent à élaborer le style symboliste : opposition au naturalisme, intérêt pour la métaphysique, poésie obscure et difficilement compréhensible, culte de « l'Idée » et de la suggestion. Une culture symboliste se met en place, fondée notamment sur Les Poètes maudits de Verlaine et À rebours de Joris-Karl Huysmans, avec pour principaux modèles Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé, Charles Baudelaire, Richard Wagner, Odilon Redon, Félicien Rops, Pierre Puvis de Chavannes et Gustave Moreau. Par la suite, entre 1886 et 1890, les revues dédiées au symbolisme se multiplient et publient d'autres manifestes, dont des manifestes picturaux. Celui du critique d'art Gabriel-Albert Aurier, paru en 1891, fait de Paul Gauguin le « fondateur » du symbolisme en peinture, bien que d'autres peintres aient élaboré des théories similaires avant lui, notamment les nabis et Émile Bernard. Cette profusion de manifestes donne lieu à des querelles d'artistes, qui cherchent à s'imposer comme inventeurs : Gauguin et Bernard en peinture, Gustave Kahn et Marie Krysinska en poésie.

Dans les années 1890, le symbolisme atteint son apogée en Europe. Il se répand dans tous les domaines artistiques : roman, peinture, sculpture, musique, théâtre, et il obtient du crédit auprès des critiques et de la presse. Joséphin Péladan, écrivain très en vue dans les milieux symbolistes, met en place une série d'expositions entre 1892 et 1897, les Salons de la Rose+Croix, qui réunissent des artistes complètement représentatifs du mouvement. L'influence de Péladan se fait sentir dans toute l'Europe, et principalement en Belgique, aux Pays-Bas, en Scandinavie et en Finlande.

Le symbolisme s'estompe à partir de 1900. Verlaine meurt en 1896, puis Mallarmé, Gustave Moreau et Puvis de Chavannes en 1898, et la plupart des jeunes poètes délaissent voire rejettent le symbolisme. Néanmoins, des peintres modernes comme Piet Mondrian, Pablo Picasso et František Kupka, ainsi que les surréalistes, sont très influencés par le symbolisme.

Définition et origine du nom alt=Tableau de Gustave Moreau représentant Salomé, richement vêtue, dans un temple où trône Hérode.|vignette|Gustave Moreau, Salomé dansant devant Hérode, Los Angeles, Hammer Museum, v. 1874, le premier tableau qualifié de « symboliste ». thumb|Paul Gauguin, Soyez Symboliste. Portrait de Jean Moréas, 1890-1891. Le terme « symbolisme » apparaît en français vers 1830. Il est employé pour la première fois pour décrire une œuvre d'art en 1876, de manière péjorative, dans une critique d'Émile Zola à l'égard du tableau Salomé dansant devant Hérode de Gustave Moreau, puis Jean Moréas impose ce nom au mouvement dans son « Manifeste » de 1886. À part « symbolisme », d'autres noms ont été utilisés au cours des années 1880-1890, par des artistes ou des critiques d'art : synthétisme, idéisme, idéalisme ou néo-traditionnisme. La définition et les bornes chronologiques du mouvement varient selon les auteurs. On considère généralement que le symbolisme désigne une partie de la production artistique franco-belge puis européenne entre 1880 et 1914, avec un premier manifeste en 1886, et dont l'apogée se situe dans les années 1890. Il se développe d'abord en littérature dans les années 1880, puis en peinture, au théâtre et en musique dans les années 1890.

Il est difficile de définir strictement un style symboliste, les artistes se retrouvant plutôt dans un certain nombre de thèmes, un imaginaire et des références communes : rejet du naturalisme et du positivisme, retour à des thèmes mythologiques et sacrés, une forme d'élitisme, et une explication du monde par la spiritualité voire l'occultisme. Les artistes rattachés au symbolisme sont nés majoritairement entre les années 1850 et 1870 et prennent pour modèles des artistes plus âgés : les peintres Pierre Puvis de Chavannes, Gustave Moreau, Arnold Böcklin, Odilon Redon et les préraphaélites, les écrivains Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine, Edgar Allan Poe, Charles Baudelaire et Jules Barbey d'Aurevilly, et le compositeur Richard Wagner, « Figures tutélaires »., « Les initiateurs du symbolisme »..

Historique 1870-1885 : apparition du symbolisme en littérature Contexte vignette|alt=Tableau présentant un ensemble d'hommes en costume de ville, attablés dans un intérieur bourgeois.|Le tableau Un coin de table (Henri Fantin-Latour, Paris, Musée d'Orsay, 1872) représente une réunion de poètes parnassiens, avant que Paul Verlaine, représenté en bas à gauche, ainsi que Jean Aicard, debout à droite, ne quittent le groupe. Le symbolisme se développe en réaction au contexte social et politique de la fin du en Europe : opposition aux cours impériales dans les pays germaniques et au modernisme de la République en France, et plus généralement à l'industrialisation et au recul de la spiritualité face aux avancées scientifiques et au positivisme. La défaite française de 1870 et la répression sanglante de la Commune marquent fortement une partie de la génération née dans les années 1860, qui y voit la fin de la « grandeur française » et perd foi dans le progrès. Sur le plan artistique, les mouvements modernes dominants sont le naturalisme, représenté par Zola qui décrit « scientifiquement » son époque ; l'impressionnisme, dont les principaux sujets sont des scènes de la vie moderne et urbaine ; et le Parnasse, groupe de poètes fondé en 1866. Une rupture a lieu dans le champ poétique en 1876, lorsque le Parnasse refuse de publier des poèmes de Verlaine, Charles Cros et Mallarmé. Mallarmé fait éditer son poème, L'Après-midi d'un faune, dans une édition limitée luxueuse illustrée par Manet, et attire quelques jeunes poètes qui voient en lui un maître opposé aux canons dominants du Parnasse. De leur côté, Cros et Verlaine rejoignent des groupes décadents.

Décadentisme

alt=Illustration représentant une femme dénudée étendue sur une table, les yeux révulsés, éclairée par une bougie.|vignette|Félicien Rops, À un dîner d'athées, illustration pour Les Diaboliques de Jules Barbey d'Aurevilly.|gauche C'est du milieu décadent, qui se développe en Belgique et en France au cours des années 1870, que viennent la plupart des poètes qui définissent le symbolisme. Auteurs marginaux, pessimistes et qui cultivent un esprit de dérision, leurs œuvres sont peu diffusées en dehors de leurs cercles : la publication des Chants de Maldoror d'Isidore Ducasse, dit Lautréamont, est stoppée à sa mort en 1869, Tristan Corbière meurt en 1875, deux ans après avoir publié Les Amours jaunes, Rimbaud abandonne la poésie peu après avoir écrit Une saison en enfer, alors inconnue du public, et les œuvres de Verlaine et Mallarmé sont quasiment inaccessibles. Des groupes anticonformistes se retrouvent dans des cabarets, le plus célèbre étant Le Chat noir, à Montmartre, où se réunissent notamment Gustave Kahn, Marie Krysinska, Jules Laforgue, Maurice Maeterlinck et Jean Moréas, tous futurs symbolistes.

Verlaine est une figure majeure du décadentisme, mais il refuse d'être considéré comme un symbolisteJules Huret, dans son Enquête sur l'évolution littéraire (1891), questionne Verlaine sur la définition du symbolisme : « Le symbolisme ?… comprends pas… Ça doit être un mot allemand… hein ? Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Moi, d'ailleurs, je m'en fiche. […] Voyez-vous, toutes ces distinctions-là, c'est de l'allemandisme (faisant référence à l'influence de Kant, Schopenhauer et Hegel sur les symbolistes). ». Il reste cependant un modèle pour les symbolistes, principalement après la publication des Poètes maudits en 1884. La même année est publié À rebours, roman de Joris-Karl Huysmans, qui rompt avec le naturalisme dont il est issu. Il y raconte le quotidien d'un esthète vivant reclus dans une villa, où il s'entoure de livres et d'œuvres d'art . Ces deux textes participent à donner une culture commune aux symbolistes, dont le mouvement prend forme à partir de ce moment. Après la publication des Poètes maudits et À rebours, les peintres Odilon Redon et Gustave Moreau et les poètes Tristan Corbière et Stéphane Mallarmé deviennent des sources d'inspiration majeures pour les symbolistes. L'illustrateur Félicien Rops a aussi un grand succès auprès des décadents puis des symbolistes, illustrant dès les années 1870 des livres de Verlaine et Barbey d'Aurevilly, et plus tard de Mallarmé et Joséphin Péladan.

L'influence de Mallarmé vignette|alt=Photographie sépia d'un homme se tenant debout près d'une table dans un appartement bourgeois.|Stéphane Mallarmé dans son appartement du 89 rue de Rome à Paris, où ont lieu les « mardis de Mallarmé ». Photographie anonyme, vers 1895.