Jean-Thomas Ungerer, dit Tomi Ungerer, né le à Strasbourg et mort le à Cork, est un dessinateur, illustrateur et auteur alsacien de nationalité française.

Considéré comme un des plus brillants dessinateurs de sa génération, il a mené à partir de 1957 une carrière internationale dans de nombreux domaines des arts graphiques. Parmi ses livres pour enfants, plusieurs ont connu un succès international, comme Les Trois Brigands (1961) ou Jean de la Lune (1966). Célèbre aussi par ses affiches contre la guerre du Viêt Nam et la ségrégation raciale aux États-Unis, dont Black Power/White Power (1967), l'artiste est avant tout un fin observateur de la société de son temps. Il a ainsi livré une satire virulente de certains aspects de la société américaine, dans l'esprit de Daumier et de Grosz. Créateur multiforme, il s'est également intéressé à la sculpture et a écrit de nombreux textes, dont plusieurs autobiographiquesThérèse Willer, « L'œuvre graphique de Tomi Ungerer », in La Revue des livres pour enfants, , septembre 1996, . Un musée lui est consacré à Strasbourg.

Biographie Enfance et adolescence Issu d'une famille protestante qui compte des bouchers et des pasteurs, Tomi Ungerer est le fils de Théodore Ungerer et d'Alice Essler.

Tomi Ungerer est âgé de trois ans quand son père décède. Ce dernier était ingénieur, fabricant d'horloges astronomiquesL'entreprise familiale d'horlogerie Ungerer, active de 1858 à 1989, a notamment entretenu la troisième horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg., artiste et historien. Tomi lui rend hommage dans De père en fils (2002) : La famille quitte Strasbourg et part s'installer à Wintzenheim, dans le quartier du Logelbach au 12 rue HaussmannUne plaque signalant le lieu où il a habité a été posée le . , dont les paysages calmes et romantiques inspireront l'auteur. C'est en Alsace que son œuvre plonge ses racines, malgré son tempérament de globe-trotter.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'Alsace est annexée par l'Allemagne. La maison et l'usine familiale sont réquisitionnées par les Allemands et, comme tous les Alsaciens, Tomi Ungerer subit un endoctrinement nazi à l'école qu'il fréquente et qui est soumise à la germanisation. Parlant alsacien et français, il a trois mois pour apprendre l'allemand. Les journées commencent alors par des chants nazis , et l'écoute des discours d'Adolf Hitler. Il lui est fait totale interdiction de parler français et son prénom jugé insuffisamment germanique est changé autoritairement en « Hans ».. Cette période l'a traumatisé à vie indiquait-il au soir de sa vie, faisant encore des cauchemars chaque nuit liée à cette période.

vignette|gauche|Tomi Ungerer en 2014, tenant un jouet inspiré de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. vignette|Tomi Ungerer dans son atelier en 2015, dans le comté de Cork en Irlande. Sa mère continue toutefois à lui parler en français malgré l'interdiction. Et quand elle est dénoncée aux autorités nazies, elle trouve un stratagème pour continuer : à l'officier de la Gestapo qui la reçoit, elle confirme parler en français avec son fils, et indique qu'elle continuera. Elle ajoute avec une feinte conviction : Convaincu, l'officiel admet : Et ainsi l'enseignement en français du jeune Tomi put continuerTomi Ungerer, À la guerre comme à la guerre, Dessins et souvenirs d'enfance, Éditions de la Nuée Bleue, Strasbourg, 1991, page 55..

Il se dit alors C'est là qu'il commence à dessiner son environnement, comme pour exorciser son quotidien.

Après la libération de l'Alsace, Tomi Ungerer est à nouveau français, mais il a beaucoup de mal à s'adapter à cette nouvelle situation. On lui interdit cette fois, comble de l'ironie, de parler alsacien.. Nouveau traumatisme pour lui. Il en dit avec amertume en 2009 : .

Il est marqué par l'autodafé organisé par les Français des livres de littérature allemande, brûlés devant lui, et le moindre mot d'alsacien à l'école valait sanction immédiate sous forme d'heures de colle ou d'une violente .

Ces événements le marqueront durablement et inspireront ses œuvres tout au long de sa carrière artistique.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, il pratique le scoutisme chez les Éclaireurs unionistes de Colmar et reçoit le totem de « Fourmi boute-en-train » : .

En 1946, il explore la France à vélo puis, après son échec au baccalauréat en 1951, au lycée Bartholdi, il voyage par des moyens de fortune jusqu'en Laponie et au cap Nord.

En 1952, il s'engage dans le corps des méharistes en Algérie et est réformé en 1953 à cause d'une maladie. Il s'inscrit alors aux Arts décoratifs à Strasbourg mais est renvoyé au bout d’une année pour indiscipline. Il travaille ensuite comme étalagiste et publicitaire pour des petites entreprises.

Entre 1954 et 1955, il effectue de nombreux voyages en Europe, notamment en Islande, en Norvège, en Grèce et en Yougoslavie, toujours par des moyens de fortune, en auto-stop ou en s’engageant comme marin sur des cargos.

New York En 1956, Tomi Ungerer part une première fois pour New York, où il débarque avec .. Après avoir obtenu sa green card, il s'y installe en 1957. C'est alors le succès immédiat : il travaille pour les journaux et magazines les plus prestigieux, dont Esquire, Harper's Bazaar, Life, The New York Times et Village Voice . Sa rencontre avec des éditions Harper & Row est déterminante pour sa carrière dans le domaine des livres pour enfants. Ce sont ses activités de dessinateur publicitaire et notamment d'affichiste qui lui apportent la notoriété. Il est notamment l'auteur de l'affiche du film Docteur Folamour de Stanley Kubrick, sorti en 1964. Il se fait aussi connaître comme dessinateur politique par ses affiches contre la guerre du Viêt Nam et la ségrégation raciale et comme dessinateur satirique par sa critique de la société américaine.

Nouvelle-Écosse Après un divorce, Tomi Ungerer se remarie en 1971 avec Yvonne Wright et s'installe en Nouvelle-Écosse au Canada.. Cette région sauvage les séduit malgré un voisinage digne du Far-West. Tomi Ungerer raconte leur expérience dans un récit illustré, Far Out Isn't Far Enough, paru en 1983Cité dans 100% Tomi Ungerer publié par les Dernières Nouvelles d'Alsace, Tomi au Canada par Burton Pike. « Les pêcheurs n'hésitent pas s'il le faut à mettre le feu à une maison vide… Tomi était en bons termes avec les gens du cru, mais comme il le montre clairement dans son livre, il veillait à se faire traiter avec respect. ».

Irlande En 1976, Tomi et Yvonne Ungerer s'installent définitivement dans le comté de Cork en Irlande, pays dont la famille de son épouse est originaire, et où vont naître leurs trois enfants.

Architecte Tomi Ungerer écrivain, sculpteur et graphiste est aussi architecte, en 2000 il dit avoir fait beaucoup d'architecture. Il a notamment construit, avec Ayla-Suzan Yendel, un jardin d'enfants en forme de chat à Karlsruhe, les enfants entrent par la bouche et une sortie, en toboggan, se loge dans la queue.

Engagements Tomi Ungerer est membre du comité de patronage du think tank strasbourgeois Forum Carolus, créé et dirigé par Henri de Grossouvre, car pour lui, comme il aime à le répéter, .

En 1975, il fait une première donation d'œuvres personnelles et de jouets issus de sa collection aux musées de la ville de Strasbourg. Cette donation est suivie de plusieurs autres. La collection compte aujourd'hui dessins et jouets.

À partir des années 1980, il s'investit énormément pour l'amélioration des relations franco-allemandes et dans la préservation de l'identité, du particularisme et du bilinguisme en Alsace.

En 1988, pour le bimillénaire de Strasbourg, il réalise Naissance de la civilisation, également connue sous le nom de fontaine de Janus, une œuvre située dans le square Markos-Botzaris, à côté de l'opéra.

Une de ses sœurs décède le dans la catastrophe aérienne du mont Sainte-Odile. Il fonde alors l'association Entraide de la catastrophe des hauteurs du Sainte-Odile (ECHO).

Lors de sa création en 2003, il adhère au comité pédagogique des écoles Steiner-Waldorf, dont la pédagogie est fondée sur l'anthroposophie.

Son œuvre compte à dessins. Elle s'étend aux domaines de la littérature d'enfance et de jeunesse, de la publicité, du dessin de satire sociale et politique, des alsatiques et de l'érotisme.

Mort et obsèques vignette|gauche|Hommage œcuménique à Tomi Ungerer en la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg le 15 février 2019. Père de quatre enfants, Phoebe , Aria, Pascal et Lukas, Tomi Ungerer meurt le à Cork, chez sa fille Aria. Ses obsèques sont célébrées le en l'église Saint-Brendan de Bantry en Irlande.

vignette|redresse|Tombe de Tomi Ungerer au cimetière Saint-Gall de Strasbourg (section 4, tombe 37). Une cérémonie œcuménique d'À Dieu est organisée à la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg le . Présidée par Luc Ravel, la prédication est donnée par le pasteur Christian Krieger et par le chanoine Michel Wackenheim, archiprêtre de la cathédrale, en français, allemand et alsacien. Roland Ries, maire de Strasbourg, prononce l’hommage de la ville. Selon les dernières volontés de Tomi Ungerer, un chant yiddish, Mein Ruheplatz, chanté par Astrid Ruff ouvre la célébration. Roger Siffer interprète ensuite trois chansons : Ich hatt’einen Kameraden, O Strassburg et Die Gedanken sind frei. La cérémonie qui s'achève sur une prière scoute réunit plus de mille personnesCharles Hagen, « Tomi Ungerer, fils de son temps », L’Ami Hebdo, , 24 février 2019, ..

Une moitié des cendres de Tomi Ungerer repose au cimetière Saint-Gall de Strasbourg dans le caveau familialSection 4, tombe 37., l'autre est dispersée à Goleen, village de Cork en Irlande .

Hommages

Le square du Tivoli, situé à proximité de sa maison natale à Strasbourg, est pressenti pour être rebaptisé « place Tomi-Ungerer » et il est envisagé d'y installer une statue ou un buste de l'artiste . Le parc prend finalement le nom de « square du Tivoli - Tomi Ungerer ». La promotion 2019-2024 de Sciences Po Strasbourg choisit de porter le nom de Tomi Ungerer, de même que la promotion 2021-2022 des élèves conservateurs de bibliothèques de l'Institut national des études territoriales, également situé à Strasbourg. De son vivant, plusieurs écoles et jardins d'enfants d'Alsace portent son nom, comme le collège Tomi Ungerer à Dettwiller, l'école primaire Tomi Ungerer à Wintzenbach, l'école maternelle Tomi Ungerer à Duttlenheim., l'école maternelle Tomi Ungerer à Fegersheim. et, en région Île-de-France, l'école primaire Tomi Ungerer à Juvisy-sur-Orge.

Le musée Tomi Ungerer vignette|Le musée Tomi-Ungerer, avenue de la Marseillaise, à Strasbourg.

Le musée Tomi-Ungerer – Centre international de l'illustration est situé dans la villa Greiner, construite en 1884, avenue de la Marseillaise à Strasbourg.

Il conserve la collection Tomi Ungerer qui provient de plusieurs donations effectuées par l'artiste à sa ville natale depuis 1975. Elle est constituée de dessins originaux, d’estampes, d’un fonds documentaire, d’une bibliothèque, et de jouets et jeux provenant de la collection personnelle de l'artiste. On y trouve en particulier ses dessins d'enfant, dont la majorité a été conservée dès les années 1930 par sa mère.. Le musée a ouvert ses portes en et présente le fonds Ungerer au rythme de trois expositions par an. Il est aussi consacré à l'illustration du et d’aujourd’hui, et conserve des œuvres d’une centaine de dessinateurs reconnus internationalement comme Blechman, Blutch, Hoppmann, Sajtinac, Searle, Steinberg, Steig. « Steinberg. L’écriture visuelle », « Du duel au duo. Images satiriques du couple franco-allemand », « Bosc. L’humour à l’encre noire », comptent parmi les expositions qui ont été conçues par le musée sur ce sujet.

Œuvres

Films inspirés par les contes de Tomi Ungerer Les Trois Brigands, (), film d’animation allemand réalisé par Hayo Freitag (2007), 79 min ; d'après son album éponyme publié en 1961.