L’ est une prière catholique dédiée à la Vierge Marie. Elle est l'une des quatre antiennes mariales, sans doute la plus ancienne. Composée, à l'origine, en faveur de l'Annonciation, la tradition de l'Église attribue cette antienne à l'office de complies dans la liturgie des Heures.

Inspirée par l'hymne Ave Maris Stella, l'antienne souligne les deux qualités et images de la Sainte Vierge, Marie, étoile de la mer et la Porte du Ciel, ce qui demeure convenable pour la prière réservée à la fin de journée.

Texte

latin françaisAlma Redemptoris mater,quæ pervia cæli porta manes,et stella maris,succurre cadentisurgere qui curat populo :tu quæ genuisti, natura mirante,tuum sanctum Genitorem,Virgo prius ac posterius,Gabrielis ab ore sumens illud Ave,peccatorum miserereLiturgie latine - mélodies grégoriennes, p. 71 - 72, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, 2005.Mère du Rédempteur,Porte du Ciel toujours ouverte,Étoile de la mer,Venez au secours d'un peuple qui tombeMais voudrait se relever.Au grand étonnement de la nature,Vous avez donné le jour à votre Divin Créateur,Et vous êtes restée Vierge après comme avant votre maternité,Vous appuyant sur le céleste Ave que Gabriel vous adresse,Ayez pitié des pécheursVatican (Agence Fides) . thumb|center|Alma Redemptoris Mater de Hermann Contract.

Partition

thumb|upright=3|center Voir aussi partition et exécution en ligne : Notation de l'Académie grégorienne :

Corpus antiphonalium officii Il s'agit d'une antienne grégorienne authentique. Dans le Corpus antiphonalium officii (CAO) de Dom René-Jean Hesbert, cette antienne est référencée comme CAO1356Université de Ratisbonne .

Historique Origine La tradition lui attribuait souvent pour auteur Hermann Contract († 1054)Jean-Baptiste Gergerès, p. 324 - 326, 1849 The Harvard Dictionary of Music, p. 35, Harvard University Press 2003 , mais par erreur.

En 1957, Herbert Musurillo, qui avait analysé le texte dans le contexte linguistique, mit en doute cette attribution. D'une part, presque aucun manuscrit ne remonte avant le . D'autre part, le texte ne ressemble à aucune œuvre de Hermann Contract, parmi celles qui furent scientifiquement identifiées. Ce Jésuite soulignait aussi que l'antienne était issue des deux premières strophes de l’hymne Ave Maris Stella, qui avait été composée lors de la Renaissance carolingienne en l'honneur de l'Annonciation. L'œuvre est donc postérieure à cette hymne et était conçue pour l'usage plus universelHerbert Musurillo, The Mediaeval Hymn, " Alma Redemptoris : A Linguistic Analysis, dans la revue The Classical Journal, tome 52, n° 4, 1957, p. 171 - 174 .

Des études de datation ont montré que le manuscrit le plus ancien était celui de la bibliothèque nationale de France 12044, copié entre 1100 et 1115. D'autres manuscrits ont été copiés au , mais il est difficile de fixer leur date exacte. Il faut remarquer, étant donné l'immense popularité de l'antienne dans les siècles suivants, que l'absence de manuscrit avant le serait curieuse si l'oeuvre était antérieure. On trouve un autre indice dans le manuscrit dit antiphonaire de Hartker, copié entre 990 et 1000. Originellement, il ne contenait pas d'antiennes mariales. L’Alma Redemptoris mater se trouve dans les folios ajoutés plus tard, ce qui signifie que ces antiennes n'existaient pas encore lorsque l'antiphonaire fut composé vers l'an Mil. D'ailleurs, dans son Repertorium hymnologicum publié en 1892, Ulysse Chevalier avait fixé la composition de l'antienne au sans détermination d'auteurUlysse Chevalier, Repertorium hymnologicum, Catalogue des chants, hymnes, proses, séquences, tropes en usage dans l'Église latine depuis les origines jusqu'à nos jours, tome I, A - K, p. 54, 1892 .

C'est pourquoi, même si les spécialistes sont divisés, de nos jours peu de chercheurs attribuent l'Alma Redemptoris mater au savant moine de Rheichenau : Hermann Contract : Louis Abelly (1652)Louis Abelly, La Tradition de l'Église, p. 134 , Jean-Baptiste Gergerès (1849), Richard Hoppin (1991)Richard Hoppin, La musique au Moyen Âge, p. 11, 1991 , Mark Everist (2018)Mark Everist, Discoversing Medieval Song, p. 188, 2018 Anonyme ou inconnu : Ulysse Chevalier (1892), Hubert Du Manoir (éd., 1949)Hubert Du Manoir (S. J. et Institut catholique de Paris), Maria - Études sur la Sainte Vierge, p. 244, 1949 , Herbert Musurillo (1957), The Harvard Dictionary of Music (2003), Grove Dictionary of Music and Musicians (2008)Site Grove Music Online , Lavinia Cohn-Sherbok (2013)Lavinia Cohn-Sherbok, Who's Who in christianity, p. 128, 2013 , Jacques Viret (2017)Jacques Viret, Le chant grégorien, p. 54, 2017 Anonyme ou inconnu (en ligne, 2021) : Université Humboldt de BerlinUniversité de Berlin

Selon ces chercheurs, non seulement l'auteur reste inconnu mais également il ne peut pas être attribué à Hermann Contract. Enfin, en 2020, Lauren Mancia (Brooklyn College) conclut que l’Alma Redemptoris mater était l'une des compositions effectuées au . Car, ce siècle avait connu une immense évolution dans le domaine liturgique, à la suite de nombreuses innovations techniques, par exemple. L'œuvre était, dans l'optique d'enrichir la liturgie, l'un des fruits de cette évolutionAlison Beach (éd.), The Cambridge History of Medieval Monasticism in the Latin West, p. 680, Cambridge University Press 2020 .

En ce qui concerne le témoignage, les manuscrits notés les plus anciens sont : Bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall, manuscrit 390, dit antiphonaire de Hartker, folio 10, ligne 8 (ajoute du ) Bibliothèque nationale de France, manuscrit latin 12044, folio 177v (entre 1100 et 1115) issu de l'abbaye de Saint-Maur-des-FossésBibliothèque nationale de France, Notice latin 12044 Antiphonarium Bibliothèque nationale de France, manuscrit latin 17296, folio 341r (vers 1140 ou avant)Océane Boudeau (bibliothèque nationale de France), Notice latin 17296 Antiphonarium Sancti Dionysii Bibliothèque nationale de France, manuscrit latin 12584, folio 211v (ajoute du )Marie-Noël Colette et le reste (bibliothèque nationale de France), Notice latin 12584 Graduale - Antiphonarium - Processionale Bibliothèque de Chanoines réguliers de saint Augustin à l'abbaye de Klosterneuburg, manuscrit 1013, folio 98r () Bibliothèque de la cathédrale de Worcester, manuscrit F160 (vers 1230) Comme l'antiphonaire de Hartker possède, parmi tous les manuscrits grégoriens, une meilleure qualité de notation, on transcrit en général la mélodie selon ce manuscrit. Celui de Klosterneuburg était réservé à la fête de l'AnnonciationUniversité de Waterloo . Cet usage pour l'Annonciation est confirmé par d'autres manuscrits, par exemple, ledit Hartker pour ses laudesUniversité de Ratisbonne 25.03 = 25 mars ; Wc = Worcester F160. Le manuscrit de Worchester, quant à lui, présente que son usage était réservé à l'office de Tierce de cette fête. Quel que soit l'office, le chant se consacrait à l'Annonciation.

La mélodie d'après le rite de Sarum était différente de ces manuscrits. Audry Ekdahl Davidson restitua, en 1977, cette version . Au Moyen Âge, la version de Sarum était très diffusée en Angleterre avec sa propre mélodieHowell Chickering, The Object of Miraculous Song in The Prioress's Tale, p. 58, 2017, University of Michigan Press . Or, ledit manuscrit F160 de Worcester indique qu'au , la version continentale aussi était déjà en usage outre-Manche.

Pratique au Moyen Âge

Il est vraisemblable que l'usage des antiennes réservées à la Vierge Marie n'était pas, à l'origine, fixé. Par exemple, l'abbé-primat de la confédération bénédictine en Angleterre admettait en 1343 leur usage libre en faveur de la dévotion. Toutefois, les Franciscains établirent tôt un usage plus centralisé, à savoir seules quatre antiennes mariales après l'office de complies selon le calendrier. Le témoignage le plus ancien est en effet un décret du chapitre général des Franciscains qui fut adopté à Metz en 1249, selon lequel quatre antiennes mariales furent regroupéesArchivum franciscanum historicum, p. 411 - 414, 1972 (Centre des monuments nationaux et Université Nancy-II)Casa de Velázquez, Mélanges de la Casa de Velázquez, p. 592, 1965 . Il fallait attendre longtemps, de sorte que cette coutume soit généralisée. Les Bénédictins en Angleterre suivirent en 1343 cet usage post-complies, en dépit de ladite recommandation.

En 1350, le pape Clément VI aurait fait officialiser l'usage de quatre antiennes dans toutes les églises suivant le rite romainUniversité de Dayton , ce qui reste hypothétique. Toutefois, leur usage ne fut pas concrètement établi jusqu'à la Contre-Réforme, surtout pour les vêpres. Ainsi, d'après Michel Huglo, même au , la pratique était très variée pour l’Alma Redemptoris mater : le dimanche à Aix-en-Provence ; le lundi à Senlis ; le vendredi à Sélestat ; pas encore à l'abbaye de la Chaise-Dieu et à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-LoireRevue bénédictine, tome LXXXVII (1977) p. 342 (source originelle).

Il existe un manuscrit particulier, qui fut copié dans ce . Il s'agit d'une prose mariale en dix strophes, n'ayant aucune attribution à une fête mariale déterminée, de laquelle le manuscrit se conserve dans la bibliothèque nationale de France latin 5247, folios 138v - 139v . Ce type de pratique se trouvait notamment chez les DominicainsRevue Bénédictine, tome LXXXVII (1977) p. 78, note n° 1 .

En fait à Paris, cette antienne était d'abord destinée à la procession solennelle qui était tenue dans l'église, car elle se trouvait dans les processionnaux et non dans les bréviaires. L’Alma Redemptoris mater était, donc au , chantée pour la procession suivant l'office de tierce de fêtes les plus importantes : jour de Noël, Pâques, Ascension, Pentecôte, trois fêtes mariales (Sainte Marie Mère de Dieu, Annonciation, Nativité de Marie) et la fête de saint Denis de Paris. Parmi plusieurs antiennes mariales, celle-ci était singulièrement réservée à ces processions et son usage pour l'office de complies n'apparut, à la Notre Dame de Paris, que vers 1330 ou plus tardRebecca Baltzer, The geography of the liturgy at Notre-Dame of Paris, dans le Plainsong in the Age of Polyphony, p. 57, Cambridge University Press 1992 Craig Wright, Music and Ceremony at Notre Dame of Paris, 500 - 1550, Cambridge University Press 2008 .

En bref, d'une part, il s'agissait de l'une des antiennes particulières qui avaient perdu le rapport avec les psaumes. D'autre part, celle-ci gardait une bonne popularité à la fin du Moyen Âge, grâce à une composition plus sophistiquée en comparaison des antiennes plus anciennesRichard H. Hoppin, La musique au Moyen Âge, p. 128, 1991 .

Ars antiqua et Ars nova upright=2|thumb|center|Manuscrit α M.5.24 de la bibliothèque Estense à Modène (folios 17v - 18, Alma Redemptoris Mater à la dernière partie en neumes). Les fidèles chantaient habituellement l'antienne (donc en neumes) tandis que les parties de solistes avaient pour but d'orner cette antienne. L’Alma Redemptoris mater est un témoin du mouvement Ars nova. Ce qui concerne était un motet isorythmique à trois voix, composé sans doute au milieu du Notice Bnf . Selon l'incipit, le chant s'appelle Apta caro. Il se compose avec deux autres textes, Apta caro plumis ingenii et Flos virginum decus et species. Huit manuscrits retrouvés, y compris célèbre Codex ChantillyUniversité d'Oxford , on considère que cette composition était assez réputée. L'auteur hypothétique est Philippe de Vitry, mais cette attribution reste incertaine.

Avant que la musique polyphonique ne devienne florissante, le codex Las Huelgas donnait un autre exemple de l'évolution. Copié avant ou vers 1400Data Bnf , ce manuscrit aussi contient le motet double en Ars antiqua Ave Regina Cælorum / Alma Redemptoris mater, qui accompagne la voix de ténor pour la mélodie originelle (motet n° 121, folio n° 113°)Biblioteca de Catalunya, El Codez Musical de Las Huelgas, p. 280, 1931 .