Lhomme au masque de fer, souvent appelé de manière abrégée « le Masque de fer », est un prisonnier de la seconde moitié du , parmi les plus célèbres de l'histoire de France. Le mystère de son identité, ainsi que les différents films et romans dont il a fait l'objet, n'ont cessé d'alimenter les imaginations.

Prisonnier confidentiel placé sous la garde de Bénigne Dauvergne de Saint-Mars en 1669, ce dernier l'emmène avec lui au gré de ses mutations de prison en prison : Pignerol, Exilles, île Sainte-Marguerite, et enfin la Bastille où il meurt en 1703. Il était gardé avec l'interdiction absolue de toute communication avec quiconque, et la seule personne qu'il voyait était Saint-Mars lui amenant en personne ses repas et qui avait pour consigne de le tuer s'il tentait de se confier. En dépit d'une croyance tenace, rien ne prouve qu'il portait un masque en permanence mais en disposait probablement uniquement lors de ses transferts. Celui-ci était d'ailleurs plutôt composé de velours noir, le fer ayant manqué de l'étouffer lors d'un déplacement.

Son secret n'a jamais été percé, bien qu'il ait fait l'objet de nombreuses recherches et théories. Aucun document officiel n'explique explicitement le motif de son arrestation, ni la décision de le maintenir en vie. Quant à son identité, certains voient en lui un valet porteur d'un secret d'État nommé Eustache Dauger, d'autres considèrent qu'il est Nicolas Fouquet, tombé en disgrâce à la même époque, ou encore le diplomate italien Ercole Mattioli, tandis que le cryptanalyste Étienne Bazeries pense qu'il pourrait s'agir du général déchu de Bulonde. Dans l'imaginaire populaire, il s'agirait du frère jumeau de Louis XIV, placé au secret pour préserver la monarchie, légende née sous la plume de Voltaire puis romancée par Alexandre Dumas.

Les faits historiques vignette|Bénigne Dauvergne de Saint-Mars, gouverneur de la prison de Pignerol (1665-1681). vignette|Le fort d'Exilles, plan-relief de 1695 (échelle 1/600e). Ce fort a été détruit vers 1800 ; la version actuelle du fort, différente, a été construite entre 1818 et 1829. vignette|Acte d'écrou de l'homme au masque de fer. Extrait du registre des entrées et sorties de la Bastille en date du .

Les informations le concernant avant 1687 proviennent principalement de la correspondance du ministre de la Guerre Louvois et Bénigne Dauvergne de Saint-Mars, son geôlier, ainsi que des archives des prisons où il a séjourné. Ces documents ont été exhumés des archives royales après la Révolution française, ce qui a permis leur étude au par les historiens.

D'après ces sources, l'homme en question aurait été arrêté en 1669 et envoyé à la forteresse de Pignerol (aujourd'hui Pinerolo en Italie), à une époque où Nicolas Fouquet est lui-même emprisonné sur place. Avant son arrivée, Louvois envoie la lettre suivante à Saint-Mars, datée du :

Après la mort de Fouquet et la libération d'un autre détenu (Lauzun), Saint-Mars est nommé gouverneur d'Exilles (dans les Alpes italiennes) et y emmène le prisonnier. En 1687, son existence est révélée publiquement lorsqu'il est transféré à la citadelle de l'île Sainte-Marguerite au large de Cannes et est décrit à ce moment-là comme portant un masque. Une gazette janséniste contient la description suivante de son arrivée :

En 1698, Saint-Mars est nommé gouverneur de la Bastille à Paris et y emmène son mystérieux prisonnier. Le voyage se fait cette fois en litière, masque de velours sur le visage, après avoir en effet manqué de périr étouffé lors du précédent transfert. Il y meurt le après 34 ans de captivitéTrésors de la Bibliothèque de l'Arsenal [exposition, Paris, Bibliothèque de l'Arsenal, 26 mars-22 juin 1980], Paris, Bibliothèque nationale, 1980, , , lire en ligne.. Il est inhumé sous le nom d'emprunt de « Marchioly » ou « Marchialy » au cimetière Saint-Paul avec une fausse indication d'âge, et ses effets personnels sont détruits.

Sur cette base, l'histoire a été considérablement amplifiée, la légende y a ajouté force détails, et la politique s'en est emparée, l'homme au masque de fer devenant, sous la plume de Voltaire, un symbole de l'absolutisme monarchique.. En effet, le philosophe, incarcéré à la Bastille à deux reprises, prend connaissance des rumeurs circulant sur ce personnage et le décrit dans son ouvrage Le Siècle de Louis XIV en 1751, ce qui constitue le point de départ des hypothèses les plus romanesques le concernant, dont l'une des plus célèbres est celle d'un frère jumeau de Louis XIV, rendue populaire par Alexandre Dumas dans son roman Le Vicomte de Bragelonne.

Les sites historiques L'île Sainte-Marguerite Le fort royal de l'île Sainte-Marguerite, archipel de Lérins en baie de Cannes, abrite la prison construite spécialement pour enfermer l'homme au masque de fer qui y fut incarcéré de 1687 à 1698"Randonnées dans les îles de Méditerranée", par Anne-Marie Minvielle, pour le "Guide du routard" .

Le fort héberge le Musée du Masque de fer et du Fort Royal. Fondé officiellement au printemps 1977, il présente, en plus des prisons, des vestiges archéologiques issus de fouilles terrestres et sous-marines et des maquettes explicatives. Des salles s'ouvrant sur une vaste terrasse sont réservées aux expositions temporaires.

Les hypothèses vignette|Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse, 1745. vignette|Cellule de l'homme au masque de fer à l'île Sainte-Marguerite.

Première mention dans un roman à clés du Une mention du prisonnier au masque de fer se trouve dans un petit livre dont l'auteur est anonyme : Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse (Amsterdam, 1745, in-12), qui n'est qu'une satire des intrigues politiques et galantes de la cour de , sous des noms persans. On y raconte une visite du régent (allusion anachronique au Régent) à un prisonnier d'État masqué, appelé Giafer. Ce prisonnier, transféré de la citadelle d'Ormus (comprendre sur l'île Sainte-Marguerite, au large de Cannes) à celle d'Ispahan (comprendre la Bastille), n'est autre que le comte de Vermandois, fils de et Louise de La Vallière, incarcéré pour avoir donné un soufflet au dauphin, et qu'on avait fait passer pour mort de la peste pendant le siège de Courtrai en 1683.

Voltaire Voltaire consacra à l'« homme au masque de fer » une partie du chapitre du Siècle de Louis XIV publié en 1751. Affirmant que le personnage a été arrêté en 1661, année de la mort de Mazarin, il est le premier à mentionner le détail, propre à exciter l'imagination, du « masque dont la mentonnière avait des ressorts d'acier qui lui laissaient la liberté de manger avec le masque sur le visage » en ajoutant : « On avait ordre de le tuer s'il se découvrait. » Il affirme également que le prisonnier était traité avec des égards extraordinaires, qu'on faisait de la musique dans sa cellule et que « son plus grand goût était pour le linge d'une finesse extraordinaire et pour les dentelles. » En 1752, la réédition du Siècle de Louis XIV ajoute l'anecdote de l'assiette d'argent sur laquelle le prisonnier inscrivit son nom et qu'il la lança par la fenêtre de la prison ; retrouvée par un pêcheur illettré, ce dernier l'aurait rapportée au gouverneur qui lui aurait dit, après s'être assuré qu'il n'avait pu déchiffrer l'inscription : « Allez, vous êtes bien heureux de ne pas savoir lire. »

Premières hypothèses

En 1769, dans son Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité dans l'histoire, le père Griffet (1698-1771) donnait les précisions suivantes :

Plus d'une cinquantaine d'hypothèses ont été formulées, prétendant livrer l'identité du mystérieux détenu. Certains ont suggéré qu'il s'agissait de François de Vendôme duc de Beaufort, cousin germain de , un prince bouillonnant qui participa à plusieurs conspirations contre Richelieu et Mazarin, et qui fut l'un des chefs de la Fronde, avant de se réconcilier avec la monarchie. Pendant longtemps toutefois, trois autres théories ont tenu le haut du pavé. La première voit dans l'homme au masque de fer Nicolas Fouquet, le surintendant des finances, tombé en disgrâce pour avoir osé défier le Roi-Soleil par sa richesse et ses prévarications. Une deuxième hypothèse séduisante concerne le comte Ercole Mattioli, un juriste ambitieux devenu secrétaire d'État du duc de Mantoue. L'hypothèse la plus célèbre reste celle d'un supposé frère clandestin du roi, avancée par Voltaire au . Bien qu'aucune preuve historique ne vienne l'étayer, elle s'appuie sur des faits réelsGEO Histoire de .

Interrogations autour du port du masque Des scientifiques ont par ailleurs expliqué qu'il n'a pas pu porter ce masque constamment car ce port constant aurait entraîné des maladies, comme une septicémieDocumentaire du National Géographic Dossiers secrets de l'Histoire : Le masque de fer..

Encore le port d'un masque n'est-il véritablement avéré qu'en 1698, lors du transfert de l'île Sainte-Marguerite à la Bastille : il est mentionné dans le registre de Dujonca ainsi que dans un récit (publié dans l'Année littéraire le ) de l'étape de Saint-Mars dans son château de Palteau, faite par son petit-neveu :

Qui connaissait le secret du masque de fer après 1703 ? Selon Émile Laloy, auteur du livre Le Masque de fer : Jacques Stuart de la Cloche, l'Abbe Prignani ; Roux de Marsilly (1913), est le dernier roi connaissant ce secret :

Selon l'historien Emmanuel Pénicaut dans sa biographie de Michel Chamillart (Faveur et pouvoir au tournant du Grand Siècle : Michel Chamillart, ministre et secrétaire d'État de la guerre de ), « une tradition familiale veut que le secret ait été transmis de père en fils dans la famille Chamillart jusqu'à la mort du dernier porteur du nom, Lionel Chamillart, en 1926 ».

Un frère jumeau de Louis XIV La thèse de Voltaire, progressivement complétée, des éditions successives du Siècle de Louis XIV et de son Supplément (1751, 1752, 1753) à la Suite de l'Essai sur l'histoire générale (1763) et aux Questions sur l'Encyclopédie (1770 et 1771) est que l'homme au masque de fer aurait été un frère jumeau de et, pour ajouter encore au piment de l'histoire, un frère aînéDeux écoles existent pour désigner l'aîné de jumeaux : le premier né, ou au contraire le second, alors réputé avoir été conçu en premier; cela pouvait en effet créer un conflit dynastique..

Marcel Pagnol, s'appuyant notamment sur les circonstances de la naissance de , affirme que le Masque de fer serait bien un jumeau mais né en second, soit le cadet, et qui aurait été dissimulé pour éviter toute contestation sur le titulaire du trône. Selon Pagnol, juste après la naissance du futur , entraîne toute la cour à la chapelle du château de Saint-Germain pour célébrer en grande pompe un Te Deum.

Marcel Pagnol a soutenu que Dauger était ce frère jumeau de . Il aurait conspiré contre aux côtés de Claude Roux de Marcilly, puis été arrêté en 1669 à la suite de l'exécution de Roux, qui aurait dénoncé son complice sous la torture. Pour Pagnol, Dauger se trouvait en Angleterre pendant la première partie de sa vie et se faisait appeler James de La Cloche. Ce ne serait qu'une fois débarqué en France, à Calais, qu'il aurait été arrêté.

Cependant, une étude de la généalogie capétienne ne révèle aucune prédisposition à la gémellité. De plus, la naissance de a eu lieu publiquement, avec plusieurs centaines de témoins oculaires. Les naissances royales étaient en effet ouvertes à tous, première étape pour asseoir la légitimité du futur enfant.