La naissance de Jésus de Nazareth est fêtée par les chrétiens le jour de Noël, le 25 décembre du calendrier julien ou du calendrier grégorien. Pour l'Église russe et les anciennes Églises d'Orient qui utilisent toujours le calendrier julien, le 25 décembre julien correspond au 7 janvier du calendrier grégorien.

Ni le jour ni l'année de la naissance de Jésus ne sont connus avec précision, les seules sources étant les récits de l'enfance de Jésus que l'on trouve au début des Évangiles selon Matthieu et Luc, dont le caractère historique est sujet à débat. Compte tenu des incertitudes, les historiens situent en général la naissance de Jésus dans les dernières années du règne d'Hérode le Grand, cité dans ces deux évangiles, et mort en 4 av. J.-C.

La date du 25 décembre précédant l'an 1 est fixée par le moine Denys le Petit, au début du . Elle marque en principe le début de l'ère chrétienne.

Méthodologie Sources

Les seules sources sont les récits de l'enfance de Jésus, que l'on trouve au début des évangiles selon Matthieu et Luc (abrégés respectivement en Mt et Lc), qui « posent de nombreux problèmes littéraires et historiques, tant leur écriture apparaît tardive, relevant plutôt du merveilleux à la manière des récits d'enfance du monde judéo-hellénistique »Charles Perrot, « Les récits de l'enfance de Jésus », dans Les Dossiers d'archéologie, 1999 - 2000, n° 249, pp. 100-105. Les évangiles selon Marc (le plus ancien, composé vers 65-75, et qui selon la théorie des deux sources est une des deux principales sources de Mt et Lc), et de Jean (le plus tardif, vers 90-95) commencent avec la prédication de Jean le Baptiste et le baptême de Jésus. La composition de Mt et de Lc est en général datée des années 80.

Sur l'enfance de Jésus, Matthieu et Luc diffèrent radicalement dans leurs structures narratives et dans leurs récits. La plupart des historiens estiment que ces deux textes ont été rédigés indépendamment l'un de l'autreJoseph Fitzmyer, « The virginal conception of Jesus in the New Testament », Theological Studies 34 (1973), pp. 561-562. Les récits de l'enfance seraient la dernière partie de la tradition évangélique à se développer (après les récits de la Passion et du ministère de Jésus), tendance qui aboutit par la suite à la rédaction d'autres évangiles de l'enfance comme le Protévangile de Jacques et l'Évangile de l'enfance selon Thomas.

S'ils sont construits sur le modèle d'autres traditions (celle de la naissance de Moïse pour Matthieu, celles de la naissance de Jean le Baptiste et de l'enfance de Samuel dans l'Ancien Testament pour Luc), ils semblent utiliser des détails remontant à des traditions chrétiennes antérieures, et certains de ces détails sont communs aux deux évangiles. C'est dans ces détails communs que les historiens recherchent des éléments historiques, sur la base du critère d'historicité d'attestation multiple dans des sources littérairement indépendantes, et de leur cohérence.

Les autres textes du Nouveau Testament ne fournissent pas d'indication sur la naissance de Jésus. Les textes chrétiens plus tardifs, que ce soient les écrits des Pères de l'Église ou les textes dits apocryphes, sont fondés sur les évangiles canoniques et ne donnent pas d'éléments indépendants.

Intérêt relatif Les historiens soulignent le peu d'importance que les évangélistes accordent à cette date de naissanceYves-Marie Hilaire cite Marrou : « L'ennuyeux est que les Évangélistes paraissent s'être peu préoccupés de nous fournir des renseignements de cet ordre. Voyez : même saint Luc, qui s'est efforcé de situer chronologiquement l'entrée en scène du Baptiste ne nous donne pas la date de naissance de Jésus. Il faut croire que la chose lui importait moins qu'à nous... », les récits édifiants de l'enfance des personnalités ne relevant pas de la « biographie » au sens où nous l'entendons aujourd'hui. On ignore ainsi la date de naissance de nombre de personnages de l'Antiquité.

Dénominations La célébration de la fête de l’Incarnation — connue aussi sous le nom de fête de la Théophanie — apparaît sous deux formes : d'une part, pour l'Orient, l’« Épiphanie » est plutôt centrée sur la « naissance spirituelle » (le baptême) de Jésus ; d'autre part, en Occident, et plus tardivement, « Noël », davantage centrée sur la « naissance historique » (la nativité) du ChristSimon Claude Mimouni, Dormition et assomption de Marie : histoire des traditions anciennes, éd. Beauchesne, 1995, p. 373 . En ce sens, il semble plus pertinent d'utiliser le terme « Nativité » pour l'Orient et le terme « Noël », propre à la conception occidentale de la célébrationSimon Claude Mimouni, Dormition et assomption de Marie : histoire des traditions anciennes, éd. Beauchesne, 1995, p. 342 .

Éléments Sous le règne d'Hérode Les deux récits de l'enfance de Matthieu et Luc indiquent que la naissance de Jésus eut lieu sous le règne du roi Hérode le Grand : « Jésus étant né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode » (Mt 2, 1) ; « Du temps d'Hérode, roi de Judée, [...] l'ange lui dit : Ne crains point, Zacharie ; car ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t'enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. [...] Quelque temps après, Élisabeth, sa femme, devint enceinte. [...] Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. [...] L'ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. » (Lc 1,5-31). Dans Matthieu, cet élément se place dans le récit de la venue des mages, du massacre des Innocents, et de la fuite en Égypte, qui situe l'action à la fin du règne d'Hérode, le retour d'Égypte se faisant après l'accession au pouvoir du gouverneur Archélaos, le successeur d'Hérode. Chez Luc, il se place dans le cadre d'un parallélisme entre les annonces miraculeuses des naissances, à six mois d'intervalle, de Jean le Baptiste et de Jésus.

La date de la mort d'Hérode peut être déterminée en utilisant les informations données à la fin du par l'historien juif Flavius Josèphe, les annales romaines, et des données astronomiques. Selon Flavius Josèphe, Hérode est nommé roi par les Romains sous le consulat de Calvinus et Pollio(Ant. xiv. 14. 5) en -40, et élimine son rival Antigone II Mattathiah sous celui de Agrippa et GallusAnt. xiv. 16. 4. en -37. Il règne pendant 37 années après sa nomination par les Romains, et 24 après la mort d'Antigone II MattathiahAnt. xvii. 8. 1. Suivant la façon dont Josèphe compte les années, entières ou pas, cela mène à -4 ou -3. Mais Josèphe mentionne une éclipse de Lune peu avant la mort d'Hérode. Il y en a eu qui étaient visibles depuis la Palestine le 15 septembre -5, et le 13 mars -4, mais aucune en -3 ni en -2. Schürer conclut qu'Hérode est mort un peu après l'éclipse du 13 mars -4. En 1966, W. Edmund Filmer contesta cette date, sur la base du décompte des années et d'erreurs de Josèphe sur les dates de consulat, et détermina que la mort d'Hérode aurait eu lieu en -1, peu après l'éclipse du 9 janvierW. E. Filmer, 'The Chronology of the Reign of Herod the Great', J. T.S. xvii (1966), pp. 283-98. Le calcul de Filmer a été depuis réfuté par Barnes en 1968, et Bernegger en 1985Timothy David Barnes, « The Date of Herod’s Death »,Journal of Theological Studies ns 19 (1968), 204–19 ; P. M. Bernegger, « Affirmation of Herod's death in 4 B.C. » , J. Theo.l Studies (1983) 34(2): 526-531 pdf, et la date de -4 est celle qui est aujourd'hui retenue.

L'Évangile selon Matthieu, chap. 2, versets 16-18Matthieu 2, 16-18 relate que le roi Hérode , ayant appris la naissance à Bethléem du roi des Juifs . Selon ce texte, Joseph se serait enfui avant ce massacre avec l'enfant Jésus et sa mère en Égypte où ils restèrent jusqu'à la mort d'Hérode.

Recensement de Quirinius Au début du chapitre 2, Luc donne une indication précise : C'est ce qui explique selon cet évangile le déplacement de Joseph et Marie de Nazareth à Bethléem, où naît Jésus. Le règne d'Auguste commence en janvier ou en août -43, (sauf en Égypte où il commence en août -30 avec la prise d'Alexandrie et la mort d'Antoine et Cléopâtre), et se termine à sa mort en août 14.

Selon TaciteAnnales 6, 41 et Flavius Josèphe« Le pays d’Archélaüs fut rattaché en tributaire à la Syrie et l’empereur envoya Quirinius, personnage consulaire, pour faire le recensement en Syrie et liquider les propriétés d’Archélaüs. » Antiquités judaïques, XVII, 355 , Publius Sulpicius Quirinius devient gouverneur (legatus Augusti propraetore) de Syrie en l'an 6 de notre ère, après l'expulsion d'Archélaos. Josèphe nous apprend en outre qu'il fit un recensement en Judée en 6-7, qui déclencha la révolte de Judas de Gamala« Quirinius, membre du Sénat, qui, par toutes les magistratures, s'était élevé jusqu'au consulat et qui jouissait d'une considération peu commune, arriva en Syrie où l'empereur l'avait envoyé pour rendre la justice dans cette province et faire le recensement des biens. On lui avait adjoint Coponius, personnage de l'ordre équestre, qui devait gouverner les Juifs avec pleins pouvoirs. Quirinius vint aussi dans la Judée, puisqu'elle était annexée à la Syrie, pour recenser les fortunes et liquider les biens d'Archelaüs » Antiquités judaïques XVIII - Guerre des Juifs, 2.117; 7.253. Luc mentionne cet évènement dans son récit des Actes des Apôtres au chapitre 5 verset 37 : "Après lui, parut Judas le Galiléen, à l'époque du recensement, et il attira du monde à son parti : il périt aussi, et tous ceux qui l'avaient suivi furent dispersés."

Âge du début de prédication et de mort Le troisième chapitre de Luc indique que Jean le Baptiste commença sa prédication « La quinzième année du règne de Tibère César, lorsque Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, son frère Philippe tétrarque de l'Iturée et du territoire de la Trachonite, Lysanias tétrarque de l'Abilene, et du temps des souverains sacrificateurs Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il alla dans tout le pays des environs de Jourdain, prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés [...] » . Il baptise ensuite Jésus qui commence alors sa prédication à Tibère succède à Auguste en 14, ce qui placerait le début de la prédication de Jean le Baptiste en 28-29, et Jésus un peu après. Cependant, le début de règne peut aussi désigner l'année où Tibère a été associé au pouvoir en 12. Compte tenu de cette incertitude, et de celle sur le délai après le début de la prédication de Jean, Paul Mattei évoque une fourchette située entre 26 et 30, optant pour sa part vers la fourchette plus restreinte de 26 - 28Paul Mattei, Le christianisme antique de Jésus à Constantin, éd. Arman Colin, 2008, p.63 tandis que Simon Claude Mimouni pense que la prédication a dû commencer en l'an 28, se fondant sur le chapitre 2 de l'évangile selon JeanSimon Claude Mimouni, Le christianisme des origines à Constantin, éd. Nouvelle Clio/P.u.f., 2007, p. 63.

De la même manière, Marie-Françoise Baslez explique que ce chapitre 2 de l'évangile selon Jean, qui situe la première montée de Jésus à Jérusalem par rapport aux quarante-six ans qu'il a fallu pour bâtir le Temple d'Hérode, constitue l'un des meilleurs repères chronologiques du Nouveau Testament. La date de pose de la première pierre du temple d'Hérode est située en 19 av. J.-C. par Flavius Josèphe« dans la dix-huitième année de son règne », Flavius Josèphe, Antiquités judaïques livre, XI, 1.. La première montée de Jésus à Jérusalem daterait ainsi de 27 ou 28.