Louis Bobet, dit Louison Bobet, né le à Saint-Méen-le-Grand (Ille-et-Vilaine) et mort le à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), est un coureur cycliste français. Professionnel de 1947 à 1961, il est considéré comme l'un des plus grands coureurs de l'histoire du cyclisme et possède l'un des palmarès les plus riches de son sport.
Triple vainqueur du Tour de France entre 1953 et 1955, il est le premier coureur à remporter l'épreuve trois fois consécutives. Champion du monde en 1954, champion de France en 1950 et 1951, il inscrit également son nom au palmarès des plus grandes classiques : Milan-San Remo et le Tour de Lombardie en 1951, le Tour des Flandres en 1955, Paris-Roubaix en 1956 et Bordeaux-Paris en 1959. Il compte aussi une victoire sur le Critérium du Dauphiné libéré, Paris-Nice et le Grand Prix des Nations. En 1957, il perd le Tour d'Italie pour dix-neuf secondes. Au total, il compte professionnelles.
Coureur intelligent et consciencieux, selon Roland Barthes, il jouit d'une immense popularité au cours de sa carrière. Le public salue la volonté, le panache et le courage du coureur breton. Préparant minutieusement chacun de ses objectifs, il s'applique à suivre des règles diététiques strictes et des méthodes d'entraînement novatrices, inspiré en cela par les coureurs italiens comme Fausto Coppi et accompagné par son masseur Raymond Le Bert. Il reste fidèle à la formation régionale Stella jusqu'en 1954, avant de rejoindre l'équipe Mercier, firme avec laquelle il crée une marque à son propre nom, puis court sa dernière saison au sein de la formation italienne Ignis.
Sa carrière sportive s'achève à la fin de l'année 1961 lorsqu'il est victime d'un accident de voiture avec son frère Jean Bobet, entraînant plusieurs fractures du fémur et de la cheville. Il se reconvertit dans la thalassothérapie et ouvre le premier institut moderne de ce genre à Quiberon, en 1964. Il développe son entreprise et se consacre également à sa passion pour l'aviation en passant ses brevets de pilote. Quinze ans plus tard, il ouvre un nouveau centre à Biarritz où il meurt d'un cancer, à l'âge de .
Biographie Jeunes années Louis Bobet, originaire de Pacé, en Ille-et-Vilaine, s'installe au début du mois de comme boulanger à Saint-Méen-le-Grand, après avoir épousé Céline Le Métayer, originaire de Gévezé, au mois de mai précédent.. Ils tiennent ensemble la boulangerie familiale située dans la rue de Montfort.. C'est là que naît le le premier enfant du couple, Louis Pierre Marie Bobet., appelé Louison dès son plus jeune âge par son père pour les distinguer l'un et l'autre.. Il a une sœur, Madeleine, née le et un frère, Jean, né le . Louis Bobet père est un passionné de sport qui pratique notamment l'athlétisme, le football et l'aviation. C'est lui qui fait monter son fils pour la première fois sur un vélo, à l'âge de deux ans. Malgré son jeune âge, Louison Bobet donne ses premiers coups de pédale sans stabilisateurs dans la rue devant la boulangerie, au point qu'une photo de l'enfant sur sa bicyclette est publiée dans le quotidien régional L'Ouest-Éclair..
Louison Bobet participe au fonctionnement de la boulangerie en aidant son père à la sortie de l'école et dès l'âge de dix ans il effectue ses premières tournées à vélo pour livrer le pain à la clientèle. Comme son père, Louison Bobet est passionné de sport, si bien qu'il pratique en même temps le football à l'Avenir de Saint-Méen et le tennis de table au sein du Ping-Pong Club Méenais, le club que son père a créé en 1933.. À douze ans, après l'obtention de son certificat d'études, son père lui achète son premier vélo de course., de marque Stella.. C'est sur ce vélo qu'il dispute sa première course, en 1938, alors que se tient à Saint-Méen-le-Grand le Premier pas Dunlop, une épreuve destinée aux jeunes coureurs de 16 à et licenciés à l'Union vélocipédique de France. Bien que n'ayant pas l'âge requis et n'étant pas licencié, Louison Bobet prend le départ de la course sans dossard et l'achève à la . Par la suite, il participe occasionnellement à des courses de villages et ne considère le cyclisme que comme un loisir. Il brille plus particulièrement en tennis de table, un sport dans lequel il devient l'un des meilleurs juniors français..
Louison Bobet est engagé dès l'âge de quatorze ans par son père à la boulangerie comme brigadier. Il apparaît souvent affaibli car, encore adolescent, il n'a pas encore les qualités physiques que requiert le travail en boulangerie : il doit par exemple soulever fréquemment des sacs de farine de . Bien qu'il n'effectue que de rares sorties à vélo, Louison Bobet se passionne alors peu à peu pour le cyclisme. Il suit les différentes épreuves dans la presse ou à la radio et assiste parfois à des courses régionales. Il soutient notamment le coureur breton Jean Fontenay qu'il rencontre en 1939 lors du Grand Prix de Saint-Méen et que ce dernier remporte. Louison Bobet lui rend également visite cette même année sur le Tour de France alors qu'il vient d'endosser le maillot jaune à l'issue de la deuxième étape.. Tout en s'entraînant, Bobet s'initie également à la mécanique en portant une attention particulière à l'entretien de son vélo de course. Le travail harassant à la boulangerie et le début de la Seconde Guerre mondiale, qui entraîne une pénurie des équipements cyclistes, le détournent pendant un temps de ce sport...
Premières performances et expérience militaire sous l'Occupation En 1942, Louison Bobet participe à une course ouverte aux non-licenciés à Montauban-de-Bretagne. Malgré une crevaison qui le retarde en début de course, son père le convainc qu'il a encore une chance de revenir sur les autres coureurs. Son boyau réparé, il fournit un effort soutenu pour réintégrer le peloton après plusieurs tours de circuit, puis place une attaque avant le dernier tour et prend suffisamment d'avance sur ses concurrents pour s'assurer la victoire.. En 1943, il signe sa première licence au Cyclo-Club rennais et prépare le Premier pas Dunlop, une épreuve annuelle pour les débutants qui commence par une course départementale éliminatoire. Il se classe deuxième de celle-ci, disputée à Bédée, puis quatrième de la finale régionale à Rennes, ce qui lui vaut de faire partie de la sélection bretonne pour la finale nationale à Montluçon, le . Pendant cette course, il dépense beaucoup d'énergie en roulant en tête du peloton. Manquant de forces dans le final, il se classe sixième tandis que la victoire revient à Raphaël Geminiani, qui deviendra des années plus tard son coéquipier dans le Tour de France...
Ses entraîneurs lui reprochent d'être trop généreux en course, de manquer de ruse et de ne pas s'économiser assez, ce qui lui vaut d'être régulièrement battu au sprint à l'arrivée. Il remporte néanmoins sa première course en tant que licencié à Lamballe le . Devant les premiers succès de Louison, son père décide de le ménager et réduit sa charge de travail à la boulangerie.. Louison Bobet remporte quelques épreuves chez les juniors, à l'image de son succès lors du prix des commerçants de Romillé en ..
Pendant les derniers mois de l'Occupation, Louison Bobet et son père assistent aux réunions d'un petit groupe de résistants qui s'est formé à Saint-Méen-le-Grand sous l'impulsion de l'instituteur Antoine Launay. Vers la fin du mois d', il rejoint les FFI au moment du passage dans la commune des troupes américaines qui se dirigent vers Vannes.. Il transporte notamment des messages pour la Résistance. Comme plusieurs de ses camarades, il intègre l'armée et le d'infanterie basé à Rennes.. Après un stage à Fégréac, il rejoint le de ce régiment, appelé à combattre la poche de Lorient et qui stationne à Locoal-Mendon. C'est là qu'il rencontre sa future épouse, Christiane Tardiff, dont les parents tiennent l'épicerie du bourg.
Champion de France amateur vignette|upright|alt=Portrait en noir et blanc d'un cycliste avec un maillot portant l'inscription Dilecta.|Paul Le Drogo, premier directeur sportif de Bobet. Démobilisé en , il participe au championnat de France de tennis de table qui se déroule au Petit Palais, à Paris, et atteint les trente-deuxièmes de finale.. Il reprend l'entraînement au , puis la compétition, mais joue de malchance, enregistrant quatorze crevaisons en quatorze courses consécutives. Le représentant de l'entreprise Stella à Rennes, qui soutient Louison Bobet dans sa progression, se charge de lui trouver un masseur et le met en contact avec Raymond Le Bert, le soigneur du Stade rennais. Bien qu'il détecte chez Bobet une insuffisance respiratoire, Le Bert considère que le coureur présente des aptitudes physiques prometteuses..
Lors du championnat de Bretagne, Louison Bobet tente une échappée, en vain, puis est battu au sprint par Raymond Scardin. Cette deuxième place ne le satisfait pas mais elle lui vaut une qualification pour le championnat de France amateur. Il remporte le titre le au bois de Vincennes, sur la piste de la Cipale, au terme des du parcours... Il gagne cette même année le Prix de Carnac..
À la fin du mois d'août, il est sélectionné pour disputer le Tour de l'Ouest au sein d'une équipe de jeunes espoirs bretons, dirigée par Paul Le Drogo et le soigneur Raymond Le Bert. La victoire revient à Pierre Brambilla et Louison Bobet se classe , meilleur coureur de sa formation. Le , il se marie à la mairie de Saint-Méen-le-Grand avec Christiane Tardiff. Le couple ouvre une épicerie rue de Nantes, à Rennes. En fin d'année, il devient coureur professionnel chez Stella, une équipe également dirigée par Paul Le Drogo..
Carrière professionnelle Débuts prometteurs (1947) Au début de l'année 1947, Louison Bobet séjourne comme la plupart des coureurs professionnels pendant deux semaines sur la Côte d'Azur, afin de préparer au mieux la saison cycliste.. Huitième du Grand Prix de Nice et cinquième du Grand Prix de Cannes, ses débuts sont encourageants mais il commet encore des erreurs tactiques en produisant trop d'efforts dans les moments inopportuns et manque d'endurance. Il abandonne sur Paris-Roubaix, abattu par les conditions météorologiques glaciales.. Il participe au Circuit des six provinces, une course par étape réservée aux jeunes coureurs. En difficulté dès la première étape à la suite de plusieurs crevaisons, il passe à l'attaque dans la dernière et franchit en tête le col du Berthiand. Septième du classement général final, il remporte le grand prix de la montagne. La presse sportive salue sa performance d'autant plus qu'il dispute cette course sans aucune aide extérieure..