Le parc national du Bic est un parc national du Québec (Canada) situé à à l'ouest de Rimouski. Le parc, qui a une superficie de , comprend une section découpée de la côte de l'estuaire du Saint-Laurent comptant une douzaine de baies et un relief accidenté culminant au pic Champlain à d'altitude. On retrouve dans le parc 744 espèces de plantes vasculaires, soit le tiers de celles du Québec, dont plusieurs plantes subarctiques et alpines-arctiques. Pour ce qui est de la faune, il héberge la plus forte concentration de porc-épic d'Amérique de l'Amérique du Nord. Il est aussi un endroit propice pour l'observation du phoque commun, de l'eider à duvet et des rapaces.
L'occupation humaine a débuté il y a plus de par les Amérindiens, comme en témoigne la présence d'une trentaine de sites archéologiques situés dans le parc. Le Bic a été colonisé par les Européens à partir du et est marqué par l'exploitation forestière. Au début du , quelques fermes s'installent sur le territoire du parc ainsi que des chalets et une colonie de vacances. Le parc est officiellement créé en 1984. Il est visité par personnes par année et il est géré par la société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ).
Toponymie Jacques Cartier nomme le havre « ysleaulx sainct Jehan » car il y est entré le jour célébrant la décollation de saint Jean-Baptiste (29 août).. Lors de son exploration en 1603, Samuel de Champlain mouille dans le havre du Bic. Il donne alors la dénomination du « Pic » à ce qui est aujourd'hui appelé le pic Champlain. Il utilise par contre le mot « Bic » en 1613 pour désigner ce massif rocheux. Par ailleurs, au , le pilote Jean Alfonse donne au lieu le nom de « cap de Marbre ». Deux hypothèses expliquent l'utilisation de « Bic » : l'une veut qu'avec le temps, « Pic » soit devenu « Bic » par corruption lexicale. L'autre, selon l'ethnologue et botaniste Jacques Rousseau, voudrait plutôt que « Bic » ait pour origine « Bec » ou « Biec », désignant une pointe de terre ou un pic.
Le terme « Bic » est utilisé lors de la création de la seigneurie du Bic en 1675 et du bureau de poste en 1832. Les terres non-concédées entre cette seigneurie et la Seigneurie de Trois-Pistoles, et correspondant aux territoires de Saint-Simon et de Saint-Fabien, étaient connues sous le nom de « Long-Bic » ou « Bic aux Trois-Pistoles ». Ce territoire a ensuite été concédé sous le nom de seigneurie Nicolas-Rioux en avril 1751 avec comme limite orientale la baie du Ha! Ha!..
Géographie left|thumb|Carte de la région immédiate du parc national du Bic.|alt=Carte de la région du parc national du Bic Le territoire du parc chevauche ceux de la ville de Rimouski et de la municipalité de Saint-Fabien. Il est situé au sud du fleuve Saint-Laurent à à l'ouest du centre-ville de Rimouski et à en aval de Québec.. Le parc a une superficie de , dont sont situés en milieu marin à marée haute... Il couvre d'est en ouest , pour une largeur maximale de de l'extrémité du cap à l'Orignal jusqu'à la route 132 qui en longe la frontière sud. Il recoupe trois habitats fauniques, soit les aires de concentrations d'oiseaux aquatiques du Cap à l'Orignal (), du Havre du Bic (), et du Bic ()..
Le relief n'y est pas uniforme. Des échines orientées sud-ouest/nord-est, formées de schistes, de grès et de conglomérats ordoviciens, sont fortement redressées par les plissements appalachiens. Sur une distance de entre Saint-Fabien et Le Bic, les façades d'une douzaine de baies et d'anses donnent au parc de côtes. Il est composé de plusieurs surplombs variant entre 20 et qui culminent avec le pic Champlain à . De nombreuses îles sont situées le long du littoral, mais la plus grande, l'île aux Amours, ne fait que .
À la hauteur du Bic, l'estuaire du Saint-Laurent a une largeur de . La salinité de l'eau varie de de sel par kilogramme d'eau sur l'estran à marée haute et peut atteindre au large, en surface. Le parc compte un seul cours d'eau d'importance, la rivière du Sud-Ouest, qui prend son origine dans les contreforts des Appalaches et a son embouchure dans le havre du Bic. On y trouve également un lac en fin de vie, le lac à Crapauds, dans lequel l'accumulation de matière organique contribue à son eutrophisation par désoxygénation.
Géologie thumb|left|Formations près du fleuve Saint-Laurent au cap à l'Orignal.|alt=Formations près du fleuve Saint-Laurent au cap à l'Orignal Le relief du parc national du Bic est tourmenté, comprenant des cabourons (petites collines), crêtes, caps, falaises, anses, baies et ilots, comparativement au relief doux et en terrasse de la région environnante de la rive sud du Saint-Laurent.
Des sédiments déposés sur le fond de l'océan Iapétus et soulevés par les mouvements tectoniques ont formé le schiste argileux, le grès et des conglomérats présents dans la région du Bic, datant du Cambrien supérieur, soit il y a environ entre 497 à 485,4 millions d'années. Ces derniers sont alignés vers le nord-ouest. Lors de la dernière glaciation, il y a , la région du Bic était couverte par de glace, sous le poids de laquelle s'est enfoncée cette partie du continent. La glace s'est retirée il y a environ . La calotte glaciaire résiduelle s'est alors déversée vers le nord, coupant les crêtes à de multiples endroits. Le niveau de la mer de Goldthwait était à une altitude de par rapport au niveau actuel. Le relèvement de la croûte terrestre s'est ensuite fait par étapes. On retrouve d'ailleurs dans le parc des plages soulevées au niveau des anciennes périodes de stabilité. L'inlandsis et la transgression marines ont aussi laissé plusieurs autres témoignages de leur passage, comme des terrasses marines, des blocs erratiques et même les tourbières qui se sont formées dans les dépressions mal drainées.
L'évolution actuelle du paysage est marqué par l'action de l'estuaire du Saint-Laurent et par le climat. Les falaises subissent l'action des vagues qui raclent et qui dissolvent le calcaire. Les débris sont alors charriés par le courant ou la glace jusqu'à un endroit où le courant est plus faible où ils se déposent pour former des tombolos, des plages et des queues de comète.
La richesses des formes de terrains en fait un laboratoire de géomorphologie. Le géographe Pierre Deffontaines a d'ailleurs qualifié les lieux d'.
Climat La réserve a un climat de catégorie subpolaire subhumide continental. Il est fortement influencé par l'estuaire du Saint-Laurent, qui a une largeur variant de 30 à à la hauteur de Rimouski. L'estuaire joue un rôle stabilisateur donnant au parc des hivers plus doux et des étés moins chauds qu'à l'intérieur des terres. La température moyenne de Rimouski est de en janvier et de en juillet. La ville reçoit en moyenne de pluie et de neige par année. Le territoire connait une période de 262 jours sans gel. La température de l'eau des baies et des anses du parc varie entre 10 et , contre moins de au centre du fleuve.
Milieu naturel Selon la Commission de coopération environnementale, le parc est situé dans l'écorégion de niveau III des Appalaches du Nord et des plateaux des Maritimes des forêts septentrionales.. Le cadre écologique canadien inclut le parc dans l'écorégion des Appalaches. Son climat se caractérise par des étés chauds et des hivers neigeux et froids. Sa végétation est composée d'une forêt mixte dominée par l'érable à sucre, le hêtre à grandes feuilles et le bouleau jaune dans les régions plus élevées et par la pruche du Canada, le pin blanc, le sapin baumier et l'épinette blanche dans les sections plus basses.. Finalement, selon le classement du Fonds mondial pour la nature, elle est située dans l'écorégion des forêts de la Nouvelle-Angleterre et de l'Acadie .. Le parc national du Bic, de par ses nombreuses études depuis le début du , est considéré comme étant le plus étudié du réseau de parcs nationaux du Québec.
Flore thumb|left|Pic Champlain vu du nord-est à partir du marais de la pointe aux Épinettes|alt=Pic Champlain vu du nord-est à partir du marais de la pointe aux Épinettes.
On retrouve dans le parc environ 700 espèces de plantes vasculaires, soit environ le tiers des espèces du Québec. Cette flore diversifiée est favorisée par la présence de nombreux milieux distincts : les falaises soumises aux vents et aux embruns sont propices aux plantes subarctiques et alpines-arctiques ; les abords sablonneux des baies permettent la pousse des rosiers sauvages, comptant deux espèces uniques en région ; les marais salés à spartine, la tourbière, les différents types de forêt, la rivière Sud-Ouest ou le lac à Crapauds. De ses plantes, 16 sont susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables. Ces taxons sont l'adlumie fongueuse (Adlumia fungosa), la bermudienne à feuilles étroites (Sisyrinchium angustifolium), le botryche du Michigan (Botrychium michiganense), le botryche pâle (Botrychium pallidum), le botryche à segments spatulés (Botrychium spathulatum), le carex folliculé (Carex folliculata), la corydale dorée (Corydalis aurea subsp. aurea), le cypripède royal (Cypripedium reginae), le chalef argenté (Elaeagnus commutata), la drave dorée (Draba aurea), la matteuccie fougère-à-l'autruche (Matteuccia struthiopteris), l'orchis à feuille ronde (Galearis rotundifolia), le polystic faux-lonchitis (Polystichum lonchitis), la sagine noueuse (Sagina nodosa subsp. nodosa), la vergerette à feuilles segmentées (Erigeron compositus) et la woodsie de Cathcart (Woodsia oregana subsp. cathcartiana).
Le parc est situé dans la zone de transition entre la forêt boréale et la forêt mixte ; les terres sont sous couvert forestier à environ 80 %. On retrouve à la base du pic Champlain une érablière, quant au sommet de la même montagne, il est dominé par le sapin baumier (Abies balsamea) et l'épinette blanche (Picea glauca). Le parc comprend sept écosystèmes forestiers exceptionnels inventoriés par le ministère des Ressources naturelles. Parmi ceux-ci, on retrouve une pessière blanche à lichens située sur le tombolo du cap Enragé, une sapinière à thuyas et à épinettes blanches sur le pic Champlain, une chênaie de chênes rouges sur le flanc sud de la Citadelle et une pinède grise (Pinus banksiana) au sud de la baie du Ha! Ha!. Le littoral qui est balayé par le vent comprend quelques plantes résistantes, comme l'épinette blanche, le sapin baumier, le thuya occidental (Thuja occidentalis), le bouleau à papier (Betula papyrifera), les aulnes (Alnus sp.) et les genévriers (Juniperus sp.).
Le parc comprend quelques champs, dont certains sont encore en exploitation alors que d'autres restent en friche. Le tombolo du cap Enragé comprend un bel exemple de friche où poussent l'épinette blanche et une grande variété de plantes. Le retrait de la mer de Goldthwait, il y a , a laissé quelques tourbières à sphaigne qui comprennent quelques plantes carnivores, dont la sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea). On y retrouve aussi du thé du Labrador (Rhododendron groenlandicum), le gaillet du Labrador (Galium labradoricum), et le bouleau nain (Betula pumila var. pumila). Le parc comprend trois marais salés, soit un près de la pointe aux Épinettes, un près de l'île aux Amours et le dernier à l'embouchure de la rivière du Sud-Ouest. Les zones les plus éloignées de l'eau sont dominées par le jonc de la Baltique (Juncus balticus), le carex (Carex sp.) et le scirpe maritime (Bolboschoenus maritimus subsp. maritimus). Les zones les plus basses sont colonisées par la spartine alterniflore (Spartina alterniflora) et le fucus (Fucus sp.).