La Kevrenn Brest Sant-Mark (Saint-Marc en français) est un bagad, ensemble de musique bretonne, originaire de la ville de Brest dans le Finistère, en France.
Il trouve son origine dans un groupe de collecte de fonds pour les sinistrés de l'explosion de l'Ocean Liberty (un bateau chargé de nitrate d'ammonium), improvisé à Brest en 1947 par Yann Camus et Pierre Jestin. En plus d'être la plus ancienneCréé l'année d'après, le bagad de Carhaix a rejoint la BAS deux ans avant Saint-Marc., elle est la deuxième formation la plus titrée de la du Championnat national des bagadoù, avec 11 titres entre 1954 et 1974.
Après 1977, la Kevrenn quitte la Bodadeg ar Sonerion et ses championnats, dans le but d'innover en donnant des concerts, en jouant avec des orchestres étrangers ou en intégrant des instruments non traditionnels. Depuis 2008 le bagad participe à nouveau aux concours des bagadoù. Son bagadig (bagad école) y participe quant à lui depuis 2003. Le bagad a collaboré avec des artistes bretons, comme Alan Stivell, Dan Ar Braz, Jacques Pellen, Pat O'May, Manu Lann Huel, Melaine Favennec…
Historique Création vignette|Inauguration de l'Espace François Quéré en 2012, marin volontaire mort en essayant d'éviter l'explosion de l'Ocean Liberty. Le , le cargo Ocean Liberty chargé de nitrate d'ammonium, prend feu. Les tentatives de l'éloigner du port mènent à son échouage sur un banc de sable face à l'ancienne commune de Saint-Marc de Brest, ou il explose (cf. Explosion de l'Ocean Liberty). En plus des dégâts humains (des centaines de blessés, 26 morts), le port de commerce est en partie détruit. Yann Camus, du "Café du Bot", et le jeune Pierre Jestin, fils d'un marchand de vin, qui jouaient ensemble, rassemblent quelques autres musiciens autour du cercle celtique formé quatre mois auparavant, pour une tournée à travers le Finistère en aide aux sinistrés de la catastrophe.
Le groupe continue ensuite à jouer pour diverses occasions. La Kevrenn est à l'image de la ville, en chantier : les costumes sont dépareillés, le biniou bras est utilisé plutôt que la cornemuse écossaise, les anches manquent (certains faisaient semblant de jouer) et le groupe répète dans des locaux en attente de démolition et reconstruction. Le nom n'est alors pas non plus parfaitement défini ; entre autres, Brest, Brest Plougastel, Kevrenn Vrest Leon ou Bro-Leon sont utilisés. Lorsqu'en 1949, des tensions internes provoquent le départ de quelques musiciens qui créent la Kevrenn Brest Ar Flamm, la BAS décide de nommer le groupe Bagad Brest Saint-Marc, en souvenir de l’événement fondateur du groupe.
Années charnières La visite à Brest d'un pipe band de Glasgow en 1950 pousse le groupe vers les instruments écossais, cornemuses et tambours. Après plusieurs tentatives d'achats, un prêt consenti par la chambre de commerce de Brest en 1954 leur permet de s'équiper correctement de cornemuses et d'une batterie écossaises. Tout comme le Bagad Brest-Ar-Flamm, la Kevrenn préfère les cornemuses écossaise en dépit du fournisseur officiel de la BAS, Dorig Le Voyer, qui améliore pourtant la fabrication de ses binioù-braz en les rendant compatibles avec la gamme levriad des bombardes. Les bombardes Dorig conviennent quant à elles au bagad à la place de leurs médiocres bombardes Laurenceau. L’ensemble des bagadoù bretons adoptent ces améliorations techniques sous l’impulsion des musiciens brestois. C'est ainsi qu'il se forge une identité urbaine tournée vers l'avenir et vers les autres pays celtiques, en ne conservant que quelques attaches de la culture rurale bretonne, pour peut-être conserver l'essentiel, c'est-à-dire la langue et la musique qui s'y rattache.
Marcel Ropars, frère de Loeiz Ropars (rénovateur du fest-noz et du kan ha diskan), qui se voit confier la direction du groupe par le président Yann Camus, apporte son exigence dans le respect de la tradition. Pour cela, il dispense une formation axée sur la connaissance du patrimoine musical (en replaçant les morceaux dans le contexte de leur territoire d'origine, en adaptant des airs de danse plutôt que les marches habituelles) et culturel breton. Bien que les jeunes n'affichent pas le même enthousiasme qu'il connut à Paris (cercle Nevezadur, Kevrenn B/Paris, disques), ils font preuve d'un potentiel technique, dont le talabarder Yves Tanguy qui prend la direction du pupitre bombarde dès 1955, âgé de quinze ans, afin de seconder son « maître ».
En 1954, au pardon du Folgoët, Herri Léon, penn-soner du bagad Brest-Ar-Flamm âgé de 21 ans, rencontre Donatien Laurent, penn-soner du bagad Bleimor à Paris qui rentre d'Écosse. Ils y retournent tous les deux en pour un stage organisé par le College of Piping à l'île de Skye dont ils sortent diplômés. À l’inverse, les batteurs profitent de la venue à Brest de Bobby Mac Gregor pour mettre au point une méthode d’apprentissage ou du pipers John Weatherston qui assiste au concours de 1954 et qui équipe les cornemuses avec des anches de qualité.
L'exigence technique face à l'héritage culturel thumb|Le pupitre des cornemuses écossaises doit beaucoup au savoir d'Henri Léon En , Herri Léon, dit « la Pie », doit quitter Ar-FlammInstituteur public, les autorités de l'Éducation nationale ont effectué sur lui un chantage pour qu'il n'exerce plus son art dans un patronage catholique. Il enseigne son savoir à des sonneurs tels que Alan Stivell, futur penn soner du bagad Bleimor. et trouve en la Kevrenn l'opportunité d'expérimenter sa méthode d'apprentissage du pipe et de succéder à Claude Pérot comme penn soner pour choisir le répertoire adéquate. Ainsi, Henri Léon impose dès 1955 une rigueur dans l'étude de la cornemuse et dans le chois de morceaux techniques, préférant des airs qui couvrent toute l'échelle de la cornemuse à défaut des mélodies bretonnes adaptées à la bombardes, tenant dans un ambitus restreint, mais trop simples selon luiLa kevrenn Brest-Saint-Marc fêtera son quarantième anniversaire le 20 juin », Musique bretonne, , mai 1987, . Mais les anciens membres mettent du temps à s'adapter à cette avancée : Camus a du mal à suivre, Pierre Jestin ne joue plus en concours et Marcel Ropars tente en vain de convaincre la Pie de conserver les spécificités de la musique bretonne. Donatien Laurent arrive à lui faire prendre conscience de la démarche à adopter : tout en s'inspirant de la musique, des méthodes et du jeu des pipe bands écossais, la technique se met au service d'un répertoire nouveau, adaptation de danses, de marches et de mélodies bretonnes. Cette évolution s'effectue en conflit avec les rennais Dorig Le Voyer et Polig Monjarret qui ne sont au départ pas favorables aux modifications apportées à la tradition.
Le compositeur brestois Pierre-Yves Moign propose au penn-soner un contre-chant pour bombardes, arrangement d'une marche nuptiale vannetaise, au concours de première catégorie en 1957. Ce départ à l'octave pour jouer Arzon fait forte impression à Brest et tout leur travail permet au bagad de remporter le concours, obtenant ainsi son premier titre de champion de Bretagne.
Le passage de relais marque la nouvelle ère Yves Tanguy, successeur de Marcel Ropars (parti pour raisons professionnelles) au pupitre bombarde en 1958, poursuit l'ancrage qui l'anime et défend l'héritage culturel face aux exigences techniques et de travail d'Henri Léon dans cette nouvelle ère. En utilisant une bombarde plus juste, il tire son pupitre vers le haut, qu'il restait à faire cohabiter avec l'interprétation de la cornemuse du répertoire traditionnel. Cette occasion se présente en 1960 à Brest, dans l'interprétation du ton Kenavo (Leon Braz) et de la suite dañs tro plin (Rivoallan, Cadoudal), menée par Yves Tanguy en préparation du concours, Henri Léon revenant tout juste des 28 mois de service militaire en Algérie. Via une musique bretonne menée par les bombardes, la Kevrenn remporte son troisième titre de champion, qu'elle obtient 11 fois en 20 ans, face à des challengers de talent, en particulier le Bagad Bleimor et la Kevrenn de Rennes.
Déterminé à créer un collège de biniou, la Pie s'éloigne du bagad pour se consacrer au Scolaich (skolaj, « collège » en breton, avec une connotation écossaise) dont le premier stage a lieu fin dans l'école de Kervezennoc, avec la participation de membres de Saint-Marc notamment (issues des deux bagadoù, le second féminin, champions deux ans de suite dans leur catégorie respective – première et troisième). BAS reprend ce principe de stage la même annéeSteven Ollivier (dir. Michel Lagree), 'Bodadeg ar Sonerion, l'Assemblée des sonneurs (1943-1993) : du sonneur au musicien breton, Maîtrise d'Histoire, Rennes 2, 1994, p. 140. L'accident mortel en vélomoteur d'Henri Léon lors du quatrième stage, le , marque la fin d'une époque. Son frère Jean-Claude, dit Piot, tente pourtant de prolonger les stages les trois années suivantes, rebaptisés « Beg an Treis ».
Après les coups d'éclat des années précédentes, un coup d'État en 1963 amène l'éclat du bagad féminin et le départ des batteurs qui ne travaillaient pas. Recentré sur quelques passionnés qui gardent la flamme, les anciens bons élèves de la Pie s'organisent mais se sentent un peu orphelin ; le trio Loquet-Guéna-Hémidy arrive à faire revenir Yves Tanguy à la bombarde, parti à la suite d'une mutation. L'été 1964 sacre à nouveau les performances du bagad. La Kevrenn s’implique fortement dans le travail musical de fond et allie l'innovation technique (être un orchestre, rompre avec l'unisson) à la qualité des arrangements dus en premier lieu à la collaboration extérieure avec Pierre-Yves Moign et avec l'aide de musiciens comme Alain Trovel de Guingamp dès 1967, entré officiellement à la Kevrenn en 1969. Le bouillonnement de amène le bagad à revoir ses pratiques, plus ouvertes, en participant à des spectacles, en salle en hiver avec des morceaux joués avec la chorale War hentou Breiz dirigée par Pierre-Yves Moign et à partir des années 1970 à l'animation des festoù-noz locaux.
Le renouveau culturel des années 1970 annonce la transition Après trois victoires successive, dont deux à Lorient (avec une dañs bro Ac'h et une suite Gavotten ar menez), la BAS attribue au départ le titre de 1973 à Bleimor, avant que le penn cornemuses Gilles Goyat découvre les notes qui donnent finalement vainqueurs les Brestois. Le pupitre batterie est représentatif de l'esprit fraternel et travailleur de l'ensemble : organisé telle une équipe sportive, la motivation pour une place de titulaire pousse les joueurs à travailler sérieusement leur instrument, à l'image du capitaine Alain Riou, inspiré des frappes écossaises, ou de Jacques Cariou qui améliore le système de timbres en fixant une patte sur les supports.
De 1967 à 1974 le bagad collabore avec le cercle celtique Ar Rouedou Glas de Concarneau pour illustrer leur musique par la danse, à l'étranger notamment. En 1974, les risques pris par le bagad sont récompensés par l'obtenions du onzième et dernier titre : Alain Trovel arrange une suite « Hanter dro », surnommée le Barnum Circus à Lorient, présentant le bagad le plus étoffé avec vingt-huit exécutants, les morceaux sont prolongés et les pupitres sont présentés en « solo ». En huit ans, elle gagne à sept reprises le championnat national des bagadoù, jusqu'en 1974, ne laissant qu'un titre en 1969 à Cadoudal-Rennes (et le penn soner Jean-Pierre Pichard).
Souhaitant l'évolution du championnat organisé par la BAS, la Kevrenn prend une année sabbatique en 1975 et fait part en octobre au comité directeur des propositions qui ont alimenté une réflexion. Obtenant un refus, les membres décident, à une voix de majorité, de se présenter néanmoins au concours en 1976, mais sans enthousiasme, et se classent troisième. La décision est prise à l'unanimité de ne pas participer au championnat de 1977, décision contraire au règlement de la BAS l'amenant à quitter l'assemblée des sonneurs, qu'ils jugent non démocratique et trop militante.
Le choix de la liberté