vignette|Disposition du barrage en mer du Nord.
Le barrage de mines de la mer du Nord, également connu sous le Barrage du Nord, était un grand champ de mines mouillé à l'est des îles Orcades jusqu'en Norvège par la marine des États-Unis (aidée par la Royal Navy) au cours de la Première Guerre mondiale. L'objectif était de limiter les mouvements des sous-marins allemands depuis leurs bases en Allemagne vers les voies maritimes de l'Atlantique qui ravitaillaient les îles Britanniques. Le contre-amiral , commandant de la force de mouillage de mines de la Royal Navy à l'époque, décrivait le barrage comme le «plus grand mouillage de mines dans l'histoire du monde »Belknap, Reginald Rowan The Yankee mining squadron; or, Laying the North Sea mining barrage (1920) United States Naval Institute ; mais de plus grands champs contenant plus de mines furent posées au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Origine du barrage L'idée d'un barrage de mines dans la mer du Nord avait d'abord été proposée à l'été 1916 par l'amiral et avait été approuvée lors de la conférence navale alliée du . La Royal Navy était sceptique quant à la validité de l'opération et ne pensait pas que l’immense effort de logistique et de fabrication qui était nécessaire fût justifié. Un champ de mines dans la mer du Nord exigerait de miner les eaux sur une profondeur de () alors qu’aucun champ de mines n’avait été mis en œuvre en mer à plus de () de profondeur jusqu’alors. Il était estimé que le champ de mines dans la mer du Nord exigerait ancrées conventionnelles. Une mine "antenne" développée en était efficace jusqu’à la profondeur maximale supposée des sous-marins de (); et de ces nouvelles mines Mk 6 seraient suffisantes pour former le barrage de mines de la mer du Nord.
Les États-Unis étaient d’autant plus enthousiastes au sujet de l'opération que la perte de convois transatlantiques était une préoccupation domestique majeure et que ce plan leur permettait de jouer un rôle actif dans la lutte, tout en faisant jouer leur puissance industrielle et en risquant un minimum de vies américaines. Le secrétaire adjoint à la Marine Franklin D. Roosevelt appela directement le président Woodrow Wilson pour surmonter l'opposition au projet du vice-amiral William Sims, qui commandait toutes les forces navales américaines en EuropePotter and Nimitz Sea Power (1960) Prentice-Hall . L'US Navy passa une commande pour les mines Mk 6 en , () de câble d'acier nécessaire pour amarrer les mines au fond marin. Le contrat de de dollars fut partagé entre et plus de . Tous les composants de mines autres que les câbles métalliques, les explosifs et les circuits détonants furent fabriqués par des constructeurs automobiles de DetroitDaniels, Josephus The Northern Barrage and other Mining Activities (1920) Government Printing Office ,47-58. Huit bateaux à vapeur civils furent convertis en mouilleurs de mines, et , naviguant à la cadence de deux ou trois voyages par semaine, étaient nécessaires pour transporter les composants des mines aux centres d'assemblage en Écosse.
Objectifs L'objectif était d'empêcher les sous-marins d'opérer dans l'Atlantique Nord et de s'attaquer au trafic transatlantique. Un barrage similaire avait déjà été placé en travers de la Manche, qui avait détourné les sous-marins vers le nord autour de l'Écosse. Le barrage de mines de la mer du Nord avait pour but de fermer cette route alternative, et également de rendre difficile l'approvisionnement des Uboote.
La mine Mark 6 thumb|right|Une mine Mk 6 au-dessus de son crapaud. Deux fusées cornes sont visibles, mais la fusée d'antenne n’est pas visible sur cette image.
La mine Mk 6 était une sphère en acier de () de diamètre contenant une chambre de flottaison et () de TNTCampbell, John Naval Weapons of World War II (1985) Naval institute Press p.167. Chaque mine était constituée de deux demi-sphères en acier soudées entre elles. Une charge explosive de Toxyl, mélange de 60 % de trinitroxylène (TNX) avec 40 % de TNT, était moulée dans l'hémisphère inférieur. Le Toxyl était utilisé parce que l’armée de terre des États-Unis contrôlait la production américaine de TNT et ne fournissait pas les quantités suffisantes pour le barrage de mines naval.
Pour le transport, la mine reposait au sommet d'un cube d’ancrage (crapaud) en acier d'environ () de côté et possédait des roues permettant à l'ensemble d’être déplacé par un système de rails à bord des mouilleurs de mines. La mine était reliée à sa boîte d'ancrage de () par un câble d'amarrage enroulé sur une bobine. La profondeur de la mine en dessous de la surface de l'eau était contrôlée en permettant au câble d'amarrage en acier de se dérouler de sa bobine, alors que la mine était larguée par le mouilleur de mines, jusqu’à ce qu’un capteur suspendu sous l'ancre ne touchât le fond. Le capteur verrouillait la bobine du câble de sorte que le socle d'ancrage chutant tirait la mine flottante au-dessous de la surface, et le flotteur déployait l'antenne au-dessus de la mine. Chaque mine disposait de deux dispositifs hydrostatiques de sécurité destinés à la neutraliser si elle se détachait de son câble d’amarrage et remontait à la surface. La première était un interrupteur ouvert dans le circuit de détonation qui était fermé par la pression hydrostatique. Le second était un ressort éloignant le détonateur à distance de la charge explosive lorsqu’il n’était plus comprimé par la pression hydrostatique. Les mines étaient conçues pour être inactives à des profondeurs de moins de ().
Chaque mine contenait une pile sèche avec un circuit détonant électrique pouvant être activé par l'une des cinq fusées en parallèle. Quatre de ces fusées étaient les cornes traditionnelles dans l'hémisphère supérieur de la mine. Chaque corne contenait une ampoule de verre remplie d'électrolyte fermant un circuit ouvert si elle était cassée par la flexion de la corne de métal mou. La cinquième et nouvelle fusée était une antenne de fil de cuivre, avec un flotteur destiné à la déployer au-dessus de la mine. La coque en acier d'un navire touchant l'antenne de cuivre formerait une pile électrique, et l'eau de mer agirait comme un électrolyte fermant le circuit avec une plaque de cuivre isolée à la surface de la mine pour actionner un relai détonant à l'intérieur de la mine. La sensibilité du relais était initialement réglée pour fermer le circuit détonant entre . Le Bureau de l'artillerie, par la suite, accrut sa sensibilité entre , mais elle fut plus tard réajustée sur la base de l'expérience sur le terrainDaniels, Jesephus The Northern Barrage and other Mining Activities (1920) Government Printing Office .
Pour la sécurité lors de la mise en place (mouillage), chaque mine avait cinq interrupteurs de sécurité à ressort séparés dans le circuit détonant, maintenus ouverts par des pastilles de sel qui prenaient environ pour se dissoudre dans l'eau de mer après la mise à l'eau par le navire mouilleur de mines. L’autonomie de la batterie pour le circuit de détonant était estimée suffisante pour la rendre active pendant plus de deux ansDaniels, Josephus The Northern Barrage and other Mining Activities (1920) Government Printing Office p.26.
Pose vignette|Les quatre cargos de la Southern Pacific temporairement chargés de préparer le barrage de mines étaient connus sous le nom de Big Four. Le Canonicus illustre l'apparence de ces navires comme mouilleurs de mines. Après l'armistice, ces quatre navires devinrent des transports de troupes qui ramenèrent au pays les forces expéditionnaires américaines avant que les navires ne retournent à leur propriétaire d’origine.
Le barrage de mines constituait une barrière de ( marins; ) de long et ( marins, ) à ( marins, ) de large. Il était divisé en une zone B, au large de la côte est des Orcades, une zone C, près de la côte norvégienne entre Utsira et Bergen, et une zone A, centrale, la plus longue, reliant les deux zones côtières entre 0° 50' Ouest et 3° 10' Est. La Royal Navy posa des mines dans les zones B et C alors que la marine américaine minait la zone A. La Royal Navy a laissé un canal de ( marins, ) ouvert à la navigation adjacent aux Orcades, et aucune mine ne fut posées dans les eaux territoriales norvégiennesDaniels, Josephus The Northern Barrage and other Mining Activities (1920) Government Printing Office pp.38&121.
La force de minage américaine de la mer du Nord était commandée par le contre-amiral à bord du navire amiral de la flotte de l'Atlantique, l’. Strauss était un spécialiste de l’artillerie et avait été chef du Bureau de l'artillerie de 1913 à 1916. La première escadre de minage, sous le commandement du capitaine , fut assemblée à Inverness, en Écosse en . Au cours des cinq mois suivants, ces navires ont mouillé des posées pour former le barrage de mines de la mer du Nord.
Seuls les deux plus petits des huit paquebots convertis pour poser le barrage restèrent commissionnés pour des opérations de pose de mines classiques. L’USS Shawmut, montré sur la photo en train de poser des mines du barrage de la mer du Nord, fut coulé plus tard lors de l'attaque sur Pearl Harbour après avoir été rebaptisé Oglala.
thumb|right|L’USS Shawmut, en train de poser des mines du barrage de la mer du Nord.
(ancien croiseur protégé converti en 1911 pour transporter 170 mines) (navire amiral) (ancien croiseur protégé converti en 1915 transportaient 180 mines) (ex-paquebot Bunker Hill transportait 320 mines sur un pont) USS Shawmut (ex-paquebot Massachusetts transportait 320 mines sur un pont) (ancien cargo El Siglo transportait 830 mines sur 3 ponts) (ancien cargo El Dia de la Southern Pacific transportait 830 mines sur 3 ponts) (ancien cargo El Cid de la Southern Pacific transportait 830 mines sur 3 ponts) (ancien cargo El Rio de la Southern Pacific transportait 830 mines sur 3 ponts) (ex-paquebot Hamilton transportait 612 mines sur 2 ponts) (ex-paquebot Jefferson transportait 612 mines sur 2 ponts)
Le barrage de mines se composait de de mines disposées dans la direction est-ouest. Dix rangées de mines étaient posées à une profondeur de () pour être déclenchées par les bâtiments circulant en surface. Les sous-marins immergés étaient ciblés par quatre rangées de mines à () de profondeur et quatre autres lignes immergées à (). Depuis Utsira, qui est légèrement au nord des Orcades, l'alignement des champs de mines de la zone centrale A obliquait dans la direction est-nord-est à partir des Orcades. Lorsque cela était possible, la longitude était déterminée à partir d'un câble calibré tendu près d’un point de repère et déroulé d’une bobine de corde à piano de () de long placées à bord de l'un des croiseurs qui guidaient la flottille de mouillage. La latitude était vérifiée à partir de l'élévation du soleil lorsque les conditions atmosphériques le permettaient.