Emmanuel Radnitsky (ou Rudzitsky), dit Man RaySon pseudonyme emprunte trois lettres à son prénom et trois à son nom, et signifie littéralement « homme rayon » (de lumière), ce qui doit être entendu comme « l'homme qui écrit avec la lumière », c'est-à-dire le sens étymologique du mot « photographe »., né le à Philadelphie (États-Unis) et mort le à Paris Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 262, vue 6/11., est un peintre, photographe et réalisateur américain naturalisé français..
Acteur du dadaïsme à New York, puis du surréalisme à Paris, Man Ray a perfectionné la technique du photogramme de Christian Schad et redécouvert, aux côtés de la photographe Lee Miller, le procédé dit de solarisation.
Biographie vignette|redresse|gauche|L'École Moderne de la ville de New York vers 1911-1912.
Emmanuel Radnitsky naît dans le sud de Philadelphie, en Pennsylvanie, le . « Manny » est l'aîné d’une famille juive ashkénaze d’origine russe. Ses parents sont Melach « Max » Radnitzky, un tailleur, et Manya « Minnie » Radnitzky (née Lourie ou Luria), couturière. Il a un frère, Sam, et deux sœurs, Dorothy « Dora » et Essie (ou Elsie), la plus jeune née en 1897, peu de temps après leur installation dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, à New York. Il sera l'oncle de la photographe .
Au début de 1912, la famille Radnitzky change son nom de famille en Ray, sous l’initiative du frère de Man Ray, qui a choisi le nom de famille en réaction à l'antisémitisme fréquent à l'époque. En même temps, Manny devient « Man ». Plus tard, il refusera même de reconnaître avoir eu un autre nom que celui de « Man Ray ».
Le père Radnitzky enrôle ses enfants pour l'aider dans son atelier.
Man Ray fréquente la Modern School du Ferrer Center qui fonctionne à Manhattan puis Harlem, selon les principes de l'éducateur libertaire catalan Francisco Ferrer. Cette formation anarchiste est déterminante puisqu'elle le libère très tôt du respect des valeurs établies, désacralise à ses yeux les techniques d'expression traditionnelles et l'encourage à ne suivre que sa propre nécessité individuelle dans toutes ses innovations.
Refusant toute hiérarchie entre la peinture et la photographie, il considère la caméra et le pinceau comme des instruments équivalents à ce qu'est la machine à écrire pour un écrivain..
New York Sa carrière commence à New York où il fréquente la Galerie 291 du photographe Alfred Stieglitz. Il travaille ensuite chez un graveur, dans la publicité et enfin comme dessinateur chez un éditeur de cartes..
Avec son ami proche Marcel Duchamp, ils forment la branche américaine du mouvement dada. Après quelques expériences artistiques infructueuses, notamment une publication sur le dada new-yorkais en 1920, Man Ray conclut que .
Paris Ne rencontrant pas à New York la reconnaissance espérée pour sa peinture, Man Ray rejoint Marcel Duchamp à Paris. Le , il débarque au Havre (Seine-Maritime), puis arrive à Paris où Marcel Duchamp l'accueille chez lui, au 22, rue La Condamine. Il y fait la connaissance d’André Breton, Louis Aragon, Paul Éluard et de plusieurs figures qui formeront bientôt le mouvement surréaliste.
gauche|vignette|Noire et blanche par Man Ray, avec Kiki de Montparnasse comme modèle et un masque africain (1926) Il s'installe dans le quartier du Montparnasse, rencontre et tombe amoureux de la chanteuse et modèle français Kiki de Montparnasse qui devient sa muse.
Il fréquente les bals des Beaumont ainsi que des cabarets, dont le Bœuf sur le toit et le JockeyValérie Duponchelle, « Man Ray, l'homme au double visage », Le Figaro, encart « Le Figaro et vous », 17 février 2018, page 32..
Man Ray prend pleinement part au dynamisme artistique qui anime Paris durant l’entre-deux-guerres. À cette époque, de nombreux artistes explorent la photographie, encore considérée comme un médium relativement récent, afin d’en renouveler les usages et le langage. Figure majeure de cette période d’expérimentation, Man Ray contribue à faire de la photographie un espace d’invention où se croisent également les préoccupations politiques et sociales du temps. Favorisée par l’essor de la presse illustrée et par le développement de nouveaux besoins en matière de communication, la photographie acquiert progressivement une véritable autonomie. Dans l’œuvre de Man Ray, elle s’affirme comme un médium à part entière, tout en conservant des liens étroits avec la peinture et la littérature.
Il rencontre également le couturier Paul Poiret. Il réalise de nombreuses photographies de mode qui sont publiées dans les magazines et contribuent à le faire connaître. À son grand regret, il n'aura jamais l'occasion de faire le portrait du couturier. Dans son livre de souvenirs, il confie qu'à la mort de Paul Poiret, il a envoyé à un journal une photographie du médecin personnel du couturier comme étant un portrait de Poiret et qu'elle a été publiée comme telle.
En 1922, ses portraits de peintres et d’écrivains publiés dans Vanity Fair remportent du succès. La même annéeX. Rockenstrocly, dir. C. Martin, Henri-Pierre Roché : profession écrivain - Thèse de doctorat, III, B, 1, Université Lyon-II, Lyon, 1996., il ouvre un studio de photographie au 31 bis, rue Campagne-Première. L'argent lui a été prêté par l'agent de Marcel Duchamp, Pierre Roché, qu'il avait rencontré en à New York. Avant guerre, Pierre Roché a fait travailler Hélène Perdriat pour Paul Poiret et est un intime de Marie Laurencin, l'amante de la sœur du couturier, Nicole Groult. En échange , il y développe les photographies érotiques des uns et des autres, telle celle de Helen Hessel se déshabillant sur la plage.
Outre Vanity Fair, il collabore aux magazines Littérature, Vogue (éditions française, anglaise et américaine), ainsi qu'à La Revue surréaliste.
Avec Jean Arp, Max Ernst, André Masson, Joan Miró et Pablo Picasso, il présente ses œuvres à la première exposition surréaliste de la galerie Pierre à Paris en 1925.
Ami de Marie-Laure de Noailles et de Charles, vicomte de Noailles, il tourne en 1928 à Hyères à la Villa Noailles son troisième film, Les Mystères du château de Dé.
En 1929, Man Ray commence à travailler avec Lee Miller, qui, en plus d'être sa muse et son assistante, devient sa maîtresse. Jusqu'en 1932, ils entretiennent cette relation créative, développant ensemble le potentiel esthétique de la solarisation..
En 1931, il réalise une œuvre à vocation publicitaire intitulée Électricité. Il s'agit d'un album composé d'un ensemble de photographies commandé par la Compagnie Parisienne d'Électricité. Cet ensemble de rayogrammes a pour objectif la promotion de l'électricité à usage domestique, en tant que symbole de la modernité..
À Montparnasse, durant vingt ans, Man Ray révolutionne l'art photographique. Les grands artistes de son temps posent sous son objectif, comme James Joyce, Gertrude Stein ou Jean Cocteau. Il contribue à valoriser l'œuvre d'Eugène Atget qu'il fait découvrir aux surréalistes et à son assistante Berenice Abbott. Avec le groupe surréaliste, il participe d'octobre à au Salon des surindépendantsAgnès De La Beaumell, Alberto Giacometti, le dessin à l'œuvre, Paris, Éditions du Centre Pompidou, 2001, 256 p. .. vignette|redresse|Salvador Dalí et Man Ray photographiés par Carl Van Vechten à Paris en 1934. En 1934, Meret Oppenheim pose pour Man Ray ; cette série de photographies de nus devient l'une de ses séries les plus célèbres.
Fin 1934, au bal nègre de la rue Blomet, il fait la connaissance de la jeune guadeloupéenne Adrienne Fidelin.. Il a 46 ans et elle presque 20. Elle devient sa compagne, son modèle et sa muse. Inséparables, Man Ray l'introduit dans son cercle d'amis artistes et écrivains, adeptes du surréalisme, mouvement alors en vogue. Dans son autobiographie, Man Ray décrit le groupe constitué par Pablo Picasso, Dora Maar, Paul Éluard et Nusch Éluard, Max Ernst et Leonora Carrington, ainsi que Lee Miller et Roland Penrose, André Breton. C'est ainsi le début d'une histoire d'amour de cinq années étroitement mêlée à une vie artistique intense, au sein de la communauté surréaliste.. Adrienne Fidelin prend alors le nom d'Ady Fidelin.. C'est l'une des membres les plus fascinants de l’avant-garde internationale..
Hollywood En 1940, après la défaite de la France, et inquiété du fait de ses origines juives, Man Ray parvient à rejoindre Lisbonne et s'embarque pour les États-Unis en compagnie de Salvador et Gala Dalí ainsi que du cinéaste René Clair. Après quelques jours passés à New York, il gagne la côte ouest avec le projet de quitter le pays pour Tahiti où il resterait quelques années.
Arrivé à Hollywood, il reçoit des propositions d'exposition et rencontre dans un night-club sa deuxième femme, la danseuse et mannequin d'origine roumaine Juliet Brownerhttps://www.getty.edu/education/teachers/classroom_resources/curricula/performing_arts/downloads/juliet_dancing.pdf avec laquelle il se marie en 1946, et décide de se remettre à peindre. Installé à Los Angeles, il peint notamment des sculptures mathématiques qu'il avait découvertes et photographiées à l'institut Henri Poincaré dans les années 1930, donnant à chacune d'elles le titre d'une œuvre de Shakespeare..
À Hollywood, il noue une relation amicale avec Albert Lewin, scénariste et cinéaste esthète qui aime faire intervenir des œuvres d'art dans ses films. Celui-ci lui propose de participer à son nouveau projet : Pandora, un film fantastique et surréaliste mêlant mythologies grecque et nordique, tourné en Espagne en 1950. Pour ce film, Man Ray créée un jeu d'échecs et réalise plusieurs photographies et un portrait. de l'actrice principale Ava Gardner, s'employant à rendre compte de sa beauté naturelle dont aucun film, selon lui, n'avait jusque-là réussi à rendre compte..
Retour à Paris En 1951, il revient à Paris et habite par la suite à l'hôtel Istria, au 31 bis, rue Campagne-PremièreCollectif, Étrangers célèbres et anonymes du , Mairie du , octobre 2011, p.8.. Cette même année, il expérimente la photographie en couleur dans son atelier du 2 bis rue Férou..
Il devient satrape du Collège de 'Pataphysique en 1963, année où il publie son autobiographie Self-Portrait.
L'un de ses derniers assistants est Christopher Makos pour lequel Man Ray lance la carrière de photographe J. L. Sirisuk, « In conversation with Chris Makos: the photographer who introduced Andy Warhol to Basquiat and Keith Haring », in: Hero Magazine, 3 août 2021..
Il meurt à Paris le et est inhumé au cimetière du Montparnasse (). Sa tombe porte l'épitaphe : ().
Entre le 18 et le , la tombe de Man Ray est profanée à cinq reprises https://www.lefigaro.fr/arts-expositions/la-tombe-de-l-artiste-surrealiste-man-ray-saccagee-au-cimetiere-du-montparnasse-a-paris-20190327, Le Figaro, 23 mars 2019. Le médaillon représentant le couple est brisé et la stèle de son épouse Juliet Man Ray née Browner (1911-1991) est détruite.
Œuvres Objet
Photographie
vignette|redresse|Marcel Duchamp en Rrose Sélavy (1921), photographie de Man Ray.
De nombreux portraits dont Marcel Duchamp et Joseph Stella (1920)., Tristan Tzara (1921)., la marquise Casati (1922)., André Breton (1922)., Francis Picabia (vers 1923)., Jean Cocteau (1924)., Antonin Artaud (1926)., Kiki de Montparnasse (1926)Reproduction dans Connaissance des arts , mars 2008, ., Louis Aragon (1929)., Karin van Leyden (1929)., Salvador Dalí (vers 1929)., Gala Dali (vers 1930)., Lee Miller (vers 1930)., René Crevel (vers 1930)., (1945).. L'Énigme d'Isidore Ducasse, 1920.. Élevage de poussière, 1920, , musée d'art de Toulon. Rayographie avec main, lentille et œuf, photogramme, , reproduite dans Beaux Arts magazine , , . Marcel Proust sur son lit de mort, 1922.. Le Violon d'Ingres, 1924, épreuve aux sels d'argent rehaussée à la mine de plomb et à l'encre de Chine et contrecollée sur papierParis, MNAM. Reproduction dans Connaissance des arts , mars 2008, . Noire et Blanche, 1926..