Vincent de Moro-Giafferri, né le à Paris et mort le . au Mans, est un avocatAssemblée nationale 1. et un homme politique français.
Biographie Origines familiales et formation Xavier Étienne Eugène de Moro-Giafferri, issu d'une famille originaire du village corse de Brando, est le fils d'Ours (Orso) Joseph Giafferi (di u Moro, « du Maure »Assemblée nationale 2), employé des chemins de fer. Né dans le quartier de Montmartre (), il y reste avec ses tantes quand son père repart en Corse en 1883Assemblée nationale 2..
Il fait ses études secondaires au collège Rollin, puis dans un collège religieux de Senlis, enfin au lycée Louis-le-Grand puis étudie le droit à la Sorbonne. Il est alors proche des milieux bonapartistes.
Débuts de carrière Il devient avocat au Barreau de Paris à l'âge de 20 ans (), puis pendant quatre ans pratique l'assistance judiciaire, étant élu septième Secrétaire de la Conférence du stage pour 1901-1902.
Il appelle à la création de « la ligue pour la défense des petits criminels, pour les voleurs à la tire, les cambrioleurs plus ou moins invétérés, les assassins maladroits et solitaires... ». Outre son talent oratoire et littéraire, il se fait connaître pour sa défense des déshérités.
En 1913, il participe au procès de la bande à Bonnot, défendant Eugène Dieudonné (1884-1944), qui est condamné à mort, puis gracié et envoyé au bagne.
Mobilisé comme auxiliaire, il se porte volontaire pour aller sur le front et participe en 1916 à la bataille de Verdun, puis à l'Expédition de Salonique ; il termine la guerre avec le grade de capitaine d'infanterie.
L'entre-deux-guerres vignette|Moro-Giafferi devant son client, Henri Landru, en novembre 1921. Il est élu député de la Corse pour le Parti républicain-socialiste en 1919 et président du Conseil général en 1920.
Peu après la guerre, il plaide de grandes affaires, notamment celle de Landru (1869-1922), celle de madame Bassarabo (dite Héra Mirtel), et il participe à celle de Joseph Caillaux (1863-1944), et de Georges Toqué, accusés de trahison pendant la guerre. En 1924, il fut appelé pour défendre Guillaume Seznec, en raison de la disparition du conseiller général Pierre Quémeneur survenue un an plus tôt, de laquelle on accuse Guillaume Seznec d'être l'auteur.
Réélu député cette même année, il est sous-secrétaire d'État à l'Enseignement technique du au dans le Gouvernement Herriot I (Cartel des gauches). Il ne pourra pas assurer la défense de Guillaume Seznec, qui avait fait appel à ses services, quelques mois plus tôt. Il proposa son plus proche collaborateur, Marcel Kahn, un jeune avocat qui n’avait jamais plaidé jusqu’alors devant une Cour d’assises.
Battu en 1928, il participe à la mise en place de l'Association juridique internationale, devenant membre du Comité d'honneur de cette association.
Les années 1930 Il est élu membre du Conseil de l'Ordre des avocats du Barreau de Paris (1930-1934),
En 1933, il envisage de participer à la défense du communiste bulgare Georgi Mikhailov Dimitrov, impliqué par les nazis dans l'incendie du Reichstag de février 1933. Mais il est récusé du fait qu'il ne connaît pas l'allemand. Il organise une sorte de procès parallèle à Londres, s'en prenant directement à Hermann Göring. Il préface alors le Livre brun sur l'incendie du Reichstag et la terreur hitlérienne, publié aux Éditions du Carrefour en 1933.
Il obtient l'acquittement de l'épouse d'Alexandre Stavisky.
Avec le soutien de plusieurs organisations, dont la LICA de Bernard Lecache, Moro-Giafferi est le principal avocat d'Herschel Grynszpan, qui, le , a abattu Ernst vom Rath, conseiller de l'ambassade d'Allemagne.
Il est aussi l'avocat du tueur en série allemand Eugène Weidmann (1908-1939), arrêté en et jugé en , le dernier condamné à mort exécuté en place publique en France.
La Seconde Guerre mondiale L'affaire Grynszpan (1939-1942) Le procès, prévu en , est ajourné du fait de la déclaration de guerre, étant donné que (selon les autorités judiciaires), la partie civile étant allemande, la justice ne pourrait pas être rendue en toute sérénité.
En , se sentant menacé par l'arrivée de l'armée allemande à ParisLe SIPO-SD (communément désigné comme « la Gestapo ») a, de façon illégale par rapport aux accords d'armistice, une antenne à Paris dès juin 1940, mais seulement pour des activités de renseignement ; le pouvoir d'arrêter est, à cette époque, réservé à la police militaire (Feldgendarmerie, GFP)., Moro-Giafferi se réfugie dans le sud de la France (en zone libre), puis en Corse, libérée dès 1943.
Grynszpan, n'ayant pas pu obtenir d'élargissement, est livré aux Allemands en . Il mourut dans des conditions mal précisées au cours de la guerre, probablement à Sachsenhausen.
En 1942, paraît le livre L'Affaire GrynspanPierre Dumoulin (Friedrich Grimm), L'Affaire Grynspan, Paris, Jean-Renard éditeur, 1942. Le livre est fondé sur les documents relatifs à l'affaire saisis par les Allemands depuis 1940. (sic), écrit par le juriste nazi Friedrich Grimm sous le pseudonyme de « Pierre Dumoulin », dans lequel Moro-Giafferi est fréquemment cité, de façon défavorable, aux côtés de Bernard Lecache et d'autres personnalités (Campinchi, Herriot, Blum, etc.).
La guerre et l'après-guerre thumb|La tombe de Vincent de Moro-Giafferri au cimetière du Montparnasse (division 10).
Pendant l'Occupation il réside en Corse pour ne pas être déporté en Allemagne.
Il est député de la Seine sous la Quatrième République pour le Rassemblement des gauches républicaines, de 1946 à 1956.
Décorations
(en 1936), Chevalier en 1929 (à titre militaire) avec étoile de bronze
Hommages La place de Moro-Giafferi dans le de Paris prend son nom en 1971.
Le rond-point situé devant le Palais de Justice de Bastia, siège de la Cour d'Appel et du Tribunal Judiciaire, porte son nom ; l'adresse postale du Palais est ainsi « rond-point de Moro-Giafferi ».
Au Palais de Justice de Paris, une plaque a été apposée en son honneur.
En littérature Dans son iconoclaste roman de science (et de politique)-fiction La Guerre des Salamandres (1936), l'écrivain tchèque anti-nazi Karel Capek imagine un peuple d'animaux marins (les Salamandres), réduits par l'homme à l'état de sous-prolétaires corvéables à merci, qui se révoltent et finissent par s'armer et détruire méthodiquement les côtes des pays civilisés. À la fin du livre les Salamandres imposent un traité de paix léonin à l'humanité aux abois : la négociation se fait par l'intermédiaire d'un avocat international très lancé, nommé Julien Rosso-Castelli, allusion transparente à Moro-Giafferi, célèbre internationalement dans les années 1930 pour la médiatisation du « contre-procès » de l'Incendie du Reichstag visant à dénoncer la manipulation politique menée par Hermann Göring.
Dans Le Palais et ses gens de justice (Arthème Fayard, 1919), René Benjamin offre le saisissant portrait de Moro-Giafferi, malicieusement pseudonymé Piero-Piafferi. Qu'il s'agisse des audiences civiles ou des audiences correctionnelles, Piero-Piafferi y est montré intervenant de manière intempestive, sans respect aucun pour ses Confrères : il déboule, gesticule, éructe, exige ici une remise (renvoi à une audience ultérieure), là de plaider à l'instant même, car il se trouve dans l'impossibilité absolue de faire autrement. Et tous, avocats et magistrats, de s'incliner : son arrogance exaspère, mais elle fait loi ! C'est toutefois dans la troisième partie de son ouvrage, consacrée à la cour d'assises, que Benjamin donne le mieux à voir Piero-Piafferi (pp. 268 à 290) usant d'une technique d'audience aucunement obsolète : Et alors que la cour vient de rendre un arrêt d'acquittement du mari meurtrier de son ex-épouse, un journaliste de faire observer à une dame du public, qui trouve "épatant" le ténor :
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Notices Biographie sur le site de l'Assemblée nationale (deux parties 1) (référence : Assemblée nationale 1) 2) notice du dictionnaire des parlementaires (Documentation française) (référence : Assemblée nationale 2) Article sur le site de l'Accademia Corsa
Livres Dominique Lanzalavi, Vincent de Moro Giafferri, éd. Albiana, 2011 Henri Rossi, D'enceintes judiciaires en arènes politiques C'était le grand Moro ou l'éloquence en marche, éd. EGC, 1999
Liens externes
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