Marc-Henry Soulet, né le à Verrières, dans le département de l’Orne en France, est un sociologue français dont les contributions ont concerné la logique de la recherche et de la découverte en sciences sociales et, surtout, l’étude de la « non-intégration », de l'exclusion sociale, de la vulnérabilité et du discrédit identitaire des individus, et l’analyse des mécanismes du travail social et des autres formes d'intervention sociale, y compris du rôle de l'État dans ce domaine.
Biographie
Né le à Verrières, dans le département de l’Orne en France, Marc-Henry Soulet a d’abord enseigné à l'université de Caen. Il a également enseigné à l’Université de Sherbrooke (1980 et 1981), à la Faculty of Arts de Colby College à Waterville, États-Unis (1982 à 1986), à l'Université de Zulia, Venezuela (1988 et 1989), à l'Université de Toulouse-Le Mirail (2000), à l'Université de Łódź (2000), à l'Université de Catane (2004) et à l'Université de Louvain-la-Neuve (2005).
En 2013, il est professeur de sociologie à l'Université de Fribourg en Suisse, où il est titulaire de la Chaire Sociologie, politiques sociales et travail socialChaire comportant, après un cursus commun, une voie « sociologie générale » et une voie « politiques sociales et travail social ». Voir Perret, Michael « Le futur département des sciences sociales, miroir aux alouettes? ». Spectrum, , mai 2009, . « 3 questions à Marc-Henry Soulet », ; 3 questions à Maurizio Coppola », ., président du Domaine Sociologie, politiques sociales et travail social et doyen de la Faculté des lettres.
Il est directeur des collections « Res Socialis » et « Lectures du social » de l’Academic Press Fribourg où il a coordonné la publication de nombreux ouvrages sur les problèmes sociaux et l’intervention sociale.
Il est secrétaire général de l'Association internationale des sociologues de langue française et membre de plusieurs comités scientifiques (HES-SO de Lausanne, Université catholique de Lisbonne, Université Nouvelle de Lisbonne). Il est rédacteur en chef de SociologieS, la revue en ligne de l'Association internationale des sociologues de langue française« Curriculum vitae – Marc-Henry Soulet », décembre 2008, 28 pp.« Marc-Henry Soulet », décembre 2009, 4 p.Université de Fribourg « Marc-Henry Soulet »..
Premiers travaux
Ses travaux à l'université de Caen porteront d'abord sur divers sujets de sociologie : les résidents en foyer de jeunes travailleurs dans la région de CaenDupont & Soulet (1975)., les identités collectives, les rapports de sociabilité et la résistance au changement dans les sociétés paysannes, la marginalité ou les intellectuels québécoisSoulet (1987b).. En 1993 il copublie avec Vivianne Châtel une étude sur la culture étudianteChâtel & Soulet (1993). qui montre l’hétérogénéité des pratiques culturelles des étudiants, avec la Laceranza Sabine « De nouvelles identités culturelles » Animafac, 3 septembre 1999, 6 pp. Accès : « Les étudiants et leur identités ». La même hétérogénéité avait été observée par Lapeyronnie, Didier et Marie, Jean-Louis « Campus blues. Les étudiants face à leurs études », Paris, Le Seuil, Collection : « L’épreuve de faits », 1992, 265 p. (revue)..
Logique de la recherche et de la découverte en sciences sociales
Ses travaux portent également sur la recherche qualitative en sociologie. Il produit avec Richard Lefrançois un ouvrage sur « Le système de la recherche sociale » en 1983Lefrançois & Soulet (1983)., et, avec Robert Castel, une étude sur la structuration d'un milieu de recherche en 1985Soulet & Castel (1985).. Il étudie l’émiettement des recherches socialesSoulet (1987a)., le statut de la recherche sociale Soulet (1996c).. En 1999, il traduit l'ouvrage de Joseph A. Maxwell « La modélisation de la recherche qualitative »Maxwell, Joseph A. « La modélisation de la recherche qualitative », Fribourg, Éditions Universitaires, 1999.. En 2004, il traduit et édite l’ouvrage de Anselm Strauss et Juliet Corbin, « Les fondements de la recherche qualitative »Strauss, Anselm et Corbin, Juliet « Les fondements de la recherche qualitative », Academic Press, Fribourg, 2004..
En 2006, il traduit l’ouvrage de Howard Becker, « Le travail sociologique. Théorie et substance »Becker, Howard « Le travail sociologique. Théorie et substance », Academic Press Fribourg, 2006.. Il compare la « réflexivité narrative » de Becker à celle du Soulet (2005c). Voir Gourbin, Géraldine « Compte-rendu de lecture. Daniel Mercure (Dir.), L’analyse du social. Les modes d’explication », Sociétés et jeunesses en difficulté, , printemps 2008 [« Parentalité et pratiques socio-éducatives »], mis en ligne le 15 octobre 2009 et Boudjaoui, Mehdi « Comprendre la multidimensionnalité des processus de professionnalisation : les apports de l’observation et de la recherche – action ». Actes du international francophone sur les méthodes qualitatives, Lille 25- 26 juin 2009, 24 pp., ..
Il s’intéresse au rôle de l’intuition raisonnée en sciences sociales : dans la lignée de Carlo Ginzburg, qui plaidait pour une « science indiciaire »Ginzburg, Carlo, « Traces. Racines d’un paradigme indiciaire ». in Ginzburg, C., éd. « Mythes, emblèmes et traces. Morphologie et histoire ». Paris, Flammarion, 1989., il propose un « triangle magique de la découverte en sciences sociales » comprenant l’« observation indiciaire », l’« expérimentation logique » et l’« imagination réaliste » Soulet (2006d). On retrouve cette méthodologie de recherche indiciaire dans Thouard, D., éd. (2007). « L’interprétation des indices. Enquête sur le paradigme indiciaire avec Carlo Ginzburg », Villeneuve d’Ascq : Presses Universitaires du Septentrion, 2007..
Il s'intéresse enfin aux dilemmes éthiques et aux enjeux scientifiques dans l'enquête de terrainLalive d’Épinay & Soulet (06-2007)..
En 2010, il traduit l’ouvrage de Barney Glaser et Anselm Strauss « La découverte de la théorie ancrée »Glaser, Strauss & Soulet, ed. (2010)., théorie qui l'amène à se pencher sur le problème de l’interprétation en recherche sociale Soulet (04-2011) et sur les qualités requises du chercheur en recherche qualitative, notamment l’« imagination réaliste » et la pratique de la « comparaison-découverte ». Soulet compare le chercheur qualitatif à l’alpiniste qui doit sans cesse assurer ses prises, en lâcher une pour en chercher une nouvelle, la tester, se hisser un peu, et recommencer encore et encore. Le chercheur doit être « réalistement imaginatif », naviguant à la frontière floue entre l'interprétation, respectueuse des données et fidèle au réel investigué, et la sur-interprétation, qui est abus et forçage des données. De plus, s’il n’est pas tombé, l’alpiniste atteint le sommet ; mais pour le chercheur en sciences sociales, il reste à faire reconnaître la plausibilité du résultat obtenu. Il lui faut alors se comporter comme le joueur de puzzle, testant les possibilités d'agencement des pièces par « comparaison-découverte »Soulet (03-2012). Voir aussi Baribeau, Colette et Royer, Chantal « Quelles qualités essentielles la recherche qualitative requiert-elle de la part du chercheur ? », Recherches qualitatives, Hors série « Les qualités essentielles du chercheur qualitatif », , 2012, ..
Exclusion sociale, vulnérabilité et travail social
Mais ses recherches porteront surtout, et à la fois, sur : l'exclusion sociale (ou la «non-intégration »), la vulnérabilité des individus, les « identités discréditées », le chômage, etc. et les actions dans ce domaine - le travail social et les autres formes d'intervention sociale, dont les efforts de formation, ce qui le conduira à poser le problème du rôle de l'État dans le domaine social.
Non-intégration, exclusion, chômage et dépendances
En 1989, il coédite un ouvrage sur l'« éclatement du social »Le Gall, Martin & Soulet (1989)..
À la suite d'un cycle de conférences publiques à l'Université de Fribourg en 1992-1993, il publiera en 1994 un ouvrage sur la « non-intégration », qu'il considère être « la question sociale de cette fin de siècle »Soulet, ed. (1994)..
Il s'intéressera aux liens sociaux et les solidarités, notamment les solidarités familialesSoulet, ed. (1996a)., aux chômeursIn Friboulet, ed. (1997). Soulet, ed. (2006a)., au travail « question sociale de cette fin de siècle »Soulet, ed. (1999b)., à l'exclusion et aux parcours d’exclusionSoulet (2000a & b). Soulet, ed. (2004a)., aux inégalitésSoulet, ed. (2006a)., à la souffrance socialeSoulet, ed. (2007a). et à la dépendance aux droguesSoulet (2002), Soulet (2003a), Soulet (2009b)..
Travail social face à la vulnérabilité et à l'exclusion
Un thème récurrent de Marc-Henry Soulet est le couple que forment l'exclusion et la vulnérabilité. Pour lui, le concept de vulnérabilité s’est progressivement substitué à celui d’exclusion, qui servait à rendre compte des phénomènes contemporains de fragilisation et de mise à la marge sociale. L’action publique ne doit pas se contenter de mesures pour les exclus, ou « s’occuper des malades », mais aussi de prévenir l’exclusion parmi les personnes vulnérables, « soigner les bien portants ». Elle doit empêcher les exclus de sombrer plus encore et les aider à « s’en sortir », mais aussi à réduire leur vulnérabilité pour éviter qu’ils ne retombent dans l’exclusionChâtel & Soulet (2003). Soulet (04-2005, 2005a, 2005b & 2008a). Soulet (2008b) in Châtel & Roy, eds. (2008). Soulet (02-2012).. Ceci l'amène à analyser la nature du travail social en généralSoulet (1996b) ; Soulet, ed. (1997), les fondements de l'intervention socialeSoulet, ed. (1999a), Soulet (2003b)., les relations entre la solidarité et l’action publiquePetrella, Soulet & Longchamp (1997) ; Soulet, ed. (2004b, 2004c, 2005d, 2006e). et même la question de la « solidarité planétaire »Soulet, ed. (2007b)..
Cadre d’action pour le travail social : l’« agir poïétique »
Le travailleur social est confronté à des personnes dont la logique est parfois déroutante (l'individu qui se sait dangereux fait peur aux autres pour les éloigner et les mettre hors de danger), parfois absente (comportement d'autodestruction), presque toujours imprévisible (l'individu fait ou ne fait pas ce qu'il s'est promis de faire)Soulet (2005e).. L’un des apports de Marc-Henry Soulet est le développement d’une typologie de cadres d’action, avec trois cadres typiques : L’« agir conforme », quand on a la certitude que l’avenir est stable et prévisible, et qu’on peut se fier à l’« institution totale » : l’action suppose de suivre ses certitudes. L’ « agir stratégique », quand l’avenir est relativement incertain, et qu’on peut faire (plus ou moins) confiance à l’« institution instituante » : l’action suppose de jouer avec le risque pour tenter de le contrôler. L’« action poïétique », quand on a la certitude que tout est incertain, qu’il vaut mieux se méfier de l’« institution incertaine » : l’action suppose de réduire l’incertitudeSoulet (2004) . Haenni & Soulet (12-2006) ..
Selon lui, l’action poïétique se caractérise par : Un déficit de régulation : les règles du jeu ne sont pas claires, les normes sociales ne sont pas cohérentes. Une impossibilité à projeter : les individus ont du mal à – ou ne peuvent pas – construire des projections, développer des stratégies, définir des buts précis. Une imprévisibilité des effets de l'action engagée. Un problème d'appréciation de l'adéquation des ressources à la situation : vu l’incertitude concernant le futur, l’imprévisibilité des résultats, il est difficile d’évaluer les moyens à mettre en œuvre.
La mise en œuvre d’actions poïétiques implique : Une construction simultanée des buts et des ressources en cours d'action. Une fondation des formes et des principes de légitimation en cours d'action. Une démultiplication de la part de l'acteur par exacerbation de sa dimension actionniste Une validation mutuelle des actions posées reposant sur des appareils de conversation.
Solidarité de responsabilisation