Le Tour de France 1914 est la du Tour de France, épreuve créée en 1903, et la dernière disputée avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Organisée par le journal L'Auto, l'épreuve cycliste est courue en quinze étapes, pour une distance totale de . Elle se déroule du au 1914.

Le coureur belge Philippe Thys, déjà vainqueur en 1913, remporte de nouveau le classement général. Lauréat de la première étape, il mène l'épreuve de bout en bout et devance les Français Henri Pélissier, vainqueur de trois étapes, et Jean Alavoine, vainqueur lui aussi d'une étape sur cette édition et déjà classé troisième du Tour en 1909. La victoire de Philippe Thys est également la troisième consécutive pour un coureur belge.

Cent-quarante-cinq coureurs prennent le départ de la course à Paris, répartis en deux catégories : d'une part les coureurs groupés, engagés par une marque de cycles, d'autre part les coureurs isolés qui participent à titre individuel et sans assistance. Seuls cinquante-quatre coureurs sont finalement classés. L'équipe Peugeot-Wolber domine très nettement l'épreuve : elle place huit de ses coureurs parmi les dix premiers du classement général, dont trois sur le podium, et remporte douze des quinze étapes. Le Belge Camille Botté, qui figure au quinzième rang, est le premier des coureurs isolés.

Le départ du Tour a lieu le même jour que l'attentat de Sarajevo, lors duquel l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche est assassiné, mais la course n'est pas perturbée par la situation diplomatique et son évolution vers la guerre. Dans les jours qui suivent l'arrivée du Tour à Paris, de nombreux coureurs sont mobilisés et rejoignent les rangs de l'armée. Quinze des cent-cinquante-quatre engagés meurent pendant le conflit.

Présentation Parcours Le parcours du Tour de France 1914 comporte quinze étapes, toutes séparées par une journée de repos. Comme l'année précédente, le sens de rotation est inversé : les coureurs s'élancent de Paris vers l'ouest pour revenir vers la capitale par l'est. Le départ est donné le depuis le pont de Saint-Cloud. Le parcours rejoint Le Havre, puis longe au plus près les littoraux de la Manche et de l'Océan Atlantique en faisant étape à Cherbourg, à Brest puis à La Rochelle. Les Pyrénées sont traversés via Bayonne, Luchon et Perpignan. Le Tour passe ensuite par Marseille et Nice, puis franchit les Alpes en faisant étape à Grenoble et Genève. Comme depuis 1911, le tracé longe ensuite la frontière franco-allemande établie par le traité de Francfort en 1871 et s'arrête à Belfort puis Longwy, avant de rallier Dunkerque. La dernière étape s'achève à Paris, au Parc des Princes.

Avec une distance de , la quatrième étape entre Brest et La Rochelle est la plus longue, tandis que la septième entre Luchon et Perpignan est la plus courte, avec une longueur de . Au total, les coureurs parcourent lors de cette édition. Le remplacement d'Aix-en-Provence par Marseille comme ville-étape est le seul changement apporté au parcours par rapport à l'année précédente..

Règlement Comme lors du Tour de France 1913, le classement général est établi par l'addition des temps des coureurs à chaque étape. Ces derniers sont regroupés en deux catégories : d'une part les coureurs dits « groupés », engagés par des équipes sponsorisées par des marques de cycles et de pneumatiques, d'autre part les coureurs dits « isolés » qui concourent à titre individuel.

Durant l'épreuve, les coureurs ne doivent utiliser qu'un seul vélo, poinçonné lors des opérations de contrôle, et doivent le réparer eux-mêmes en cas d'incident mécanique, sans aucune aide extérieure, sous peine d'être mis hors course. Lors des différents points de contrôle qui parsèment les étapes, les coureurs de la catégorie des groupés peuvent recevoir l'aide des soigneurs dont ils ont communiqué la liste à l'organisateur avant le départ de la course. À l'inverse, les coureurs isolés n'ont droit à aucune aide : il leur est formellement interdit de profiter de l'organisation des coureurs groupés. De même, ils ne peuvent être logés dans les mêmes hôtels que les coureurs groupés qui utilisent un vélo de la même marque.

vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme en costume assis à son bureau.|Le directeur du Tour, Henri Desgrange, en 1914. Henri Desgrange, rédacteur en chef de L'Auto et directeur de l'épreuve, et son collaborateur Robert Desmarets, assurent tous deux la surveillance de la course à bord de véhicules fournis par la marque Peugeot. Ils sont assistés de trois commissaires de course qui suivent les étapes à bord des véhicules suiveurs des équipes de marque.

Ce Tour est marqué par l'apparition des premières plaques de cadre : afin de reconnaître plus facilement les coureurs, le numéro attribué à chaque coureur est peint en noir sur fond blanc sur une plaque ronde de de diamètre, fixée à l'avant du cadre, sur le tube de direction. De même, par mesure de sécurité, les coureurs disposent désormais d'un sifflet pour prévenir les automobilistes de leur présence dans les descentes.

Prix et récompenses L'épreuve est richement dotée avec un total de prix de , dont pour les étapes et pour le classement général. Le vainqueur du Tour reçoit la somme de , le deuxième obtient et le troisième reçoit . Ces prix sont dégressifs et versés jusqu'au vingt-cinquième rang du classement général final. De même, des prix sont également accordés aux huit premiers coureurs classés de chaque étape, de la manière suivante : au vainqueur, puis 200, 125, 100, 75, 50, 25 et 25. Ces montants sont doublés à partir de la neuvième étape. Des prix particuliers sont accordés aux coureurs de la catégorie des isolés, tant pour les étapes que pour le classement général : ainsi le meilleur d'entre eux reçoit à l'arrivée des étapes, et à l'arrivée de l'épreuve. Des prix spéciaux sont aussi accordés par des entreprises ou des particuliers lors de certaines étapes, tandis que le quotidien La Gazzetta dello Sport attribue une récompense aux coureurs italiens en fonction de leur classement final.

Enfin, deux challenges sont disputés par équipes : le challenge de La Vie au grand air récompense la marque de cycles qui équipe le vainqueur final, tandis que celui des Annales politiques et littéraires est attribué à l'équipe qui obtient le meilleur classement général à partir de ses trois coureurs les mieux classés. Il s'agit d'une statue de Jeanne d'Arc réalisée par le sculpteur français Antonin Mercié.

Équipes et coureurs engagés

vignette|alt=Portraits en médaillons disposés sur plusieurs lignes.|Les principaux coureurs engagés en une de L'Auto le . Bien que font parvenir leur inscription à l'organisateur, seuls 145 d'entre eux prennent le départ de la première étape. Un total de , répartis en douze équipes, figurent dans la catégorie des groupés, auxquels s'ajoutent isolés..

L'équipe Peugeot-Wolber, qui engage douze coureurs, apparaît comme la mieux armée de toutes. Elle compte dans ses rangs trois anciens vainqueurs de l'épreuve, le Belge Philippe Thys, tenant du titre, le Luxembourgeois François Faber, vainqueur en 1909, et le Français Gustave Garrigou, lauréat en 1911, mais également des coureurs d'expérience comme Eugène Christophe, Émile Georget, Jean Alavoine, Louis Heusghem ou Firmin Lambot, déjà tous vainqueurs d'étape sur la Grande Boucle. De jeunes coureurs ambitieux complètent son effectif, comme le Français Henri Pélissier, double vainqueur du Tour de Lombardie, ou le Suisse Oscar Egg, ancien détenteur du record de l'heure cycliste. La formation Alcyon-Soly, composée uniquement de coureurs belges, est la principale concurrent de la firme Peugeot, dans la mesure où ses coureurs ont remporté d'importants succès dans les classiques du début de saison. Organisée autour d'Odile Defraye, vainqueur de l'épreuve en 1912, elle aligne notamment Marcel Buysse, vainqueur du Tour des Flandres, Paul Deman, lauréat de Bordeaux-Paris, ou encore Louis Mottiat, qui a remporté Paris-Bruxelles et le Tour de Belgique. Avec dix coureurs engagés, l'équipe Automoto-Continental affiche elle aussi de grandes ambitions, avec dans ses rangs les expérimentés Lucien Petit-Breton, double vainqueur du Tour en 1907 et 1908, et Louis Trousselier, lauréat en 1905, le jeune Louis Luguet, deuxième de Paris-Roubaix, ainsi que trois coureurs italiens dont le futur , Costante Girardengo.

À côté de ces trois grandes formations, les effectifs des autres équipes sont moins fournis. La Française-Hutchinson aligne néanmoins Charles Crupelandt, double vainqueur de Paris-Roubaix et champion de France en titre, ainsi qu'Octave Lapize, vainqueur du Tour de France 1910. Parmi les autres coureurs de renom figurent d'ancien vainqueurs d'étape sur l'épreuve, comme Ernest Paul au sein de la formation Delage-Continental, ou Georges Passerieu, qui conduit l'équipe Phebus-Dunlop aux côtés d'Ivor Munro et Donald Kirkham, les deux premiers coureurs australiens engagés sur le Tour de France.

La catégorie des isolés réunit essentiellement des coureurs amateurs, mais également des coureurs engagés par des équipes professionnelles le reste de l'année mais non sélectionnés pour le Tour, comme le Belge Albert Dejonghe et l'Italien Ottavio Pratesi, qui courent habituellement sous les coureurs de la formation Alcyon.

Le Tour 1914 compte donc la présence de sept anciens vainqueurs, ce qui constitue un record dans l'histoire de l'épreuve., mais d'autres coureurs présents au départ remporteront l'épreuve après guerre : c'est le cas de Firmin Lambot (1919 et 1922), Léon Scieur (1921), Henri Pélissier (1923) et Lucien Buysse (1926).

N°Équipes1-8 Alcyon-Soly9-20 Peugeot-Wolber21-30 Automoto-Continental31-35 Gladiator-Dunlop36-40 Delage-Continental41 Armor-Soly42-45 Clément-Dunlop47-49 Phebus-Dunlop50-56 J.B. Louvet-Continental57-62 Alleluia-Continental64-69 La Française-Hutchinson70-71 Thomann-Soly101-197Individuel

Déroulement de la course Un début de Tour sans relief (de la à la ) Le douzième Tour de France s'élance le depuis le pont de Saint-Cloud, après un défilé depuis le vélodrome du Parc des Princes où se sont tenues les opérations de contrôle. Le départ est donné à du matin. La première étape, qui conduit les coureurs jusqu'au Havre, est peu animée. Ce n'est qu'après avoir rejoint les côtes de la Manche, aux environs de Dieppe, que le peloton s'agite. L'étape provoque une hécatombe chez les coureurs isolés qui sont nombreux à faire preuve de malchance, souvent victimes de crevaisons, mais encore d'une chute provoquée par un motocycliste, comme c'est le cas du coureur stéphanois Joanny Panel. À l'arrivée au Havre, un peloton de favoris se dispute la victoire au sprint, remporté par le tenant du titre Philippe Thys. Quelques leaders sont retardés, à l'image de Lucien Petit-Breton et François Faber, qui concèdent près de six minutes en raison d'une crevaison.

La deuxième étape, qui mène les coureurs jusqu'à Cherbourg, se déroule sous une chaleur accablante et provoque d'importants écarts au classement général. Les Belges Philippe Thys et Jean Rossius profite de la dernière côte du parcours, à Octeville, pour s'isoler en tête. Rossius, pourtant moins expérimenté, s'adjuge l'étape, tandis que les deux hommes partagent la tête du classement général. De nombreux favoris accusent un retard important : Octave Lapize concède dix-huit minutes, Faber et Petit-Breton, déjà retardés la veille, perdent de nouveau vingt et vingt-trois minutes, tandis que l'espoir italien Costante Girardengo finit à plus d'une heure, loin devant Paul Duboc : deuxième du Tour de France 1911, le Normand concède plus de deux heures au cours de cette étape. Tandis que plusieurs coureurs isolés abandonnent, l'un d'eux, Marcel Allain, est mis hors course pour avoir effectué une partie de l'étape en train.