L'abbaye de Saint-Pierre-les-Nonnains de Lyon, connue aussi sous le nom d'abbaye des Dames de Saint-Pierre ou simplement palais Saint-Pierre, est un ancien édifice religieux catholique recevant des moniales bénédictines dès le et reconstruit au . Fermée à la Révolution, l'ancienne abbaye abrite aujourd'hui le musée des Beaux-Arts de Lyon.
Histoire
Les origines de l’abbaye de Saint-Pierre-les-Nonnains
La date exacte de fondation de l'abbaye est inconnue, sa recherche est compliquée par le manque d'autorité des documents les plus anciens. Au , le « testament » de l’évêque de Lyon Ennemond raconte qu’Aldebert, gouverneur de Lugdunum sous le règne de Septime Sévère, s’étant converti au christianisme, aurait doté richement de terres le « monastère des Dames de Saint-Pierre » en 208Pierre-Maurice Bénasse, Les Six Naissances de l’Abbaye royale des Bénédictine de Saint-Pierre de Lyon, musée des Beaux-Arts de Lyon, 2010, .. Toujours selon le « testament d'Ennemond », le monastère était déjà régi aux par des abbesses. L'historien Alfred Coville a établi que ce « testament d'Ennemond », parsemé de formulations anachroniques, était un faux fabriqué au milieu du Moyen Âge, probablement pour justifier les droits de propriété de l'abbaye. Après une étude critique des sources anciennes, Pierre Picot situe la première construction durant la période mérovingienne sous l'évêque Sacerdos de Lyon, et attribue la constitution de la communauté monastique à l'évêque Ennemond (Annemundus), au , datation néanmoins jugée hypothétique par Joachim Wollasch.
Aucun document d'époque ne permet de déterminer la date précise à laquelle la règle bénédictine est adoptée par les moniales. Berger de Moydieu, auteur du , affirme qu’elle entre en vigueur sous l'abbatiat de la sœur d’Ennemond, Lucie, entre 665 et 675Berger de Moydieu, « Tableau historique de l'abbaye royale de S. Pierre... Second manuscrit, revu, corrigé et augmenté. 1783 ».Pierre-Maurice Bénasse, Les Six Naissances de l’Abbaye royale des Bénédictine de Saint-Pierre de Lyon, musée des Beaux-Arts de Lyon, 2010, .. Pierre Picot préfère situer cette adoption plus tard, à l'époque de Benoît d'Aniane (mort en 821), actif promoteur de cette règle. Joachim Wollasch partage cet avis, en faisant le rapprochement avec le cas de l'abbaye de Remiremont dont les nonnes prennent la même règle sous Louis le Pieux.
Sous le règne de Charlemagne, l’évêque de Lyon Leidrade, dont une lettre adressée à l'empereur et mentionnant l'édifice a été conservées, fait entièrement reconstruire le « monastère de vierges dédié à saint Pierre »Leidrade, Lettre à Charlemagne, éd. E. Dümmler, Monumenta Germaniae historica, Epistolae, IV (1895), p. 543, 25-28 : Monasterium quoque puellarum in honorem sancti Petri dedicatum (...) ego a fundamentis tam ecclesiam quam domum restauraui : ubi nunc sanctimoniales numero triginta duae secundum institutionem regularem uiuentes habitare uidentur.. Le Moyen-Âge français l'appellera « Saint-Pierre-les-Nonnains ». Dès l'époque carolingienne, l'abbaye est le plus riche établissement religieux de Lyon. Elle abrite trente-deux moniales au moment où Leidrade écrit sa lettre à Charlemagne (datée entre 809 et 813). Elle jouit d'une indépendance toujours plus grande à l'égard du reste du clergé lyonnais, puisque, par exemple, elle relève directement de la papauté.
L’abbaye du
vignette|300px|Plan scénographique de la ville de Lyon au . vignette|300px|Détail du Plan scénographique de la ville de Lyon montrant l'abbaye des Dames de Saint-Pierre vers 1550, archives municipales de la ville de Lyon. vignette|gauche|Robert Pigout, Perspective de la place des Terreaux avant l'abbaye, 1653. Au Moyen Âge, l’abbaye est appelée, dans les textes officiels, Monasterium sancti Petri puellarum (« Monastère des filles de Saint-Pierre ») ou bien Ecclesia que dicitur sancti Petri puellarum (« L’église dite des filles de Saint-Pierre »).
Depuis sa fondation, elle a toujours comporté deux églises. L’église conventuelle se nomme église Saint-Pierre. Elle est reconstruite dans le style roman au , aspect qu’elle conserve jusqu’à la reconstruction de l'abbaye au . Juste à côté d'elle se trouve une autre église plus petite, l’église Saint-Saturnin (appelée aussi Saint-Sornin), qui est une église paroissiale dont les revenus sont perçus par les moniales.
C’est une abbaye aristocratique, régie par des moniales issues de la haute noblesse. Vers le milieu du , les novices, pour être admises au couvent, doivent fournir la preuve d'au moins quatre générations de noblesse paternelle. Les moniales forment une assemblée, que l’on appelle le chapitre, où elles élisent elles-mêmes leur abbesse, qui garde cette position à vie. Celle-ci ne rend compte de son élection qu’au pape et n’est aucunement soumise à l’autorité de l’archevêque de Lyon. Elle porte même la crosse à la manière des évêques. Elle est la maîtresse du couvent et elle administre les nombreux biens matériels lui appartenant. En effet, celui-ci possède de nombreuses richesses, il est notamment fort bien doté en terres. vignette|gauche|Jean Chavanne, perspective de la place des Terreaux après achèvement de l'abbaye, fin du XVIIe siècle. À partir du cependant, la discipline devient moins stricte et l’on observe des relâchements dans les règles de la vie communautaire : à cette époque les sœurs vivent souvent en dehors du couvent dans des maisons privées, voire dans d’agréables hôtels particuliers entre cour et jardin, et le chapitre ne se réunit guère plus d’une fois par an. Lors d’une visite royale à Lyon en 1503, Louis et la reine Anne de Bretagne reçoivent des plaintes concernant la mauvaise conduite des moniales. Celles-ci sont alors sommées de reprendre une vie de clôture dans l’abbaye et de respecter la règle de saint Benoît. Refusant cette réforme, qu’elles jugent trop sévère, les moniales, soutenues par leurs puissantes familles, se rebellent et font appel au pape, leur protecteur, pour défendre leurs droits. En 1516, elles font part de leur mécontentement directement devant la reine Claude de France. Il est alors décidé de les expulser de l’abbaye, ce dont se charge l’archevêque François de Rohan. Pour les remplacer, des filles de familles moins prestigieuses sont choisies. En 1528, l'affaire du fantôme d'Alis de Télieux, bénédictine chassée en 1513, est rapportée par l'aumônier de François Ier, Adrien de Montalembert. L’abbaye, même si elle reste toujours aussi riche, perd alors peu à peu ses privilèges et surtout son indépendance : en 1637, elle passe finalement sous l’autorité de l’archevêque de Lyon. Entre-temps, les moniales sont déchues de leur droit de nommer elles-mêmes leur abbesse, privilège qui revient désormais au roi en personne.
L'abbaye royale et la reconstruction du palais Saint-Pierre
vignette|300px|Entrée depuis la rue du Président-Herriot, condamnée en nov .2015 par le plan Vigipirate. vignette|300px|Entrée depuis la place des Terreaux.
C'est au que le palais prend sa configuration actuelle. Des bâtiments antérieurs du couvent Saint-Pierre-les-Nonnains, ne subsiste aujourd’hui que le porche roman de l'église conventuelle, datant de la reconstruction du . C’est Anne de Chaulnes (vers 1625-1672), fille du maréchal et pair de France Honoré d’Albert et abbesse de 1649 à sa mort, qui décide, en 1659, de la reconstruction de celle que l’on nomme alors « l’abbaye royale des Dames de Saint-Pierre »Philippe Durey (dir.), Le musée des Beaux-Arts de Lyon, Albin Michel, Paris, 1988, 9.. Elle choisit l’architecte avignonnais François Royers de la Valfrenière pour mener à bien ce projet. Déjà âgé à l’époque des travaux (il meurt en 1667), la reconstruction du palais est son grand-œuvre. Il conçoit l’élévation monumentale de la façade le long de la place des Terreaux ainsi que celle des deux façades latérales.
La première pierre est posée par un « petit pauvre » le . L'édifice conçu par Royers de la Valfrenière se présente comme un imposant palais de style romain, s'étirant sur tout un long côté de la place des Terreaux.
Mais, à la mort d’Anne de Chaulnes en 1672, deux ailes doivent encore être construites et la réalisation du décor intérieur n’a pas encore commencé. C’est sa belle-sœur, Antoinette de Chaulnes (1633-1708), qui, lui ayant succédé à la tête de l’abbaye en 1675, va mener à terme le projet. Une somptueuse décoration intérieure, aujourd’hui presque entièrement perdue, est exécutée entre 1676 et 1687. Une partie des travaux est confiée au peintre et architecte lyonnais Thomas Blanchet (1614-1689), « Premier peintre de la Ville », qui, depuis son retour d’Italie en 1655, est très estimé pour ses décors monumentaux. À l’époque où Antoinette de Chaulnes fait appel à lui, il vient de prouver l’étendue de son talent en décorant les plafonds et les murs de l’hôtel de villeLucie Galactéros de Boissier, Thomas Blanchet, 1614-1689, Arthéna, Paris, 1991, catalogue raisonné.. De ses réalisations au palais Saint-Pierre, ne subsistent plus, de nos jours, que le grand escalier d’honneur, auquel une restauration récente a rendu son éclairage d’origine par cinq fenêtres, et le réfectoire, à l’exubérant décor baroque. Pour décorer celui-ci, il s’entoure des sculpteurs Simon Guillaume et Nicolas Bidault, de Marc Chabry qui réalise les armoiries (notamment celles des sœurs de Chaulnes) et du peintre Louis Cretey, récemment revenu d’Italie, qui peint deux toiles monumentales aux extrémités de la salle ainsi que trois compositions décorant les oculi de la voûte. Au total, les travaux de reconstruction auront coûté la somme, considérable pour l'époque, de . Le palais et son nouveau décor restent inchangés jusqu’à la Révolution.. Des échoppes sont aménagées au rez-de-chaussée du palais lors de sa reconstruction, afin d'être louées à des commerçants, ce qui assure des revenus importants à l'abbaye. Le nouveau bâtiment est, au moment de son achèvement, la plus belle réalisation baroque de Lyon et son étendue et sa monumentalité toutes italiennes ne cessent pas de fasciner les visiteurs. Au , l’abbaye est toujours aussi prospère. En 1755, elle est considérée comme l’une des cinq plus riches de France..
La sécularisation de l'ancienne abbaye
La Révolution française bouleverse la destination du lieu et sonne le glas de l'abbaye, après plus de mille ans d'existence. Les trente-et-une moniales encore présentes au monastère en 1790 sont expulsées deux ans plus tard, à la suite des décrets des 4 et qui suppriment les congrégations religieuses. Vidé de ses occupants, le palais échappe alors de peu à la destruction qu’ont connu tant d’autres établissements religieux à la Révolution. Si la plupart des décors intérieurs disparaissent lorsqu’une caserne s’installe dans le palais en 1793, et si l’église Saint-Saturnin est détruite, le bâtiment est finalement épargné par les différents projets d’urbanisme mis au point par les révolutionnaires, dont un prévoyait notamment de pratiquer des ouvertures au milieu.
Le , la bourse de commerce s'installe dans l'ancienne abbaye. Le , l'arrêté Chaptal crée un musée des Beaux-Arts à Lyon. Le , le museum est installé par arrêté préfectoral dans l'ancienne abbaye. Le , la ville affecte le palais Saint-Pierre à des établissements d'instruction publique et de commerce..
La première salle du musée est ouverte au public en 1803, au premier étage de l’aile sud, dans l’ancien chauffoir de l’abbaye.
En 1835, la faculté des sciences occupe une partie de l'ancienne abbaye. Elle est rejointe en 1838 par la faculté des lettres.
En 1860, le palais de la Bourse est inauguré. La bourse et la chambre de commerce quittent l'ancienne abbaye.
Architecture Le palais Saint-Pierre dans son ensemble (hors parties classées) fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le . Les façades et toitures font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le .
Église abbatiale