Marcel Aymé, né le à Joigny (département de l'Yonne)., mort le à Paris ( arrondissement, rue Norvins)., est un dramaturge, un écrivain, un essayiste, un nouvelliste français du . Il est lauréat du prix Renaudot en 1929 pour son roman La Table-aux-crevés (1929).
Écrivain prolifique, Marcel Aymé est l'auteur de deux essais, de neuf recueil de nouvelles, de dix-sept romans, de seize pièces de théâtre et d'une centaine d'articles de journaux et de revues., écrit également des scénarios pour le cinéma et traduit des auteurs américains importants : Arthur Miller (Les Sorcières de Salem), Tennessee Williams (La Nuit de l'iguane). De nombreux films, téléfilms et dessins animés ont été tirés de ses œuvrescf. infra Adaptations pour le cinéma, le théâtre et la télévision..
Originaire d'une famille du Jura, en Franche-Comté, attaché à sa région d'origine, il en fait le cadre de certains de ses romans comme La Table-aux-crevés, Gustalin (1938) ou encore La Vouivre (1943) et emploie les dialectes franc-comtois et jurassiens. Vivant à Paris, attaché au quartier Montmartre, il en fait également le cadre de ses romans, comme Le Chemin des écoliers (1946), et de ses nouvelles, comme dans les recueils Le Passe-muraille (1943) ou Le Vin de Paris (1947), et emploie également l'argot parisien ou anglais phonétiquement franciséLa Comédie humaine de Marcel Aymé, La Manufacture, Lyon, 1985, .J. L. Bourget, Nouvelle Revue franc-comtoise, , ..
Ses œuvres rencontrent le succès du public mais sont attaquées par la critique, comme La Jument verte (1933)., La Tête des autres (1952). ou même Les Contes du chat perché.. Marcel Aymé se tient à l'écart des milieux littéraires et intellectuels, notamment en refusant d'être membre du jury du prix Goncourt et de recevoir la légion d'honneur. À la Libération, il signe la pétition en faveur de la grâce de Robert Brasillach. L'historienne Sophie Desormes le range parmi les anarchistes de droite..
Biographie L'enfance Marcel Aymé est issu d'une famille jurassienne de tradition militaire.
Son père, Faustin Joseph Aymé, né en 1859 au Deschaux, mort en 1947 au Kremlin-Bicètre., s'engage au régiment de dragons au sein duquel il est brigadier, maréchal des logis puis maréchal-ferrant.. Il épouse Emma Monamy, née en 1863 à Villers-Robert, morte en 1904 à Tours. alors que Marcel n'a que deux ans. De leur union naissent six enfants, dont Marcel est le benjamin, parmi lesquels :
Arthur Aymé, né en 1887 à Gray (département de Haute-Saône)., mort en 1913 en Indochine française (actuel Laos) ; engagé volontaire au régiment d'infanterie, puis lieutenant au régiment d'infanterie coloniale, il meurt noyé dans la rivière de la province de Saravane.. Camille Aymé, née en 1888 à Gray, morte en 1974 à Saint-Raphaël (département du Var).. Georges Aymé, né en 1889 à Gray., mort en 1950 à Paris ; époux d'Alix Hava, il est vétéran de la Grande Guerre et de la Seconde Guerre Mondiale. Raymond Alfred Aymé, né en 1892 à Lure (département de Haute-Saône), mort en 1975 à Paris ( arrondissement). ; engagé volontaire au régiment d'infanterie, il sert en Tunisie et au Maroc ; il est blessé lors de la Grande Guerre.. Suzanne Aymé, née en 1900, morte en 1984 à Dole..
En 1904, à la mort de sa mère, Marcel et sa sœur Suzanne sont confiés à leurs grands-parents maternels, Auguste Monamy et Françoise Curie, qui exploitent une tuilerie, une ferme et un moulin à Villers-Robert dans le JuraMichel P. Schmitt, Dictionnaire des littératures de langue française, éd. Bordas, , 1984, ..
La commune de Villers-Robert inspire à Marcel Aymé le cadre de plusieurs de ses romans comme La Table-aux-crevés (1929) ou La Jument verte (1933), comme la commune de Dole qui lui inspire le cadre de Gustalin (1938) ou de La Vouivre (1943). Son enfance est marquée par l'opposition entre son père, anticlérical, et sa famille maternelle, catholique pratiquante, ce qui lui inspire la pièce de théâtre Clérembard (1950). L'historienne Sophie Desormes estime que Marcel Aymé éprouve de la nostalgie de ses années au collège, où « on ne connaissait là ni républicains, ni radicaux, ni réactionnaires, ni calotins ».
En 1910, à la mort de sa grand-mère, Marcel est confié à sa tante Léa Monamy, sœur cadette de sa mère, qui n’a pas d’enfants et tient un commerce de mercerie. Entre 1910 et 1919, il effectue ses études secondaires à Dole au collège de l'Arc où il obtient le baccalauréat. Au contraire des cancres qu'il a décrit dans ses romans, comme Antoine dans Le Chemin des écoliers (1946), ou Marie-Anne dans Uranus (1948), il est décrit par ses enseignants comme « un élève d'une intelligence très vive ».
En 1919, Marcel Aymé entre en classe préparatoires scientifiques « mathématiques supérieures » au lycée Victor-Hugo de Besançon où il prépare le concours d'admission à l'École polytechnique. En 1920, après avoir contracté la grippe espagnole, il abandonne ses études.
En 1922, Marcel Aymé effectue son service militaire au sein de l'armée française du Rhin. Il est finalement réformé en raison son état de santé..
L'écrivain débutant En 1924, Marcel Aymé s'établit à Paris où il exerce les métiers les plus divers : employé de banque, agent d'assurances, journaliste. Il ne se trouve aucun talent :
En 1925, au cours d'une convalescence à Dole chez sa sœur Camille, sur les conseils de celle-ci, il entame la rédaction de son premier roman, Brûlebois. En 1927, il publie Aller-retour. En 1929, son roman La Table-aux-crevés remporte le prix Renaudot, tandis que le prix Goncourt est attribué à Marcel Arland pour son roman L'Ordre. En 1930, il publie La Rue sans nom, adapté au cinéma quatre ans plus tard par Pierre Chenal, avec des dialogues écrit par Marcel Aymé lui-même. En 1933, son roman La Jument verte reçoit un vif succès mais est attaqué par la critique qui juge le roman obscène.
Avec La Jument verte, Marcel Aymé obtient la grande notoriété. À partir de là, il considère la littérature comme un métier. Il se lance en même temps dans le cinéma et commence à s'intéresser au théâtre. C'est avant la Seconde Guerre mondiale qu'il écrit Vogue la galère., pièce qui sera jouée seulement en 1947.
L’écrivain reconnu puis décrié
Marcel Aymé est, au début de sa carrière littéraire, classé parmi les écrivains de gauche. Le , il signe le Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en Europe, qui soutient Mussolini dans la seconde guerre italo-éthiopienne...
Sous l'Occupation, Marcel Aymé, qui publie des nouvelles et des romans en feuilleton, comme Le Passe-muraille ou La Vouivre, dans Je suis partout ou La Gerbe, ne publie que très peu d'écrits politiques..
Dans Le Crapouillot, Charles Blanchard affirme que l'écrivain aurait soumis au journal Aujourd'hui un article résolument opposé au statut des Juifs. : Pendant l'Occupation, apportant au premier Aujourd'hui un article défendant avec violence les Juifs et Jeanson lui faisant observer les risques qu'il prenait, répliqua : « La seule raison que nous ayons d'écrire, c'est pour dire quelque chose. Qu'importe les conséquences ! »
À la Libération, bien qu'il ne soit pas inscrit sur la « liste noire » du Comité national des écrivains., il est, dès , critiqué dans la revue littéraire clandestine Les Lettres françaises pour sa pièce de théâtre Vogue la galère jugée idéologiquement proche de la collaboration. : Aymé a, sans doute, commis beaucoup d’imprudences et de sottises, il est certainement coupable, mais non pas criminel comme Brasillach ou Châteaubriant.En 1946, Marcel Aymé reçoit un « blâme sans affichage » pour avoir scénarisé le film Le Club des soupirants (1941) réalisé par Maurice Gleize et commandé par la Continental Films. En 1948, Marcel Aymé prend également la défense de Maurice Bardèche, le beau-frère de Robert Brasillach, condamné pour l'écrit négationniste Nuremberg ou la Terre promise.. En conséquence, en 1949, il refuse de recevoir la Légion d'honneur et décline l'invitation du président de la République, Vincent Auriol, et publie, en 1951, dans le journal satirique Le Crapouillot un pamphlet, « L'épuration et le délit d'opinion ». : Par respect pour l’État et pour la République, il me fallut refuser ces flatteuses distinctions qui seraient allées à un traître ayant « favorisé les desseins de l'ennemi ». Je regrette à présent de n'avoir pas motivé mon refus, et dénoncé publiquement, à grands cris de putois, l'inconséquence de ces très hauts personnages [...]. Si c'était à refaire, je les mettrais en garde contre l'extrême légèreté avec laquelle ils se jettent à la tête d'un mauvais Français comme moi et pendant que j'y serais, une bonne fois, pour ne plus avoir à y revenir, pour ne plus le trouver dans le cas d'avoir à refuser d'aussi désirables faveurs, ce qui me cause nécessairement une grande peine, je les prierais qu'ils voulussent bien, leur Légion d'honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens. La controverse Marcel Aymé L'écrivain a été attaqué par tous ceux qui ne supportaient pas la description crue, dans les romans, de la France des années 1940 et celle de l'épuration, mettant sur le même pied les collaborateurs monstrueux et les revanchards sinistres, dépeignant avec une exactitude désinvolte le marché noir, les dénonciations, les règlements de comptes (Uranus, Le Chemin des écoliers). Il a surtout soutenu jusqu'au bout Robert Brasillach, tentant de faire signer à des intellectuels et des artistes de tout bord la pétitionPour le texte de la pétition et la liste des signataires Pierre Pellissier, Robert Brasillach… le maudit, Denoël, 1989, . contre la peine de mort dont Brasillach était frappé. Albert Camus, Jean Cocteau, François Mauriac et d'autres l'ont signée, sauf Picasso qui venait d'adhérer depuis peu au parti communiste, ainsi que l'explique Claude Roy :
Il a également collaboré à Défense de l'Occident, périodique nationaliste.
En , il est cosignataire d'une lettre du Comité de secours aux objecteurs de conscience réclamant au Président de la République et au Premier ministre un statut pour que les objecteurs puissent effectuer un service civil et non militaire..
Le succès populaire malgré tout Bien que profondément blessé par cet épisode, Marcel Aymé n'en continue pas moins à publier un grand nombre de romans, de contes, de nouvelles et de pièces de théâtre. Si ses œuvres lui valent un immense succès populaire, la critique le met en pièces ou l'ignore, et cela jusqu'à sa mort en 1967.
Champion du contre-courant, les critiques lui reprochent l'anti-américanisme de La Mouche bleueRésumé et extrait .La Mouche bleue - Vidéo Ina.fr . en pleine période pro-américaine« Réalités », ..
À propos de sa pièce Les Oiseaux de lune, mise en scène par André Barsacq au Théâtre de l'Atelier, Elsa Triolet écrit : « On rit énormément à ces oiseaux de lune. Mais hier comme aujourd'hui, qu'on pleure ou qu'on rie, il y a quelque chose de pourri dans ce royaume-là« Les Lettres Françaises », 1956.. »
Et pourtant, au théâtre, Marcel Aymé obtient de grands succès en particulier avec La Tête des autres, mise en scène par André Barsacq au théâtre de l'Atelier, une satire dont la magistrature est seule à ne pas rire. La Tête des autres est un grand plaidoyer contre la peine de mort, qui fait scandale. Marcel Aymé y ridiculise les procureurs de la République.
Marcel Aymé meurt dans son domicile de la rue Norvins dans la nuit du samedi 14 au dimanche , probablement d'une congestion pulmonaire .. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent de Montmartre.
Le style thumb|Rue Norvins à Paris.