Les Passeurs de millénaires est le sixième et dernier volume de la série spéciale de La Grande Anthologie de la science-fiction.
Ce volume, consacré comme les autres ouvrages de la série spéciale aux auteurs francophones, réunit quatorze nouvelles parues principalement entre 1996 et 2000.
La préface est rédigée par Gérard Klein ; le choix des nouvelles a été opéré par Gérard Klein, Ellen Herzfeld et Dominique Martel ; l'ouvrage a été publié au « Le Livre de poche » publié en 2005.
L'image de couverture a été réalisée par Manchu ; elle représente un robot tenant dans sa main une babiole pour touristes, en l'occurrence une boule en verre à l'intérieur de laquelle se trouve un petit robot, sous de la fausse neige.
Extrait de la préface Les nouvelles sont précédées d'une courte préface.
(…) La science-fiction française est en général plus intellectuelle, plus conceptuelle, plus littéraire, que ses sœurs britannique ou américaine. Il y aurait chez les auteurs français comme une difficulté à se représenter l'avenir et une très grande diversité et subtilité dans les façons d'éviter sa rencontre. Ce sixième volume ne fait pas exception. Sur quatorze textes, sept relèvent de l'insolite, du dépaysement littéraire, du doute sur la réalité du réel et de l'uchronie ; trois seulement de la réalité virtuelle et des univers informatiques (et encore tirent-ils vers l'étrange plutôt que vers la prospective) ; et les quatre autres effleurent la réalité sociale, voire religieuse, sur Terre ou sur d'autres planètes. Cette constatation ne préjuge en rien de la qualité intellectuelle et littéraire des textes retenus, qui feront sans le moindre doute encore bonne figure dans cinquante ans (…). Rendez-vous ailleurs et demain, en l'occurrence en 2055. (…)
Liste et résumés des nouvelles CHAPO
Nouvelle de Jean-Pierre Andrevon, parue dans le recueil Manuscrit d'un roman de S.-F. trouvé dans une poubelle, recueil, 1966. Situation dans l'anthologie : p. 13 à 37.
L'Ultime Réalité Nouvelle de Jean-Jacques Nguyen, parue dans le recueil Rêves d'Arkham, recueil, 1994 (la nouvelle a été reprise et remaniée dans le recueil Les Visages de Mars, paru en 1998). Situation dans l'anthologie : p. 38 à 61. Résumé : Olivier Perrin est astrophysicien. Il apprend que son meilleur ami, Jérôme Leverrier, ingénieur au CERN, vient de se tirer une balle dans la tête, lui laissant une lettre d'explications et son ordinateur. Jérôme travaillait sur l'étude des quarks et sur la force nucléaire faible. Dans son courrier, Jérôme annonce à son ami qu'après des décennies de recherche, il a découvert le secret ultime de la matière :« (…) J'ai remonté ainsi toute la chaîne des quarks, et contemplé le paysage caché derrière cette illusion. Le secret ultime de la nature… Vieux frère, on ne peut pas avoir vu cela et survivre. C'est… atroce ! Crois-moi sur parole. Ce qui se cache derrière le voile des quarks n'est pas destiné à être contemplé par des yeux humains. (…)Jérôme lui ayant donné son ordinateur ainsi qu'un indice sur le mot de passe permettant l'accès aux fichiers, Olivier ne met pas beaucoup de temps pour découvrir ces fichiers et les compulser. Lançant un logiciel paraissant très important, il voit une animation défiler : Jérôme avait rédigé un programme informatique retraçant le résultat de ses recherches. Et Olivier découvre stupéfait que sous les atomes, sous les quarks, sous les autres constituants infinitésimaux de la matière se cache ce que personne n'attendait, l'entité connue de tous les temps mais tapie dans l'ombre : le Diable et son Enfer. Lien externe : .
Bis Nouvelle de Vittorio FrigerioLa notice biographique placée en fin de volume précise que cet auteur, né le 28 juin 1958 à Mendrisio (Suisse), universitaire canadien, n'a publié que quelques nouvelles de science-fiction., parue dans la revue québécoise Solaris, numéro 118, . Situation dans l'anthologie : p. 62 à 89. Résumé : Et si l'on fabriquait une machine permettant de se souvenir de ses rêves, de les revivre, de triompher de ses erreurs passées, pour mieux les assumer au réveil ? Et que se passerait-il si un chef d'État transformait cette machine pour visualiser en rêve son futur ? Lien externe : .
Hôtels Nouvelle de Sylvie Denis et Francis Valéry, parue dans le recueil Territoires de l'inquiétude, Denoël - collection Présence du Fantastique , 1996. Remarque : la nouvelle est de tonalité onirique. Situation dans l'anthologie : p. 90 à 105. Résumé : Un homme : John ; une femme : Élisabeth. Tous deux se trouvent dans une station balnéaire. Tous les êtres humains, à part eux, sont devenus « organominéraux ». Ils sont les seuls à se déplacer et à vivre. Ils errent, sans but, avec ennui, changeant d'hôtel chaque jour (d'où le titre de la nouvelle). Le lecteur ignore qui ils sont, d'où ils viennent, pourquoi ils ne sont pas comme les autres humains. À la fin de la nouvelle, John et Elisabeth se rencontrent, d'abord avec incrédulité, puis avec joie. Leur solitude est désormais terminée. Lien externe : .
L'Éternité, moins la vie Auteur : Jean-Jacques Girardot. Publication : revue CyberDreams, numéro 10, . Remarque : Cette nouvelle est à mettre en relation avec le courant de science-fiction relatif à la conscience robotique. Situation dans l'anthologie : p. 106 à 128. Résumé : L'informaticienne Helen Palmer a réussi un exploit technique incroyable : après avoir été touchée par un grave virus ne lui laissant que peu de temps à vivre, elle est parvenue à scanner son esprit au sein du disque dur d'un ordinateur. Le problème est que lorsque les fonctions vitales ont cessé, elle a été déclarée décédée, et que faute d'héritiers, tous ses biens ont été attribués à l'État. L'administrateur général du Laboratoire de recherche qui détient l'ordinateur contenant l'esprit et la mémoire d'Helen fait donc appel à un grand avocat, David Vanden, afin qu'il intente une action en justice aux fins de voir reconnaître la personnalité juridique d'une personne n'ayant plus de corps mais dont la conscience et la personnalité ont été remisées sur un support numérique. L'avocat n'est pas convaincu que cela puisse aboutir à un résultat : cela signifierait changer la notion juridique de « personne », et l'issue (négative) ne fait guère de doute. L'administrateur l'informe également qu'Helen, toutes les 30 heures environ, est « rebootée » : on remet à jour tous les paramètres de personnalité et sa conscience est réenregistrée ; sans cette opération technique, son esprit disparaîtrait totalement. Elle continue ses recherches pour progresser dans la connaissance de la conscience numérisée/robotisée, sachant que si les techniciens omettaient de la rebooter, son esprit mourrait. Face à cette femme qui ne sait pas si le jour qu'elle vit est le dernier, Vanden s'écrie Quel courage !. L'administrateur lui fait alors remarquer qu'il a employé un terme humain pour qualifier une mémoire numérique. Finalement, après réflexion, Vanden répond que le coup est jouable, mais qu'il faut s'y prendre finement : laisser la rumeur circuler, faire appel aux médias, contacter les hommes politiques. Lorsque la société et le monde politique seront mentalement « prêts », les tribunaux seront alors saisis de la question de la personnalité numérique. Lien externe :
La Stratégie du requin
Auteur : Jean-Claude Dunyach. Situation dans l'anthologie : p. 129 à 157.
La Première Œuvre Auteur : Olivier Paquet. Publication : revue Galaxies, numéro 14, 1999. Situation dans l'anthologie : p. 158 à 190. Résumé : Mathias Jerner est un artiste-peintre mondialement connu pour ses tableaux non figuratifs. Mais Jerner est une intelligence artificielle, qui a été programmée pour peindre, en fonction des commandes des clients et de ses logiciels de création picturale. Tout se déroule sans problème jusqu'au jour où Yui Ninomiya, une journaliste, interviewe Jerner et lui pose quelques questions : parmi toutes les œuvres qu'il a peintes, laquelle préfère-t-il ? laquelle le représenterait au mieux ? qu'est-ce qui le différencie des autres peintres ? qu'est-ce que le « style Jerner » ? Jerner est tout d'abord amusé par ces questions, qu'il ne comprend pas : il répond à des commandes de clients, et si ceux-ci sont satisfaits, tout va bien, non ? Quelques jours après, il se remémore cette conversation, et découvre avec stupeur qu'il ne sait pas y répondre. Est-il un artiste ou un simple exécutant ? En proie à une crise existentielle, il se rend à l'atelier de travail d'un peintre concurrent, Arthur Van Fanel, qui lui est un peintre humain. Jerner voit tout de suite la différence entre le travail de ce peintre et le sien : Van Fanel a le trait moins sûr, les couleurs moins vives, l'abstraction moins osée. Il n'empêche qu'après une conversation avec ce peintre, les questions existentielles de Jerner sont accrues : Van Fanel, lui au moins, crée à partir de rien, et a un style personnel. Jerner se déconnecte alors de ses banques de données, de ses logiciels, et se met en quête de la création de sa grande œuvre personnelle, de sa Première Œuvre (d'où le titre de la nouvelle). Après une période de création intense où il donne le maximum de lui-même, Jerner explose en une gerbe étincelante, gravant la toile de circuits électriques, de mémoire positronique, de câbles, de boulons de son corps robotique. Lorsqu'on le découvre le lendemain, personne ne comprend son geste, et sa secrétaire Daphné hurle en voyant la toile, qu'elle trouve laide et monstrueuse. Yui Ninomiya récupère cette toile et l'expose dans un musée, à l'occasion d'une rétrospective concernant les grands peintres du . La nouvelle se termine ainsi : « Le bois était meurtri, rainuré. Dans le haut du tableau, on voyait l'empreinte du masque de métal qui avait constitué le visage du peintre Mathias Jerner. L'empeinte était nette, creusant profondément le bois. Chaque segment du masque était visible, chaque muscle artificiel était reproduit de manière parfaite. Le métal avait disparu, remplacé uniquement par sa trace sur le bois. Van Fanel s'approcha du tableau, recula, fit quelques pas de côté, cherchant l'angle le plus approprié. Puis il se retourna vers Yui, totalement bouleversé par ce qu'il voyait. « C'est incroyable, on dirait qu'il sourit !» » Lien externe :
Canards du doute
Auteur : Philippe Curval. Situation dans l'anthologie : p. 191 à 219. Intrigue : Dans un monde où les humains sont devenues des zombies de l'intelligence et de la réflexion intellectuelle, certains tombent malades et vont mourir de maladies mentales : leur cerveau, sous-employé, voire inutilisé, tombe malade et meurt. Une seule solution pour tenter de recouvrer la santé, c'est utiliser une drogue puissante : la lecture. Mais trouver des livres est très difficile, depuis que les bibliothèques ont été fermées et qu'on les a détruits à plus de 99 %…
Le Prix du pardon Auteur : Matthieu WalraetLa notice biographique placée en fin de volume précise que cet auteur, né le 6 août 1973 à Lannion, n'était l'auteur, en 2005, que d'une nouvelle connue, celle qui est présentée... Publication : Les Vagabonds du rêve, anthologie, 2000. Situation dans l'anthologie : p. 220 à 229. Résumé : En 2032, le Vatican vend des Indulgences papales concernant les péchés capitaux. Il existe donc une Bourse des indulgences concernant la luxure, l'envie, la gourmandise, la cupidité, etc., etc., avec des phénomènes de hausse et de baisse des cours, de krachs boursiers, de délits d'initiés. De même qu'il y a le CAC 40 ou le Nasdaq, il existe l'Indice des indulgences qui permet de mesurer les taux de l'offre et de la demande.