Séleucie de Piérie est une ville fondée par Séleucos Nicator en Syrie antique. Elle est aussi appelée Séleucie sur l'Oronte. Port principal d’Antioche, elle se comprend par la combinaison d’un bassin portuaire (souvent décrit comme un cothon), d’un chenal de communication avec la mer, d’ouvrages de protection (jetées / avant-port) et d’un système de déviation des eaux torrentielles destiné à limiter l’ensablement.

Au , il ne reste qu'un site archéologique.

Histoire Préhistoire et occupations anciennes Des artéfacts découverts dans des grottes surplombant la mer et décrits par Şenyürek et Bostancı montrent une occupation préhistorique dans la province du Hatay et, plus largement, dans la zone littorale proche de l’estuaire de l’Oronte, avec des ensembles attribués notamment au moustérien.

Du côté des traditions littéraires, des auteurs tardifs (notamment Jean Malalas) rattachent la fondation séleucide à un récit étiologique (sacrifice, aigle « indicateur ») et évoquent l’existence d’éléments « anciens » dans la zone littorale ; ce type de source ne permet toutefois pas, à lui seul, de localiser avec certitude un établissement antérieur sur le site même de Séleucie. En revanche, l’archéologie atteste une activité portuaire et des échanges antérieurs à la fondation séleucide dans l’estuaire de l’Oronte, en particulier à Al-Mina, où des importations grecques et des circulations méditerranéennes sont documentées ; le lien direct entre cet ensemble et l’emplacement exact de Séleucie reste discuté.

Cadre historique La région se trouve à un carrefour ancien entre Anatolie, Mésopotamie et façade méditerranéenne. À l’époque achéménide, elle est intégrée à l’empire perse ; vers 333 , Alexandre le Grand chasse les Perses. La Syrie passe ensuite sous l’autorité des Séleucides, puis sous celle de Rome. En 64 , Pompée annexe officiellement la Syrie sous la forme d'une nouvelle province romaine. À l’époque impériale, Antioche devient un centre majeur, et Séleucie de Piérie demeure son débouché maritime.

C'est de Séleucie que l'apôtre Paul s'est embarqué en 45, pour son premier grand voyageActes des Apôtres 13, 4 ; 18, 22.

Époque hellénistique Après la bataille d'Ipsos en -301, Séleucos entreprend la fondation d’Antioche et lui adjoint un port, Séleucie de Piérie, avant de compléter l’ensemble par Laodicée et Apamée (tétrapole). L’emplacement répond d’abord à des considérations stratégiques (contrôle du littoral, sécurisation d’un port pour la capitale), au prix d’aménagements lourds sur un site naturellement défavorable à un port pérenne (alluvions de l’Oronte, apports des torrents de montagne, dynamique littorale).

thumb|Carte des principales villes séleucides

Description de Séleucie de Piérie Bref historique

Séleucie de Piérie aurait été fondée avec Antioche aux alentours de l’an -300 ; une tradition tardive rapportée par Jean Malalas raconte que le choix de l’emplacement aurait été indiqué par un aigle lors d’un sacrifice.

Différents indices laissent à penser qu’elle fut initialement appelée à un rôle politique de premier plan dans les projets urbains initiaux de Séleucos , avant que l’axe antiochénien ne s’impose.

Un comptoir grec semble avoir existé avant Séleucie de Piérie, mais pas sur le site même. Il ne semble pas avoir joui d’une grande importance. Globalement on peut donc considérer le site comme urbainement vierge. Sa fonction primaire étant de servir de port à Antioche, il convient de rappeler que, selon le témoignage de Libanios., l’Oronte était alors navigable entre la cité et la mer, permettant aux navires de remonter les marchandises directement depuis le port de Séleucie de Piérie.

Très peu est connu sur le développement de la ville durant ses premières cinquante années. Le noyau de la ville s’est probablement installé un peu sur les hauteurs, à l’abri des attaques venant de la mer. L’extension se sera dès lors faite en direction de la mer.

La ville portuaire passe sous contrôle lagides pour quelques années à la suite de la guerre syrienne, en -241. L'épisode de la prise de Séleucie est relaté dans la papyrus de Gourob qui annonce la prise par l'armée de Ptolémée III de Séleucie puis d'Antioche où il est venu au secours de sa sœur Bérénice.

La ville réapparaît en -219 dans les annales sous la plume de Polybe. Il l'évoque à l'occasion de la guerre syrienne entre Ptolémée IV et Antiochos III pour le contrôle de la Syrie. Le port a en effet une importance militaire et Polybe cite Apollophanes, conseiller d’Antiochos, « Si elle restait au pouvoir de l’ennemi, elle constituerait un obstacle de première grandeur à toutes les entreprises d’Antiochos. Dès que le roi s’en serait emparé (...) elle lui serait d’un grand secours pour tous ses autres projets et entreprises sur terre comme sur mer. »

Au deuxième siècle avant notre ère, la cité est administrée sous le contrôle d'un épistate (gouverneur de cité). Un échange de correspondance entre le roi Séleucos IV et la cité à propos d'honneur pour Aristolochos a été conservé par une inscription et permet de se représenter les relations entre la monarchie séleucide et la cité. Il témoigne aussi de l'organisation de la cité en tribu et en dèmeM. Holleaux, Une inscription de Séleucie-de-Piérie, BCH 57, 1933, en ligne.

La ville passe en 64 av. J.-C. sous contrôle romain. Sous les Flaviens, un vaste ouvrage hydraulique est engagé pour détourner un torrent de montagne et limiter l’ensablement du port ; à l’époque tétrarchique ou tardo-antique, un chenal « coudé » et un avant-port sont aménagés, signe d’une adaptation progressive du dispositif portuaire.

De Séleucie, les deux apôtres Paul et Saint Barnabé partirent pour leur premier voyage pour prêcher. De même, certains des premiers conseils ecclésiastiques y prirent lieu. Le premier archevêque connu de Séleucie de Piérie était Zenobius, présent au concile de Nicée en 325. La « Notitia Episcopatuum » d’Antioche déclare Séleucie de Piérie archevêché autonome au cours du . Cet archevêché perdurera jusqu’au ou .

Au , une série de séismes affectant la Syrie du Nord (dont celui de 526) a été mise en relation avec des modifications rapides du trait de côte à Séleucie de Piérie. Une étude géomorphologique a notamment proposé l’existence de deux épisodes de soulèvement, dont l’ampleur cumulée a été estimée à environ , entraînant une reconfiguration de la zone portuaire. Ce relèvement relatif, combiné à une sédimentation active (apports fluviaux et torrents de versant), aurait accéléré le colmatage du bassin intérieur et l’exhaussement du chenal, réduisant le tirant d’eau disponible et compromettant l’accès des navires de commerce aux infrastructures du port « fermé ». La cité semble toutefois être restée occupée, tandis que l’activité maritime aurait été progressivement reportée vers des formes d’accostage plus ouvertes (zones de mouillage), évolution replacée par certains travaux dans un contexte régional de forte sismicité entre le et le .

Chapot, en 1907 Dans l’état actuel de la documentation, Chapot fournit pratiquement la seule description « moderne » et systématique du site, fondée sur une observation de terrain et accompagnée d’un plan. Dès l’ouverture de son texte, il relie la topographie à l’évolution du port en mettant l’accent sur le colmatage, entendu ici comme l’accumulation progressive de sédiments (alluvions fluviales et matériaux charriés par les torrents) qui comblent les dépressions, obstruent les chenaux et finissent par transformer un bassin portuaire en zone marécageuse puis en terre gagnée. Il décrit ainsi, au pied des pentes abruptes, un apport d’alluvions en éventail, dont la plus grande part se serait déposée vers le nord, et en déduit un ensablement cumulatif à l’échelle de l’Antiquité et du temps long. Il souligne enfin l’occupation contemporaine de l’espace intra-muros (en 1907), où l’enceinte englobe déjà des habitations et des exploitations agricoles, indice concret de cette reconversion progressive des espaces anciennement portuaires et urbains.

thumbnail|300px|Plan de Chapot (1907)

Sur le plan, la ville se lit d’abord par le tracé de l’enceinte et par ses portes. Chapot observe que la muraille a été dessinée de façon à profiter des torrents comme de fossés naturels et signale une partition nette entre ville basse et ville haute, séparées par un ressaut très accentué. Cette rupture est si marquée qu’il avance l’idée paradoxale d’une communication plus aisée par l’extérieur (via les portes repérées) que par l’intérieur, ce qui surprend au regard de la logique défensive.

La porte A correspond à l’entrée principale qu’il associe à Bab-el-Kils (porte de la chaux). Il la décrit comme une grande arche ouverte dans l’enceinte, portant des entailles qu’il interprète comme un dispositif de fermeture, ce qui concorde avec la fonction d’accès majeur depuis le sud-ouest. En remontant vers le nord le long de la muraille, il repère une seconde porte, Bab-el-Mina’, qu’il situe au voisinage de B. Malgré son nom (porte du port), Chapot doute qu’elle desserve effectivement le port : sa position au-dessus d’un torrent lui paraît peu commode pour une circulation régulière. La proximité immédiate de tours à ce niveau conduit toutefois à s’interroger sur la hiérarchie des accès (porte principale vs porte secondaire) et sur d’éventuels remaniements.

Au point C, Chapot mentionne un ensemble ruiné nommé par les habitants El-Kanissa (église). Il émet des réserves sur cette identification et préfère y voir un élément associé au renforcement du secteur de la porte B. Il note ici un indice matériel important : à partir de ce secteur, vers le nord, la qualité du parement change nettement, avec de gros blocs polygonaux irréguliers à l’extérieur et un remplissage interne évoquant un opus caementicium. Sans trancher, il laisse ouverte l’hypothèse de reprises, voire de réparations postérieures, suggérées par cette rupture de maçonnerie.

Plus au nord, Chapot suit l’enceinte jusqu’au point D, où une tour (déjà ruinée en 1907) marque un changement de lecture : la muraille s’écarte du ravin sur une longueur notable, puis rejoint une position plus directement défensive à l’endroit où le ravin recoupe le tracé. Au nord-ouest de D, il situe l’ensemble E, auquel il attribue une fonction stratégique ; là encore, l’interprétation est discutée par lui-même, car la topographie offre déjà des défenses naturelles importantes. Le mur se prolonge ensuite jusqu’à la porte Bab-el-Haoua’ (porte du vent), située sur son plan à l’endroit où le tracé permet un passage ; Chapot y relève à nouveau un changement de maçonnerie, qu’il met en relation avec des travaux de réfection.

Dans la partie haute, Chapot repère au point G un petit plateau, qu’il dit en partie nivelé artificiellement. Il y décrit une construction circulaire sur soubassement carré, élément qui pourrait correspondre à une architecture monumentale aujourd’hui difficile à identifier. Plus haut encore, au point H, il place l’acropole, nommée El-Qal’a (forteresse). Il estime que le nom même atteste l’existence d’ouvrages jadis plus considérables et ne décrit plus, en 1907, que des restes limités, dont un pan de mur épais et des débris d’un bâtiment rectangulaire. Il associe à cet ensemble une possible redoute au point J et s’interroge sur la fonction des plateaux K et L : il est possible, selon la logique qu’il esquisse, que l’ensemble de la partie haute ait formé un complexe défensif échelonné plutôt qu’une unique citadelle ponctuelle.