Flavius Josèphe, autrefois désigné comme Flavius JosephJusqu'au milieu du : Flavius Joseph, ( Œuvres de Flavius Joseph (traduction Arnauld d'Andilly, textes adaptés en français moderne par J.A.C. Buchon), Paris, Auguste Desrez, 1840). La forme Josèphe proposée par Jean Hardouin dès 1728 s'impose ensuite Simon Claude Mimouni, , ., né Yossef ben Matityahu HaCohen (en alphabet hébreu : , Joseph fils de Matthatias le Prêtre), devenu citoyen romain sous le nom de Titus Flavius Josephus (en grec , ) grâce à l'empereur Vespasien, né en 37-38 à Jérusalem (Judée) et mort vers 100 à Rome, est un historiographe romain d'origine juive.
Écrite en grec, son œuvre est une source importante, voire cruciale, sur l'histoire des Judéens au . Deux de ses principaux ouvrages, les Antiquités judaïques et la Guerre des Juifs, relatent les événements et conflits de son temps entre Rome et les juifs, posant problèmes aux historiens actuels..
Issu d'une famille sacerdotale, Flavius Josèphe participe comme officier à la révolte juive des années 66-70, mais fait dès 67 sa reddition à Vespasien, légat chargé du commandement des légions combattant en Judée. D'abord prisonnier (67), puis libéré et affranchi (69), il se met au service de Vespasien à qui il aurait prédit l'empire dès 67. Il suit Vespasien devenu empereur en décembre 69 à Rome, où, devenu romain, il vit à la cour jusqu'à la fin du , rédigeant des ouvrages qui nous sont pour la plus grande partie parvenus.
Son nom Après la fin de la révolte juive (70), Yoseph ben Matityahou HaCohen obtient grâce à Vespasien, devenu empereur quelques mois auparavant, la citoyenneté romaine avec le nom romain (tria nomina : praenomen, nomen, cognomen) Titus Flavius Josephus, recevant le prénom et le nom de son bienfaiteur, Titus Flavius Vespasianus., et conservant son nom hébreu (Yossef) latinisé (Josephus) comme cognomen.
Sa désignation conventionnelle actuelle, « Flavius Josèphe », a été proposée en 1728 par Jean Hardouin (mort en 1729) pour bien le distinguer de saint Joseph, mais ce n'est qu'au qu'elle a remplacé la précédente, « Flavius Joseph ».
Biographie .. Dans cette Vita publiée dans les premières années du pour répondre aux accusations de Juste de Tibériade, il fait grand cas de ses quartiers de noblesse.
Origines familiales Joseph naît à Jérusalem en 37-38.. Son père, Matthias appartient à une famille sacerdotale de la classe Yehoyarib à qui les Hasmonéens avaient attribué la première place Christophe Batsch, La Guerre et les rites de guerre dans le judaïsme du deuxième Temple, éd. Brill, 1993, .. Il reçoit le nom de son grand-père paternel, Joseph.
Par sa mère, qui descend de Jonathan Apphus, fils de Mattathias, il est apparenté aux rois de la dynastie des Hasmonéens.
Il a un frère aîné, Matthias.
Formation Les deux frères grandissent ensemble et reçoivent l'éducation qui était de mise dans les familles aisées. , faisant état de sa , ce qui semble juste. Il raconte également, que vers sa quatorzième année, il était déjà malgré son jeune âge un érudit réputé sage, les .
Josèphe indique aussi que lorsqu'il eut treize ans, ayant le désir d'apprendre les diverses opinions des Pharisiens, des Sadducéens et des Esséniens, qui d'après lui formaient l'essentiel des « sectes » juives, il afin que les connaissant toutes il puisse s'attacher à celle qui lui paraîtrait la meilleure. Après cela, il aurait aussi fait un séjour de trois ans auprès d'un ermite du désert dénommé Bannos dont André Paul rapproche les mœurs de celles de Jean le Baptiste : F. Josèphe, Autobiographie, 11, cité par André Paul, Les Mouvements baptistes, § Flavius Josèphe et Jean le Baptiste, in Clio, mai 2005, article en ligne..
Un Judéen de haut rang Première mission à Rome (63-64) En 63-64, il est envoyé à Rome et négocie avec succès auprès de Poppée, épouse de l'empereur Néron, la libération de plusieurs prêtres juifs mis en accusation et emprisonnés par le procurateur de Judée, Antonius Felix.
Officier des insurgés juifs (66-67) Revenu à Jérusalem, après le début de la révolte juive en 66, il est nommé commandant militaire de Galilée par les autorités du début de la révolte contre les Romains.
Il prend une part active à cette première guerre judéo-romaine, mais son commandement a du mal à s'imposer du fait de la concurrence d'autres responsables régionaux comme Jean de Gischala et Juste de Tibériade. Ceux-ci, ainsi que Jésus fils de Sapphias, le soupçonnent de jouer un double jeu et l'accusent de trahison. Ils parviennent à obtenir sa destitution, mais Joseph, en faisant jouer d'autres influences à Jérusalem, arrive à conserver son poste.
Reddition (juillet 67) La campagne de Vespasien débute en Galilée au printemps 67.
Selon le récit de Flavius Josèphe, à la suite de la prise de la forteresse de Jotapata (actuelle Yodfat), où des centaines de soldats juifs sont tués et où la plus grande partie des autres se suicident, il se retrouve piégé en juillet 67 dans une grotte avec quarante compagnons. Ceux-ci refusent de se rendre aux Romains et décident un suicide collectif.
Seuls Joseph et un compagnon en réchappent, car Marcel Simon, « Qui était Flavius Josèphe ? », dans Aux origines du Christianisme, Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, ., pour périr le dernier avec ce compagnon (voir Problème de Josèphe). Après la mort de leurs compagnons d'arme, , pour finalement se livrer au général en chef des troupes romaines de Vespasien et son fils Titus.
Cette version a semblé douteuse à nombre de critiques qui pensent qu'il a plutôt manipulé le tirage au sort, ce qui lui a valu pendant des siècles une réputation de traître ..
Au service de Rome Captivité et premiers contacts avec Vespasien (67-69) Selon ses dires, il aurait promis l'empire à Vespasien, lors d'un oracle inspiré des prophéties messianiques contenues dans les livres saints judaïques..
Intrigué, Vespasien lui accorde la vie sauve, mais le maintient en captivité (donc comme esclave) dans le camp de Césarée de juillet 67 à décembre 69.
Libération et affranchissement (69-70) Cette prédiction, qui participe de la propagande flavienne à la recherche de légitimité d'origine divine, lui vaut d'être libéré en 69 avec le statut d'affranchi, peu après la désignation de Vespasien comme empereur par les légions d'Égypte et de Judée (juillet 69). En effet, après le suicide de Néron en 68, pas moins de trois prétendants à la succession sont apparus (Galba, mort en janvier 69, Othon, mort en avril, et Vitellius). Le quatrième, Vespasien, doit donc éliminer Vitellius, tout en poursuivant la guerre contre les insurgés juifs. Vitellius est assassiné à Rome le 22 décembre 69 et Vespasien est reconnu par le Sénat peu après. Il rentre cependant à Rome seulement à la fin de l'année 70 (il y est représenté par son fils cadet, Domitien).
Joseph rejoint son nouveau protecteur à Alexandrie, capitale de l'Égypte romaine. Il se met à son service comme intermédiaire (interprète et négociateur) entre les Romains et les juifs, notamment lors du siège de Jérusalem conduit par le fils aîné de Vespasien, Titus, en 70, ce qui lui vaut une réputation de traître dans le monde juif..
Installation à la cour de Rome (à partir de 71) Après la fin de la révolte, il suit son protecteur à Rome, où il obtient la citoyenneté romaine. Il prend alors le prénom de Titus et le nom de Flavius en l'honneur de ses protecteursAttesté par le théologien Origène au troisième siècle (Commentaires Matt. 10.17)..
Il bénéficie ensuite d'une pension versée par les trois empereurs successifs de la dynastie des Flaviens, près duquel il vit en courtisan lettré : Vespasien (9-79), Titus (39-81) et Domitien (51-96). C'est durant cette période qu'il rédige tous ses écrits historiques connus, principale source non chrétienne sur la période du second temple de Jérusalem. Il rapporte notamment le siège et la prise de Massada en 74.
La question s'est posée de savoir quel rôle Josèphe avait joué dans l'affaire de la liaison de Titus avec Bérénice, que Vespasien ne voyait sans doute pas d'un bon œil. Comme on le sait (Racine, Bérénice), Titus finit par renvoyer Bérénice peu après être devenu empereur. Josèphe, proche de Titus, a dû être au courant de tous les détails de cette affaire, mais il n'en dit pas un motMireille Hadas-Lebel, Flavius Josèphe. Le Juif de Rome, Fayard, 1989, p. 229.. Tout au plus une phrase de son autobiographie pourrait y faire allusion : .
Pour Robert Eisenman, l'Épaphrodite que Domitien fait exécuter alors que Josèphe publie ses Antiquités judaïques en 94 est le secrétaire de même nom qui a joué un grand rôle dans l'écriture de son œuvre et qu'il mentionne (Ant. 1,8, Vita 430, Appion 2, 1 et 2, 296).. Il estime que cette exécution est peut-être en rapport avec le contenu d'une des versions du livre.
Mariages et descendance Flavius Josèphe a probablement été marié trois fois. Il répudie une première épouse, une captive originaire de Césarée. Il divorce ensuite de sa deuxième, une Judéenne d'Alexandrie avec laquelle il a un fils, , puis se marie de nouveau avec une Judéenne de Crète. .
Mort et funérailles On ignore la date exacte de sa mort, qui se situe à l'extrême fin du . Dans son Histoire ecclésiastiqueEusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, 3, 9, 2., Eusèbe de Césarée rapporte qu'une statue de Flavius Josèphe a été érigée à Rome.
Généalogie ascendante
Œuvre Transmission La conservation et la transmission de toute l'œuvre de Flavius Josèphe est redevable à la tradition chrétienne . . En effet, Josèphe n'est cité dans la littérature juive qu'à partir du . Au contraire, les chrétiens de ce qui allait devenir la Grande Église semblent l'avoir tout de suite adoptée et les écrivains chrétiens l'ont très tôt utilisée et citée, comme en témoignent Origène (mort vers 253), Eusèbe de Césarée, Jérôme de Stridon et bien d'autres par la suite.
. , ils ont interprété la chute de Jérusalem comme la punition du peuple Juif pour ses méfaits allégués à l'égard de Jésus. De plus, les écrits de Josèphe et en . L'œuvre de Josèphe a même été considérée comme étant le cinquième évangile, au moins jusqu'à la Contre-Réforme, dans le courant du Pierre Vidal Naquet, Du bon usage de la trahison, introduction de la traduction de .. L'Occident latin l'a Pierre Vidal Naquet, Du bon usage de la trahison, introduction de la traduction de ..
vignette|De bello Judaico, vers 1200.
Longtemps ignorée ou rejetée par les Juifs, l'œuvre de Flavius Josèphe. a été essentiellement transmise par les chrétiens, intéressés par des récits en rapport avec l'origine de leur religion. Le Livre des Maccabées a été longtemps attribué à Josèphe, et dans une version de la Peshitta (la Bible syriaque) conservée dans la Bibliothèque ambrosienne de Milan le livre VI de la Guerre des Juifs est intégré au canon biblique comme Livre des Maccabées. Au , dans ses Sacra parallela (florilège de citations de la Bible et des Pères de l'Église groupées par matière et par ordre alphabétique), Jean Damascène fait figurer des extraits des Antiquités judaïques et de la Guerre des Juifs..
Josèphe est l'un des rares auteurs antiques dont nous avons conservé la plupart des œuvres.. On ne sait si le rapport préliminaire en araméen sur lequel se fonde sa Vita a existé, une hypothèse qui reste difficile à confirmer. ; de même, nous ne savons pas s'il a écrit son traité en quatre livres sur la doctrine judaïque, qu'il annonce à la fin des Antiquités judaïques (XX, 266)..
C'est à la tradition chrétienne, qui a utilisé ses écrits à son profit, que l'on doit la conservation et la transmission de l'œuvre de Flavius Josèphe. Selon Simon Claude Mimouni, .
Critique