Louis Antoine de Saint-Just, parfois surnommé l'Archange de la Terreur, né le à Decize et mort guillotiné le 10 thermidor an II () à Paris, place de la Révolution (actuelle place de la Concorde), est un homme politique français de la Révolution française.

Plus jeune élu à la Convention nationale, membre du groupe des Montagnards, soutien indéfectible de Robespierre, il est emporté dans sa chute, le 9 thermidor an II.

D'une éloquence remarquée, il se distingue par l'intransigeance et l'inflexibilité de ses principes prônant l'égalité et la vertu, ainsi que par l'efficacité de ses missions au cours desquelles il redresse la situation de l'armée du Rhin et participe à la victoire des armées républicaines à Fleurus. Combattant politiquement les Girondins, les Hébertistes puis les Indulgents, il fait voter la confiscation des biens des ennemis de la République au profit des patriotes pauvres. Il est l'orateur désigné des robespierristes dans leurs conflits avec les autres partis politiques à la Convention nationale, c'est lui qui lance les accusations et les réquisitoires à la Convention contre Danton ou Hébert. Pour éviter les massacres dont sont responsables les sans-culottes dans les départements, notamment en Vendée, ou pour centraliser la répression, ce point est sujet à débat, il fait supprimer les Tribunaux révolutionnaires départementaux et rassemble toutes les procédures au Tribunal révolutionnaire de Paris.

Dans un contexte où la Révolution vient d’abolir la monarchie et où le sort de Louis XVI divise les députés, Saint-Just prend une position ferme : le roi déchu ne doit pas être jugé comme un citoyen ordinaire, mais considéré comme déjà coupable du simple fait d’avoir trahi la nation.

ll est notamment l'inspirateur de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793, de la Constitution de l'an I. et l'auteur d'un ouvrage parlant des principes de la Révolution française. La légende noire touchant à ce personnage, et aux robespierristes de manière générale, s'est maintenue dans la recherche historique jusqu'à la seconde moitié du , violente.

Biographie Enfance (1767-1779) vignette|gauche|La maison de Saint-Just à Blérancourt, actuellement musée.

Louis Antoine de Saint-Just. Voir . est le fils aîné de Louis Jean de Saint-Just de Richebourg ( – ), un capitaine de cavalerie décoré de l'ordre de Saint-Louis, et de Marie-Anne Robinot (née à Decize le , morte en 1815), elle-même fille de Léonard Robinot, conseiller, notaire royal et grenetier au grenier à sel de Decize, et de Jeanne Houdry, mariés le .

Louis Antoine est né le à Decize, dans le Nivernais, et il est baptisé le même jour dans l'église de la ville : son parrain est Jean Antoine Robinot, curé de Verneuil, et sa marraine est Françoise RavardExtrait du registre des actes de baptême de la paroisse de Decize pour l'année 1767 : Ce vingt cinquième août mil sept cent soixante-sept a été baptisé Louis Antoine, né ce jourd'hui, fils légitime de messire Louis-Jean de Saint Just de Richebourg, chevalier de l'ordre Royal et militaire de Saint-Louis, capitaine de cavalerie, ancien maréchal des logis de gendarmerie, compagnie d'ordonnance de monseigneur le duc de Berry, et de dame Jeanne Marie Robinot. Son parrain a été Messire Jean Antoine Robinot, curé de Verneuil, et sa marraine dame Françoise Ravard, qui ont signé avec nous. Signé : Saint-Just de Richebourg ; Robinot, curé de Verneuil ; femme Ravard ; Renault, maréchal des logis des gendarmes d'Orléans, et Robinot, Archives départementales de la Nièvre.. Il est aussitôt mis en nourrice à Verneuil jusqu'à l'âge de huit ans. Après un court séjour à Morsain lors duquel naissent les deux sœurs d'Antoine, Louise-Marie-Anne et Marie-Françoise-Victoire, le et le ., la famille retourne à Decize, où les oncles de Louis Antoine exercent des responsabilités municipales..

En , la famille déménage pour la Picardie, et s'installe dans une vaste demeure à Blérancourt, où le père meurt un an plus tard, laissant la famille dans une gêne relative puisque sa veuve conserve le privilège d'exemption de l'impôt ordinaire.

Études secondaires (1779-1785) Après avoir fréquenté l'école du village, Saint-Just est mis en pension de 1779 à 1785 au collège Saint-Nicolas des Oratoriens de Soissons (actuel collège Saint-Just), établissement coté où son oncle et son père avaient déjà étudié et où il côtoie les enfants de la classe aisée et dirigeante de la province.. Les cours dispensés à Saint-Just allient histoire, rhétorique, latin et enseignement religieux. Il y acquiert une connaissance sérieuse des auteurs de l'Antiquité greco-latine. C'est à ce moment qu'il rédige une histoire des seigneurs du château de Coucy proche de Blérancourt. C'est à cette occasion qu'il découvre et étudie le fonctionnement de la féodalité d'Ancien-Régime. À la fin de 1785, au cours de ses vacances, il s'éprend de Louise-Thérèse Sigrade Gellé, fille de Louis-Antoine Gellé, notaire royal au bailliage de Coucy-le-Château, mais son père le dédaigne et marie, assez précipitamment, sa fille à un clerc de son étudeFrançois-Emmanuel Thorin, à Blérancourt le 25 juillet 1786.. Celle-ci le fuira pour rejoindre Saint-Just à Paris en ..

Formation intellectuelle (1785-1787) Après avoir fui le domicile maternel pour se rendre à Paris à la suite d'une dispute, il est interné dans une maison de correction, rue de Picpus, de à , à la suite d'une lettre de cachet obtenue à son encontre par sa mèreContesté comme calomnieux par plusieurs historiens, cet épisode est attesté par divers documents d'époque, notamment son registre d'écrou, présenté dans la collection permanente du musée de la Préfecture de Police (4 rue de la Montagne Sainte-Geneviève, Paris ). Cf. .. Il devient ensuite clerc auprès du procureur de Soissons. Selon Bernard Vinot, il n'y a pas de preuve administrative de son inscription à l'université de droit de Reims. Pour autant, même Miguel Abensour, éditeur des œuvres complètes, le tient pour acquis sans le sourcer. En revanche, il se serait formé au droit par la fréquentation des notaires (dont Robespierre), puis à la science politique. Il aurait été selon Anne Quennedey un « autodidacte », ce que confirme l'étude de sa bibliothèque personnelle. Il est un lecteur assidu de plusieurs auteurs : Cicéron, Démosthène, Montesquieu, Rousseau, Marat, Mirabeau et Robespierre. Il s'est aussi intéressé à des disciplines diverses allant des mathématiques au droit constitutionnel en passant par l'économie, l'histoire et la littérature.

Premiers écrits (1787-1789) Le jeune homme est alors dans une « situation semi-carcérale » et conscient que l'organisation sociale de son époque est sur le point de changer telle une « civilisation finissante ».. Il adopte une posture de refus quelques semaines avant l'ouverture des États généraux. Cette posture sera constamment imprégnée de la tradition cynique. C'est dans ce contexte que débute la rédaction en 1788 des vingt chants du poème Organt. Ils seront publiés entre avril et . Il n'a jamais désavoué ce poème au point de demander à Camille Desmoulins une annonce en faveur du poème dans le journal Le Vieux Cordelier en . Selon Bernard Vinot, cité par Anne Quennedey, Saint-Just essaye alors de percer dans le monde littéraire. C'est avec la même « quête de pureté et de simplicité » qu'il rédige La Raison à la morne et Arlequin-Diogène, en référence à un auteur cynique.

Des vers à M. Dorfeuille rédigés en lui sont également attribués. Il aurait rédigé ces vers en l'honneur d'un comédien, Philippe-Antoine Dorfeuille, qui allait de ville en ville dans le Midi puis dans l'Ouest pour faire écouter ses chants populaires et satiriques sur l'actualité politique et sociale. Certains de ces textes étaient publiés dans La Lanterne magique et patriotique, revue qu'il portait avec lui comme illustration de chansons comme Mademoiselle Constitution et Marie Liberté. Philippe-Antoine aurait joué dans une représentation de la pièce Andromaque le dans ce qui deviendra le théâtre de l'Odéon. Après un premier acte applaudi, le comédien aurait subi de nombreux quolibets qui l'auraient empêché de jouer aussi bien que possible lors du deuxième acte. Dorfeuille se verra ainsi refuser l'admission à la Comédie-Française. Il semble que l'intention de Saint-Just aurait pu être de soutenir un comédien pour la qualité de son jeu d'acteur autant que ses textes satiriques. Il y a à la fois un enjeu de solidarité et un enjeu de prise de contact car Saint-Just est intéressé par ses compétences rhétoriques, sa capacité à susciter l'émotion (vers 4-7) : Les deux personnages se reverront entre fin 1792 et . Dorfeuille se rapprochera des hébertistes en publiant Le Père Duchesne à partir de puis sera arrêté le 12 ventôse an III ().

Entrée en action (août 1789-septembre 1792) Saint-Just est touché par ce que M. Abensour appelle une « impulsion révolutionnaire » qui se manifeste dans sa lettre à Robespierre d'. Il analyse ainsi et donne à voir comment les anciens seigneurs essayent de récupèrer leurs biens. De ces observations naîtront le Mémoire pour les habitants de Blérancourt () et le Rapport sur les biens communaux ().

Rapport sur les biens communaux (octobre 1790) et Mémoire pour les habitants de Blérancourt (octobre 1791) Saint-Just y adopte une position de juriste prenant la défense des usagers lésés des biens communaux. Dans le premier il revient notamment sur l'appropriation de la terre par Bernard Pottier. Au début du , ce dernier se serait construit un château dont la cour encerclerait 2 arpents. Il s'est donc approprié 2 arpents 62 verges en ajoutant la surface couverte par le bâtiment. Mais puisqu'il craignait l'expropriation car son appropriation s'était faite sans aucun titre légal, il aurait conclu un accord en 1619 avec 9 notables dont le lieutenant de justice et le procureur fiscal. Il aurait alors donné à la mairie en compensation 2 arpents dont un dans un marais appelé le camp de la Herse et un autre à côté du marais du Pavé. Or il fallait 10 notables pour entériner l'accord sans quoi c'est toute la commune qui devait être consultée. L'accord est donc frappé de nullité car jamais homologué. Saint-Just en veut pour preuve la jurisprudence du jugement du rendu au Parlement sur l'échange inégal proposé par le seigneur d'Eggly. Le verdict réclamait au seigneur fautif de donner le triple de la surface appropriée à la commune. Saint-Just conclut ainsi le passage :

Ce ne sont point ici les droits avares d'un individu que je fais ici parler, ce sont les droits inviolables et imprescriptibles de la société, ce sont les droits de l'agriculture, conséquemment de la patrie, les 3 arpents que la communauté reçut en échange des mains de Bernard Pottier ne sont point même de la valeur des 2 arpents 62 verges qu'il s'appropria.

Mais comme par une espèce de droit commun, dans ce temps-là, le fort se jouait du faible [...]

avant de poursuivre sur d'autres litiges liés à Bernard Pottier . vignette|redresse=0.8|Anonyme, Saint-Just, fin du , buste en terre cuite, Versailles, musée Lambinet.

Ces deux rapports témoignent d'un passage de la critique cynique initiée dans Organt à la critique de la réalité existante qui ne passe plus par la métaphore.

Saint-Just aurait participé à la fête de la Fédération où il aurait rencontré Robespierre avant de lui écrire en .

L'Esprit de la Révolution et de la constitution en France (juin 1791) Après ses essais littéraires et son passage à une critique actuelle et directe de la domination, Saint-Just semble évoluer vers une analyse de la révolution en cours avec L'Esprit de la Révolution et de la constitution de France paru en . Dans ce texte, l'auteur des Rapports cherche à montrer qu'il est tout à fait compétent pour comprendre et analyser les grands problèmes de gouvernance que connaît la France en révolution. À ce moment-là, ses lettres à son éditeur Beuvin semblent témoigner d'une envie croissante d'habiter à Paris.