Abû al-`Abbâs al-Ma'mûn `Abd Allah ben Hârûn ar-Rachîdarabe : abū al-ʿabbās al-maʾmūn ʿabd allāh ben hārūn ar-rašīd, surnommé al-Ma'mûnAl-Ma’mûn en arabe : maʾmūn, « en qui on a confiance ; loyal » (Celui en qui on a confiance), né le à Bagdad et mort le 18 rajab 218 A.H. à Tarse, est un calife abbasside qui régna de 813 à 833.
Biographie Selon la tradition musulmane, il est né le jour de l'intronisation de son père Hâroun ar-Rachîd et fut appelé Abd Allah. Sa mère était une esclave perse nommée Marajil. Quelque temps plus tard, Haroun ar-Rachîd eut un second fils Mohammed, de son épouse Zubayda petite fille du calife Al-Mansur. Il fut surnommé Al-Amin. Dans un premier temps, Hârûn voulut reconnaître Abd Allah, comme héritier présomptif lui donnant le surnom d'Al-Mâ'mûn. Il dut affronter la colère de Zubayda et de ses partisans qui estimaient qu'Al-Amîn était le plus légitime. Hâroun ar-Rachîd céda et fit reconnaître en 802 son fils Al-Amin comme héritier présomptif alors qu'il n'avait que cinq ans. Au cours d'un pèlerinage à La Mecque, Hâroun ar-Rachîd décréta un arrangement entre ses deux fils : Al-Amin était l'héritier présomptif et gouvernerait l'Ouest de l'empire (Irak Syrie) et Al-Ma'mûn deviendrait le second dans l'ordre de succession et dirigerait l'Est de l'empire (Khorassan) et résiderait à MervAl-Ma’mûn (813-833), entre mécénat et Mihna : les tentatives d’un absolutisme califal sur Les clés du Moyen-Orient..
La prise du pouvoir Dès la mort de Hâroun ar-Rachîd, les relations entre les deux frères se détériorèrent. En violation de l'accord de La Mecque, Al-Amin désigna son fils comme successeur présomptif. Chacun des deux accusait l'autre d'avoir rompu le pacte.
Les armées d'Al-Amin venues d'Irak et de Syrie et celles d'Al-Ma'mûn venues du Khorassan et conduites par Tahir s'affrontèrent une première fois près de Ray. La bataille commença par un combat singulier entre les deux généraux, mais l'armée du Khorassan livra une charge qui mit en déroute l'armée de Bagdad. Al-Ma'mûn fut alors acclamé comme calife dans le Khorasan et le Tabarestan. Al-Amin se replia sur Bagdad où il dut faire face à des mutineries dans l'armée.
En 813, après une nouvelle série de défaites des armées de Bagdad, à Bassora et aux portes de Bagdad, de nouvelles mutineries dans la troupe et une révolte de la population de Bagdad, Al-Amin fut contraint de se replier dans son palais. Le , le palais fut pris d'assaut par les troupes d'Al-Ma’mûn. Al-Amin fut décapité, sa tête, le sceptre et le manteau de Mahomet ainsi que l'anneau du califat furent envoyés à Al-Ma’mûn. À titre posthume, Al-Amin a été surnommé Al-Makhlû`Al-Makhlû` en arabe : maḫlūʿ, , le déchu (Le déchu). Deux des fils d'Al-Ma’mûn et leur mère qui étaient détenus par Al-Amin sont partis rejoindre leur père. Les fils d'Al-Amin ont été faits captifs et envoyés à Al-Ma’mûn.
Al-Ma'mûn sembla changer de politique, commençant par déposer l'émir rebelle de Tiflis Ismaïl ibn Chouab. Il pensait que les Perses étaient favorables aux Hachémites et demanda le soutien d'Ali ar-Rida. Il l'invita à venir se joindre à lui à Merv. En 818, Ali ar-Rida rejoignait Al-Ma`mûn, ne laissant à Médine que son fils Muhammad at-Taqî et son épouse. Al-Ma'mûn désigna Ali ar-Rida comme successeur. Cette succession ne devait avoir lieu que si Ali ar-Rida survivait à Al-Ma'mûn. Ce dernier changea la couleur du drapeau, abandonnant le noir, couleur des abbassides, pour le vert, couleur des Alides. Des troubles se produisirent dans tout l'Irak en opposition à Al-Ma'mûn et à sa politique. Ali ar-Rida mit en garde Al-Ma'mûn sur le choix de son gouverneur d'Irak qui menait ces troubles.
Un début de règne agité En 816, Babak Khorramdin prit la tête du mouvement des Khurramites. Ce mouvement anti-arabe et anti-musulman menait une guerre d'indépendance localisée sur le territoire azéri (partie iranienne et partie azerbaïdjanaise). Bâbak fut exécuté le à Samarra3 çafar 223 A.H. pendant le règne d'Al-Mu`tasim.
En 817, à Bagdad, Ibrâhîm ibn al-Mahdîarabe : ʾibrāhīm ben muḥammad al-mahdī, , fils du calife Al-Mahdi et frère aîné de Hârûn ar-Rachîd, se révolta contre l'arrangement avec Ali ar-Rida, qu'il voyait comme une tentative de déposséder du pouvoir la famille abbasside. Le vendredi 5 Muharram 202 A.H., Ibrahim monta en chaire à Bagdad ; il déclara Al-Ma’mûn déchu et se proclama calife. Sous ses ordres, une armée partie de Bagdad s’empara de Koufa, une autre de Madayn aux portes de Bagdad. Dans le même temps, un groupe de kharidjites mena une révolte dans le SawâdSawâd : région irriguée de la Mésopotamie, peut-être nommée ainsi à cause de la terre alluviale plus sombre (arabe : , noir).. Ibrâhîm voulut attaquer ces nouveaux adversaires, mais ses généraux sympathisèrent avec eux et la troupe réclamait sa solde. Après avoir payé ses soldats sur les trésors de Bagdad, Ibrahim se dirigea vers Wasit qu'il prit. La révolte kharidjite était contenue.
Al-Ma'mûn, instruit de ces événements, sortit de Merv le (10 rajab 202 A.H.). Dans . donne 11 janvier 819 (10 rajab 203 A.H.), cela provoque une contradiction avec la date de l'assassinat du vizir Fadhl en février 818, et la date de la mort de Ali ar-Rida. pour aller vers Tus où son père était enterré. Il fit halte à Sarakhs, y fit assassiner son vizir Fadhlet repartit vers Tus à la fin de ramadan 202début avril 818.. C'est peu après ce séjour à Tus que Ali ar-Rida mourut`Alî ar-Ridhâ serait mort le mais dans , Al-Ma’mûn repart de Tus début mai 818 (fin chawwâl 203 A.H.) c’est-à-dire avant la mort de Ali ar-Rida.. Al-Ma'mûn poursuivit sa route vers l'Irak en passant par Ray. À chaque étape, il diminuait les impôts pour obtenir le soutien de la population. Apprenant l'arrivée d'Al-Ma'mûn, les généraux de Bagdad trahirent Ibrahim pour se rallier à lui. Ibrâhîm s'enfuit et Bagdad reçut Al-Ma'mûn le 16 çafar 204 A.H., ses habitants portant à nouveau le costume noir des abbassides.
Dissidence de Tâhir En 821, Al-Ma'mûn nomma Tahir gouverneur du Khorasan en remerciement de ses services. Cependant, Al-Ma'mûn se méfiait de Tâhir, surtout lorsqu'il apprit de Zubayda le récit de l'assassinat d'Al-Amîn par Tahir alors que les ordres qu'il avait donnés étaient de le faire prisonnier. En 822, Tâhir omit de citer le calife dans la prière du vendredi, déclarant ainsi son indépendance. Al-Ma'mûn avait introduit un esclave avec pour mission d’empoisonner Tâhir s'il venait à déclarer son indépendance. Le soir même, l'esclave accomplit sa mission et Tâhir périt.
Al-Ma'mûn laissa le fils de Tahir lui succéder donnant ainsi naissance à la dynastie des Tahirides, qui peuvent être considérés comme les premiers instaurateurs d'un État indépendant en Iran après la conquête arabe en 642.
Le Maghreb Idris II était bien installé à Fès. Les Aghlabides régnaient sur l'Ifriqiya, théoriquement au service des Abbassides ; mais ils étaient pratiquement indépendants, comme les Tahirides au Khorasan.
Al-Ma'mûn et les savants : l' « Observatoire de Bagdad » et la « Maison de la Sagesse » Le règne d'Al-Ma'mûn fut une grande réussite sur le plan culturel. Le calife s'est particulièrement intéressé au travail des savants, surtout de ceux qui connaissaient le grec. Il avait réuni à Bagdad des savants de toutes les croyances, qu'il traitait magnifiquement et avec la plus complète tolérance. Il fit venir de Byzance des manuscrits ; il posa comme condition de paix avec l'empire byzantin la remise d'une copie de l'Almageste.
Féru d'astronomie, il créa en 829, dans le quartier le plus élevé de Bagdad, près de la porte Chammassiya, le premier observatoire permanent au monde, l'Observatoire de Bagdad, permettant à ses astronomes, qui avaient traduit le Traité d'astronomie du grec Hipparque, ainsi que son catalogue d'étoiles, de surveiller méthodiquement le mouvement des planètes. Il mena deux expériences astronomiques destinées à déterminer la distance d'un degré de latitude terrestre. En reconnaissance de ces travaux, un cratère lunaire porte son nom, AlmanonListe des cratères de la Lune.
De son séjour en Asie centrale, il avait ramené avec lui les trois fils de Mûsâ ben Shâkir, ancien brigand, devenu astronome et compagnon du futur calife. À la mort de leur père, il fit donner aux trois frères dont il était devenu le tuteur, Muhammad, Ahmad et Hasan, une solide formation dans les sciences appliquées et leur octroya une somme considérable pour fonder en 832 et diriger à Bagdad la Maison de la sagesse.
Le grand mathématicien Al-Khwârizmî passa la plus grande partie de sa vie à Bagdad, sous le patronage du calife Al-Ma'mûn. Il traduisit en arabe, avec ses collègues, les manuscrits grecs de Byzance réunis dans la bibliothèque fondée par le calife au sein de la Maison de la Sagesse, et étudia à partir de ceux-ci la géométrie, l'algèbre et l'astronomie.
Le rêve d'Al-Ma'mûn Ibn al-Nadim rapporte dans son Fihrist (« Répertoire ») les raisons de l'augmentation des livres de philosophie et de sciences anciennes.. Une de ces raisons serait que le calife aurait décidé de financer après avoir rêvé s'être entretenu avec Aristote :
C’est pour apprendre à distinguer une parole juste d’un divertissement des hommes que le calife Al-Ma'mûn donnera une impulsion décisive à la Maison de la sagesse. Celle-ci avait été fondée par son père Hâroun ar-Rachîd, mais comme une bibliothèque à l’usage exclusif du prince. Sous Al-Ma'mûn, cette bibliothèque s’ouvrit à l’élite savante. Elle devint le support d’une grande ambition intellectuelle, à l’échelle de l’empireHouari Touati, L'armoire à sagesse. Bibliothèques et collections en Islam, Paris: Aubier, 2003, ..
Politique religieuse Lors de son règne, Al-Ma'mun met en place une inquisition religieuse connue sous le nom de Mihna contre tous ceux qui n'adhèrent pas à la doctrine dite du Coran créé. Cette doctrine était principalement développée par les théologiens de l'école mutazilite bien qu'Al-Ma'mun n'adhérait pas lui-même au dogme de cette école. La Mihna suscite l’opposition des milieux traditionalistes, parmi lesquels Ibn Hanbal qui entre en résistance contre le pouvoir.
Al-Ma'mun était davantage proche des idées professées par les murjites. Il était par ailleurs partisan de la doctrine de la prédestination, rejetée par les mu'tazilites. Selon Josef van Ess le calife aurait changé d'avis vers la fin de son règne sur cette question, bien que ce point ne soit pas universellement admisJosef Van Ess, Une lecture à rebours de l'histoire du mu'tazilisme, Librairie orientaliste Paul Geuthner, 1984, p. 58-59..
Fouilles de tombes en Égypte En 832, Al-Ma'mûn fit effectuer des fouilles en Égypte, dans la grande pyramide de Gizeh, considérées par beaucoup d'historiens comme les plus grandes de l'histoire de l'Égypte antique. Il semblerait que les « visiteurs » aient pu accéder relativement aisément à la chambre funéraire du pharaon et à ses trésors. Cela ne doit pas nous étonner : les profanations de mastabas et de pyramides étaient pratique courante depuis longtemps. Or, les modes de construction des pyramides et la disposition des pièces à l'intérieur de celles-ci étaient fort semblables et se retrouvaient d'une pyramide à l'autre. L'emplacement des chambres funéraires, placées dans un alignement axial après une succession de salles destinées aux offrandes, était souvent le même. Al-Ma'mûn, qui n'en était pas à son coup d'essai, avait déjà pu observer l'architecture intérieure des pyramides ; il fit donc percer la bonne face de la pyramide de Khéops, juste dans son axe, évitant ainsi l'obstacle du couloir ascendant, pour parvenir sans encombre à la chambre funéraire et à ses trésors.. Cette histoire est narrée dans le Conte d'al-Ma'mûn et des Pyramides.
La fin du règne