vignette|redresse=2|Carte des nomes de Basse-Égypte et de Haute-Égypte.

Les nomes, du grec , « nome, division administrative » (en égyptien ancien : sepatN24:X1*Z1 sp3t.), au nombre de trente-huit pendant l'Ancien Empire et le Moyen Empire et quarante-deux à l’époque ptolémaïque, sont les circonscriptions administratives de l’Ancienne Égypte.

Le nombre de nomes

Le nombre de vingt-deux nomes pour la Haute-Égypte est resté remarquablement stable tout au long de l'histoire de l'Égypte antique, au moins de la La liste la plus ancienne retrouvée actuellement se trouve sur la stèle fausse porte du grand prêtre de Ptah Sabou Ibébi qui cite six nomes mais la liste la plus complète pour l'Ancien Empire date de Niouserrê. (voir la « Chambre du monde », ou Weltkammer, du temple solaire de Niouserrê aujourd'hui exposée à Berlin ; voir également le soubassement de la Chapelle Blanche de retrouvée et exposée à Karnak pour les nomes de la ) aux Lagides (voir les listes de Dendérah et du mammisi d’Edfou). Malgré cette apparente stabilité, le territoire couvert par chaque nome a pu évoluer. Particulièrement, le Fayoum a été ajouté au nome inférieur du Laurier rose pendant l'époque ptolémaïque et la capitale changée pour Crocodilopolis.

À l'inverse, le nombre de nomes pour la Basse-Égypte a varié tout au long de l'histoire du pays, peut-être en raison de la topographie fluctuante du delta mais aussi de la ligne de côte. Parmi les modifications attestées, il y a les modifications suivantes : le nome de Neith, attesté durant l'Ancien Empire, a été scindé en deux pour créer les nomes inférieur (ou Sud) et supérieur (ou Nord) de Neith, attestés à partir du Moyen Empire, le nome du Harpon, attesté pendant les premières dynasties et situé au nord-ouest du delta, a été renommé nome du Harpon à cordes-côté occidental après la création à l'Ancien Empire du nome du Harpon à cordes-côté oriental à l'est du delta à partir d'une partie du territoire que couvrait le nome de l'Orient pendant les premières dynasties, les nomes du Souverain fort et de l'Orient ont vu leurs limites être modifiées au cours du temps, avec entre autres la création temporaire du nom du Souverain fort de l'ouest à partir d'un terriroire du nome de l'Orient pendant la , et les créations des nomes du Trône (attesté à partir de la fin de la Deuxième Période intermédiaire), de l'Enfant royal (attesté à partir de la ), de l'Enfant royal postérieur renmommant ainsi le nome l'Enfant royal par l'Enfant royal antérieur (attesté à partir de la Troisième Période intermédiaire), et de Soped (attesté à partir de la ).

Ainsi, si la Basse-Égypte comptait seize nomes pendant les et s (voir Liste des nomes de ), avec des changements entre-temps, le nombre augmenta jusqu'à en compter vingt à partir de la . On peut résumer les changements des nomes de la Basse-Égypte dans le tableau suivant.

! scope=col bgcolor="#" width="20%" | Période thinite ! scope=col bgcolor="#" width="20%" | ! scope=col bgcolor="#" width="20%" | ! scope=col bgcolor="#" width="20%" | Époque ramesside ! scope=col bgcolor="#" width="20%" | Période ptolémaïque |- align="center" |colspan="5"|Muraille blanche (n°1) |- align="center" |rowspan="2"|Cuisse (n°2) |colspan="2"|Cuisse (n°2) |rowspan="2"|Cuisse (n°2) |Cuisse (n°2) |- align="center" |colspan="2"|Occident (n°3) |rowspan="2"|Occident (n°3) |- align="center" |Harpon (n°7) |colspan="3"|Harpon occidental (n°7) |- align="center" |colspan="2" & rowspan="2"|Neith (n°4) |colspan="2"|Neith Sud (n°4) |rowspan="3"|Neith Sud (n°4) /Neith Nord (n°5) /Taureau montagnard (n°6) /Harpon occidental (n°7)Le découpage géographique des nomes a complètement évolué entre l'époque ramesside et la période ptolémaïque : les nomes 4, 5 et 6 se succédaient du sud vers le nord sous les Ramsès, tandis qu'un millénaire plus tard, la zone a inclus le nome 7 et le découpage suivait plutôt les bras du Nil (cf. Dessoudeix 2008, p. 771) |- align="center" |colspan="2"|Neith Nord (n°5) |- align="center" |colspan="4"|Taureau montagnard (n°6) |- align="center" |colspan="5"|Andjety (n°9) |- align="center" |colspan="5"|Taureau noir (n°10) |- align="center" |colspan="5"|Taureau recensé (n°11) |- align="center" |colspan="3" & rowspan="2"|Veau divin (n°12) |colspan="2"|Veau divin (n°12) |- align="center" |colspan="2"|Trône (n°17) |- align="center" |colspan="2"|Souverain fort (n°13) |rowspan="4"|Souverain fort (n°13) |rowspan="3"|Souverain fort (n°13) |Souverain fort (n°13) |- align="center" |rowspan="5"|Orient (n°14) |rowspan="2"|Souverain fort de l'ouest |Soped (n°20) |- align="center" |Enfant royal postérieur (n°19) |- align="center" |Orient (n°14.1) |Enfant royal (n°18) |Enfant royal antérieur (n°18) |- align="center" |Orient postérieur / Dressoir oriental (n°14.2) |colspan="3"|Dressoir oriental (n°14) |- align="center" |colspan="4"|Harpon oriental (n°8) |- align="center" |colspan="5"|Ibis (n°15) |- align="center" |colspan="5"|Dauphin (n°16)

L'organisation des nomes, de l'Ancien au Nouvel Empire

Chaque nome a sa métropole, centre administratif et judiciaire, un ou plusieurs sanctuaires, et son emblème totémique : faucon, crocodile, cobra, gazelle, sycomore, couteau, etc. Cette division de l'Égypte semble remonter à la période prédynastique, où les nomes étaient des territoires tribaux ou claniques autonomes, avant de devenir, sous les premières dynasties, des divisions territoriales administrées par un fonctionnaire.

En effet, les nomarques sont en principe des agents du roi. Ils perçoivent en son nom les impôts destinés au « Double Grenier » ; ils répriment au besoin les troubles de leur ressort et, en tant que ˁḏ-mrK3:N36 litt. « Qui creuse le canal »., ils veillent à l’entretien des canaux d’irrigation et des digues. À la fin de l’Ancien Empire toutefois, ces grands seigneurs arrivent à s’émanciper, d’abord dans les nomes méridionaux, les plus éloignés de la RésidenceMemphis., et finissent par former d’authentiques dynasties locales agissant en pleine indépendance. Ainsi, Ânkhtyfy, nomarque de Nekhen et d’Edfou au temps d’un Néferkarê de la héracléopolitaine, se dit « grand chef » (ḥry-tp ˁȝD2:D21-D1:Z1-O29:D36-G1-A1) de son fief. Il conclut alliance avec le nomarque d’Éléphantine et guerroie contre ses voisins de Thèbes et de Coptos : bref, en tant que « héros qui n’a pas son pareil »« Je suis l’humanité arrivée à sa perfection [litt. le début et la fin de l’humanité], dit-il dans l’inscription autobiographique de sa tombe d’El Kab, placé à la tête du pays grâce à mon esprit clairvoyant : je suis un héros qui n’a pas son pareil. » Traduit d'après Jan Assmann, Ägypten, eine Sinngeschichte, Fischer, 1999, ., il n’a apparemment de comptes à rendre à personne.

Au Moyen Empire, en revanche, l’autorité royale s’affirme prépondérante, grâce à la réorganisation administrative du pays en trois districts (wˁrtG43-D36:D21-D56-X1 :N23) : celui du Nord, la Basse-Égypte, celui du Sud, la Moyenne-Égypte, et celui de « la Tête du Sud », la région en amont d’Akhmîm. Chaque wˁrt est gouverné par un « rapporteur » ou wḥmwF25-G17-G43-A2-A1, désignation qui exprime clairement sa subordination au pouvoir central. En même temps, le titre de « grand chef » tombe en désuétude tandis que, dans les villes, des fonctionnaires appointés, les « maires » ou ḥȝty-ˁF4:D36, prennent progressivement le relais des princes locaux. Par ailleurs, « la Tête du Sud » est placée sous l’autorité directe du vizir, lequel est représenté sur place par un délégué résidant à Thèbes. Par ces moyens, semble-t-il, la royauté réussit à faire pièce aux velléités d’indépendance des grandes familles seigneuriales.

L’administration provinciale du Nouvel Empire se caractérise par la même centralisation rigoureuse, avec comme corollaire la constitution de plusieurs échelons administratifs : le « directeur des champs »F20-G1-V28-X1:N23-Z3 jmj-rȝ ȝḥt du nome, qui supervise l’entretien du système d’irrigation et l’exploitation des ressources agricoles ; les « préposés de circonscription »F20-G43-N21:Z1 jmj-rȝ w, placés à la tête des districts ruraux ; et enfin, les héqa houtS38-O6-X1:O49 ḥqȝ-ḥwt, chargés de l’administration des districts urbains. Ces fonctionnaires d’autorité ont à leur service un vaste personnel subalterne : scribes, conseillers, contrôleurs, appariteurs, contremaîtres, arpenteurs etc. Tout cet appareil administratif, strictement hiérarchisé, est subordonné au gouverneur de la provincequi porte désormais le titre de F4:D36 ḥȝtj-c, lequel à son tour doit rendre compte de sa gestion aux « rapporteurs » du vizir, les wḥmw.

La survie des nomes à l'époque gréco-romaine

Les Lagides confient l’administration du nome à un stratège, recruté parmi les descendants d’immigrants grecs. Sorte de gouverneur militaire sous les premiers Ptolémées, le stratège assume à partir du - des tâches purement civiles, la gestion fiscale du nome devenant sa principale attribution. Il est assisté d’un scribe royal ou basilicogrammateus, chargé surtout de la tenue du cadastre. Dans une Égypte bureaucratique jusqu’à l’excès, ces fonctionnaires ont à leur service tout un personnel hiérarchisé de percepteurs, de comptables et de secrétaires.

À l’époque romaine, l’Égypte, qui fait partie du patrimonium de l’empereur, est placée sous l’autorité d’un préfet d’ordre équestre, le praefectus Aegypti. Pour faciliter le contrôle et l’exploitation de cette riche province, essentielle pour le ravitaillement de Rome en blé, le gouvernement impérial la divise en trois grandes circonscriptions administratives ou épistratégies, dont chacune regroupe plusieurs nomes ou stratégies, à l’exemple des wˁrt du Moyen Empire : le Bas Pays, l’Heptanomiac’est-à-dire les sept nomes qui constituent la Moyenne-Égypte., et la Thébaïde. À la tête de ces divisions territoriales se trouvent des délégués du gouvernement provincial, les épistratèges et les stratèges, choisis et nommés par le préfet, agissant en son nom et place, et responsables devant lui. Le stratège dispose de toute une bureaucratie hiérarchisée, calquée sur les échelons administratifs de la monarchie lagide. Ses attributions sont surtout d’ordre fiscal et judiciaire : il est notamment chargé de la perception des impôts, responsabilité qu’il partage avec le Conseil de la métropole à partir de Septime Sévère, et tient tribunal dans son ressort. Sous Gallien, sa compétence s’étend aussi sur l’annone militaire, dont il assure le recouvrement et la distribution à l’armée stationnée en Égypte.

Ainsi, des premiers Ptolémées au Bas-Empire, le maintien du stratège à travers les siècles atteste l’importance de la fonction, même si ses attributions ont pu être modifiées au gré des besoins administratifs : le stratège est l’homme de confiance du gouvernement à la tête du nome, dont il assure la gestion comme les nomarques de pharaon l’ont fait avant lui.

Les nomes de Haute-Égypte

vignette|Les nomes de Haute-Égypte.|360x360px

! scope=col bgcolor="#" width="5%" | n° ! scope=col bgcolor="#" width="19%" | Nom du nome ! scope=col bgcolor="#" width="19%" | Nom égyptien translittéré du nome ! scope=col bgcolor="#" width="19%" | Nom égyptien de la capitale à l'époque des Lagides ! scope=col bgcolor="#" width="19%" | Nom grec du site ! scope=col bgcolor="#" width="19%" | Nom actuel du site |- |- align="center" | 1 | Nome du Pays de Nubie | Ta-Seti (tȝ-stj) | Abou (ȝbw) puis Souenet (Swnt) | Éléphantine (Ἐλεφαντίνη) puis Syène (Συήνη) | Gezîret el-Fantîn (جزيرة الفنتين) puis Assouan (أسوان) |- align="center" | 2 | Nome du Trône d'Horus | Outjeset-Hor (wṯst-ḥr) | Behedet (Bḥdt) / Djeba (Ḏbȝ) | Apollinopolis Magna (Απολλινό πολις μεγάλη) | Edfou (إدفو) |- align="center" | 3 | Nome de la Forteresse | Nekhen (nḫn) | Nekhen (Nḫn) - Nekheb (Nḫb) | Hiérakonpolis (Ἱεράκων πόλις) - Eileithyiapolis (Ειλείθυιας πόλις) | Kom el-Ahmar (الكوم الأحمر) - El Kab (الكاب) |- align="center" | 4 | Nome du Sceptre | Ouaset (wȝst) | Ouaset (Wȝst) | Thèbes (Θῆβαι) / Diospolis Magna (Διόσ πολις μεγάλη)