Le cimetière du Père-Lachaise est le plus grand cimetière parisien intra muros et l'un des plus célèbres dans le monde. Situé dans le , accueillant ., de nombreuses personnes célèbres y sont enterrées. Il accueille chaque année plus de trois millions et demi de visiteurs, ce qui en fait le cimetière le plus visité au monde..

S'il est devenu un lieu touristique majeur de Paris, le Père-Lachaise reste un cimetière en activité dans lequel de très nombreuses opérations funéraires et cérémonies commémoratives se déroulent chaque année.

Situation et accès

Cinq entrées permettent d'accéder à l'intérieur du cimetière. : L'entrée dite « principale », située 28 ter boulevard de Ménilmontant dans le , face au débouché de la rue de la Roquette ; elle est desservie par la ligne 2 à la station Philippe Auguste. L'entrée piétonne « Porte du Repos », située au 16, rue du Repos, est desservie par la ligne 2 à la station Philippe Auguste. C'est l'entrée la plus proche de la Conservation (bâtiment abritant les services administratifs du cimetière). Cette adresse constitue l'adresse postale officielle du cimetière. L'entrée piétonne « Porte de la Réunion », située 131 rue de la Réunion, est desservie par la ligne 2 à la station Alexandre Dumas. L'entrée « Porte Gambetta », située 55-57 rue des Rondeaux, face à l'Avenue du Père Lachaise, est desservie par les lignes 3 et 3 bis à la station Gambetta. C'est l'entrée la plus proche du crématorium-columbarium. L'entrée piétonne « Porte des Amandiers », située 28 quater boulevard de Ménilmontant, face à la station Père Lachaise est desservie par les lignes 2 et 3 à la station Père Lachaise.

L'entrée principale se présente sous la forme d'un portail hémicyclique monumental, à deux pylônes, de style néoclassique, conçu par l'architecte Étienne-Hippolyte Godde, et inauguré en 1825. Il est orné de sabliers ailés en médaillons, de flambeaux et de guirlandes de fleurs, et fermé par une lourde porte à deux battants. Deux sentences bibliques latines y sont inscrites : sur le pylône de gauche : ( - Sagesse, , ) ; sur le pylône de droite : ( - Jean, ).

Étienne-Hippolyte Godde a en fait repris de très près le dessin du portail de l'ancien cimetière dit « des aveugles » à Saint-Sulpice, qui était dû à l'architecte Oudot de Maclaurin (1772)..

Origine du nom Le cimetière porte le nom de François d'Aix de La Chaise dit le Père Lachaise qui était le prêtre confesseur de .

upright|thumb|Panneau « Histoire de Paris » : cimetière du Père-Lachaise.

Historique Père La Chaise Une des collines de Paris, appelée Champ-l'Évêque car elle appartenait au Moyen Âge à l'évêque de Paris, prit au le nom de Mont-aux-Vignes, pour les cultures que l'on y réalisait alors. En 1430, un riche commerçant du nom de Régnault de Wandonne acheta le domaine afin d'y faire construire une maison cossue : une folie. C'est l'origine du nom de l'actuelle rue de la Folie-Regnault dans le . vignette|gauche|La Maison du père Lachaise, Mont-Louis.

Deux siècles plus tard, les Jésuites acquirent le terrain pour en faire un lieu de repos et de convalescence. La maison accueille quelques heures le jeune roi venu assister sur ces hauteurs à des combats lors de la Fronde. Cet événement donnera au lieu le nom de Mont-Louis. Mais le plus illustre occupant fut François d'Aix de La Chaise (1624-1709), dit le Père La Chaise, confesseur du roi de France , qui exerça une influence modératrice sur celui-ci dans la lutte contre le jansénisme. Il y demeurera de 1675 jusqu'à sa mort en 1709. Il y fit bâtir un petit château..

Le Mont-Louis était séparé du village de Ménilmontant par le chemin des Partants (actuelles rue des Partants et rue Villiers-de-L'Isle-Adam)Louis Lazare : Le de Paris.

Le comte de La Chaise, frère du père jésuite, donna de nombreuses fêtes sur le domaine, ce qui contribua à son agrandissement et son embellissement. Mais en , la Compagnie de Jésus fut contrainte de céder le terrain en raison d'une dette. Au fil des années, les jardins furent laissés à l'abandon et les propriétaires se succédèrent, pour revenir, le au préfet de la Seine, Nicolas Frochot, contre la somme de .

Construction et agrandissements vignette|Le cimetière en 1815 est un parc à l'anglaise dont le tombeau d'Héloïse et Abélard, ici en haut à droite, est un but de promenade.

À la suite de la fermeture du cimetière des Innocents le , en application de la loi qui interdisait les cimetières en ville, Paris commença à manquer de lieux de sépultures.

Napoléon Bonaparte, consul, décréta que , réglant le cas des mécréants, des excommuniés, des juifs, des protestants, des comédiens, des prostituées et des pauvres..

Le , un décret impérial sur les sépultures fixa définitivement les règles devant être appliquées pour l'emplacement et l'organisation des cimetièresDécret impérial sur les sépultures du Lire en ligne..

Au début du furent ainsi créés plusieurs nouveaux cimetières hors des limites de la capitale : le cimetière de Montmartre au nord, le cimetière de l'Est sur le territoire de la commune de Charonne, le cimetière du Montparnasse au Petit-Montrouge, territoire du la commune de Montrouge au sud et, à l'ouest de la ville, le cimetière de Passy.

Le préfet de Paris décréta l'affectation des de Mont-Louis à la création du « cimetière de l'Est ». La conception du cimetière fut confiée à l'architecte néo-classique Alexandre-Théodore Brongniart en 1803. En tant qu'inspecteur général en chef de la deuxième section des travaux publics du département de la Seine et de la Ville de Paris, Brongniart dessinera les grands axes sous la forme, pour la première fois, d'un immense jardin à l'anglaise, aux allées accidentées, pourvues d'arbres et de plantes aux essences diverses et bordées de sépultures sculptées. Il projettera des monuments funéraires dont finalement un seul sera réalisé : celui de la sépulture de la famille Greffulhe, au style néo-gothique épuré, qui lança une mode à une époque où le style néo-classique est encore dominant. L’architecte avait prévu de créer des arcades, tout le long du mur de clôture, selon le modèle des campi santi italiens.

Trois types d'inhumation sont prévus : dans des fosses communes à gauche de l'entrée, dans des concessions à temps limité autour et enfin dans des monuments plus prestigieux au sein des zones boisées.

Le cimetière fut ouvert le (), et la première inhumation, celle d'une petite fille de cinq ans, Adélaïde Paillard de Villeneuve, fille d'un porte-sonnette du faubourg Saint-Antoine, eut lieu dès le .. Elle fut suivie de celle de Reine Févez., morte 615 rue de Jarente le (), épouse de Valentin Robert, négociant de Bar-le-Duc, et belle-mère de Gilbert, baron Dufour, ordonnateur en chef de la Garde impériale. Il était à l'origine destiné aux Parisiens de l'un des quatre arrondissements de la rive droite (les , , et de l'époque), en fosse commune ou en concession perpétuelle. Mais le cimetière n'eut pas la faveur des Parisiens, qui rechignaient à se faire enterrer sur des hauteurs, de plus situé hors de Paris, et dans un quartier réputé populaire et pauvre.

En 1804, le Père-Lachaise n'accueillait que . L'année suivante, il n'y en avait que 44, puis 49 en 1806, 62 en 1807 et 833 en 1812. En 1815, on n'en comptait encore pas plus de . En 1817, pour redorer l'image du cimetière, le préfet de Paris organise depuis le musée des Monuments français, fermé en 1816, le transfert des dépouilles d'Héloïse et d'Abélard dans un mausolée, ainsi que de Molière et de La FontainePhilibert Humm, « Nathalie Rheims décrypte le Père-Lachaise », Paris Match, semaine du 30 octobre au 5 novembre 2014, page 20..

Il n'en fallait pas plus : en 1830, on décomptait . Le Père-Lachaise connut à cette époque cinq agrandissements : en 1824, 1829, 1832, 1842 et 1850. Ceux-ci lui ont permis de passer de et () à et () pour .., , une centaine de chats, de nombreux oiseaux et de visiteurs.

Lors de l’agrandissement de 1850, il est envisagé d’exploiter les carrières de gypse souterraines, qui s’étendent jusqu’aux fortifications, et d’y aménager ensuite des catacombes. L’annexion de 1859 met un terme au projet car il interdit d’ouvrir ou d’exploiter des carrières dans Paris..

L'historien Guillaume Cuchet note : . Par ailleurs, avant la création des grands parcs d'agrément sous le Second Empire, le cimetière du Père-Lachaise est le plus grand jardin public de la capitale.

La Commune vignette|gauche|Henri Félix Emmanuel Philippoteaux : Derniers combats au Père-Lachaise. Lors de la Commune de Paris, en mai 1871, le Père-Lachaise fut le théâtre d'une véritable guerre civile, en raison de sa localisation stratégique sur la colline. Les fédérés installèrent leur artillerie en plein cœur du cimetière, mais furent rapidement encerclés par les Versaillais de Thiers d'un côté et les Prussiens de l'autre.

vignette|droite|Le mur des Fédérés. Exécution des prisonniers par les Versaillais. Dessin à la mine de plomb, lavis d'encre de chine, rehauts de gouache blanche. Henri-Alfred Darjou. Après des combats poursuivis jusqu'au soir du , furent fusillés devant le mur qui prit ensuite le nom de mur des Fédérés, au sud du cimetière.

La Première Guerre mondiale

thumb|La chapelle Thouvenin, , chemin de la Citerne, après le bombardement par la Grosse Bertha.

Le , durant la Première Guerre mondiale, un obus lancé par la Grosse Bertha détruit la chapelle Thouvenin, , chemin de la Citerne dans le cimetière du Père-Lachaise..

Le , un nouvel obus tombe dans le cimetière..

Ensemble crématorium-columbarium

vignette|gauche|Vue de la face antérieure du crématorium.

La crémation est autorisée en France à partir de 1887-1889. Ce n'est qu'à la fin du siècle, en 1894, que débutèrent les travaux du columbarium-crématorium, conçus en 1886 par Jean Camille Formigé. L'ensemble se compose d'une chapelle de style néo-byzantin et de quatre ailes. Le toit est composé d'un vaste dôme de briques et de grès, de trois petites demi-coupoles et de deux cheminées. Dans les années 1920, le dôme principal est décoré de vitraux de Carl Mauméjean. Le columbarium définitif se compose de cinq niveaux : deux en sous-sols, deux à l'extérieur et une crypte située sous la galerie extérieure C. Il abrite en tout .

Le crématorium est le premier construit en France. La première crémation a lieu le , un peu plus d'un an après la loi du qui proclame la liberté des funérailles et autorise la crémation. Le recours à la crémation demeure peu répandu jusqu'à la fin du . Essentiellement le fait de francs-maçons, anticléricaux et libres-penseurs (Charles-Ange Laisant, André Lorulot), le recours à la crémation progressa à la suite de la levée de l'interdiction par l'église catholique en 1963. À partir des années 1980, les malades du sida privilégient la crémation (Jean-Paul Aron, Guy Hocquenghem, Cyril Collard, Pascal de Duve, Cleews Vellay, Jean-Luc Lagarce). De en 1889, le chiffre passe à environ au début du . En 2012, la crémation représente 45 % des obsèques à Paris.

Depuis 1998, le crématorium est géré par un opérateur privé dans le cadre d'une délégation de service public. Le columbarium, en tant qu'espace funéraire, reste partie intégrante du cimetière du Père-Lachaise, qui en assure la gestion.

Dans le columbarium reposent les cendres de nombreuses célébrités dont le metteur en scène Max Ophüls ou l'humoriste Pierre Dac. La case portant le nom de Maria Callas n'est désormais qu'un cénotaphe.

Religion Le décret du () de fixe les questions relatives à l'organisation des cimetières et des funérailles. Les communes ont l'obligation de créer un cimetière spécialement affecté à chaque culte ou d'affecter à chaque culte une partie du cimetière.. La loi du abroge cet du décret du , ce qui conduit à l'interdiction des carrés confessionnels.