La classe Mistral est l'ensemble des navires des marines française et égyptienne de type porte-hélicoptères amphibie (PHA). . Son appellation OTAN est Landing Helicopter Dock (LHD).

Les bâtiments de la classe Mistral sont les premiers de ce type à être construits en France pour la Marine nationale. Leur taille et leurs caractéristiques leur permettent d’être intégrés soit au groupe aéronaval français, soit à la Force de réaction de l'OTAN, soit à des missions de maintien de la paix sous mandat de l'ONU ou dans le cadre de l'Union européenne.

Cinq de ces navires, dont l'étude a débuté en 1997, ont été construits :

le Mistral (L9013), admis au service actif le ; le Tonnerre (L9014), entré en service le ; le Dixmude (L9015), entré en service le . ; le Gamal Abdel Nasser et le Anouar el Sadate, initialement destinés à la marine russe et vendus en 2015 à la marine égyptiennecommande initialement destinés à la Marine russe, mais annulée à la suite de l'annexion de la Crimée et de son implication dans la guerre du Donbass en 2014..

La construction d'une quatrième unité pour la Marine nationale, qui devait remplacer le TCD Siroco, a été annulée en 2013..

Le coût de la construction d'un navire de la classe Mistral se situe entre 294 . et ..

Historique Doctrine des opérations amphibies françaises de 1997 Le bâtiment d’intervention polyvalent (BIP) est une étude de sigle anglais LHD, navire d'assaut amphibie en français, lancée par les arsenaux français, soit la Direction des constructions navales (DCN) publique, devenue aujourd’hui la société de droit privé Naval Group. Elle intervient au même moment où se fait jour un renouvellement de la doctrine des opérations amphibies françaises.

Selon différentes publications internes aux armées françaises, le BIP participe, au travers du concept national des opérations amphibies (CNOA) du Modifié par la doctrine interarmées des opérations amphibies du ., au renouveau des forces , à savoir les transports de chalands de débarquement (TCD) type « O » et type « F » ..

vignette|gauche|Un véhicule porte-conteneurs maritimes à bord d'un chaland de transport de matériel (CTM).

Le CNOA prévoit, en effet, . Ce concept demeure ., régies par l’Initiative européenne amphibie (IEA) du et l’Allied Tactical Publication n° 8B (ATP8) de l’OTAN. Le CNOA, qui donne la priorité à l’aéromobilité, insiste néanmoins sur la nécessité d’une et conclut sur l’objectif , avec une autonomie de dans une profondeur d’une centaine de kilomètres en territoire hostile, où qu’il se trouve sur le globe..

À la différence de celles d’autres nations, les grandes unités françaises à vocation amphibie dépendent de l’Armée de terre. Il s’agit de la d'infanterie de marine (), de la légère blindée (), de la aéromobile () et du du train () d’appui à la projection..

En , les indicatifs visuels des navires de cette classe sont effacés afin de rendre ses bâtiments plus difficilement identifiables..

Études : du BIP au PHI Le bâtiment d’intervention polyvalent (BIP) L’étude du bâtiment d’intervention polyvalent (BIP) apparaît à l’époque des projets de restructuration ou de fusions-acquisitions de l’industrie de défense visant à créer en Europe un « Airbus naval »Toujours en gestation malgré la création de TKMS en Allemagne, de Navantia en Espagne et de DCNS en France et l’entrée en vigueur du code de conduite du de l’Agence européenne de défense (AED).. L’intégration des industries de défense des dix nations européennes qui disposent chacune d’une expertise navale militaire dans une classe spécifique de bâtiments . peine cependant à se concrétiser, essentiellement en raison de considérations politiquesEn particulier, le maintien du plan de charge de chantiers navals nationaux (et des emplois associés). Ainsi, on voit Navantia concurrencer à la fois son partenaire néerlandais et le français DCNS dans le domaine des LHD.. Après l’abandon des deux porte-hélicoptères à propulsion nucléaire en 1980, le BIP a pour objectif de proposer une gamme de navires amphibies modulaires (qui deviendra dix ans plus tard la BPC Family). En 1997, cette famille nombreuse, qui comprend trois variantes, est basée sur un modèle commun, le nouveau transport de chalands de débarquement (NTCD).

Le nouveau transport de chalands de débarquement (NTCD) vignette|Comparaison entre un PHA (classe Mistral) et un TCD (classe Foudre). Le NTCD était destiné à remplacer à les de la (L9021 et L9022) en fin de carrière puisque mis en service et 1968. Le projet d’un déplacement de , qui correspond peu aux dimensions du NTCD, a une longueur de avec pont continu (), un maître-bau (largeur) de et un tirant d’eau de .

Plus légers, les , et auraient déplacé, respectivement, , et , pour des longueurs , et une largeur commune à , ce qui aurait fait de ce dernier modèle un équivalent (le hangar hélicoptères en sus) des (LHD) de la classe San Giorgio de la Marina militare (MM) italienne, admis au service actif et, alors, les seuls bâtiments d’assaut amphibies, hors États-Unis, à posséder un pont continu et un radier () de taille appréciable..

À l’époque des études, le projet de NTCD présente également une configuration comprenant un ascenseur à bâbord en porte-à-faux à la façon des LHD américains de la classe Tarawa et un autre à tribord, au centre du pont d’envol et à l’avant de l’îlot. D’autres vues d’artiste et plans. le voient gréé en porte-aéronefs, muni d’un tremplin permettant la mise en œuvre du BAE Systems-Lockheed AV-8B Harrier II, du futur JSF V-STOL (depuis Lockheed F-35 Lightning II-B) ainsi que de 4 à (dont un renforcé pour le convertible Bell-Boeing V-22 Osprey ou le Sikorsky CH-53E Super Stallion) et d’un radier pouvant accueillir un engin de débarquement d’infanterie et de chars (EDIC) classe Sabre français (Landing Craft Utility pour l’OTAN) ou deux (LCAC) américains. Pourtant, le Sénat français. rappelle que . Cette version avait donc à l’évidence pour but de rendre le attractif à l’exportation alors que les arsenaux espagnols E.N. Bazan (puis Izar et désormais Navantia) avaient déjà vendu à la Thaïlande en 1992 une copie allégée au niveau autodéfense. du porte-aéronefs SPS Príncipe de AsturiasLe Príncipe de Asturias est basé sur les études de 1969-1971 du Sea Control Ship américain, une résurgence du porte-avions d’escorte de la mondiale. Cette configuration de porte-aéronefs a été adoptée par la marine britannique (les trois bâtiments de la ) et italienne (le MM Garibaldi) de 1980 à 1988., le HTMS Chakri Naruebet, mis en service en .

D’autres vues d’artiste ultérieures du NTCD. voient l’ascenseur principal déplacé en arrière à tribord puis au centre, tandis qu’un ascenseur auxiliaire l’est à l’arrière de l’îlot.

Ces dernières configurations seront retenues par « La Royale ».

Le porte-hélicoptères d’intervention (PHI) À la fin du mois de , le NTCD est renommé en porte-hélicoptères d’intervention (PHI) puis, la Marine nationale s’avisant qu’une telle appellation omet l’amphibie et le commandement, le navire prend le nom, au début de , de bâtiment de projection et de commandement (BPC)..

Partage industriel Alors que les opérations extérieures (OPEX) amputent les budgets d’équipement (et la disponibilité de la flotte ou maintien en condition opérationnelle (MCO) . pourtant votés par la loi de programmation du , le ministre de la Défense Alain Richard confirme, certes, le lancement du programme durant le salon , mais ne donne son feu vert à la construction de deux bâtiments que le , soit avec un an de retard. Le Mistral (L9013) et le Tonnerre (L9014) se basent sur les dernières études du . Le contrat de réalisation interne Direction générale de l'Armement (DGA/DCN) est notifié le de la même année. Après avis favorable de la commission spécialisée des marchés de l’Union des groupements d’achats publics (UGAP) le , le contrat est notifié le 30 à la Direction des constructions navales, maître d’œuvre, qui assurera 55 % du chantier en temps de travail et 60 % en valeur et à son sous-traitant, les Chantiers de l'Atlantique (alors propriété d’Alstom Marine). On apprend dès décembre que 3 % en valeur de la construction sera sous-traité par DCN au chantier Stocznia Remontowa de Gdańsk (Pologne) et l’une de ses filiales.

En ce qui concerne le Dixmude, le contrat est notifié le aux Chantiers de l'Atlantique, responsable de la plate-forme et DCNS, responsable du système d'armes..

L’organisation industrielle est décentralisée pour le Mistral et le Tonnerre : la DCN est responsable de l’ingénierie à Lorient, de la conception du système de combat à Toulon, puis de la construction de la partie arrière militaire (dont l’ilôt) et de son intégration à la partie avant à Brest. Cette dernière est réalisée à Saint-Nazaire par les Chantiers de l'Atlantique. À Colombes, Thales, sous-traitant, est responsable des radars et des systèmes de communication. Pour le Dixmude, STX France est responsable de l'entière construction de bâtiment à Saint-Nazaire.

Le délai de livraison de chaque bâtiment sera de seulement , contre et demi pour les deux TCD Foudre et Siroco (L9011 et L9012), le tout au même prix ( d’euros études comprises) que ces derniers (d’un tonnage deux fois moindre) ou qu’un seul LPH de la Royal Navy ou un LPD-17 de l’US Navy ..

Développement Le démarrage du plateau de conception ingénierie intégré () a lieu à Saint-Nazaire le . Le , une revue entre le commanditaire (le Service des programmes navals de la DGA) et le maître d’œuvre (la DCN) lance les études de conception. Dans la foulée, des sessions concernant la définition générale du navire se poursuivent jusqu’au auxquelles s’adjoignent l’état-major et les Chantiers de l'Atlantique. À l’issue, des essais en soufflerie par l’ONERA d’une maquette au 1/ ont visé, comme pour tous les navires de la Marine depuis 1947, à étudier l’aérologie du navire, c’est-à-dire la manière dont l’air s’écoule autour de lui. , le BPC subit des tests et des modifications mineures de son stylisme qui seront très utiles aux pilotes d'hélicoptères, ..

Construction vignette|Assemblage de la partie arrière du Mistral à Brest, le .

À la DCN de Brest a lieu, le , la découpe de la première tôle de la partie arrière du Mistral, puis le de celle du Tonnerre. De leur côté, les Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire découpent la première tôle de la partie avant du Mistral le puis du Tonnerre. Le premier bloc de la coque arrière du Tonnerre est mis sur cale le , puis celle du Mistral le .

Ces méthodes d’ingénierie marquent le début d’un renouveau de l’ingénierie navale militaire française puisque, à Brest comme à Saint-Nazaire, la construction se fait en parallèle et plus précisément face à face dans le même bassin, un ascenseur permettant l’accès rapide des ouvriers aux bâtiments.

vignette|gauche|Arrivée de la partie avant du Mistral à Brest avant jonction, le . Mise sur cale à Saint-Nazaire le , la partie avant du Mistral réalisée dans cette même ville est remorquée au vers Brest. Le débute la jonction des parties avant et arrière dans le bassin . La mise sur cale du premier bloc de la partie avant du Tonnerre a lieu le et arrive à Brest le pour jonction.

Respectant le calendrier, le Mistral est mis à flot le tandis que le Tonnerre l’est le . Les livraisons du Mistral et du Tonnerre, prévues respectivement au et au . sont retardées de un an à un an ½ à cause de problèmes industriels survenus lors de la mise au point du système (DCN) et de détériorations rencontrées sur des planchers en linoleum de la partie avant (Chantiers de l'Atlantique).

Caractéristiques vignette|La hauteur du Mistral (L9013) par rapport à celle de ses remorqueurs est décelable lors de son lancement à Brest, le .