Le château du Petit Trianon est un bâtiment situé dans le domaine du Petit Trianon, au sein du parc de Versailles, dans le département français des Yvelines, en région Île-de-France.
Construit par l'architecte du roi Louis XV, Ange-Jacques Gabriel, de 1762 à 1768, il est considéré comme un chef-d'œuvre du néoclassicisme, alliant le goût le plus moderne et l'intégration à la nature environnante.
Édifié pour madame de Pompadour qui meurt avant de le voir achevé, il est inauguré par madame du Barry en 1768, presque vingt ans après les premiers aménagements du Nouveau jardin du roi. Car, s'il est le plus imposant du domaine du Petit Trianon, il n'en est pourtant pas le premier bâtiment, mais se situe au contraire dans la continuité d'un projet qui s'étale sur quatre décennies. Il est offert par Louis XVI, dès son avènement, à sa jeune épouse Marie-Antoinette qui lui donne son empreinte, associant pour toujours, dans l'imaginaire du public, l'édifice et la reine.
De plan carré de vingt-trois mètres de côté, l'édifice doit sa particularité à ses quatre façades comprenant cinq hautes fenêtres scandées par des colonnes ou pilastres de l'ordre corinthien. En raison de la déclivité du terrain, le rez-de-chaussée du château n'est accessible que par les faces donnant sur le sud et sur l'est ; cet étage est réservé au service. L'étage « noble », où l'on entre par le grand escalier d'un vestibule conçu comme une cour intérieure, comprend les pièces de réception et l'appartement de la Reine. Un entresol de trois pièces abrite la bibliothèque de Marie-Antoinette. En attique, plusieurs logements autrefois attribués à Louis XV et sa suite accueillent aujourd'hui l'évocation des « Dames de Trianon », ces femmes qui ont imprégné ces murs de leur marque.
La décoration, confiée par l'architecte Ange-Jacques Gabriel à Honoré Guibert, est entièrement basée sur la nature et le goût de l'antique. Véritable prolongement architectural des jardins avoisinants, le château est orné de sculptures de fleurs et de fruits, les peintures sont des allégories des saisons ou des fleurs, les meubles sont agrémentés de motifs champêtres.
Symbole d'une monarchie nouvelle, qui aspire à plus d'intimité et de quiétude que la représentation permanente imposée par Louis XIV, le château du Petit Trianon est aussi la fragilité du système que condamne la Révolution française de 1789. Néanmoins épargné par les années, il demeure le « château des femmes », bénéficiant au de l'engouement des souveraines Marie-Louise, Marie-Amélie et Eugénie. Les campagnes de restauration réalisées au début du lui redonnent l'allure qu'il avait le jour où Marie-Antoinette le quitte pour la dernière fois, comme si le temps s'était arrêté.
Classé avec le château de Versailles et ses dépendances au titre des monuments historiques par la liste de 1862 et par arrêté du , il est également inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1979. Il est aujourd'hui ouvert au public dans le cadre du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, au sein du Domaine de Marie-Antoinette.
Construction thumb|upright=0.8|alt=Portrait de Louis XV, François-Hubert Drouais, 1773|Portrait de Louis XVFrançois-Hubert Drouais, 1773. Le roi Louis XV dont la personnalité triste et secrète confine à l'ennui, décide en 1749 de reprendre possession de Trianon, qu'il étant enfant, mais dont les douleurs ressenties en ce refuge à l'occasion de plusieurs deuils l'avaient éloigné. Encouragé par sa favorite, madame de Pompadour, il fait bâtir, sur de nouvelles parcelles au nord-est du château de marbre, quelques bâtiments permettant de renouer avec l'idée d'une petite fantaisie de campagne qui avait autrefois prévalu au Trianon de porcelaine de son aïeul. Une ménagerie est consacrée à des animaux de ferme et de basse-cour et deux petits pavillons sont édifiés au sein d'un nouveau jardin à la française.
Cet espace jardinier, Nouveau jardin du roi, qui permet au Roi d'aspirer à son goût pour la botanique et l'horticulture, ne suffit bientôt plus et l'on commence dès 1758 à réfléchir à la construction d'un petit château de campagne afin de fermer la perspective des parterres à la française. Les premières ébauches s'inspirent du tout nouveau château de l'Hermitage du prince de Croÿ conçu selon un plan centré.
Le projet est retardé par la guerre de Sept Ans, mais ces événements permettent d'accroître le temps de réflexion et de fixer les hésitations des premiers plans. Celui de 1761 ne comprend que trois fenêtres par façade. Seule celle sur le jardin botanique présente quatre croisées sans ressaut, mais est mal adaptée au nivellement. Chaque croisée centrale est sommée d'un fronton circulaire, le tout étant richement orné, voire surchargé. Les proportions sont mal équilibrées et les escaliers trop modestes. Cela ne convainc pas et ne parvient pas à surmonter les indécisions dont le Roi est souvent l'objet.
L'idée, qualifiée plus tard de « géniale », est de porter à cinq le nombre de croisées par façade, permettant à l'édifice de gagner en majesté par rapport aux premières ébauches et de satisfaire les exigences du terrain. On conserve le principe de quatre pilastres ou colonnes, selon l'orientation cardinale, qui viennent scander régulièrement les hautes fenêtres. La stéréotomie est finalement préférée, caractérisée par un décor ornemental uniquement géométrique. L'édifice est de plan carré et les dimensions, de douze toises par côtéDouze toises correspondent à environ ., sont fixées par la largeur du jardin à la française. C'est le choix d'un ordre colossal qui confère au bâtiment, malgré ses dimensions modestes, un caractère monumental tout en conservant l'harmonie des proportions.
La décision finale intervient le et sont affectées à la construction dès la signature du traité de Paris mettant fin à la guerre de Sept ans. Le chantier de ce qui porte encore le nom de « Pavillon du Roi » est confié à Louis Le Dreux de La Châtre, l'un des meilleurs architectes de l'équipe d'Ange-Jacques Gabriel. Soixante-quinze tailleurs de pierre et cent vingt maçons sont mobilisés. Les fondations sont faites fin 1762. Le gros œuvre s'étend sur les deux années suivantes et l'édifice est couvert en 1764. Lors des campagnes de 1765 à 1768, on réalise les sculptures, la menuiserie, la serrurerie et la peinture. Afin de donner un air nouveau à la décoration, on préfère aux traditionnels sculpteurs du Roi, Jacques Verbeckt et Jules-Antoine Rousseau, un nouvel artiste, Honoré Guibert, qui travaille .
S'il est qualifié de chef-d'œuvre, le bâtiment ne l'est pourtant ni pour son innovation ni pour son originalité. L'architecte, plus simplement, a su assimiler diverses références, s'inspirer des inventions et des courants du moment, assembler les meilleurs modèles des maisons les plus admirées. Cet équilibre, presque évident, entre l'antique et le moderne se dissimule derrière une apparente simplicité : dans la nouveauté, Gabriel ajoute à la force et à la noblesse du classicisme hérité de Mansart l'élégance du .
Le château des femmes De Pompadour à Du Barry thumb|upright=0.6|alt=Portrait de la comtesse Du Barry en Flore, François-Hubert Drouais, 1769|Portrait de la comtesse du Barry en FloreFrançois-Hubert Drouais, 1769 thumb|upright=0.6|alt=Marie-Antoinette à la rose, Élisabeth Vigée Le Brun, 1783|Marie-Antoinette « à la rose »Élisabeth Vigée Le Brun, 1783 thumb|upright=0.6|alt=Madame Élisabeth, Élisabeth Vigée Le Brun|Madame ÉlisabethÉlisabeth Vigée Le Brun thumb|upright=0.6|alt=Pauline Bonaparte, Robert Lefèvre, 1806|Pauline BonaparteRobert Lefèvre, 1806 thumb|upright=0.6|alt=Portrait de l'impératrice Marie-Louise, François Gérard, 1812|Portrait de l'impératrice Marie-LouiseFrançois Gérard, 1812, musée du Louvre. thumb|upright=0.6|alt=Hélène de Mecklembourg-Schwerin, duchesse d'Orléans, en veuve, François Meuret, vers 1843|Hélène de Mecklembourg-Schwerin, duchesse d'Orléans, en veuveMiniature par François Meuret, vers 1843, musée Condé. thumb|upright=0.6|alt=L'impératrice Eugénie en robe de style Marie-Antoinette, Franz Xaver Winterhalter, 1854|L'impératrice Eugénie en robe de style Marie-AntoinetteFranz Xaver Winterhalter, 1854, Metropolitan Museum of Art.
Le château n'est achevé qu'en 1768, soit quatre ans après la mort de madame de Pompadour. Il est donc attribué à madame du Barry, nouvelle favorite de Louis XV. Si le Grand Trianon demeure le lieu des fêtes et des réceptions, le Petit devient rapidement un lieu d'intimité. La Pompadour avait marqué le projet d'un raffinement d'avant-garde en matière d'art et de décoration. Le château est voué aux fleurs, ornement principal, mais appartient au roi : au-delà de la symbolique sur les maîtresses royales, la notion d'harmonie entre la décoration et les jardins avoisinants est omniprésente.
Dérogeant à son statut de roi, Louis XV cède son cabinet intérieur, le mieux situé du château, à madame du Barry qui en fait sa chambre, tandis qu'il s'installe à l'attique. Elle est la première à demeurer régulièrement au Petit Trianon, loin de l'hostilité que lui vouent les filles du Roi et les dauphins. C'est dans ce château que le Roi, venu en compagnie de sa favorite le , ressent les premiers symptômes de la maladie qui l'emporte deux semaines plus tard« 1774 La mort de Louis XV », sur chateauversailles.fr.. La maîtresse royale, qui a déjà quitté Versailles depuis cinq jours, n'y reparaît plus, ayant reçu du nouveau roi une missive, transmise par le duc de la Vrillière, lui intimant de se rendre au couvent du Pont-aux-Dames.
Marie-Antoinette Pour la première fois, une reine de France devient propriétaire d'un château« Les Dames de Trianon », guide de l'exposition, 3 juillet – 14 octobre 2012, Jérémie Benoît. : en , Marie-Antoinette reçoit en cadeau de son époux, le nouveau roi Louis XVI, le domaine du Petit Trianon. Le lieu répond parfaitement à ses aspirations, elle se sent à son aise dans cette atmosphère florale qu'elle a désirée sans pour autant l'avoir décidée : les coupes de fruits sculptées dans les lambris par Guibert, les métamorphoses des divinités en fleurs selon les vœux de Cochin et les pinceaux de Lépicié ou Jollain, les scènes champêtres composées par Lagrenée ou Vien, les jardins fleuris et botaniques sous ses fenêtres dessinés par Richard ou Jussieu, les motifs fleuris des meubles de Foliot ou Joubert, tout concourt à satisfaire l'aspiration de la Reine à s'évader des contraintes de la cour de Versailles vers un univers consacré à la nature.
Durant les premières années, elle ne fait que peu de transformations. Sa tentative de retirer deux tableaux qui heurtent sa pudeur dans la grande salle à manger est vaine. Elle fait simplement inscrire son chiffre dans la rampe de l'escalier et supprimer l'escalier du nord-est. L'installation de glaces mouvantes devant les fenêtres de son boudoir commence néanmoins à faire jaser. Ce n'est que plus tard, après avoir mené à bien son grand projet d'aménagement de ses jardins, qu'elle entreprend quelques rénovations dans ses appartements.
Au mépris du protocole, la Reine prend l'habitude de loger à « son » château, le Roi n'y venant que souper en invité. Les règlements sont faits « au nom de la Reine », et non du Roi ; Marie-Antoinette se comporte comme une simple châtelaine, rompant avec le cérémonial ou les toilettes royales : . Elle reçoit ses intimes : on joue, on chante, on danse, on fait de la musique, on se promène dans les jardins. Les hommes sont invités mais pas plus que le Roi ne dorment au château. Les femmes sont les maîtresses du lieu et plusieurs d'entre elles logent à la suite de la Reine : Madame Élisabeth, qui veille sur Madame Royale, la comtesse de Polignac, mais aussi la princesse de Chimay, la comtesse d'Ossun ou madame Campan, la femme de chambre. En dix ans, elle séjourne cent seize jours dans son château.