Salé (en , Salā ; en , Sla) est une ville du Maroc, chef-lieu de la préfecture de Salé, au sein de la région de Rabat-Salé-Kénitra. Elle est située au bord de l'océan Atlantique, sur la rive droite (nord) de l'embouchure du Bouregreg, dans la banlieue est de la capitale nationale Rabat.

Ceci explique que les deux villes soient parfois qualifiées de «villes jumelles», mais chacune dispose de ses traditions, de sa culture et de son histoire propres. En 2014, la commune comptait . Salé est reliée à Rabat par plusieurs ponts dont le pont Hassan II est le plus utilisé.

Fondée par les explorateurs phéniciens au avant J.-C.., Salé connaît un important développement à l'époque des Almohades () et des Mérinides (), du fait de sa position stratégique sur la voie terrestre qui relie Fès à Marrakech et grâce à son port, centre d’échanges entre l’Europe et le Maroc.

Aux , l’arrivée des musulmans réfugiés d’Espagne donne un nouveau souffle à la cité et crée une rivalité avec la ville mitoyenne de Rabat. Le saadien Mohamed I y implante des colons andalous chargé de labourer le sol et d'aménager les égouts de la ville. Les Morisques andalous, animés pour certains d'un esprit de revanche contre les chrétiens, se lancent dans une guerre de course et constituent une puissante entité politique connue sous le nom de république du Bouregreg, menant des expéditions jusqu'en Cornouailles. Renommés pour leur audace et leur ruse, les corsaires de Salé laissent l'image des dans la mémoire des Anglais. Jusqu'au , l’activité commerciale permet à Salé d’étendre son influence dans la région, tout en menant des activités de piraterie dans des contrées très éloignées telles que l'Islande et Terre-Neuve.

Avec le s’amorce la fin du rôle commercial prépondérant de la ville, et Salé se referme sur elle-même. Elle demeure, au cours du et pendant l’époque des protectorats français et espagnol, un haut lieu de culture, de résistance et de vie religieuse. La médina de la ville contient nombre de monuments, de riads d'inspiration hispano-morisque, de zaouïas, de marabouts et de bibliothèques privées. Depuis la fin du , elle connaît une forte croissance de sa population et du même coup une dégradation de son image, notamment du fait d'une urbanisation anarchique.

Son maire depuis les élections communales de 2021 est Omar Sentissi.

Toponymie La ville de Salé tire son nom du latin de l'ancien nom donné par les Romains "Sala colonia". L'appellation du fleuve est Bouregreg jusqu'au . Le nom «Bouregreg » est arabe et signifie "ayant l'eau coulante" ; mais les historiens ne privilégient pas cette étymologie.. Selon l'historienne Leila Maziane, le nom de la ville vient du mot phénicien sala qui signifie « rocher »..

D'autres hypothèses proposent comme origine le mot Chellah, nom d'un ancien comptoir phénicien. Plusieurs établissements néo-puniques ont été trouvés le long de la côte lors de fouilles archéologiques. L'ancienne cité romaine de , citée dans l'Itinéraire d'Antonin, se situe au niveau de l'actuelle nécropole de Chellah. Sala et Chellah pourraient être le même nom. En effet, en prononçant le mot en punique, on peut dire Sala ou Shala. Selon l'islamologue Lévi-Provençal, Sala est une simple latinisation du mot Shala. Après avoir été employés indifféremment, les deux termes ont été progressivement utilisés pour distinguer le site romain de la ville musulmane.

D’autres étymologies légendaires, reprises par les historiens arabes, rattachent le nom de la ville à Sala, fils de Ham, fils de Noé. Certaines légendes affirment même que Sala fut fondée par Alexandre le Grand ou bien par Afriqith le Himyarite. D'après l'historien marocain Ahmad ibn Khalid al-Nasiri, la fondation des vieilles villes du Maroc serait le fait des Européens ou de leurs prédécesseurs carthaginois.

La ville de Salé est nommée par Ptolémée, par Pline l'AncienPline l'Ancien, Histoires naturelles, V, 3. et par Pomponius MelaPomponius Mela, III, 10, 7., par Léon l'Africain, , par Luis del Mármol Carvajal et Salée par Denis Dominique Cardonne et Lamprière..

Géographie

Localisation et communes limitrophes vignette|alt=Image satellite, de la côte atlantique du Maroc|Image satellite des villes de Rabat et Salé. La ville de Salé est le chef-lieu de la préfecture de Salé, dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. Elle est située sur le littoral atlantique du Maroc et sur la rive droite de l'embouchure du fleuve Bouregreg, qui la sépare de Rabat. Elle est limitée à l’est par la commune de Shoul, au sud par la ville de Rabat, au sud-est par la commune d'Oumazza, au nord par la commune d'Ameur et à l’ouest par l’océan Atlantique..

Relief, géologie ou hydrographie La ville de Salé se trouve dans le plateau côtier large de à , formé de plaines douces inclinées vers l’Océan Atlantique qui s'étend de Rabat-Salé à Skhirate-Témara, et du littoral atlantique au barrage Sidi Mohammed ben Abdellah.. L'altitude de la ville de Salé et du plateau côtier tout entier ne dépasse pas les .. Le fleuve Bouregreg qui sépare Rabat et Salé, donne une vallée plus ou moins large selon les endroits, pénétrant d’une quinzaine de kilomètres en amont de l’embouchure, surplombée par les plateaux de Bettana, Sala Al Jadida et de la commune rurale de Shoul du côté de Salé, et par ceux des quartiers de Hassan, El Youssoufia, Nahda et Akkrach du côté de Rabat. L'« arrière-pays » de Rabat-Salé est plutôt vert loin de l'urbanisation de masse, notamment grâce à la présence des forêts de la Mamora et de Témara, à proximité..

vignette|Vallée du Bouregreg entre Rabat et Salé.

Des roches datant du quaternaire sont très présents dans la région de Salé ainsi que des alluvions, déposées dans le Bouregreg. Il faut malgré tout savoir que le bassin versant du Bouregreg est principalement constitué de roches sédimentaires datant du paléozoïque.. Rabat-Salé dispose d'un fort potentiel concernant les géo-matériaux, très sollicités par le secteur du Bâtiment et des Travaux. Les sables essentiels pour la préparation du mortier et du béton hydraulique, mais aussi dans celle du pisé, proviennent principalement du littoral dont dispose Salé mais aussi du fleuve voisin. Les marnes constituent la matière première pour la préparation de la terre cuite (poterie, briques et tuiles). Le potentiel important de Salé dans ce type de roche permet à la ville d'être notamment connue pour son plus grand centre de poterie, célèbre par ses tajines rouges émaillés : les Tajines Slaouis.. En effet, la partie nord du Bouregreg a fonctionné comme golfe marin au Messinien et au Pliocène, et c'est donc ainsi que la subsidence messinienne a permis le dépôt de marnes épaisses dans la région.. Les calcarénites également, constituent la pierre locale la plus utilisée dans la construction des villes de Rabat et Salé, ce qui explique qu'elle est bien connue sous l'appellation de Pierre de Salé. Puis les calcaires dont peut profiter la ville grâce aux affleurements le long des grands oueds proches, de type paléozoïque datés du Cambrien moyen au Permien inférieur. Outre les géo-matériaux, Rabat-Salé peut compter sur un patrimoine magmatique riche grâce aux basaltes spilitisés ordoviciens du Bouregreg, uniques au Maroc et montrant des structures en pillow-lavas très spectaculaires, en plus des affleurements des granites éo-varisques vers le barrage Sidi Mohammed ben Abdellah, datant de 367 Ma.

Le type de sols de Salé est similaire aux sols rouges des plateaux littoraux qui ont été formés sur des complexes de cordons côtiers parallèles à la côte actuelle, et façonnés lors des phases humides quaternaires. Il s'agit précisément de sols fersiallitiques sur calcarénites, ce qui explique la richesse de la région pour ce type de roches..

Les réseaux hydrographiques dans Rabat-Salé s'ordonnent autour de deux oueds principaux. Le Bouregreg qui prend sa source dans l'est du Plateau Central au relief accidenté, précisément dans le massif du Moyen Atlas, et se jette en atlantique entre les deux villes jumelles. D'une longueur de et d'un débit moyen s'élève à /s. Puis l'oued Akrech affluent du Bouregreg, qui prend sa source dans le Plateau de Aïn Aouda, est située à au sud-est de l'Océan Atlantique. Dans le domaine hydrogéologique, l'aquifère de l'oued Akrech, la nappe de Témara, la nappe de la Maâmora et l'aquifère de Témara occupent une place importante dans l'alimentation en eau de la ville.. L'oued Bouregreg facilite également l'alimentation en eau de Salé grâce au barrage Sidi Mohammed ben Abdellah qui est construit dessus. Il a été édifié en 1974 dans le but de mobiliser les eaux des bassins versants des Oueds Bouregreg et de ses affluents.. Le barrage régularise d'eau potable, dont plus de pour l'agglomération de Rabat-Salé..

Climat Le climat de Salé est de type méditerranéen à influence océanique. La ville appartient au domaine bioclimatique sub-humide.. La moyenne des précipitations s'établit à environ .. La saison pluvieuse s’étale d’octobre à mars et la saison sèche d’avril à septembre. Il y a 70 à par an concernés par des précipitations.

L’influence modératrice de la masse océanique se traduit par des températures moyennes de l’ordre de pour les mois les plus froids et de pour les mois les plus chauds. Le gel est plutôt rare. La température la plus basse jamais atteinte est de alors que la plus haute dépasse les ..

Du fait de la proximité géographique de Salé et de Rabat, les données climatiques présentées sont celles de cette dernière.

Histoire

Préhistoire, Antiquité puis islamisation vignette|alt=Carte géographique de l'Empire romain au en 116|Position de la Maurétanie Tingitane dans l'Empire romain. vignette|alt=Stèle datant de l'époque romaine avec des écritures capitales romaine|Stèle romaine visible au Chellah. L'embouchure du Bouregreg est peuplée depuis des millénaires. Les fouilles archéologiques lancées dans les années 1950 et 1960. en font remonter le peuplement aux périodes paléolithique et néolithique grâce à la découverte de squelettes et de traces de cultures et cailloux préhistoriques. Une lampe à huile datant du retrouvée à Chellah est une preuve de la présence d'une civilisation. Cela en fait la première ville du Maroc. Tout comme Lixus et Mogador, Chellah a également été peuplée par les Phéniciens. Au-dessus du site phénicien se trouvent les ruines de , une cité frontière importante dans la province romaine de la Maurétanie Tingitane.. D'après l'historien et archéologue Mohamed es-Semmar, la première présence remonte à , selon les vestiges découverts dans les grottes Dar Sultan, Harhoura et des Contrebandiers.

Dans le cadre des premiers périples de colonisation, on sait qu'un comptoir phénicien fut fondé, vraisemblablement au , sur la rive gauche du Bouregreg. Sous la domination Carthaginoise, le comptoir continua de prospérer.. À l'arrivée des Romains, un port et une cité, Sala Colonia, furent établis sur la rive de Rabat. La cité prit place à l'emplacement de l'ancien comptoir phénicien au .. Tout d'abord cité pérégrine, puis municipe, Sala Colonia fut progressivement une colonie à part entière.. La nécropole mérinide du Chellah fut construite en 1339 à l'emplacement de la cité antique, ce qu'attestent les nombreux vestiges qui y ont été découverts..

Au de notre ère, Pline l'Ancien décrivait Sala comme infestée d'éléphants et de barbares. Les Vandales passèrent par Sala au mettant fin à l'influence romaine lors des Grandes invasions. Cependant, hormis Chellah, tous les établissements romains ont été détruits, ce qui ne permet pas d'étayer par l'archéologie les hypothèses des historiens.

Salé resta sous domination byzantine jusqu'à la conquête du commandant musulman Oqba Ibn Nafi Al Fihri en 682. Par la suite, la population locale se convertit à l'Islam mais apostasia un an plus tard à la suite de la mort du co mmandant. En 709, le général musulman Moussa Ibn Noçaïr reconquit le Maghreb et les tribus berbères se convertirent de nouveau à l'Islam..

Fondation et âge d'or islamique