Glozel est un hameau de la commune de Ferrières-sur-Sichon, situé dans le sud-est de l'Allier, au nord du Massif central, à une trentaine de kilomètres de VichyGlozel est un dérivé du mot « clos » : le nom s'écrit aussi Clozel ou encore Clozet. Dans la montagne bourbonnaise, le « c » se prononce « g ». Voir ., dans la Montagne bourbonnaise.
En 1924 y fut découvert un ensemble d'objets, datés dans un premier temps de la préhistoire mais dont l'authenticité fut rapidement contestée. Il s'agit de pierres taillées, de poteries, d'ossements, de fragments de verre, et surtout de tablettes de céramique faisant remonter à la fin de la dernière glaciation, la date d'apparition de l'écriture. Ces vestiges furent à l'origine, entre 1927 et 1932, d'une vive controverse qui divisa la communauté scientifique en « glozéliens » et « anti-glozéliens ». Le rapport d'expertise effectué en 1928 par l'Identité judiciaire conclut à une supercherie flagrante : haches néolithiques polies à la meule, tablettes gravées contenant des poils de laine et de coton teints à l'aide de colorants modernes, trouvaille, dans le grenier des inventeurs, d'une préparation identique à l'enduit des tablettesGabriel Gohau, compte rendu de Jean-Pierre Adam, « L'archéologie devant l'imposture », 1975, In: Raison présente, , avril–mai–juin 1976, Mythologies et politique, .. Les fouilles de Glozel furent suspendues dans les années 1930.
En 1974, des scientifiques danois, écossais et français publièrent les résultats de datation de plusieurs céramiques de Glozel par thermoluminescence : résultat surprenant, la plupart des dates de cuisson étaient comprises entre 700 avant J.-C. et 100 après J.-C.
Après de nouvelles analyses et datations, le ministère de la Culture a rendu public en 1995 un rapport qui estime que le site date principalement de l'époque médiévale, tout en comptant de nombreux objets datant de l'âge du fer. Le rapport conclut également que le site a été surchargé, à une date indéterminée, de contrefaçons dont les auteurs demeurent inconnus.
Chronologie Découverte
Les premières trouvailles sont le fait du jeune Émile Fradin, alors âgé de , et de son grand-père Claude Fradin, alors qu'ils défrichent le champ DuranthonLes anciens propriétaires du « champ Duranthon » avaient également découvert des briques et des poteries en défrichant le secteur pour en faire un champ, entre les années 1892 et 1893. Ces objets avaient toutefois été considérés sans intérêt (source : le Mercure de France du juillet 1926)., surnommé plus tard « le Champ des Morts ». Le pied de l'une des vaches tirant la charrue s'enfonce dans une cavité. Libérant la vache, les Fradin découvrent une fosse dont les parois sont revêtues de briques et dont le sol est couvert de dalles d'argile. La fosse contient des ossements, des instruments en pierre ou en os et des fragments de céramique.
Les voisins commencent à fouiller aux alentours ou viennent voir les étonnantes trouvailles, beaucoup rapportent des objets chez eux.
Adrienne Picandet, l'institutrice du village, entend bientôt parler de la découverte et se rend sur place. Elle informe l'Inspection d'Académie ; la Société d'émulation du Bourbonnais et la Société bourbonnaise des études locales sont prévenues au mois de juin 1924.
Début juillet, la Société d'émulation du Bourbonnais dépêche sur place Benoît Clément, l'instituteur de la commune voisine de La Guillermie. Celui-ci commence à fouiller de manière peu orthodoxe, aidé du procureur Joseph Viple, utilisant parfois la pioche et détruisant la première fosse. Les deux hommes emportent nombre d'objets avec eux. Après quelques semaines, Viple affirme aux Fradin que les objets sont sans intérêt et qu'il vaut mieux remettre en culture le champ ; ceux-ci s'exécutent.
En janvier 1925, Clément s'attribue la découverte du site, en particulier celle d'une tablette comportant des signes inconnus dans une lettre envoyée à la Société d'émulation du Bourbonnais. Il demande une subvention de pour réaliser des fouilles plus organisées à Glozel, mais un refus lui est signifié et publié dans le numéro de janvier-février 1925 du bulletin de la Société.
À la lecture d'un article afférant au site, le docteur Antonin Morlet, médecin de Vichy féru d'archéologie, prend connaissance de la découverte. Il contacte la famille Fradin et il obtient par contrat l'autorisation d'entreprendre, à son compte, les premières fouilles officielles. Le site est rebaptisé le « Champ des morts » car on y retrouve des ossements humains. Le docteur Morlet devient avec Émile Fradin l'un des plus fervents défenseurs du site de Glozel.
Morlet se rend chez Clément où il découvre des objets fascinants. Les deux hommes visitent, en avril 1925, le champ où ont été trouvés les objets. Morlet, spécialiste de l'époque gallo-romaine, estime que les objets de Glozel ne datent pas de l'Antiquité mais sont beaucoup plus anciens, peut-être magdaléniens (présence de harpons en os, de gravures représentant des rennes, etc.). Il décide de financer lui-même de nouvelles fouilles et propose de louer le champ des Fradin pour par an en leur laissant la propriété de tous les vestiges mis au jour.
Premières fouilles Les fouilles de Morlet commencent en mai 1925 et se poursuivent jusqu'en 1936. Il découvre des tablettes, des figurines, des outils de silex et d'os, des pierres gravées. De grands noms de l'archéologie viennent fouiller à Glozel à l'invitation de Morlet : Louis Capitan est le premier en juin 1925.
Dès septembre 1925, Morlet révise sa première attribution chronologique et publie un fascicule intitulé Nouvelle station néolithique et cosigné par Émile Fradin. Les premiers articles de presse relatifs à Glozel sont publiés dans Le Matin en octobre et dans le Mercure de France en décembre.
En deux années, le gisement livre environ très variées, dont une centaine de tablettes portant des signes inconnus, une quinzaine de tablettes avec des empreintes de mains, des idoles sexuées, des galets gravés, des objets en pierre taillée, en pierre polie, en céramique, en verre, en os et en bois de cervidés.
Premières controverses Rapidement, l'attribution du site au Néolithique est contestée dans la communauté scientifique. Pour Morlet, il s'agit de la seule attribution envisageable mais il est confronté à la diversité des objets trouvés : une partie des gravures présentes sur les galets et des objets en os et en ivoire évoque vaguement le Magdalénien, soit la fin du Paléolithique supérieur, mais les techniques employées évoquent le Néolithique. Pour Morlet, Glozel correspond à la transition entre ces deux périodes mais on sait déjà à l'époque qu'elles sont séparées par plusieurs millénaires.
Certaines découvertes sont particulièrement problématiques car elles comportent des anachronismes. C'est le cas d'un galet portant une gravure de renne accompagnée de signes considérés comme alphabétiques : or le renne a disparu de ces régions à la fin du Paléolithique supérieur, environ av. J.-C., tandis que les plus anciennes traces d'écriture datent d'environ av. J.-C. et proviennent du Moyen-Orient. Les signes de Glozel sont comparables à ceux de l'alphabet phénicien, fixé vers av. J.-C., ou à ceux de l'alphabet ibérique qui en dérive.
Morlet publie un article évoquant un alphabet néolithique en avril 1926. Pour lui, il ne fait aucun doute que les auteurs des objets découverts à Glozel avaient développé un système d'écriture très nettement antérieur à celui des Phéniciens. Ses découvertes remettent en cause l'apparition de l'écriture au Moyen-Orient et en font une invention européenne.
vignette|300px|A. Morlet (à gauche) et les membres de la Commission internationale à Glozel, en 1927 (de gauche à droite : D. Peyrony, D. Garrod, J. Hamal-Nandrin, R. Forrer, P.-M. Favret et P. Bosch Gimpera). 300px|vignette|Les membres de la Commission internationale examinant une brique, en novembre 1927. De gauche à droite : P.-M. Favret, R. Forrer, J. Hamal-Nandrin, A. Morlet, D. Garrod et P. Bosch Gimpera. 300px|vignette|Émile Fradin lors d'un procès.
La communauté scientifique, suivie bientôt du grand public, se divise en camps antagonistes, d'un côté les « glozéliens », de l'autre les « anti-glozéliens ». Le milieu universitaire français accueille avec scepticisme le rapport de 1925, cosigné par un amateur et un jeune agriculteur. Morlet invite un certain nombre d'archéologues à visiter le site en 1926, notamment Salomon Reinach, conservateur du Musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye, qui vient y fouiller pendant trois jours. Reinach prend position en faveur de l'authenticité du site dans une communication à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. De même, le célèbre archéologue Henri Breuil fouille avec Morlet et porte un jugement favorableDans le Mercure de France du décembre 1926, Henri Breuil publie une longue lettre au Morlet et à E. Fradin, où il leur « renouvelle chaleureusement ses félicitations pour services inappréciables rendus à la science préhistorique en général, et à la préhistoire de notre pays en particulier »., avant de prendre position contre l'authenticité des vestiges de Glozel. La fraude est aussi dénoncée par André Vayson de Pradenne qui apporte certains des arguments les plus convaincants : il retrouve notamment, dans des publications de vulgarisation scientifique, des gravures préhistoriques qu'il considère comme les modèles du faussaire.
La Commission internationale Lors du congrès de l'Institut international d'anthropologie à Amsterdam, tenu en septembre 1927, Glozel est le sujet d'une vive polémique. L'institut nomme une « Commission internationale » afin de réaliser de nouvelles recherches. Elle arrive à Glozel le . Elle est présidée par Gimpera et comprend , , Nandrin, , et . Pendant leur brève campagne de fouilles de trois jours, de nombreux curieux les observent. Dans son rapport de décembre 1927, la commission retient quelques pièces en silex et en céramique comme authentiques mais n'exclut pas que des objets anciens aient été introduits dans le gisement. Elle conclut à « la non ancienneté de l'ensemble des documents qu'elle a pu étudier à Glozel »Cf. Stéphane Foucart, Vrais et faux mystères à Glozel, dans Le Monde, 26 décembre 2007.. René Dussaud, conservateur au musée du Louvre, conclut à une supercherieDans ..
Démêlés judiciaires René Dussaud, conservateur du Musée du Louvre et épigraphiste célèbre, accuse Émile Fradin de contrefaçon. Le , Fradin intente un procès pour diffamation à l'encontre de Dussaud.
Félix Regnault, alors président de la Société préhistorique française, visite Glozel le 24 février. Après une brève visite au petit musée installé dans la ferme des Fradin, il porte plainte contre X pour escroquerie au prétexte qu'un prix de est exigé pour voir des pièces qu'il considère comme fausses. Le jour suivant, accompagnée de Regnault, la police fouille le musée et saisit trois caisses de vestiges. Le 28 février, le procès de Fradin contre Dussaud est reporté en raison de l'inculpation de Fradin à la suite de l'accusation de Regnault.
Un nouveau groupe d'archéologues français et étrangers réuni par Morlet, appelé « Comité d'études », fouille du 12 au 14 avril 1928carte postale de l'époque sur la base Joconde. : il comprend notamment Salomon Reinach, Auguste Audollent, Charles Depéret. Ces chercheurs découvrent de nouveaux vestiges analogues à ceux des collections Morlet et Fradin et concluent à l'authenticité du site, attribué au Néolithique.