La première intifada, appelée également guerre des pierres, désigne la période de conflit entre les Palestiniens des territoires occupés et Israël, qui s'étend du à la signature des accords d'Oslo en 1993.
Elle est marquée par le soulèvement de la population palestinienne et est caractérisée par des émeutes violentes et par la répression de l'armée israélienne. Elle est accompagnée par des attentats contre la population israélienne et par des conflits entre factions palestiniennes.
Casus belli Le , un Israélien est poignardé. Le , un camion israélien rentre dans une voiture palestinienne tuant les quatre passagers palestiniens au checkpoint d'Erez. La radio diffuse la nouvelle sans insister car il s'agit d'un accident. Une rumeur fait surface selon laquelle il s'agit d'un acte de vengeance commis par un parent de l'Israélien poignardé deux jours plus tôt. Les Palestiniens y voient un accident provoqué intentionnellement et un meurtre préméditéHistoire de l'autre, p. 69..
Le lendemain, pendant les funérailles des victimes, la foule s'en prend à une position militaire de Tsahal au camp de réfugiés de Jabaliya en lançant des pierres et des cocktails Molotov. Des coups de feu sont tirés par les soldats mais cela n'a aucun effet sur la foule. Des renforts sont appelés mais ceux-ci se retrouvent sous un déluge de pierres et de cocktails Molotov. Cet événement est considéré comme le début de la première Intifada. Cependant, celle-ci est le résultat de l'accumulation de plusieurs facteurs.
Sous-estimation Plusieurs officiers de la compagnie de Jabaliya se réunissent à l'avant-poste attaqué. Les réservistes, impressionnés par l'intensité de l'émeute, demandent du renfort mais le commandement du secteur répond : et ajoute : . Aucun renfort n'est alors réclamé et aucun couvre-feu n'est instauré.
Mais le lendemain, les troubles recommencent. La majorité des résidents ne se rendent pas au travail et les étudiants de l'université islamique de Gaza parcourent les rues pour appeler la population à la révolte. Pour disperser la foule, les soldats sortent pour faire étalage de leur force mais ils se retrouvent sous une pluie de pierres accompagnées par des huées de la foule. Quelques jeunes Palestiniens grimpent sur les camions militaires. Les chauffeurs effrayés accélèrent pour tenter de les semer.
Le gaz lacrymogène est utilisé à plusieurs reprises sans effet pour disperser la foule. Trois cocktails Molotov sont jetés par les Palestiniens ; deux atteignent leur cible et incendient un véhicule militaire. Ofer, le lieutenant de la compagnie de Jabaliya, ordonne alors de tirer dans les jambes de tous ceux qui s'approchent puisque les rafales en l'air ne réussissent pas à disperser la foule. Deux heures plus tard, Yitzhak Mordechai, commandant de la région Sud, arrive à l'avant-poste de Jabaliya et suspend le lieutenant Ofer sur le champ car il est convaincu que cet affrontement dans la rue est à l'origine des troubles dans la bande de Gaza.
Réaction politique israélienne Au troisième jour de l’Intifada, le , Yitzhak Rabin, ministre israélien de la Défense à l'époque, s'envole pour New York et ne prend aucune mesure pour calmer l'Intifada. C'est Yitzhak Shamir qui occupe les fonctions de ministre de la Défense pendant l'absence de Rabin, alors qu'il n'a jamais occupé ce poste, et le chef d'état-major, relativement nouveau à son poste, qui n'a jamais eu à s'occuper de troubles palestiniens, qui sont à la décision, ce qui permet à l'Intifada de s'étendre en Cisjordanie. Arrivé à New York, le secrétaire américain de la Défense, Frank Charles Carlucci III, aborde le sujet brièvement, ce qui constitue une preuve pour la délégation israélienne que ce qui se passe dans les territoires n'a pas d'importance et à cela s'ajoute le fait que l'équipe chargée de communiquer à Rabin tous les développements significatifs est inexpérimentée. Rabin ne prête donc pas attention à ce qui se passe dans les territoires occupés et s'occupe plutôt des négociations portant sur l'achat d'équipements militaires. De plus, aucun responsable de la sécurité n'imagine un soulèvement palestinien d'une grande ampleur. Dès son retour, Rabin commet une erreur flagrante aux yeux des observateurs : il organise une conférence de presse dans l'aéroport et affirme que l'Iran et la Syrie, les deux plus grands ennemis d'Israël, se trouvent derrière l'Intifada. Ces propos sont non seulement éloignés de la vérité mais ils vont aussi à l'encontre de ceux de Yitzhak Shamir qui accuse l'OLP d'en être responsable. Les experts des services de renseignement sont également d'accord pour dire que le soulèvement est un mouvement spontané né sur place et que, ni la Syrie, ni l'Iran, ni l'OLP ne sont à l'origine de cette révolte.
Raisons antérieures L'Intifada n'est pas le résultat de la seule mort des quatre Palestiniens mais elle naît de l'accumulation de plusieurs facteurs :
Sur le plan social, la population vit mal l'occupation israélienne. Après la guerre des Six Jours de 1967, le marché du travail israélien s'ouvre aux Palestiniens, permettant l'essor de l'économie locale et l'élévation du niveau de vieHistoire de l'autre, p. 63.. Toutefois, cette situation ne dure pas longtemps, les Palestiniens étant sujets à des humiliations quotidiennes, tandis que les conditions de travail se dégradent. Pour le même travail, ils sont payés deux fois moins que leurs collègues israéliens, de plus, ils ont besoin d'autorisations difficiles à obtenir pour se déplacer et travailler. Enfin, des fouilles quotidiennes sont effectuées même dans leurs domiciles.
Sur le plan territorial, Jérusalem est réunifiée par Israël et est déclarée sa capitale « éternelle et indivisible ». L'accès à l'esplanade du Temple. et aux lieux saints musulmans est réglementé. Des terres sont annexées pour assurer le statut de Jérusalem comme capitale indivisible et pour créer des colonies qui ont pour but de garantir des frontières sûres. Les sources d'eau de la bande de Gaza et de la Cisjordanie sont détournées au profit des colonies israéliennes et au détriment des PalestiniensHistoire de l'autre, p. 73..
Sur le plan politique, la direction palestinienne en exil est accusée de ne pas prendre suffisamment en compte les besoins de la population. La politique de l'OLP à Tunis repose sur la création d'un axe Le Caire-Amman pour assurer la sécurité de Yasser Arafat, ce qui ne règle pas les problèmes des Palestiniens ou même des réfugiés
Sur le plan international, les Palestiniens sont confrontés au désintéressement progressif des chefs d'État arabes pour leur cause. Lors des sommets de la Ligue arabe, la question palestinienne est classée en bas de la liste des priorités. Même quand les dirigeants arabes s'intéressent à la question palestinienne, ils n'ont aucune solution à proposer.
Développement vignette|« Intifada, la rébellion des pierres », Mexico. L'Intifada se caractérise par une campagne de désobéissance civile et par des manifestations contre l'armée israélienne, avant de s'étendre rapidement à l'ensemble des territoires occupés et en Israël contre les civils israéliens, avec une diminution de la violence en 1991. Après Jabaliya, le vent de l'Intifada touche Khan Younès, al Bourej, Nuseirat et toute la bande de Gaza, avant de s'étendre en Cisjordanie. gauche|vignette|Barricade dans la bande de Gaza, 1987. Elle est notamment menée par des enfants et des adolescents qui s'attaquent en particulier aux soldats israéliens en jetant des pierres (souvent à l'aide de frondes), des engins explosifs improvisés (souvent des cocktails Molotov) et qui bloquent les routes avec des barricades (souvent de pneus incendiés). Des centaines de personnes se rassemblent (souvent autour des mosquées) et confrontent l'armée israélienne. Les haut-parleurs des villes sont utilisés pour appeler les habitants à manifester, des tracts sont distribués et des slogans sont placardés sur les façades des bâtiments, incitant à se retourner contre l'armée. Les tracts sont généralement distribués à la mosquée pendant les heures de prière par des enfants de six ou sept ans ou sont affichés à l'entrée. Une autre méthode consistait à les jeter par paquets des fenêtres des voitures avant le lever du jour ou à les glisser sous les portes, les placarder sur les poteaux de téléphone.
Israël déploie quelque soldats en réponse et est critiqué pour les mesures qui incluaient au départ l'utilisation de balles réelles. D'autres accusent Israël de tortures physiques, de déportations, d'arrestations sans procès, de fermer des universités, des sanctions économiques et du développement des implantations israéliennes dans les territoires occupés.
Un rapport parlementaire israélien de 1997, rédigé sous la direction de (juge à la Cour suprême de 1977 à 1987, puis élue à la Knesset contrôleur d'État), montre que le Shabak, le service de contre-espionnage, continua à utiliser des méthodes d'interrogation assimilable à la torture après le rapport de la de 1987, décrites comme allant bien au-delà des « pressions physiques modérées » acceptées par celui-ci, et ce, en particulier lors de la première Intifada, entre 1988 et 1992« Israel admits torture », BBC, 9 février 2000.. Soumis à un sous-comité d'intelligence du Parlement, le rapport est gardé secret jusqu'en 2001, c'est-à-dire deux ans après l'arrêt de la Cour suprême dans l'affaire Comité public contre la torture en Israël, qui aboutit à interdire ex ante l'usage de toute forme de torture.
En , la Cour suprême ordonne d'abord une injonction immédiate de suspension d'un processus de déportation de 415 opposants islamistes palestiniens des Territoires palestiniens occupés au Liban, ordonné par le gouvernement d'Yitzhak Rabin. Mais elle légitime finalement ex post facto l'expulsionNimer Sultany, « The Legacy of Justice Aharon Barak: A Critical Review », 48 Harvard International Law Journal Online 83 (2007)..
L'armée israélienne sous-estime l'ampleur de la révolte populaire des PalestiniensLa première intifada Medea (consulté le 17 janvier 2007)., et l'armée n'était pas prête à affronter des grandes manifestations. L'image de soldats se trouvant encerclés par des enfants, des hommes et des femmes armés de pierres est répandueHistoire de l'autre, p. 70.. L'armée adopte, dans un premier temps, une politique militaire répressive selon Zeev Schiff et Ehud Yaari :
Les images d'enfants palestiniens battus (voire tués) par les forces de l'ordre israéliennes pour avoir jeté des pierres, amplement diffusées par les médias nationaux et étrangers, alimentent un courant de sympathie à l'égard des Palestiniens que Yasser Arafat sait utiliser pour faire progresser sa cause. Elle entraîne un cycle infernal de représailles de la part de Tsahal que suivent de nouvelles émeutes. Des grèves sont également organisées, ainsi que des mouvements de boycott.
En Israël, la poursuite de l'Intifada renforce l'opposition entre les partisans d'un règlement pacifique de la question palestinienne et les opposants à toute concession faite aux Palestiniens.
Rôle des femmes vignette|240px|Deux femmes palestiniennes et un policier israélien à Jérusalem, 2004.
Contrairement aux autres soulèvements, les femmes jouent un rôle important dans la première Intifada, n'hésitant pas à affronter l'armée israélienne et à s'engager en faveur de la cause palestinienneStéphanie Latte Abdallah, « Incarcération des femmes palestiniennes et engagement (1967-2009) », Le mouvement social, n° 231, avril-juin 2010, pp. 9-27.. Leur participation dans les villes est plus forte que dans les villages. Ce phénomène est dû à la structure patriarcale, très importante dans les milieux ruraux, maintenant les femmes hors des espaces publics. Leur engagement progressif était palpable sur le terrain : les femmes représentent un tiers de la totalité des victimesUne terre pour deux peuples, p. 257..