Les Zouaves (ou Zouawes) sont des unités françaises d'infanterie légère appartenant à l'Armée d'Afrique, ayant existé de 1830 à 1962.
Ce terme est issu du mot berbère "Azwaw" ou "Zwaw"https://www.academia.edu/127968601/Onomastique_du_nom_Azwaw_Izwawen, qui signifie "Fantassin", l'ancien nom du peuple berbère kabyle, parfois, toujours employé par les autres peuples berbères pour les désigner. Le corps des Zouaves est créé lors de la conquête de l'Algérie en 1830 parmi les locaux. Toutefois face au succès mitigé du recrutement indigène et leurs désertions, les zouaves deviennent des unités mixtes (incluant Français et locaux) dès 1831, avec une majorité d'Européens. À partir de 1842, leur recrutement est exclusivement européen mais redevient mixte de novembre 1942 à mai 1945Anthony Clayton, Histoire de l'Armée française en Afrique 1830-1962, Albin Michel, 1994, ., après la reformation de l'armée française en Afrique du Nord. Lamoricière, qui a organisé les premières unités, est considéré comme le « père des zouaves ».. « Légendes de l'armée d'Afrique », les zouaves sont souvent associés à l'image des batailles du Second Empire et connus pour leur uniforme singulier.
Les régiments de zouaves sont avec les régiments de tirailleurs algériens parmi les plus décorés de l'armée françaiseLes régiments de l'armée française les plus décorés sont le régiment d'infanterie coloniale du Maroc (RICM) et le régiment de marche de la Légion étrangère suivi par les régiments de zouaves et ceux de tirailleurs algériens, source : Les troupes coloniales dans la Grande Guerre: actes du colloque organisé pour le de la bataille de Verdun, IHCC-CNSV, 1997, .. Ils sont familièrement appelés les zouzousJules de Cuverville, Armée, marine, colonies, Volume 2, 1902, .Bernard Cabiro, Sous le béret vert, chapitre III, Plon, Paris, 1987.. D'autres pays ont créé, pour des durées plus brèves, des unités de zouaves avant (Empire ottoman) ou sur le modèle des troupes de l'armée française : les États-Unis pendant la guerre de Sécession (1861–1865) et le Brésil pendant la guerre du Paraguay (1865–1870) ainsi que les États pontificaux.
Origine du terme « zouave » Selon l'opinion la plus répandue, Anthony Clayton, Histoire de l'Armée française en Afrique 1830-1962, Albin Michel, 1994, p. 512., le mot zouave est tiré du terme Zouaoua, nom d’une confédération tribale kabyle du Djurdjura...
De ce que les zouaves portaient le nom d'un ancien corps kabyle, il ne faudrait pas conclure que l'effectif en était composé de Kabyles ; ceux-ci, au contraire, y étaient en petit nombre. Les indigènes de la plaine, les Maures, les Kouloughlis, etc., participèrent à la nouvelle formation. À ces indigènes vinrent se mêler un grand nombre de Français. Le gouvernement de Juillet venait d'envoyer à Alger les volontaires parisiens et les bataillons de la charte. Les uns entrèrent aux zouaves, et les autres formèrent le de ligne.
Le , le commandant en chef de l'expédition, le comte de Bourmont, sur les conseils du colonel Alfred d'Aubignosc, procède au recrutement des 500 premiers zouaves à partir du contingent qui a servi l'Empire ottoman. Son successeur, le général Clauzel, annonce le dans une lettre au général Gérard, ministre de la guerre, la formation d'un « corps d'Arabes zouaves ».
Quentin Chazaud définit leur origine en ces termes : Toutefois Marcel Emerit précise que si le mot , le terme était utilisé avant 1830. Il cite un document daté de 1623 qui traite de la population de la ville d'Alger dans lequel on peut lire : . Selon lui la forme française « zouave » existait donc déjà bien avant 1830 et Lettre de Guillermy à C. N. Fabri de Peiresc: Nombre du peuple et abitans de la Ville d'Alger (1623) citée par Marcel Emerit, « L'origine du mot "zouave" » in Bulletin des Études Arabes, sept. oct. 1942, p. 146.Cité par Jacques Lanfry, « Les Zwawa (Igawawen) d'Algérie centrale (essai onomastique et ethnographique) » in Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, année 1978, n°26, pp. 75-101. En ligne..
Selon une autre opinion, celle d'un interprète militaire de Tlemcen, le substantif masculin « zouave », prononcé , est emprunté à l'arabe algérien, adjectif verbal du verbe « zahafa » qui signifie ramper, évoquant l’idée du tirailleur se déplaçant à l’abri des regards indiscrets, dont le gérondif est zouaf. Toutefois selon l'amicale des anciens du il s'agit d'une , Bulletin N°45 juin 2011, Amicale des anciens du , ..
Histoire des zouaves français
Conquête de l'Algérie En juin 1830, l'armée française débarque à Sidi-Ferruch et, après la bataille de Staoueli suivie de la prise du fort de l'Empereur, obtient la reddition d'Alger le , l'antique métropole des pirates barbaresques.
Le , le commandant en chef de l'expédition, le comte de Bourmont, sur les conseils du colonel Alfred d'Aubignosc, procède au recrutement des zouaves à partir du contingent qui a servi l'Empire ottoman. Son successeur, le général Clauzel, annonce le dans une lettre au général Gérard, ministre de la guerre, la formation d'un « corps d'Arabes zouaves »Lettre du général Clauzel au général Gérard le 8 septembre 1830 : , général Paul Azan, L'armée d'Afrique de 1830 à 1852, Plon, 1936, . En ligne.« Clauzel forme un corps d’Arabes zouaves (8 septembre) », Inventaire de l'Algérie 1830-1940, SHD, côte 1H4, p. 21. et prescrit, par arrêté du , l'organisation, sous le nom de Zouaves, de deux bataillons, placés sous les ordres des capitaines Duvivier et Maumet, formant corps et composés de de . Les officiers, sous-officiers et caporaux sont choisis parmi les volontaires de toutes armes du corps expéditionnaire et les militaires qui ont combattu avec les Grecs et viennent chercher de nouvelles aventures en Algérie. Les soldats doivent être tous indigènes. Ce recrutement n'allant pas rapidement, le général grossit l'effectif en y incorporant les volontaires de la Charte et en autorisant l'enrôlement d'étrangersHistoire de l'infanterie en France de Victor Louis Jean François Belhomme, Vol. 5 ..
Le recrutement est divers, au début 404 hommes, soldats et gradés sont recrutés parmi les locaux : des Turcs, des Noirs, des individus originaires de Blida, de la Kabylie, de Tunis et du Maroc et quatre ou cinq Espagnols. Très vite ce recrutement local s'effrite : en pour un effectif de 477 personnes on compte 400 absents pour le deuxième bataillon. Pour le premier bataillon la situation n'est guère plus brillante avec un manque d'effectif de 237 hommes, qui ne seront pas recruté six mois après sa formation. Sur les 100 premiers indigènes recrutés seuls 53 sont encore présents le . En 1831, 22 hommes parmi ceux qui restent vont déserter. Sur 15 mois, on compte 46% de déserteurs parmi l'effectif. Les commandants de bataillon, selon leur personnalité, vont tenter des approches différentes pour pallier ce problème : le premier le commandant Kolb, tente de , alors que le commandant Duvivier, tente de et se rend la langue arabe familière pour se rapprocher de ses troupes. Dès 1833, les bataillons de Zouaves comprennent des recrues européennes, en 1835, si le recrutement indigène en valeur absolue, il diminue en valeur relative avec un recrutement plus importants d'Européens.
Les débris des Zouaouas qui avaient été au service du Dey d'Alger ainsi que des Arabes, des Maures, des Koulouglis rejoignent le corps des zouaves. Quoique le recrutement soit mixte, les soldes sont identiques pour les indigènes et pour les Français. Une tentative d'incorporer des « volontaires parisiens » se solde par un échec et ces volontaires forment ensuite le d'infanterie.
vignette|left|Revue des zouaves et des chasseurs algériens (zouaves à cheval) commandés par le capitaine Marey, en août 1831, par François d'Orléans, prince de Joinville et le général Feuchères.|357x357px L'ordonnance royale du confirme cette formation ainsi que celle de deux escadrons de zouaves à cheval, sous la dénomination de « chasseurs algériens », dont le premier commandant est le capitaine Marey-Monge, Revue internationale d’histoire militaire, volume 4, numéros 13-16, 1953, p. 71. En ligne., formation éphémère intégrée dès aux chasseurs d'Afrique.
D' à , ils combattent le bey de Tittery et occupent Blida et Médéa. Leur premier succès remarqué a lieu le au col de Mouzaïa, lorsqu'ils couvrent la retraite de la garnison de Médéa.
Après l’euphorie des débuts (égalité de traitement entre indigènes et Français), pour certains, deux erreurs majeures empêchèrent le développement normal du corps des zouaves. En effet, les capacités de recrutement en indigènes de la région d’Alger auraient été largement surestimées, et plus grave encore, aucun des cadres français n'aurait pensé à l’adaptation à l’activité militaire d'indigènes ayant d’autres habitudes de vie et une autre religion. Ceci provoque l'ordonnance du qui dissout les deux bataillons pour en créer un seul (environ ), commandé par Lamoricière (entré au corps des zouaves comme capitaine le ), toujours mixte, à dix compagnies, dont huit compagnies indigènes et deux entièrement françaises, mais avec des conditions de recrutement désormais plus strictes pour les Indigènes (durée du service…). Ainsi on peut accroître le recrutement parmi les Français qui se sont installés à Alger. Les résultats ne se font pas attendre et, dès , un deuxième bataillon mixte est levé, formant un régiment placé sous le commandement de Lamoricière. Un troisième bataillon est créé en 1837.
Les zouaves de Lamoricière se distinguent ensuite lors du siège de Constantine du 10 au .
vignette|Sergent de zouaves en 1846.|307x307px
Le , le colonel Lamoricière est promu maréchal de camp. Le colonel Cavaignac prend le commandement des zouaves.
L'ordonnance du , qui réorganise la composition de l'Armée française, indique la formation d’un régiment de zouaves formé de trois bataillons de neuf compagnies constitués dorénavant presque exclusivement (seule subsiste une compagnie indigène par bataillon) de métropolitains et de Français d'Afrique du Nord avec une forte minorité de Juifs algériens (souvent près d'un quart) pour un effectif d'environ Philippe E. Landau, Les Juifs de France et la Grande Guerre : un patriotisme républicain, 1914-1941, CNRS, 1999, .. Cette ordonnance reçoit son effet en . Le colonel Cavaignac, déjà à la tête du corps depuis , devient le commandant du régiment ; les trois chefs de bataillon sont Saint-Arnaud, d'Autemarre et Frémy. À la même période, les autochtones forment alors les tirailleurs algériens, les Turcos, créés par l'ordonnance du .
Le recrutement des Zouaves devient exclusivement européen et juif à partir de 1842.
Les zouaves se distinguent à nouveau lors de l'expédition de l'Ouarsenis (1842), à la bataille d'Isly (1844), et prennent Zaatcha en 1849.
Avant la création des trois premiers régiments en 1852, les premiers chefs de corps des zouaves auront été Duvivier et Maumet (1830), Lamoricière (1833), Cavaignac (1840), Ladmirault (1844), Canrobert (1848), d'Aurelle de Paladines (1850) et Bourbaki (1852)Ambroise Marie Robert Carteron, Historique sommaire du de zouaves, 1895, Charles-Lavauzelle, p. 107. En ligne..
Le , Louis-Napoléon signe un décret portant à trois le nombre de régiments de zouaves, chacun des trois bataillons existants formant le noyau des nouveaux régiments ainsi créés. Et pour les distinguer entre eux, une couleur est appliquée au tombeauUn tombeau ou tombô de veste est une sorte de fausse poche. Voir cet article du Musée de l'Armée qui se trouve aux Invalides à Paris https://basedescollections.musee-armee.fr/ark:/66008/37567 de la veste : ils sont de toutes les campagnes de la pacification en Algérie : prise de Laghouat (1852), expédition des Babors (1853), Kabylie (1857)., insurrection de 1871 le cantonne à Blidah, en Algérois, tombeau garance, commandé par le colonel Bourbaki ; le à Oran (caserne du Château Neuf) en Oranais, tombeau blanc, commandé par le colonel Vinoy ;