Han Wudi (, – 87 av. J.-C.), de son nom personnel Liu Che (劉徹), est le septième empereur de la dynastie Han de Chine, régnant à partir du 141 av. J.-C. et jusqu'à sa mort. Il est considéré, avec les empereurs Tang Taizong (dynastie Tang) et Kangxi (dynastie Qing) comme l'un des plus grands empereurs de l'histoire de la Chine.

Le règne de Wudi dure 54 ans, ce qui constitue un record qui ne sera battu que plus tard par Kangxi. Son règne est marqué par les importantes conquêtes territoriales de la dynastie Han, mais également par une réorganisation du gouvernement afin d'aboutir à un État fort et centralisé. Parmi les mesures prises dans ce sens, Wudi apporte une importance particulière à la promotion des doctrines confucianistes. D'un point de vue social et culturel, Wudi est connu pour ses innovations religieuses et son mécénat envers l'art poétique et l'art musical, incluant le développement du Bureau impérial de la musique pour le transformer en une entité prestigieuse. Son règne est également marqué par des contacts culturels avec l'Eurasie occidentale de plus en plus importants. Ainsi de nombreuses cultures agraires et d'autres objets sont introduits en Chine à cette époque.

En tant que conquérant, Wudi mène la Chine Han vers sa plus grande expansion. À son apogée, les frontières de l'empire s'étendent entre l'actuel Kirghizistan à l'ouest, la Corée à l'est et le nord du Vietnam au sud. Il parvient à repousser avec succès les nomades Xiongnu lors de leurs incessants raids au nord de la Chine et envoie son émissaire Zhang Qian en 139 av. J.-C. pour former une alliance avec les Yuezhi sur les terres de l'actuel Ouzbékistan. Ce rapprochement est le début de plusieurs missions menées en Asie centrale. Bien que les archives historiques ne décrivent pas Wudi comme bouddhiste mais plutôt comme un adepte du chamanisme, des échanges culturels ont pourtant lieu avec ces ambassades et il est fait mention sur les murs des grottes de Mogao de la réception de statues bouddhistes en provenance de l'Asie centrale.

Afin d'établir un État autocratique et centralisé, Wudi adopte les principes du confucianisme comme philosophie étatique et comme code éthique pour son empire. Il fonde également une école afin de former les futurs fonctionnaires aux classiques confucéens. Ces réformes ont un effet durable sur l'existence de la Chine impériale et une influence très importante sur les civilisations voisines.

Noms Han Wudi est né sous le nom de Liu Che (劉徹). Il s'agit d'un nom personnel uniquement destiné à l'usage familial mais pas de façon commune. L'utilisation du caractère Han (漢) en nommant l'empereur Wudi fait référence à la dynastie Han dont il fait partie. Son nom de famille est Liu (劉), un nom utilisé par la famille ou le clan régnant durant la dynastie Han et qui était le nom de Liu Bang, le fondateur de la dynastie, avant qu'il ne devienne l'empereur Han Gaozu. Le caractère Di (帝) est en fait un titre, puisqu'il signifie en Chinois Empereur. Le caractère Wu (武) signifie littéralement martial ou belliqueux, mais est également relié à une divinité particulière du panthéon de la religion chinoise historique à cette époque. La combinaison des caractères Wu et Di crée le nom Wudi, qui correspond au nom posthume de cet empereur, utilisé dans des buts historiques et religieux, comme lui offrir des hommages posthumes sur sa tombe.

Années de règne Une des innovations introduites par Wudi est le fait de changer de nom de règne après quelques années, s'il le juge de bon augure ou pour commémorer un évènement. Ainsi, une nouvelle pratique de désignation des années est mise en place. On parle de N année de l'année de [Nom règne de l'année] en fonction du nom de règne en vigueur.

Biographie Enfance Liu Che est le dixième fils de Liu Qi (劉啟), l'empereur Han Jingdi. Sa mère Wang Zhi (王娡) est initialement mariée à un roturier nommé Jin Wangsun (金王孫) et a une fille de ce mariage. Toutefois, sa mère Zang Er (臧兒) (une petite-fille de Zang Tu (臧荼), Prince de Yan sous l'empereur Han Gaozu) se fait dire par un devin que Wang Zhi et sa plus jeune sœur deviendront un jour extrêmement honorées. Elle a alors l'idée d'offrir ses filles au prince Liu Qi, qui n'est pas encore empereur, et de ce fait force Wang Zhi à divorcer. Après avoir été offerte à Liu Qi, Wang Zhi lui donne trois filles : les princesses Yangxin (陽信公主), Nangong (南宮公主) et Longlü (隆慮公主).

Le jour de l'accession au trône de Liu Qi sous le nom de Jingdi, après la mort de son père l'empereur Han Wendi en 156, Wang Zhi donne naissance à Liu Che et est ainsi promue au rang de consort pour avoir donné naissance à un prince royal. Durant sa grossesse, elle affirmait rêver qu'un fils tombait de son utérus. L'empereur Jingdi est extatique sur l'implication divine et fait du jeune Liu Che le Prince de Jiaodong (膠東王) en 153. Garçon intelligent, Liu Che est considéré comme le fils préféré de Jingdi et ce depuis son très jeune âge.

Accession au statut d'héritier La femme de Jingdi, l'impératrice Bo, est sans enfant. De ce fait, son fils aîné Liu Rong (劉榮), né de sa concubine favorite, dame Li (栗姬), est proclamé prince héritier en 153. Dame Li, croyant avec certitude que son fils va devenir empereur commence à devenir arrogante et intolérante. Elle est régulièrement en colère contre Jingdi en raison de sa jalousie envers les autres concubines. Son manque de tact va devenir une chance pour la consort Wang et le jeune Liu Che.

Lorsque la sœur aînée de Jingdi, Liu Piao (劉嫖), offre en mariage sa fille à Liu Rong, Dame Li refuse grossièrement la proposition. Elle se venge ainsi de Liu Piao qui a régulièrement introduit des concubines à Jingdi, détournant ainsi l'empereur de ses faveurs. La consort Wang, qui observe calmement et attend sa chance, s'empare de l'opportunité et offre de marier son fils mineur. Cette union n'est dans un premier temps pas acceptée par Jingdi à cause de l'importante différence d'âge. Toutefois, selon la fable pseudo-historique Hanwu Stories (漢武故事), durant un rassemblement royal, lorsque Liu Piao a tenu dans ses bras Liu Che âgé de 5 ans et lui a demandé s'il voulait épouser sa fille A'Jiao (阿嬌), le jeune prince s'est vanté de vouloir s'ils étaient mariés. Liu Piao utilise donc cette histoire pour convaincre Jingdi d'accepter le mariage arrangé. Ceci a inspiré la citation chinoise (金屋藏嬌), qui deviendra par la suite une manière de dire de façon ironique que l'on préfère une maîtresse à une femme.

Une fois le mariage arrangé scellé avec la consort Wang, Liu Piao commence à constamment déprécier Dame Li devant Jingdi. De plus en plus influencé par les propos de sa sœur, l'empereur décide de tester Dame Li. Il lui demande un jour si elle serait heureuse de s'occuper de ses autres enfants s'il décède, ce qu'elle refuse grossièrement. La réponse rend l'empereur en colère et inquiet sur le fait que si Liu Rong devient empereur et que Dame Li devient impératrice douairière, beaucoup de ses concubines risquent de subir le destin de la de la main de l'impératrice Lü. Liu Piao commence alors à vanter les mérites de son beau-fils et finit par convaincre Jingdi que Liu Che sera un meilleur héritier que Liu Rong. Saisissant l'opportunité, la consort Wang attaque Dame Li. Elle insinue à un ministre l'idée de conseiller officiellement à l'empereur Jingdi de nommer Dame Li au rang d'impératrice, puisque Liu Rong est déjà prince héritier. Jingdi, déjà convaincu que Dame Li ne doit pas devenir impératrice, enrage et pense que Dame Li est en train de conspirer avec les fonctionnaires du gouvernement. Il exécute le clan du ministre qui a transmis la proposition et démet Liu Rong du titre de Prince de Linjiang (臨江王). Ce dernier est ensuite exilé hors de la capitale en 150. Dame Li est dépouillée de ses titres et placée sous résidence surveillée. Elle meurt de dépression et de frustration peu de temps après. Liu Rong est arrêté deux ans plus tard pour saisie illégale de terres du sanctuaire impérial. Il se suicide durant sa détention.

Alors que l'impératrice Bo a été démise de son statut d'impératrice un an plus tôt en 151, Jingdi nomme finalement la Consort Wang au rang d'impératrice. Liu Che, âgé de 7 ans, devient désormais le fils aîné de l'impératrice et est nommé prince héritier en 149.

En 141, Jingdi décède et Liu Che accède au trône sous le nom de Wudi. Il n'a que 15 ans. Sa grand-mère, l'impératrice douairière Dou, devient la grande impératrice douairière et sa mère devient impératrice douairière Wang. Sa cousine aînée et femme devient officiellement l'impératrice Chen (陳皇后).

Début de règne La dynastie Han est jusqu'alors dirigée en suivant les principes taoïstes de l'idéologie Wu wei (無為而治), de la défense de la liberté économique et de la décentralisation du gouvernement. Une sage politique étrangère permet de maintenir une paix de jure avec les puissants Xiongnu au nord. Ces politiques sont importantes pour stimuler la reconstruction économique à la suite de la guerre civile post-dynastie Qin. Les politiques de non interventionnisme consistent à une perte de la régulation monétaire et du contrôle politique du gouvernement central, ce qui permet aux États vassaux féodaux de devenir dominants et indisciplinés. Cette situation prend son apogée avec la Rébellion des sept États durant le règne de l'empereur Jingdi. Les politiques menées conduisent également au creusement de l'écart entre la noblesse et les populations locales qui sont de plus en plus mises sous pression. Les dirigeants ne parviennent pas non plus à protéger les frontières Han contre les incursions nomades par le Nord. D'importants politiciens comme Jia Yi (賈誼) et Chao Cu (晁錯) ont rappelé la nécessité d'entreprendre d'importantes réformes politiques, mais ni l'empereur Han Wendi ni l'empereur Han Jingdi n'ont voulu engager de tels changements.

Contrairement à ces prédécesseurs, le jeune et vigoureux empereur Wudi souhaite faire évoluer les choses. En seulement une année, sous les conseils des érudits confucéens, Wudi lance une ambitieuse série de réformes connues sous le nom des Réformes Jianyuan (建元新政). Elles sont toutefois menacées par les intérêts des classes nobles existantes et sont rapidement défaites par sa grand-mère, la grande impératrice douairière Dou, qui possède le réel pouvoir politique à la cour. Les deux principaux soutiens nobles des réformes, Dou Ying (竇嬰) et Tian Fen (田蚡, le demi-frère de l'impératrice douairière Wang, se voient dépouillés de leurs positions. Leurs deux mentors, Wang Zang (王臧) et Zhao Wan (趙綰), sont destitués, arrêtés et forcés de se suicider en prison. L'empereur Wu, qui est maintenant privé de tout allié, est victime de conspirations visant à le jeter hors du trône.