266px|thumb|right|Boyard russe au .

Un boyard, ou boïar (en , boïaryne ; en , boïarine. ; en , boïla, ou , boliarine ; en ) est un aristocrate des pays orthodoxes non grecsDans les pays grecs, on parlait darchontes. d'Europe de l'Est : Ukraine, Biélorussie, Moldavie, Valachie, Transylvanie, Russie, Serbie, Bulgarie. Étymologiquement, le terme boyard prend son origine du terme boi qui signifie combatWaliszewski, Kazimierz, Ivan le Terrible, Paris, Plon, 1904, p. 9-13. . Bien que considérés comme des aristocrates, les boyards, avant le règne d' étaient fondamentalement reconnus comme de grands chefs militaires et des guerriersAudouard, Olympe, Voyage au pays des boyards: étude sur la Russie actuelle, [s.l.], Dentu, 1881, p. 388..

Généralités

Les boyards sont attestés dès la Rus' de Kiev mais étaient également présents dans les pays orthodoxes des Balkans, sous le nom de joupan ou ispán (, ; en grec : , tous dérivés du slavon жупънь : « maître de la terre »). À partir du , le terme de « boyard » s'étend également dans les principautés à majorité roumanophone de Transylvanie, de Moldavie et de Valachie (roumain boier), alors que dans les Balkans et dans le sud de l'actuelle Ukraine, cette classe aristocratique disparaît avec la conquête turque.

Si boyard ou ispán constituaient bien un titre nobiliaire, en revanche ni Князь (kniaz), ni voïvode, hospodar ou autre dignité de souveraineté et de gouvernance n'étaient des titres comme le sont archiduc, duc, marquis, comte ou baron, car ces dignités étaient en fait des offices où l'on était nommé ou révoqué, que l'on pouvait parfois acheter, et qui, dans certains pays (principautés roumaines) étaient électifs : le souverain était élu par le sfat domnesc (« conseil princier ») parmi les nobles qui s'y assemblaient. Toutefois, on peut considérer ces boyards comme de grandes figures majeures de l'époque, celles-ci qui se sont mérités des titres, de vastes terres et un pouvoir important. De plus, ces derniers bénéficiaient de grands privilèges et de droits leur offrant une certaine prétention que d'autres ne jouissaient pas.

Ordres de boyards

Il existait différents ordres de boyards depuis les malyïé boïarié (équivalant à des chevaliers ou des baronnets), jusqu'aux velikiïé boïarié (en roumain Boieri mari) qui composaient les familles souveraines des pays orthodoxes. À titre d'exemple, le miéstnitchestvo constitue un modèle de hiérarchisation féodal qui était primé à une certaine époque, notamment du . thumb|Noce dans une famille boyarde du , par Konstantin Makovski (1833). On peut citer par exemple les tsars de Russie, qui, depuis les premiers princes de Moscou, étaient devenus kniaz (prince ou duc), puis velikiï kniaz (grand-prince ou grand-duc) de Moscou avant de se proclamer « tsars de toutes les Russies ». Ou encore saint Irénarque, fils de boyard moldave.

Les ordres des boyards étaient moins endogames que leurs équivalents occidentaux, de même que la noblesse orthodoxe en général était beaucoup moins endogame par rapport aux roturiers. Les mariages entre membres de différentes classes, voire avec des roturiers, étaient fréquents, le moins noble ou roturier étant systématiquement élevé. Cette exogamie était davantage permise aux hommes qu'aux femmes : ainsi, la fille d'un velikiï kniaz devait faire un beau mariage en s'alliant à une autre famille puissante, alors qu'un fils, par exemple l'héritier dudit velikiï kniaz, pouvait tout à fait se marier à une roturière. C'est d'ailleurs le cas pour bon nombre de tsarines.

Les malyïé boïarié récemment anoblis étaient appelés barynes dans l'Empire russe, ce qui fut parfois improprement traduit en français par barons (ce titre n'étant apparu que sous Pierre le Grand qui mit par ailleurs fin à la « boyardise »).

Ukraine et Biélorussie Au , les boyards ruthènes détenaient un pouvoir important au sein de la société grâce au soutien militaire substantiel qu'ils accordaient aux princes de la Rus' de Kiev. En fait, leur pouvoir et leur prestige dépendent presque exclusivement des alliances qu'ils parviennent à tisser avec les seigneurs féodaux.

Les boyards occupaient les plus hautes fonctions de l'État et, par l'intermédiaire du conseil, au sein duquel le souverain jouissait de la seule autorité de primus inter pares, ils influençaient les décisions du prince. Ils recevaient ainsi un grand nombre de terres et, en tant que membres du conseil, étaient les plus hauts législateurs de la Ruthénie.

Après l'invasion mongole du , les boyards galiciens ont eu une grande influence et un grand pouvoir dans la vie du royaume de Rus' et ont souvent organisé des révoltes contre le prince, ce qui a joué un rôle important dans le déclin du royaume. Au , les boyards de Galicie ont été en partie incorporés à la noblesse polonaise de l'Ouest. Dans le grand-duché de Lituanie, la noblesse ruthène maintient son influence jusqu'au début de l'influence de la Pologne sur la Lituanie. Aux XIVe et XVe siècles, ceux qui n'ont pas réussi à acquérir le statut de noble ont participé à la formation de l'organisation militaire cosaque dans la partie méridionale de l'État polono-lituanien.

Russie impériale

La période des grands-ducs La classe des boyards prend de l'importance à partir de l'an 1000 dans les États orthodoxes, de la Serbie et de la Bulgarie à la Ruthénie, en passant par les voïvodats roumains du Bas-Danube. Lorsque la principauté de Moscou commence à rassembler les autres duchés russes, les tsars appuieront leur pouvoir sur les boyards.

Les réformes de Pierre le Grand Pierre I arriva au pouvoir après une situation inédite dans l'histoire russe. Il dut partager le pouvoir avec son demi-frère Ivan V pendant 14 ans avant de rester le seul tsar. Les deux princes étaient très jeunes (10 ans et 16 ans) à la mort d'Alexis I. Les boyards, profitant de leur jeunesse et du fait qu'il y ait deux prétendants au trône, réussirent à faire proclamer les deux princes co-tsars. Cette situation leur permit d'accroître leur pouvoir personnel au détriment de la couronne. Affecté par cette situation, semblable à celle de Louis XIV jeune en France, Pierre I agit de manière similaire à celle du Roi-Soleil français en décidant de priver les boyards de leur pouvoir, de les rapprocher de la Cour pour mieux les surveiller et d'en faire un dvorianstvo, c'est-à-dire une classe d'aristocrates (certains héréditaires) au service de l'empereur.

Il instaura ainsi la table des Rangs, qui pour chaque poste au sein de l'administration (militaire ou civil) accordait un rang (tchiny) dans la Table (le tchin). Une table comptait en général 14 rangs (bien qu'il ait pu y en avoir plus ou moins selon la table), le accordait la noblesse non héréditaire à son récipiendaire. Le s'accompagnait de la noblesse héréditaire, mais pas forcément d'un titre. Les premier et second rangs n'étaient accessibles que sur décision du tsar et s'accompagnaient de l'octroi d'un titre (en général un titre de comte héréditaire).

L'occidentalisation de la noblesse

Comme à Versailles, cela fonctionna immédiatement : une véritable obsession du tchin naquit dans toute l'aristocratie dès l'instauration de la table des Rangs.

Après les réformes de Pierre le Grand, le dvorianstvo s'occidentalise, notamment sous l'impulsion de Catherine II, et se divise comme l'aristocratie ouest-européenne en classes socialement endogames ; à l'intérieur de chaque classe, elle contracte de nombreuses alliances hors de Russie, et notamment dans le Saint-Empire romain germanique. Le titre de tsar est remplacé par celui d'imperator, en français empereur, et les titres de la famille impériale commencent à prendre des dénominations occidentales et notamment françaises : le tsarevitch (héritier du trône) devient grand-duc de Moscou, ses frères et sœurs, grands-ducs et grandes-duchesses. Les qualifications nobiliaires font leur apparition, ainsi que les titres de duc, comtes et barons.

Néanmoins, l'organisation de la noblesse réservait ces titres à l'élite de l'aristocratieLes dynasties russes étaient relativement peu titrées (voir l'Armorial général de la noblesse de l'Empire russe). En effet, on ne comptait pas plus d'une vingtaine de familles ducales (ou princières selon les traductions), 99 familles princières (la plupart rurikides), 141 comtes (titre généralement décerné à des ministres ou à des courtisans de haut rang) dans un Empire s'étendant de l'Europe au Japon ; le titre de baron ne fut quasiment pas décerné (34 familles), et le plus souvent à des médecins ou des ingénieurs. Très peu de titres étrangers ont été reconnus (1 titre de marquis et une dizaine de titres de comte/baron), puisque les rangs du tchin suffisaient à faire la distinction entre un noble héréditaire, un noble viager et un roturier.

La fin de la noblesse russe

Le dvorianstvo connut un clivage entre conservateurs, qui s'en tenaient aux valeurs ancestrales de l'orthodoxie et de l'absolutisme du tsar, et les réformateurs, imprégnés par l'esprit des Lumières, qui obtinrent en 1861 l'abolition du servage et espéraient encore en vain une monarchie constitutionnelle. Il semble néanmoins que le courant traditionaliste soit de tout temps resté majoritaire comme l'atteste l'utilisation des termes russophones par la majorité des Russes et des Occidentaux alors que ces appellations n'avaient plus cours depuis Pierre I.

Ces nombreuses disputes idéologiques au sein de la noblesse, ainsi que l'extrémisme de certains réformateursVoir l'assassinat d'Alexandre II et les tentatives d'assassinat d'Alexandre III conduiront les souverains et notamment Nicolas II à se réfugier dans le conservatisme et l'autocratie. Ce profond immobilisme politique et institutionnel finira par déclencher des révoltes de plus en plus nombreuses, jusqu'à la révolution russe qui vit l'abolition de la monarchie en . À la suite du coup d'État bolchevik d', la dvorianie est abolie comme toutes les autres classes sociales. À partir de 1917, deux courants vont brièvement apparaître.

Le premier est composé du noyau dur monarchiste, ainsi que de fidèles au dernier empereur, qui prendront les armes pour une contre-révolution : il s'agit des « Russes blancs » (en référence à la couleur de la monarchie). Cette contre-révolution composée de différentes armées blanches aux quatre coins de l'empire russe, échouera après deux années de guerre civile face à l'Armée rouge ; les derniers Russes blancs verront leurs têtes mises à prix et devront fuir, dans un premier temps cachés par des sympathisants à la cause du tsar, puis lors de l'instauration des premières politiques de terreur, vers l'Europe occidentale et majoritairement la France, la noblesse étant, depuis Catherine II, très francophile (le français est la langue d'usage à la Cour jusqu'à la chute de la dynastie, malgré une concurrence de plus en plus forte de l'allemand), causant ainsi l'une des plus grandes diasporas du . Les « blancs » restés en Union soviétique, mais aussi tous les descendants de boyards en tant que classe, seront traqués par le NKVD puis par le KGB pour être finalement sommairement exécutés.

Le second courant est composé d'une partie de la petite noblesse et des nobles les plus libéraux (ainsi, Ilia Nikolaïevitch Oulianov, père de Lénine, est par exemple inscrit au de la Table lors de sa mort, donc anobli à titre personnel) qui dans un premier temps tentent de s'adapter au régime soviétique.

Les autres pays orthodoxes