Le slovaque ( ) est une langue appartenant au groupe slave occidental de la famille des langues indo-européennes parlée essentiellement en Slovaquie, dont il est la langue officielle. Des minorités slovaques existent en Tchéquie, en Voïvodine, en Hongrie, en Ukraine (région de Ruthénie subcarpathique, tchécoslovaque de 1918 à 1938), en Autriche, en Pologne, en Roumanie et des communautés immigrées gardent l’usage de leur langue, notamment au Canada, aux États-Unis et en Australie.

Comme la plupart des langues slaves, le slovaque est une langue à déclinaisons (six cas), il a trois genres (masculin, féminin et neutre), ses verbes ont un aspect perfectif ou imperfectif, et son vocabulaire est caractérisé par un riche système de préfixes et de suffixes de dérivation ainsi que des diminutifs. Du point de vue de la prononciation, les mots slovaques sont toujours accentués sur la première syllabe et il existe des voyelles longues et courtes ; une des particularités du slovaque est que r et l peuvent jouer le rôle de voyelles, donnant lieu à des mots apparemment sans voyelles tels que (« doigt »).

Il est particulièrement proche du tchèque et la plupart des adultes slovaques et tchèques sont capables de se comprendre sans difficulté, ayant été en contact permanent avec les deux langues par l’intermédiaire de la radio et de la télévision nationales, jusqu’à la partition de la Tchécoslovaquie en 1993. Ceux n’ayant pas eu cette occasion, en particulier les plus jeunes, peuvent éprouver des difficultés de compréhension, lors de l’emploi de certains mots très différents, ou d’une expression orale trop rapide. Cependant, l’emploi du slovaque dans la communication officielle devant les autorités tchèques est toujours autorisé. Les livres et films tchèques sont encore largement consommés en Slovaquie.

Une intercompréhension plus limitée est aussi possible avec le polonais. Plus généralement, l’intercompréhension est plus ou moins facile avec toutes les langues slaves occidentales et méridionales (slovène, serbe, croate, etc.). Le slovaque utilise un alphabet latin de 46 graphèmes proche de celui du tchèque, comportant des digrammes et de nombreux signes diacritiques. Le slovaque littéraire moderne n’a été codifié qu’au , en grande partie par Ľudovít Štúr.

Usage Répartition géographique thumb|right|upright=1.5|Les municipalités de Slovaquie selon la langue la plus utilisée (le slovaque est en bleu) d’après le recensement de 2021.|alt=Carte des municipalités de Slovaquie selon leur langue majoritaire. thumb|right|upright=1.2|Municipalités de Voïvodine où le slovaque a un statut officiel.|alt=Carte de Voïvodine montreant les municipalités où le slovaque a un statut officiel.

Le slovaque est la langue officielle de la Slovaquie et l’une des vingt-quatre langues officielles de l’Union européenne. Il est parlé dans l’ensemble du territoire de la Slovaquie, bien que certaines régions du sud du pays conservent le hongrois comme langue majoritaire, malgré la politique de slovaquisation menée depuis le . Le romani et le rusyn sont quant à eux majoritaires dans certaines municipalités de l’est du pays. Au recensement de 2021, habitants de la Slovaquie (soit 81,77 % de la population totale) ont indiqué le slovaque comme langue maternelle (5,73 % n’ont pas répondu à la question)..

On trouve des minorités slovacophones dans les pays voisins : en Tchéquie (2021). ; de langue maternelle slovaque en Serbie (2022), dont en Voïvodine, où le slovaque a un statut officiel dans plusieurs municipalités, notamment à Bački Petrovac où le slovaque est parlé par personnes ( de la population). ; dont comme langue maternelle en Hongrie (2011). ; en Roumanie (2021), dont dans la ville de Nădlac ; en Autriche (2001). ; sur les recensés en Ukraine parlent le slovaque..

Parmi les communautés émigrées, parlent slovaque aux États-Unis (2006-2008)., au Canada (2011). et en Australie (2011)..

Le slovaque répandu au-delà des frontières de la Slovaquie est à la fois littéraire et dialectal. Des dialectes slovaques se retrouvent dans certaines parties de Hongrie, de Roumanie, de Serbie, d’Ukraine et d’autres pays ; ils y sont souvent différents. Par exemple, dans l’oblast de Transcarpatie en Ukraine, les dialectes y sont mélangés avec d’autres langues.. L’usage des sous-dialectes du dialecte oriental, et leur influence sur la littérature slovaque, y compris imprimée, ont été remarqués parmi les Slovaques des États-Unis entre les ..

Relation avec le tchèque Le tchèque et le slovaque sont, dans l’ensemble, mutuellement compréhensibles : il n’est pas rare qu’un Tchèque et un Slovaque aient une conversation dans laquelle chacun parle dans sa langue. Cependant, depuis la dissolution de la Tchécoslovaquie, les Tchèques et Slovaques sont moins souvent exposés à la langue de leurs voisins, et la compréhension de l’autre langue peut être plus difficile chez les plus jeunes. Les médias tchèques (films, livres, etc.) restent malgré tout largement consommés en Slovaquie et les films tchèques ne sont pas doublés ni sous-titrés, sauf ceux destinés aux enfants. On trouve encore des émissions de télévision bilingues telles que , version tchèque et slovaque de la Nouvelle Star. Les Tchèques éprouvent plus de difficultés à comprendre le slovaque que l’inverse, en partie parce qu’ils sont moins souvent exposés au slovaque que les Slovaques au tchèque..

Le tchèque et le slovaque diffèrent par leur grammaire et leur prononciation. Leur orthographe est similaire, bien que certaines lettres n’existent qu’en slovaque (ä, dz, dž, ĺ, ľ, ô, ŕ) ou en tchèque (ě, ř, ů). Il existe également des différences dans le vocabulaire. : certains mots courants sont très différents : / (« parler »), / (« chat »), / (« au revoir »), etc. ; il y a quelques faux-amis : (« amer » en slovaque, « chaud » en tchèque), / (« chauffer » en slovaque, « fumer » en tchèque) ; les noms des mois sont d’origine latine en slovaque (, , , etc.), mais d’origine slave en tchèque (, , , etc.).

Écriture thumb|right|upright=1.5|Disposition de clavier slovaque.|alt=Schéma d’une disposition de clavier slovaque. Comme les autres langues slaves occidentales, le slovaque s’écrit avec une variante de l’alphabet latin enrichie par des diacritiques et des digrammes. L’alphabet slovaque comporte en tout 46 graphèmes..

Graphème API Transcription française approximative A a a Á á a long Ä ä, a de cat en anglais, è B b b C c ts Č č tch D d d Ď ď dieu (gy hongrois ou ghj corse) Dz dz dz Dž dž dj E e è É é è long F f f G g g H h h aspiré Ch ch son de la espagnole ou de ch allemand dans le mot ) I i i Í í i long J j y de yoyo K k k L l, l Ĺ ĺ l long Ľ ľ ll espagnol (aussi équivalent au lh portugais ou au gli italien) M m m N n n Ň ň agneau O o o Ó ó o long Ô ô[] ou-o enchaînés rapidement P p p Q q[] kv, k R r, r roulé Ŕ ŕ r roulé long S s s Š š ch T t t Ť ť tieu (ty hongrois ou chj corse) U u ou Ú ú ou long V v v W w v X x[] ks Y y i Ý ý i long Z z z Ž ž j

L’alphabet utilise quatre diacritiques : le caron () : sur les lettres č, dž, š et ž, il indique une affriquée ou une fricative post-alvéolaire ; sur ň, ď, ľ et ť, il indique la palatalisation. Dans les trois derniers cas, il ressemble à une apostrophe, mais ce n’est qu’une convention typographique : sur les majuscules (sauf Ľ) et dans l’écriture manuscrite, il a la même forme que sur les autres lettres ; l’accent aigu () sert à allonger les voyelles : á, é, í, ó, ú, ý, mais aussi ĺ et ŕ, étant donné que l et r peuvent jouer le rôle de voyelles ; l’accent circonflexe () apparaît sur ô et indique la diphtongue uo (les autres diphtongues sont écrites avec deux lettres : ia, ie, iu) ; le tréma (), sur la lettre ä, indique le phonème , bien que cette lettre soit souvent prononcée de la même manière que e.

Les lettres q, w et x ne sont utilisées que dans des mots étrangers.

Les consonnes sont divisées en trois groupes : dures (g, h, ch, k, d, t, n), molles (c, dz, j et toutes celles avec un caron) et neutres (b, f, l, m, p, r, s, v, z). Cette classification est utile pour connaître le type de déclinaison des noms et des adjectifs. L’écriture de i ou de y (dont la prononciation est identique) dépend de la consonne précédente : après une consonne dure, on écrit y ou ý (sauf dans quelques terminaisons adjectivales) et i ou í après une consonne molle. Dans le cas des consonnes neutres, les deux peuvent être possibles : (« battre ») et (« être ») se prononcent de la même manière. Les enfants slovaques doivent apprendre par cœur la liste des mots où l’on écrit y..

Les lettres d, l, n et t sont généralement palatalisées (prononcées molles) quand elles sont suivies de e, i ou í : pour cette raison, on écrit ne au lieu de ňe, li au lieu de ľi, tí au lieu de ťí, etc. Il y a cependant des exceptions : les mots étrangers (par exemple, le t et le l de sont durs), la déclinaison des adjectifs (le n de — « joli » au génitif féminin singulier — est dur) et certains mots courants tels que (« un ») ou (« ce, ceci »). De plus, la prononciation molle de l dans cette position est rarement respectée de nos jours..

Prononciation

Voyelles thumb|right|Les voyelles du slovaque.|alt=Diagramme des voyelles du slovaque. Le slovaque a cinq ou six voyelles courtes et cinq longues.

+ Voyelles en slovaque..   Antérieures Centrale Postérieures Fermées i • í   u • ú Moyennes e • é   o • ó Ouvertes ( ä) a • á  

La voyelle ä ne se trouve qu’après les consonnes labiales (b, p, m, v).. De nos jours, la prononciation est rare ; on prononce le plus souvent , soit exactement comme e...

Diphtongues thumb|right|Les diphtongues du slovaque.|alt=Diagramme des diphtongues du slovaque. Le slovaque a quatre diphtongues : ia, ie, iu et uo (orthographiée ô)..

Dans beaucoup de mots étrangers, par exemple , les lettres ia n’indiquent pas une diphtongue, mais deux voyelles séparées. Les combinaisons « i + voyelle » dans ces mots se prononcent avec un j entre les deux voyelles : ce mot est prononcé . Les diphtongues ia, ie et iu ne peuvent être placées qu'après des consonnes molles..

Longueur des voyelles La longueur des voyelles est importante en slovaque : elle permet de distinguer des paires minimales telles que (« faute ») et (« vins »), (« elle avait ») et (« petite »), (« tonneau ») et (« tribunal »).

Certains suffixes et certains cas provoquent l’allongement de la voyelle précédente ; dans ce cas, les diphtongues ia, ie et ô peuvent être considérées comme les équivalents longs de ä, e et o : le génitif pluriel de (« vallée ») est , mais celui de (« montagne ») est . Ó ne se trouve que dans les mots étrangers et les interjections, é dans les mots étrangers, les terminaisons des adjectifs et quelques rares mots d’origine slovaque ( « fille » et ses dérivés)..

Une règle de prononciation appelée loi rythmique fait que, sauf cas particulier, deux syllabes qui se suivent ne peuvent pas avoir toutes les deux une voyelle longue (une diphtongue compte comme une voyelle longue). Cela conduit à des modifications d’un grand nombre de désinences des verbes, des noms et des adjectifs : par exemple, la forme du présent de la première personne du singulier de la plupart des verbes en -ať est normalement -ám ( : « chercher », : « je cherche »), mais devient -am si le radical du verbe se termine par une syllabe longue ( : « hésiter », : « j’hésite »). Il y a cependant des exceptions à cette règle, notamment.. : les noms neutres en -ie : (« feuillage ») ; le génitif pluriel en -í de certains noms féminins : (« des chansons ») ; la terminaison -ia de la troisième personne du pluriel de certains verbes : (« ils résolvent ») ; les adjectifs dérivés de noms d’animaux : (« d’oiseau ») ; le suffixe -krát (« fois ») : (« pour la première fois »).

Consonnes syllabiques