Jacques Monestier, né le à Castres et mort le à CréteilÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un haut fonctionnaire français, préfet successivement dans les Ardennes (premier préfet issu de l'ENA dans ce département, le premier d'une longue série), dans l'Ouest de la France puis dans la région Rhône-Alpes. En 1987, à la suite d'un incendie d’un silo de nitrate d’ammoniaque, dans le port de Nantes-Saint-Nazaire, il a été amené à gérer un plan Orsec, qui a fait la Une des journaux nationaux et régionaux, et l'ouverture des Journaux télévisés, avec évacuation de sept communes entre Nantes et Saint-Nazaire, opération effectuée dans le calme et à titre de précaution. Comme préfet de la région Rhône-Alpes en 1990, il a été confronté à des violences urbaines qui ont fait également la Une des journaux et ont marqué l'opinion publique. Il a été enfin un interlocuteur privilégié du gouvernement pour la Fondation Abbé-Pierre.
Début dans la préfectorale
Licencié es lettres, diplômé de l’institut d'études politiques de Bordeaux, il est également ancien auditeur du centre des hautes études de l'Armement et ancien élève de l'École nationale d'administration, promotion Guy Desbos (1954-1956).
Il devient administrateur civil à sa sortie de l'ENA en 1956.
Il commence une carrière dans la préfectorale comme chef de cabinet du préfet des Côtes-du-Nord (1957) ; puis sous-préfet de Saint-Claude en 1959 ; sous-préfet, chef de cabinet du préfet de la Vienne en 1961 ; sous-préfet, chargé de mission pour les affaires économiques auprès du préfet de la Vienne en 1964 ; sous-préfet d’Argenteuil en 1966 ; sous-préfet de Nogent-sur-Marne en 1970 ; et enfin secrétaire général de la préfecture de Seine-Maritime en 1973.
Préfet en Ardennes
En 1976, il est nommé préfet des Ardennes, jusqu'en 1979, où il succède à Henri Baudequin. Hubert Collin, à l'époque directeur des archives départementales des Ardennes, organisme alors placé sous la tutelle du préfet, évoque Jacques Monestier bien des années plus tard : .
Si Jacques Monestier se change les idées le week-end en lisant l'abbé Bremond, sa tâche en tant que préfet n'est pas des plus aisées. Le département des Ardennes sort des trente Glorieuses, une période euphorique, et aborde les années 1970 marquées par les premier et second choc pétrolier, avec une activité industrielle qui subit désormais une concurrence internationale. Les infrastructures de transport inadaptées pénalisent les échanges entre ce territoire et des zones économiques plus dynamiques, pourtant proches, en Île-de-France, en Belgique, ou en Allemagne. La population du département décroît. Le chômage augmente, ainsi que l'inquiétude de la population ouvrière et des élus.
Le , il annonce devant les parlementaires, les conseillers généraux, les élus locaux concernés et les représentants des compagnies consulaires du département qu'une seconde centrale électronucléaire sera construite dans les Ardennes, toujours à Chooz où une centrale nucléaire existe depuis 1962 (le projet Chooz B se concrétisera 17 ans plus tard).
Préfet en Bretagne, Pays-de-Loire et Poitou-Charentes
En 1979, il devient préfet du Morbihan, où il succède de nouveau à Henri Baudequin. Il inaugure notamment les nouvelles installations portuaires de Lorient le en présence du ministre Christian Bonnet. En 1981, l'arrivée de la gauche au pouvoir se traduit par un mouvement préfectoral d'ampleur. Sans qu'il y ait une vague conséquente de départs, des mutations sont effectuées entre les départements. Comme en témoignera Jean-Claude Colliard, . Jacques Monestier fait partie de ces préfets restant sans état d'âme au service de l'État, mais changeant de territoire. Il prend les fonctions de préfet de Charente-Maritime. Puis en 1984, il revient à Poitiers, qu'il a connu comme sous-préfet pour prendre les fonctions de commissaire de la République de la Région Poitou-Charentes et de la Vienne.
Pendant la première cohabitation, entre François Mitterrand et Jacques Chirac, il est nommé préfet de la région Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique en . Il reste dans cette fonction jusqu'en . Dans ce cadre, le , il est notamment confronté à un incendie d’un silo de nitrate d’ammoniaque dans le port de Nantes-Saint-Nazaire, avec émission de vapeurs toxiques, création d’un nuage contenant notamment du chlore, de l’ammoniaque et des oxydes d’azote. Le plan Orsec est déclaré. Le préfet Monestier joue la sécurité et la protection des populations. Sept communes, Saint-Herblain, Indre, Couëron, Bouguenais, La Montagne, Le Pellerin et Saint-Jean-de-Boiseau, soit plus de cent mille personnes, sont évacuées pendant quelques heures, à titre de précaution, entre Nantes et Saint-Nazaire. Même si les conditions météorologiques facilitent l'éloignement et la dispersion du nuage toxique dans l'atmosphère, des traces de pollution sont constatées dans la Loire. Jacques Monestier intervient en direct dans le journal télévisé de 20 heures d’Antenne 2, avec Jean-Marc Ayrault, alors jeune député socialiste de Loire-Atlantique et maire de Saint-Herblain, une des principales communes évacuées.
Préfet en Rhône-Alpes
En , quittant l'Ouest de la France pour le Sud-Est, Jacques Monestier devient préfet du Rhône et préfet de la région Rhône-Alpes, une région particulièrement importante de l’État français, en termes économiques, démographiques et de superficie. En 1990, il est notamment confronté à l'émergence de violences dans l'est lyonnais, les « événements de Vaulx-en-Velin ». Le , une moto se renverse au niveau d’un barrage de police qui veut la stopper. Le conducteur, non muni de casque, meurt. Ce drame déclenche la colère des jeunes de Vaulx-en-Velin, des émeutes et des incendies de véhicules. Pendant 24 heures, les affrontements avec la police, les incendies et les pillages se succèdent. L'impact médiatique est beaucoup plus fort que lors des émeutes des Minguettes en 1981 et 1983. Dans la semaine qui suit, les émeutes font trois fois la « Une » du Monde, trois fois celle de Libération,et quatre fois celle du Figaro, par exemple. Le Nouvel Observateur, L’Express et Le Point relatent l’événement et en font leur couverture. L’article du Point du est intitulé : « Ces banlieues qui font peur à la France ». Ces actes surprennent la préfecture. Le préfet Monestier se croit un moment confronté à un mouvement organisé de « guérilla urbaine », là où il n'y a que des actions diffuses menées par des jeunes très désabusés, connaissant par contre bien mieux le terrain que les forces de l'ordre, et se jouant de ces forces de l'ordre.
Après les émeutes de Vaulx-en-Velin, à la suite de l'effet de surprise constaté, la direction centrale des Renseignements Généraux (RG) créée une section spécialisée sur les « violences urbaines », avec l'objectif d'observer les modes de déclenchement et les scénarios. Une équipe des RG s'attelle à l'étude de ces violences. Ces travaux mettent en avant que les émeutes surviennent dans des zones déjà marquées par des actes d'incivilités ou de violences, au jour le jour, avec une graduation des violences de plus en plus fortes. Et cette cellule des RG met au point une échelle d'évaluation pour anticiper le déclenchement de violences plus significatives.
Parcours complémentaire
En 1991, il est fait préfet hors cadre et devient président de la société des Autoroutes du Sud de la France (ASF) et des autoroutes de la côte Basque (Acoba). Admis à la retraite du corps préfectoral le , il devient préfet Honoraire. De à , il dirige une mission de médiation sur une implantation de laboratoires de recherches souterrains destinés à préparer l'entreposage de déchets radioactifs. L'objectif est d'élaborer en concertation avec des collectivités locales des projets pour deux laboratoires souterrains d'environ 1,5 milliard de francs chacun. Ceci aboutira quelques années plus tard à l'implantation du laboratoire de Bure, exploité par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.
Durant sa carrière de préfet, il a été également un interlocuteur privilégié auprès de la Fondation Abbé-Pierre, avec le titre de représentant du ministère de l'Intérieur au sein du conseil d'administration de la fondation. Cette fondation lui a rendu hommage à l'annonce de sa mort.
Décorations
Liens externes
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Sources écrites Classement par année de parution. . . . .
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Sources sur le Web . . . .
Filmographie .
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