Noël Godin, surnommé Georges Le Gloupier — en référence à un personnage imaginaire et multiface créé par Jean-Pierre Bouyxou. — ou l'Entarteur, né le à Liège (Belgique) et mort le à Bruxelles (Belgique), était un agitateur anarcho-humoristique belge.
Il se rend célèbre pour ses jets de tarte à la crème, ou « entartages », sur de nombreuses personnalités de différentes nationalités. Lorsqu'il reçoit le grand prix de l'humour noir en 1995. et le prix de la dent dure en 1996, il s'entarte lui-même.
Biographie Jeunesse Noël Godin grandit sous la protection d’une mère pieuse et d’un père avocat. Sa mère l’inscrit à l’école primaire catholique Saint-Maur à Cointe ; puis l’établissement secondaire des pères salésiens de Don Bosco. Très tôt il se passionne pour la lecture et le cinéma en fréquentant les salles obscures, et trouve dans le magazine Positif de quoi satisfaire sa passion en alliant les deuxGodin Noël, Connaître la Wallonie.
« L'entarteur » Ses activités d'« entarteur » semblent avoir commencé en . Avec un complice, il s'en prend à un professeur de l'université de Liège, Marcel De Corte, connu pour ses idées réactionnaires, sur lequel Godin déversa un pot de colle. Même si l'acte n'a pas été directement revendiqué, il est plausible de penser qu'il s'agissait bien de Noël Godin...
Chroniqueur de cinéma pour un magazine belge, Noël Godin écrit un jour que le réalisateur imaginaire Georges Le Gloupier avait jeté une tarte à la crème au visage de Robert Bresson. Dans le numéro suivant, il annonce que Marguerite Duras, amie de Bresson, l'avait vengé en attaquant Le Gloupier de la même manière. Peu après, à l'occasion d'un passage en Belgique de Marguerite Duras, venue présenter son film Détruire, dit-elle à l'université de Louvain, Noël Godin se livre sur celle-ci à son premier entartage.
Noël Godin explique sur ces entartages« Mort de l'humoriste Noël Godin : l'"entarteur" des stars venu de Belgique avait 80 ans », TF1 info, . : .
Depuis, seul ou à la tête de commandos pâtissiers, il entarte des personnalités qu'il considére comme détestables et infatuées. Parmi ses victimes : Bernard-Henri Lévy (BHL), Bill Gates, Doc Gynéco, le ministre belge Édouard Poullet., Jean-Luc Godard, Marco Ferreri, Maurice Béjart, Nicolas Sarkozy, Pascal Sevran, Patrick Bruel, Bernard Landry, Hélène Rollès, Patrick Poivre d'Arvor, Jean Charest.
Bernard-Henri Lévy prend très mal sa tarte à la crème en 1985, flanquant rudement Le Gloupier à terre. Il lui intime ensuite, alors que Godin est maintenu au sol par deux agents de sécurité :
La séquence est notamment diffusée lors d'un entretien entre Michel Denisot et Pierre Desproges, où ce dernier estime que la réaction de BHL relève de ..
Depuis lors, BHL est l'une des rares personnalités à avoir subi plusieurs entartages. Le , il est entarté pour les et fois. par les « tueurs à gags » des « brigades pâtissières » de Noël Godin au Salon du livre de Paris.. Godin déclare plusieurs fois que ce qui pourrait ressembler à de l'acharnement prendra fin lorsque Lévy montrera que le « message » est passé en entonnant en public la chanson de Maurice Chevalier Le Chapeau de ZozoNotamment lors d'un entretien pour : .
L'exemple de Noël Godin fait des émules dans de nombreux pays avec la création d'une anti-organisation appelée l’Internationale pâtissière dont Le Gloupier se déclare le porte-parole.
Chroniqueur Noël Godin a contribué, dès le début de sa parution, à l'hebdomadaire pamphlétaire Siné Hebdo, créé par le dessinateur Siné, et dans lequel il tenait la rubrique « L'Entarteur littéraire ». Après l'arrêt du journal, il poursuit ses chroniques anarcho-littéraires dans le mensuel satirique de Paul Carali Psikopat, dans les canards rebelles La Mèche, aujourd'hui disparu, El batia moûrt sôu (en Belgique), Zélium, et CQFD, dans la revue en ligne ventscontraires.net et dans Siné Mensuel.
Entartages
vignette|alt=Une femme se faisant écraser une tarte à la crème sur le visage.|Illustration d'un entartage.
Marguerite Duras Le , Noël Godin et trois complices réussissent leur premier entartage. Godin, muni d'une fausse barbe et de lunettes (le nœud papillon et le smoking viendront plus tard), fait les cent pas dans la salle d'attente de l'université de Louvain où l'on va projeter le film de Marguerite Duras : Détruire, dit-elle. Cette dernière est entourée des organisateurs de l'événement et de quelques admirateurs. Au signal de son caméraman, Noël Godin déballe sa tarte à la crème et l'écrase sur le visage de Marguerite Duras. Cette dernière et les nombreux spectateurs de la scène restent stupéfaits ; cela permettra aux entarteurs de s'enfuir sans être rattrapés. Dans la tarte se trouvait un carton avec l'inscription : « Avec les compliments de Georges Le Gloupier. » Ne retrouvant pas ses esprits, l'écrivaine-cinéaste annulera la conférence-débat prévue à l'issue du film. Le lendemain, plusieurs médias rapporteront l'événement en première page, à la surprise de Noël Godin et sa bande. Aucune vidéo n'existe de cet entartage puisque le caméraman du groupe a raté les prises de vue.
Bernard-Henri Lévy L'essayiste Bernard-Henri Lévy est entarté une première fois par Noël Godin le , à la station RTBF de Liège, après l'émission Écran Témoin. Lévy réplique en lui envoyant un uppercut qui jette Godin par terre, puis lui dit : « Lève-toi ou je t'écrase la gueule à coups de talon ». Le vidéoclip de l'entartage est diffusé massivement, entre autres par Coluche et Pierre Desproges. Le chanteur Renaud fait d'ailleurs référence aux multiples entartages de Bernard-Henri Lévy qu'il présente comme un « Jean-Paul Sartre dévalué » dans sa chanson L'Entarté extraite de l'album Boucan d'enfer (2002).
Noël Godin et ses amis entartent à nouveau Bernard-Henri Lévy en à l'occasion du lancement de son nouveau livre à la librairie Chapitre XII de Bruxelles, puis en à l'université libre de Bruxelles.
En , Bernard-Henri Lévy se trouve au festival de Cannes où il doit présenter en avant-première son film Bosna!. Noël Godin et deux complices décident de se rendre à Cannes pour l'entarter. Les journalistes et la population reconnaissent Godin dès son arrivée et la rumeur commence à se répandre que Noël Godin est à Cannes. Godin croit que Lévy veut entrer dans le palais des Festivals par l'entrée principale et qu'il n'aura qu'à l'attendre à cet endroit ; mais quelques heures avant la présentation, ils apprennent par un sympathisant que Lévy, ayant eu vent de la présence de Godin, est déjà entré dans le palais et s'y est enfermé. Lévy est en train de faire son entrée sur scène lorsqu'un autre complice de Godin qui n'a pas été pris et qui se trouve à trois mètres de Lévy, lui envoie sa tarte à la figure comme un discobole. Selon des témoins, les gardes rouent ensuite de coups de poing et de pieds celui qui a envoyé la tarte. Ils ne cesseront que lorsqu'un ami de Godin, le cinéaste Jan Bucquoy, leur ordonne d'arrêter en se faisant passer pour l'ambassadeur de Belgique.
En , Bernard-Henri Lévy est entarté par Noël Godin une cinquième fois à l'aéroport de Nice en présence d'Arielle Dombasle qui adresse un violent coup de poing à deux des entarteurs.
Le , il est entarté une sixième fois, à la Foire du Livre de Bruxelles.
Victime d'entartages multiples à Namur le ; cette fois, Bernard-Henri Lévy est attaqué dans une église. Une vingtaine de personnes lui lancent des tartes malgré la présence de ses deux gardes du corps, BHL, criant « Non, y en a marre ! », ne peut y échapper. Noël Godin dédie son geste au dessinateur Siné, limogé de Charlie Hebdo et contre lequel BHL a témoigné....
Maurice Béjart En , c'est le complice de Noël Godin, Jean-Pierre Bouyxou qui joue cette fois le rôle de Georges Le Gloupier. Ce dernier attend le maître de ballet Maurice Béjart à la sortie du Théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Lorsque Béjart sort de l'immeuble, Bouyxou lui envoie sa tarte à la figure avec une telle véhémence que Béjart en perd l'équilibre ; il fait alors un entrechat acrobatique et retombe sur ses pieds. Dans la crème est enfoui un message : « Cette tarte, Maurice, ne peut pas en tout cas te rendre plus disgracieux que lorsque tu danses. » Malgré le fait que Béjart se plaint du traitement reçu, cet entartage n'ayant pas été filmé, il aura peu d'échos dans les médias.
Henri Guillemin En , l'historien Henri Guillemin donne une conférence au complexe Barbou de Liège. Au moment où Guillemin descend de son estrade, Noël Godin fonce sur lui et lui envoie une tarte à la figure. Guillemin reste sans voix, ce qui donne le temps à l'entarteur de s'enfuir. Un message est enfoui dans la crème : « Puisse cette tarte te rappeler, Henri, que l'Histoire, c'est aussi l'immédiat. »
Marco Ferreri Le , Noël Godin et six complices se trouvent au festival de Cannes ; ils décident de parcourir la promenade de La Croisette avec une tarte et entarter le premier metteur en scène qu'ils jugent le mériter. En passant devant le Grand Hôtel, ils voient le cinéaste Marco Ferreri attablé à un restaurant avec des producteurs ; ils décident de l'entarter. Georges Le Gloupier, dont le rôle est tenu cette fois par Stéphane Holmès (fils du chanteur Joël Holmès), se met à danser autour de la table en s'exclamant « Gloup ! Gloup ! » puis envoie sa tarte à la figure de Ferreri. Dans la crème était enfoui le message : « Avec mes respectueux hommages. Georges Le Gloupier ». Le lendemain, Ferreri, donnant une entrevue à la RTBF, accuse la CIA d'avoir commandité l'attentat..
Jean-Luc Godard Noël Godin affirme apprécier le cinéaste Jean-Luc Godard mais il décide de l'entarter après avoir vu son film Je vous salue, Marie, qu'il juge comme faisant l'apologie de l'Église. Noël Godin et sa bande apprennent en que le film Détective du cinéaste sera présenté au Festival de Cannes. Quelques instants avant la séance, Godin entarte Godard, qui commente alors « c'est un vieux gag » en dégustant calmement la crème sur son visage. Dans une interview donnée le jour même, le cinéaste minimise l'importance de l'agression, évoquant un « rappel des films muets ». Godin, rattrapé par les policiers gardant l'entrée de l'auditorium, est emmené au poste de police mais est relâché quelques heures plus tard, Jean-Luc Godard refusant de porter plainte. Quand ce dernier apprend le lendemain qu'on veut expulser Noël Godin à vie du Festival de Cannes, il téléphone à la direction pour leur demander de passer l'éponge, ce qui fut faitRCHIVES - Retour sur l'histoire mouvementée entre Jean-Luc Godard et le Festival de Cannes, Europe 1, 13/09/2022.
Édouard Poullet Le , Noël Godin et sa bande décident d'entarter le chanteur Michel Sardou. Ce dernier, souffrant, décide d'annuler le récital prévu ; Godin décidera donc d'entarter à la place le ministre belge des Affaires sociales, de la Formation et du Tourisme Édouard Poullet. Ce dernier doit inaugurer le Théâtre du Résidence Palace de Bruxelles. L'entartage est réussi. L'incident a une grande ampleur médiatique ; la plupart des journaux belges mettent l'incident en première page.
Jean Delannoy Le cinéaste Jean Delannoy fut entarté par Noël Godin le à l'auditorium Shell de Bruxelles, où il était venu présenter son film Bernadette. Dans le communiqué de presse envoyé par Godin aux médias après l'entartage, on peut lire : « Georges Le Gloupier aurait trouvé cornichon que son courroux pâtissier ne s'abatte pas aussi sur l'arrière-garde artistique des punaises de sacristie ». Il y eut peu d’échos médiatiques de cet entartage.
Vladimir Volkoff En , Noël Godin est l'un des invités de l'émission Durand la Nuit sur TF1. Il profite de la tribune qui lui est offerte pour entarter en direct un autre invité, le romancier Vladimir Volkoff, qu'il qualifie « d'infâme tsariste ». Sur le coup, la chaise de Volkoff bascule ; il déserte ensuite le plateau en titubant. Ce coup d'éclat forcera TF1 à annuler l'émission quelques mois plus tard par peur d'autres accrochages en direct.
Alain Bévérini