thumb|upright=1.3|Chapiteau du cirque Siemoneit-Barum en Allemagne.
Un cirque est une troupe d'artistes, traditionnellement itinérante, qui comporte le plus souvent des acrobates, propose des numéros de dressage et de domptage d'animaux et donne des spectacles de clowns, de jonglerie et des tours de magie. Plus généralement au , le cirque est un spectacle vivant populaire organisé autour d'une scène circulaire. Le terme « cirque » vient du latin circus, en référence à une enceinte circulaire.
Ses caractéristiques ont beaucoup évolué dans le temps. Au , le cirque existe sans sa scène circulaire, en salle ou dans des lieux particuliers, aux côtés de pièces de théâtre, de danse, etc. La dénomination cirque s'est « réduite » à la seule pratique d'une discipline de cirque (acrobatique, aérienne, équilibres, manipulation/jonglage, etc.). Avec l'apparition des écoles de cirque à la fin du , les artistes de cirque se sont émancipés de la famille traditionnelle et très peu d'entre eux sont des « enfants de la balle ». La dénomination est d'ailleurs un sujet de discorde depuis les années 1970 entre les puristes du cirque traditionnel et ceux qui utilisent le même mot pour exercer un art, finalement, très différent.
Historique Le cirque d'Astley La conception occidentale du cirque s'inspire d'une façon ou d'une autre des jeux antiques romains ainsi que des bateleurs et troubadours du Moyen Âge. Le terme « cirque » vient du mot latin circus, « cercle », relatif à l'enceinte circulaire où se pratiquaient les activités du cirque antique.
La première représentation d'un cirque moderne à Londres date du . et est l'œuvre de Philip Astley. Vétéran de retour d'Amérique, il décide de représenter des spectacles équestres avec des démonstrations d'acrobatie dans la Philip Astley's riding school, école équestre dans laquelle est construite la première piste circulaire pour pouvoir tenir les chevaux depuis le centre, au bout de la chambrière (fouet à long manche utilisé par les dresseurs de chevaux) dont la longueur a déterminé la dimension internationale du diamètre de la piste, .. Le mariage entre le monde équestre militaire et le monde forain autour du cercle est établi lorsqu'Astley égaye son spectacle par des bateleurs, des pantomimes et des voltigeurs, ajoutant des sièges et un toit conique à son anneau en 1773.. Cette nouvelle forme de spectacle, fondée essentiellement sur des exercices équestres, est ensuite introduite en France en 1774 par Astley qui y ouvre le premier établissement circassien stable et fixe, l'Amphithéâtre Anglais, établissement repris en 1807 par Antonio Franconi et ses descendants.. C'est seulement au , lors des vagues de colonisation, que sont introduits en France et en Allemagne les premiers animaux sauvages, le domptage étant créé selon la tradition en 1819 par l'écuyer Henri Martin qui soumet un tigre de la ménagerie Van Aken en Bavière et imagine une méthode alliant la violence et la douceur.. Déjà à l'époque, Monsieur Loyal, maître du manège et présentateur du spectacle de cirque, véritable fil rouge et repère entre les numéros, est présent..
Cirque à l'ancienne thumb|Cirque Franconi : exercices d'écuyère, époque du Consulat. Le régime libéral de la Troisième République en France favorisa la démocratisation des loisirs. Si le théâtre restait le type de spectacle le plus légitime, le cirque fit alors l'objet d'un fort engouement car il touchait deux types de publics : les aristocrates qui se reconnaissaient dans les écuyers incarnant l'aristocratie du cirque et l'art équestre, élément central dans l'identité collective de la noblesse depuis le Moyen Âge, et le peuple attiré par le spectacle des troupes ambulantes qui sillonnaient la France.. Sous l'impulsion de Théodore Rancy, les cirques « en dur » se multiplièrent alors dans les grandes villes françaises..
La famille Franconi fonda successivement, à Paris, trois théâtres de cirque portant le nom de « Cirque Olympique » : situé rue Saint-Honoré (1807-1816) ; situé rue du Faubourg-du-Temple (1817-1826), l'ancien amphithéâtre d'Astley ; situé boulevard du Temple (1827-1862).
Dans leur premier, les Franconi présentaient, à l'époque napoléonienne, des animaux sauvages dans leur spectacle de cirque à l'ancienne constitué de numéros équestres et acrobatiques. Dans le troisième, la création en 1831 de la pantomime à grand spectacle « Les Lions de Mysore » marqua l'avènement du domptage au cirque. Le dompteur Henri Martin fut engagé, avec ses fauves, par les frères Franconi qui montèrent pour lui cette pantomime dans laquelle les félins du dompteur marseillais étaient présentés derrière un treillage placé sur le devant de la scène.
En 1856, Théodore Rancy fonda son premier cirque (chapiteau ambulant) à Rouen, puis construisit les suivants en dur : à Genève (1875), Lyon (1882), Le Havre (1887), Boulogne-sur-Mer (1888), Amiens (1889), Rouen (1893), etc. thumb|200px|Cirque d'Été aux Champs-Élysées, gravure du .
À la fin du , Paris connut plusieurs cirques sédentaires en activité : le cirque des Champs-Élysées (1841-1898), connu sous les noms de cirque de l'Impératrice ou de Cirque d'Été ; le cirque Napoléon (1852), l'actuel Cirque d'Hiver acquis par les Bouglione seniors en 1934 ; le cirque Fernando (1875-1972) qui devient le cirque Medrano en 1897, « le Théâtre des clowns » ; le Nouveau Cirque (1886-1926), cirque-piscine construit rue Saint-Honoré (doté d'une piste transformable en piscine pour les pantomimes nautiques) ; le cirque Molier, fondé en 1880 par Ernest Molier (1850-1933)., près du bois de Boulogne, rue Benouville à Passy. Lors des deux représentations annuelles, artistes et aristocrates se mélangent sur la piste, pour des numéros où les chevaux ont la part belle. ; l'Hippodrome au pont de l'Alma, inauguré en 1877, mêlant lions, éléphants et courses de chars, qui ferme en 1892, et auquel succède en 1894 l'Hippodrome du Champ-de-Mars, puis, en 1900, l'Hippodrome de Montmartre.
Le dernier cirque stable à ouvrir ses portes dans la capitale française fut le cirque Métropole (1906-1930), connu sous l'enseigne de cirque de Paris, lequel mit souvent des dompteurs en vedette.
Cirque traditionnel thumb|L'éléphant Jack à l'Hippodrome de Paris (1885). Le cirque-ménagerie succéda au cirque équestre du .
Fondé en 1854 par une famille anglaise, les Pinder, le Cirque Britania traversa la Manche en 1868 et pris le nom de cirque-hippodrome des frères Pinder. Les convois étaient tirés par des chevaux.
La fusion cirque-ménagerie fut popularisée par le cirque anglais de Lord George Sanger entre 1856 et 1870, à l'époque où sa collection d'animaux exotiques était la plus importante parmi les ménageries ambulantes de Grande-Bretagne.
À la fin du et au début du , Barnum et ses successeurs, aux États-Unis, donnèrent un nouvel essor au cirque : thumb|250px|Arturo Michelena, Scènes de cirque autour de 1891. en 1871, Phineas Taylor Barnum, avec ses associés William Cameron Coup et Dan Castello, exploita le premier Cirque Barnum englobé dans un ensemble voyageant par le train et réunissant musée de curiosités, ménagerie, convoi et chapiteau ; allié avec James Anthony Bailey, en 1881, il créa le premier chapiteau à trois pistes qui prit le nom de « Barnum & Bailey Circus » en 1887. Le cirque géant effectuera une grande tournée dans toute l'Europe de 1897 à 1902 ; les frères Ringling, en 1907, rachetèrent le cirque Barnum & Bailey pour l'associer au leur, le Ringling Bros. Circus, fondé en 1884, et former, en 1919, le plus grand chapiteau du monde : le Ringling Bros. and Barnum & Bailey Circus, The Greatest Show on Earth.
Le Cirque Carl Hagenbeck, fondé à Hambourg en 1887 sous le nom de « Cirque international et Caravane cingalaise », a voyagé dans le monde entier, avec une ménagerie importante, en complétant ses représentations par des exhibitions zoologiques et ethnologiques, et a existé jusqu'en 1953.
Le Wild West Show de Buffalo Bill, créé en 1884, effectua une tournée en Europe en 1889 et en 1905. Le spectacle de l'Ouest américain marqua longtemps les esprits notamment en France où Sampion Bouglione père récupéra un stock d'affiches du véritable héros du Far West, acquit en 1926 un grand chapiteau d'occasion et lui donna le nom de « Stade du Capitaine Buffalo Bill ».
Le Cirque Sarrasani, créé en 1902 à Dresde en Saxe, impressionna l'Allemagne et l'Amérique du Sud par le prestige de son directeur le « Maharadjah » Hans von Stosch-Sarrasani, Chevalier de l'Ordre Impérial Persan du Lion et du Soleil, par l'organisation de ses installations (caravanes, écuries, ménageries, tentes et chapiteaux) et par le faste de ses spectacles qui se déroulaient, à partir de 1918, sous l'un des plus beaux chapiteaux de structure ronde et sur une piste de de diamètre.
En 1919, les frères (Friedrich, Rudolf, Karl et Eugen) Knie transformèrent l'arène familiale à ciel ouvert en un cirque sous chapiteau sous l'enseigne « Cirque Variété National Suisse Frères Knie ».
Le cirque s'est transformé en spectacle exotique grâce à la présence d'animaux sauvages qui en font sa notoriété (ou sa publicité) par leur exposition lors d'une parade ou dans une ménagerie : en 1932, le cirque américain Ringling Bros. and Barnum & Bailey Circus possédait une ménagerie riche de animaux sauvages ; en 1934, le cirque allemand Krone, « le plus grand cirque d'Europe » créé en 1905 par Carl Krone, comptait dans sa ménagerie plus de 800 animaux.
Entre les deux guerres mondiales, les cirques français annexèrent à leur établissement une ménagerie, jusque-là spectacle forain. L'inverse se produisit également, les ménageries foraines ajoutant un spectacle de cirque à leur établissement. C'est aussi à cette époque que les cirques français motorisèrent leurs convois routiers. Ainsi s'imposèrent en France : le Zoo-Circus des frères Court (1921-1932), premier grand cirque voyageur français ; le Cirque des 4 frères Amar (1924) ; celui des 4 frères Bouglione (1933) ; Pinder (1928-1972, direction Spiessert).
Le cirque-ménagerie se caractérise par la présence de dompteurs ou de dresseurs d'animaux au sein des fratries ou des familles de circassiens : Alfred (frère de Jules) Court forma en 1923 au Zoo-Circus son premier groupe mixte de fauves intitulé « La Paix dans la Jungle » ; les frères Amar furent tous dompteurs : Ahmed, l'aîné des Amar, présenta des tigres et des éléphants, Ali des ours blancs, Chérif des lions et Mustapha, après un accident avec un tigre, assura la direction du cirque ; les Bouglione seniors se spécialisèrent : Sampion comme dresseur de chevaux, Joseph comme dresseur d'éléphants, Firmin comme dompteur de fauves et Alexandre comme administrateur du cirque ; Roger Spessardy (frère de Charles Spiessert) fut dompteur de fauves chez Pinder et dirigea la ménagerie.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il circulait cinquante-quatre cirques, toutes catégories confondues, par les routes de France..
Après la Seconde Guerre mondiale, les cirques français s'associèrent à la radio et à la télévision, tels le Radio-Circus. puis Grand Cirque de France (période 1949-1965) des Grüss-Jeannet et Pinder ORTF (1961-1969) avec le label de La Piste aux étoiles. Pour corser leurs programmes, ils mêlèrent le spectacle de cirque avec des éléments étrangers à la piste : des présentateurs vedettes, des prestations d'artistes de music-hall, des exhibitions de champions sportifs et des jeux radiophoniques.
Autour des années 1970, les cirques français les plus importants furent Amar (1973-1982, direction Firmin Bouglione junior), Bouglione (les Bouglione juniors : Sampion, Emilien et Joseph), Pinder (1972-1983, direction Jean Richard), Rancy (1962-1978, création Sabine Rancy), Jean Richard (1968-1983), Zavatta (1978-1991, création Achille Zavatta) ainsi que le cirque à l'ancienne de la famille Grüss (1974, direction Alexis Grüss junior).