, né le et mort le , est comte d'Anjou et du Maine, duc de Normandie et d'Aquitaine et roi d'Angleterre.
Fils de et de Mathilde l'Emperesse, fille du roi d'Angleterre , il participe aux efforts de sa mère pour reprendre le trône d'Angleterre occupé par Étienne de Blois, cousin de sa mère et neveu de son grand-père . Fait duc de Normandie à dix-sept ans, il hérite du comté d'Anjou en 1151 et épouse l'année suivante la duchesse Aliénor d'Aquitaine, dont le mariage avec le roi avait récemment été annulé par le second concile de Beaugency. Après l'expédition d'Henri en Angleterre en 1153, le roi Étienne signe le traité de Wallingford par lequel il accepte Henri comme héritier. Ce dernier monte sur le trône un an plus tard.
se révèle un souverain énergique et parfois brutal, qui cherche à récupérer les terres et les privilèges de son grand-père, Henri. Au début de son règne, il restaure l'administration royale dévastée par la guerre civile et rétablit l'autorité de la Couronne sur le pays de Galles et ses possessions continentales. Sa volonté d'accroître le contrôle royal de l'Église lui vaut l'opposition de son ami Thomas Becket, l'archevêque de Cantorbéry, et la dispute, qui dure une grande partie des années 1160, se solde par l'assassinat de l'ecclésiastique en 1170. Sur le continent, entre en conflit avec et les deux souverains s'affrontent dans ce qui a été qualifié de « guerre froide » pendant plusieurs décennies. agrandit ses possessions continentales souvent aux dépens du roi de France et en 1172, il contrôle l'Angleterre, une grande partie du pays de Galles, la moitié orientale de l'Irlande et la moitié occidentale de la France ; ces territoires ont été qualifiés d'« Empire Plantagenêt » par les historiens modernes.
et Aliénor ont neuf enfants, ce qui provoque de fortes tensions sur la succession et le partage de l'Empire, des frictions encouragées par et son fils Philippe Auguste. En 1173, le fils aîné d', Henri le Jeune organise un soulèvement pour protester contre sa mise à l'écart du gouvernement et il est rejoint par sa mère et ses frères Richard et Geoffroy ainsi que par les comtes de Flandre et de Boulogne. Cette Grande Révolte est écrasée mais la réconciliation ne dure pas longtemps et Henri le Jeune meurt après une nouvelle révolte en 1183. L'invasion de l'Irlande permet à d'offrir des terres à son fils cadet Jean mais le roi a du mal à satisfaire les désirs de pouvoir de tous ses fils. Philippe Auguste parvient à convaincre Richard qu'il risque d'être évincé de la succession au profit de Jean et il se révolte en 1189. est vaincu, et meurt peu après au château de Chinon d'une hémorragie digestive provoquée par un ulcère.
L'Empire Plantagenêt s'effondre rapidement sous le règne de Jean dans les premières années du , mais les réformes d' ont une influence durable, notamment dans le domaine juridique et la définition du droit anglais. Les historiens du considèrent qu'il a largement contribué à la création d'une monarchie anglaise et finalement, d'une Grande-Bretagne unifiée. L'expansion de l'Empire britannique durant l'époque victorienne entraîne un regain d'intérêt pour la création de l'Empire Plantagenêt, même si le traitement infligé par le roi à ses fils et à Becket a fait l'objet de débats.
Jeunesse (1133-1149)
vignette|Portraits des parents d'Henri : (à gauche, sur l'émail Plantagenêt, Carré Plantagenêt, Le Mans) et Mathilde l'Emperesse (à droite, extrait d'une miniature de l'évangéliaire d'Henri le Lion). Henri naît au Mans le ; il est le premier fils du comte et de Mathilde l'Emperesse, ainsi nommée en raison de sa première union avec l'empereur . Le comté d'Anjou avait été créé au et les souverains Plantagenêt avaient étendu leurs possessions via des mariages et des alliances. En théorie, le comte est le vassal du roi de France, mais l'influence royale s'affaiblit au et le comté dispose d'une large autonomie.
La mère d'Henri est la fille aînée de , roi d'Angleterre et duc de Normandie, et fils cadet de Guillaume le Conquérant. Mathilde est fiancée très jeune à et, après sa mort en 1125, elle se remarie avec . À la suite du décès d' en 1135, elle espère pouvoir monter sur le trône d'Angleterre, conformément à la volonté d'. La reconnaissance d'une femme à la royauté n'est toutefois pas assurée, et c'est finalement son cousin Étienne de Blois qui s'empare du pouvoir, se faisant couronner roi et reconnaître comme duc de Normandie. La dispute dégénère rapidement en conflit ouvert entre les deux camps ; profite du désordre pour s'emparer du duché de Normandie mais il laisse la gestion de la querelle anglaise à Mathilde et à son demi-frère, le comte Robert de Gloucester. Le conflit, qui est appelé Anarchie anglaise par les historiens victoriens, se prolonge sans qu'aucun camp ne parvienne à prendre l'ascendant.
Henri passe probablement une partie de son enfance avec sa mère qu'il accompagne en Normandie à la fin des années 1130. Vers l'âge de sept ans, il est éduqué par Pierre de Saintes, un célèbre philologue d'Anjou et surtout par le comte de Gloucester, un homme d'une « admirable sagesse » selon la . Fin 1142, décide d'envoyer le garçon, âgé de neuf ans, et Robert de Gloucester à Bristol, un de ses bastions contre le pouvoir d'Étienne. Bien que confier ses enfants à des proches soit courant pour l'époque, envoyer Henri en Angleterre est une manœuvre politique car était critiqué pour son refus de participer à la guerre sur l'île. Pendant environ un an, Henri vit avec Roger de Worcester, l'un des fils de Robert, dont la suite était connue pour son érudition. Les chanoines de l'abbaye Saint-Augustin de Bristol participent également à son éducation. Henri rentre en Anjou en 1143 ou 1144. Revenu en Normandie il reçoit les leçons de Matthieu, futur évêque d'Angers, et du célèbre philosophe et grammairien Guillaume de Conches..
En 1147, âgé de quatorze ans, il recrute des mercenaires et traverse la Manche avant d'attaquer le Wiltshire. Même si l'offensive provoque une grande panique, l'expédition est un échec et Henri, à court d'argent, est contraint de rentrer en Normandie. Ni sa mère, ni son oncle ne lui apportent leur soutien, ce qui signifie qu'il n'avait pas obtenu leur approbation pour cette attaque. Étonnamment, c'est le roi Étienne qui paye la solde des mercenaires et les renvoie chez eux, permettant à l'adolescent de se sortir de cette affaire avec dignité. Les motivations du roi ne sont pas claires ; il s'agissait peut-être d'une marque de respect à un membre de sa famille élargie voire d'une sorte d'amusement ou, voyant que l'issue de la guerre ne pourrait être que diplomatique, Étienne aurait cherché à se rapprocher d'Henri. En 1149, ce dernier planifie néanmoins une nouvelle expédition et s'allie avec son grand-oncle, le roi d'Écosse , ainsi qu'avec Ranulph de Chester, un puissant noble qui contrôlait une grande partie du Nord-Ouest de l'Angleterre. Il est décidé que l'offensive viserait York, mais celle-ci est annulée après l'arrivée de l'armée d'Étienne et Henri retourne en Normandie.
Selon les chroniqueurs, Henri est un jeune homme séduisant aux cheveux roux avec des taches de rousseurs ; il est trapu avec une grosse tête et les jambes arquées à force de monter à cheval. Moins réservé que sa mère et moins charmant que son père, Henri est connu pour son énergie et son enthousiasme ainsi que pour son regard perçant, ses redoutables accès de colère. et, en certaines occasions, un mutisme renfrogné. Fin lettré, Henri reçoit une éducation très au dessus de la moyenne des aristocrates de l'époque. Il comprend plusieurs langues, y compris l'anglais, mais n'utilise que le latin et le français. p. 71.Gautier Map, De nugis curialum, cité dans et note 16 p. 452. d'oïl.. Le chroniqueur Gautier Map (De nugis curialum) écrit de lui, non sans une certaine exagération, qu'il a « une connaissance de toutes les langues parlées de la mer française au Jourdain ». Dans sa jeunesse, Henri apprécie la guerre, la chasse et les autres loisirs aventureux mais au fil des années, il devient plus prudent et consacre son énergie à la justice et aux questions administratives.
Il est probablement le premier roi d'Angleterre à utiliser un symbole héraldique, un écu à deux léopards.; par la suite, ce dessin est repris pour former les armoiries de Normandie et d'Angleterre.
Début de règne (1150-1162) Succession en Normandie et en Anjou vignette|alt=Dessin d'un souverain assis tenant un sceptre et entouré d'un cercle avec des inscriptions en latin|Reproduction du du sceau du roi . À la fin des années 1140, la situation politique en Angleterre s'est apaisée et les combats sont devenus rares. Beaucoup de barons ont signé des accords de paix entre eux pour garantir leurs gains, et l'Église d'Angleterre semble prête à encourager une résolution pacifique de la guerre civile. Quand le roi revient de la deuxième croisade en 1149, il s'inquiète du pouvoir grandissant de et de la menace qu'il pourrait poser à ses possessions s'il parvenait à obtenir la couronne d'Angleterre. En 1150, Henri est désigné duc de Normandie par son père qui s'était emparé du duché. s'y oppose, prenant le parti du roi Étienne en affirmant que son fils, Eustache, était l'héritier légitime du duché. Il lance alors l'offensive contre la Normandie. Face à une puissance supérieure, conseille à son fils de parvenir à un accord : la paix est signée fin grâce à la médiation de Bernard de Clairvaux. Selon le traité, Henri rend hommage à qu'il accepte comme suzerain et lui céde le territoire disputé et fortement stratégique du Vexin ; en échange, le roi de France le reconnait comme duc de Normandie. Début , à l'occasion de cet hommage, Henri, âgé de dix-huit ans, rencontre pour la première fois la reine Aliénor, à la cour de France où il est venu accompagné de son père, Geoffroy le Bel.
meurt le Régine Pernoud, Aliénor d'Aquitaine, Albin Michel, 1965, ., et Henri annule son expédition en Angleterre contre le roi Étienne afin de sécuriser sa succession sur le continent, notamment en Anjou. À cette époque, il planifie probablement secrètement son mariage avec Aliénor d'Aquitaine qui est alors l'épouse de . Célèbre pour sa beauté, cette dernière est duchesse d'Aquitaine, une position stratégique. Peu heureux, le mariage n'aboutissait à aucun héritier mâle. La seconde croisade, après l'incident d'Antioche, eut raison du couple. Le pape réussit à les réconcilier provisoirement, lors de leur passage à Tusculum, les 9 et . Ce qui permet la naissance d'une seconde fille, Alix, en 1150. Cependant, l'annulation du mariage est prononcée lors du concile de Beaugency, le , au motif de consanguinité (descendants du roi , les époux étant cousins au , et canoniques<ref> (arbres généalogiques ascendants de Louis et d'Aliénor).</ref> — ce qui en faisait un simple prétexte).
Dès la fin du concile, Aliénor se hâte vers Poitiers et manque d’être enlevée deux fois en route par des nobles qui convoitent la main du plus beau parti de France : le comte et Geoffroy PlantagenêtAcadémie des inscriptions et belles-lettres (France), Comptes rendus des séances Auguste Picard, 1906, .. Elle échange quelques courriers secrets avec Henri, et le , huit semaines après l'annulation de son premier mariage, elle épouse, à la surprise générale, en la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, le jeune comte d'Anjou et duc de Normandie, de neuf ans son cadet et qui a le même degré de parenté avec elle que . Le chroniqueur de Tours relate : .