E Dulenn (À Dublin / Live In Dublin) est le septième album original d'Alan Stivell et son deuxième album live, sorti au printemps 1975. Il est enregistré lors de deux concerts donnés au de Dublin les 26 et et comprend exclusivement des titres inédits jamais édités auparavant en version studio.

Présentation de l'album Après E Langonned, enraciné, A Dublin. Ce disque comporte peu de textes et beaucoup de musique. Il développe les directions Olympia ou Chemins de terre.

Enregistrement et mixage Lors de deux soirées de concerts au National Stadium de Baile Átha Cliath, les concerts sont enregistrés par des techniciens de Island Studios. Lors du mixage au studio Apple à Londres (celui des Beatles), Alan Stivell est confronté à la mort de son père, Jord Cochevelou, le .

Parutions et réception L'album E Dulenn sort au printemps 1975 en France, à nouveau sous le propre label Keltia III d'Alan Stivell et toujours produit par Fontana Records, distribué par Phonogram. Il est publié sous le nom Live In Dublin en Irlande et au Royaume-Uni (), en Espagne (1975), en Scandinavie (1976)Discogs. En France, il reste pendant 43 semaines dans le « Top albums » et atteint la infodisc.fr. Au total il avoisine les 100 000 exemplaires vendus.

En 1975, dans le magazine Rock&Folk, le chanteur Jean-Jacques Goldman porte un regard sur l'impact culturel d'une musique que l'auditeur doit se réapproprier : . La harpiste Canadienne Loreena McKennitt considère que cet album (ainsi que Renaissance de la harpe celtique) a considérablement influencé sa carrière« Loreena McKennitt. « Je suis une passerelle » », Le Télégramme, 23 juillet 2008.

Interpellant l'opinion en plaidant pour les cultures brimées, Délivrance, dont le texte militant est en français, est censuré, Alan Stivell ou l'itinéraire d'un harper hero..., p. 102 : . Dans le magazine Paroles et Musique, en , Alan Stivell revient sur l'album et notamment sur l'impact du titre Délivrance : <ref>Discographie commentée par Erwan Le Tallec, Paroles et Musique, n°27, février 1983</ref>. Il rappelle à la mémoire cette réflexion de Morvan Lebesque dans Comment peut-on être breton ? : . Dans le journal Ouest-France du 28 août 1973, il réaffirmait que Cité dan P. Durand, Breizh hiziv, 1996, p. 380.

Caractéristiques artistiques Description des morceaux thumb|Le à Dublin.Spered hollvedel (« Esprit universel ») ouvre le disque sous les applaudissements, thème plus connu comme cantique pour sainte Marie de Rostrenen. Sur son forum, Stivell précise : « Jeff Le Penven l'avait déjà réutilisé dans sa messe à Sainte Anne. Comme je l'ai connu par lui, c'est pourquoi j'ai fait référence à sainte Anne... non sans choquer des Rostrenois (!). » en notant plus loin qu'il « mélange ici croyances chrétiennes et pré-chrétiennes dans un.... esprit universel »Paroles de Spered Hollvedel et discussion sur le forum d'Alan Stivell, janvier 2010. Stivell considère que la dimension spirituelle que présente cette musique est « commune à une grande partie de l'humanité » qui « ne serait pas censée (mais elle est insensée) se battre en son nom ». Le morceau représente une bonne introduction à Délivrance : l'orgue Hammond de Pascal Stive et la bombarde s'y marient, avant d'être rejoints notamment par la guitare et la nappe de synthétiseur.Délivrance est un texte manifeste en français écrit pour le concert : « Voici venu le temps de délivrance. Loin de nous toute idée de vengeance, nous garderons notre amitié avec le peuple de France, mais nous abattrons les murailles honteuses qui nous empêchent de regarder la mer, les miradors qui nous interdisent nos plus proches frères, de Galles, d'Écosse, d'Irlande. Et nous, dont le nom est connu des goélands et des cormorans, fut banni de tous les langages humains, de toutes les bibliothèques, de toutes les cartes terrestres... » Sur une musique qu'il a composé, accompagné de l'énergie des sonneurs du bagad Bleimor, il revendique la fraternité avec les autres pays celtiques, mais bien plus encore avec le monde entier, « à tous les peuples de la planète Terre » ; la Bretagne devenant un remède contre les « soi-disant puissants », un refuge pour les oiseaux victimes des marées noires, pour les « femmes torturées en prison, pour les vieillards bombardés », un modèle pour les « assoiffés de justice », victimes du franquisme ou de la dictature de Pinochet au Chili, de la pauvreté en Afrique, des guerres coloniales (Indochine, Palestine). Mais le texte comprend une autre dimension, plus poétique, situant cette Celtie entre vieux et nouveau monde, « aux frontières de la terre / Et de la mer, à la limite du monde visible / Et du monde invisible... »Fabien Osmont, Paroles de Délivrance, site personnel consacré à Alan Stivell.Ha kompren't vin erfin? (« Est-ce qu'on me comprendra enfin ? ») est une ballade en breton et une composition où prédominent la harpe et le clavier. Comme souvent, le chanteur interprète ensuite un poète (sur un traditionnel arrangé, déjà enregistré sur l'album Reflets), avec Teñwal eo 'r bed (« Le monde est sombre ») écrit en breton par Erwan Evenou ; il évoque le chômage des jeunes qui souhaitent vivre au pays, une jeunesse opprimée mais clairvoyante, qui chassera « les mauvais maîtres » et demain « la liberté fleurira » (notamment celle de l'expression, dans la langue souhaitée, pour un honneur retrouvé)Paroles "Tenwal Eo'r Bed". La complainte Digor eo an hent (« Le chemin [de la liberté] est ouvert ») est aussi un texte et une composition d'Alan Stivell, contre les bourgeois et Paris, contre l'armée française, les « machines à travailler, machines de guerre », un appel au vent de la révolte bien dans l'esprit socialiste déjà mentionné. Pour Patrice Elegoet, la chanson peut faire penser à Glenmor. Viennent ensuite les danses : une jig irlandaise, Debhair an rinceoir (« Debair le danseur »), suivie par la bretonne Jig Gwengamp (« Dérobée de Guingamp ») qui mirent manifestement « le feu » au National Stadium. S'enchaînent deux pachpis (passe-pieds), véritables appels à former la ronde : le Pachpi kozh (« Vieux pachpi »), avec ses instruments traditionnels – dont les sonneurs du mini-bagad – au-dessus desquels flotte une flûte légère, et le Pachpi new’ (« Pachpi nouveau »), où résonnent aussi les sons plus électriques. Le traditionnel breton Laridenn ar Frankiz (une danse laridé), dans lequel est scandé le mot Frankiz (liberté), est suivi d'un traditionnel irlandais, Mairseal Ó Neil (une danse polka), pour lequel le public irlandais exprime sa joie dès que René Werneer lance la marche d'O'Neil au fiddleChronique de l'album sur le site nightfall.fr.

thumb|Alan Stivell est accompagné de sonneurs de son ancien bagad, Bleimor. Électrique encore, les traditionnels bretons arrangés ; l'an-dro Ton-Bale Pourled et l'hanter-dro Haou, pour lequel le bagad se distingue, le tout acclamé par un public conquis, qui continue à s'en donner à cœur joie avec le Bal ha dañs Plinn, très rock avec ses envolées de guitares, soutenue par une section rythmique percutante, ce qui n'empêche pas le dialogue endiablé des bombardes. L'album s'achève avec les traditionnels bretons An droioù (« Les tours »), interprétés toujours par la délégation du bagad et accompagnés par les claquements de mains des spectateursAudio "An droioù" - Deezer.com, où l'on peut ente les claquements de mains et le fondu final. Stivell effectue quelques pas de danse avec le public, comme sur la photo, sur la mélodie du An Dro Nevez de Chemins de terre. C'est la liesse irlandaise et l'époque de la « vague », les rappels étaient si nombreux que c'était Alan Stivell qui quittait la salle, avant les spectateurs, en continuant à jouer, en guise d'au revoir, entraînant son public lui-même dehors, en sonnant et dansant. Pourtant, dans son livre Telenn, Alan Stivell confie avoir ressenti de la mélancolie à Dublin. Le 20 décembre 1974, il devait être confronté à une séparation, après la mort de son père Georges Cochevelou, unis peut-être plus que certains autres : par un projet culturel et musical commun, qui avait fait naître entre eux une certaine osmose. Un cycle s'achevait, qui allait inspirer un album introspectif, enregistré dans la maison de Langonnet : Trema'n Inis : Vers l'île.

Pochette et disque La photographie de la pochette, en couleur (Roy Esmonde/Ian Gwenig), est attachante : au fond, la scène et les musiciens, au premier plan, à droite, Alan Stivell, chemise noire échancrée, grand triskell autour du cou, dansant au milieu de la foule, dont deux jolies jeunes filles à sa droite, une blonde-rousse et une brune. Stivell est écrit en bleu-vert, la couleur de l'Irlande.

À l'intérieur du disque figure un texte rappelant la démarche de l'artiste et sa musique :. Une phrase presque confondante de sincérité et de justesse figure aussi dans ce texte : Il y a aussi les paroles des chansons, dont le texte de Délivrance et un dessin de Jim Fitzpatrick en « poster » : dans les volutes celtiques bleutées, Stivell est en pied à la harpe et les visages des musiciens l'accompagnent, dans un style toujours très « années 1970 » (photo du Che modifiée par l'artiste en 1968). Au verso : la foule dans un halo de lumière, à nouveau les paroles de Délivrance'', les titres des plages et le nom des musiciensDisque visible sur le site harpographie.fr.

Fiche technique Liste des morceaux

Crédits

Équipe artistique

Équipe technique Production : Alan Stivell et Peter Rice (Keltia III / Intersong Tutti) Prise de son : Franck Owen (Island mobile) Mixage : Howard Kilgour (Island Studios) Photos : Roy Esmonde et Ian Gwenig Graphisme intérieur : Jim Fitzpatrick Maquette : Alain Batifoulier et Blandine Durand

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

: réédition 2017, Le Mot et le Reste

Liens externes

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